Lord Creator
chanteur trinidadien (1935–2023)
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Lord Creator (né Kentrick Randolph Patrick le à San Fernando, Trinité-et-Tobago – mort le dans la paroisse de Hanover, en Jamaïque)[1] est un musicien, chanteur et auteur-compositeur trinidadien de calypso, rhythm and blues, ska, rocksteady et early reggae[2]. Aux côtés du Cubain Roland Alphonso, du Barbadais Jackie Opel et de ses compatriotes trinidadiens Lynn Taitt et Lord Brynner, Lord Creator exerce une influence extérieure importante et positive lors des débuts de la scène musicale jamaïcaine[1].
San Fernando,
Paroisse de Hanover,
| Nom de naissance | Kentrick Randolph Patrick |
|---|---|
| Naissance |
San Fernando, |
| Décès |
(à 87 ans) Paroisse de Hanover, |
| Activité principale | Musicien, auteur-compositeur |
| Genre musical | Calypso, ska, rocksteady, reggae |
| Instruments | Chant |
| Labels | Island, Melodisc |
Sa chanson de 1970, Kingston Town, est reprise vingt ans plus tard par UB40 qui en fait un tube planétaire[2]. Lord Creator est décoré de l'Ordre de la Distinction de Jamaïque en 2022[3].
Biographie
Kentrick Patrick naît à San Fernando, sur l'île de la Trinité, le . Après avoir fréquenté l'école méthodiste wesleyenne de San Fernando, il travaille dans le bâtiment tout en faisant ses débuts de chanteur de calypso à Trinité-et-Tobago sous le nom de scène de Lord Creator et enregistre ses premiers succès avec le big band de Fitz Vaughan Bryan, The Cockhead en 1958 et, surtout, Evening News en 1959[2]. Cette chanson est l'histoire d'un enfant pieds nus nourrissant ses frères et sœurs en vendant des journaux qu'il ne sait même pas lire[4]. Evening News, sort sur le label Cook Records à Trinidad et sur le label Melodisc au Royaume-Uni[3]. Fort de ce succès, il s'installe en Jamaïque fin 1959 pour se produire et enregistrer, au moment même où la scène musicale jamaïcaine prend son essor[4], et décide de s'y établir définitivement.
En 1962, il enregistre Independent Jamaica avec le producteur Vincent « Randy » Chin. L'orchestre militaire jamaïcain est engagé pour la session[5]. Ce titre devient l'hymne officiel de l'indépendance de la Jamaïque vis-à-vis de l'Empire britannique le , après 307 ans de domination[6]. Ce titre est également le premier disque du label Island Records, récemment fondé par Chris Blackwell au Royaume-Uni (Island 001)[7]. En 1963, Don't Stay Out Late, produit par Chin, devient un tube en Jamaïque et fait de Lord Creator la plus grande star de l'île à cette époque[4]. Lord Creator interprète également Jamaica Jump Up avec Byron Lee and the Dragonaires sur la bande originale du film James Bond 007 contre Dr No[8].
En 1964, il connait un nouveau succès avec Big Bamboo, produit par Coxsone Dodd et avec Tommy McCook au saxophone. Après Little Princess en 1964, il enregistre un album de calypso, Jamaica Time, au Studio One. On y trouve des classiques du genre comme Jamaica Farewell et Yellowbird, ainsi qu'une reprise de Blowin' in the Wind de Bob Dylan[8]. Sa carrière connaît un premier passage à vide lorsqu'il est emprisonné pendant 18 mois pour possession d'une petite quantité de cannabis. Il profite de son séjour en prison pour écrire Such is Life, dont la face B, Come Down 68, relate ses souvenirs de la vie carcérale[2].
Son album de 1969, Pepper Pot Calypso Songs Me Mama Never Taught Me, est un recueil de compositions grivoises qui ne porte même pas son nom sur la pochette[3]. Son album suivant, Big Bamboo, est enregistré aux Dynamic Studios de Byron Lee. Carlton Lee est crédité comme producteur[8]. Cependant, Lord Creator est dépassé par d'autres chanteurs à la voix suave comme Ken Boothe et Bob Andy, qui proposent tous deux des chansons plus contemporaines[4]. En 1969, il s'associe au producteur Clancy Eccles et enregistre le single Kingston Town, un reggae sentimental. Le disque se vend à des milliers d'exemplaires en Grande-Bretagne (sans toutefois figurer dans les charts). Après cela, malgré ce succès, il connaît des difficultés financières et disparaît quasiment de la scène musicale[4].
En 1976, il enregistre Big Pussy Sally pour Lee Scratch Perry au studio Black Ark, une chanson décomplexée et pleine de liberté parue sur le même disque que Big Cocky Wally, un titre tout aussi grivois et léger de Fay Bennett[2]. Les deux chansons sortent séparément en single chez Island, chacune accompagnée en face B d'une version dub des Upsetters. En 1977, Lord Creator retourne au Black Ark pour réenregistrer Such is Life, une chanson de reggae roots introspective et consciente[3].
Dans les années 1980, il subit deux AVC[9] et, selon la rumeur, sombre dans la misère, la toxicomanie et l'alcoolisme. Clancy Eccles l'aide à réunir la somme nécessaire pour qu'il puisse retourner auprès de sa famille à Trinité-et-Tobago[4]. En 1989, le groupe britannique UB40 enregistre une reprise de Kingston Town. Lord Creator et Clancy Eccles sont sollicités pour apparaître dans le clip[4]. Cette version se hisse à la 4e place des charts britanniques et atteint la première place en France et aux Pays-Bas, ce qui lui permet d'acheter des maisons pour lui et ses enfants[2] et contribue à relancer sa carrière[3]. Il se produit dans des spectacles de musique rétro en Jamaïque et effectue une tournée au Japon, aux États-Unis et en Europe[3]. Suite à ce succès, il retourne en Jamaïque et s'installe à Montego Bay[5]. En , il réside dans la paroisse de Hanover[6].
Après une une importante opération du dos qui le laisse en fauteuil roulant et une hospitalisation pour de graves problèmes respiratoires, Lord Creator meurt le , à l'âge de 87 ans[1]. Il est inhumé à son domicile de Golden Grove, à Hanover, le [10].
Reconnaissance et postérité
En 2022, Kentrick Patrick est élevé au grade d'officier de l'Ordre de la Distinction par le gouvernement pour sa contribution au développement de la musique jamaïcaine et son engagement communautaire[8]. Cette décoration lui est remise à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance de la Jamaïque lors d'une cérémonie à King's House[3].
Plusieurs chansons de Lord Creator sont reprises par d'autres artistes. Outre Kingston Town enregistrée par UB40, on compte des reprises de Don't Stay Out Late par Laurel Aitken, Johnny Clarke et Rico, Archie par Ernest Ranglin, Such Is Life par Big Youth et Jamaica Jump Up par Ray Barretto, entre autres[11]. Le titre Bang Belly de Sister Nancy contient une interpolation de Don't Stay Out Late et Kingston Town est samplée par Paris Hilton dans son premier single Stars Are Blind[12].
Discographie
Albums
- 1966 : Jamaica Time (Studio One)
- 1969 : Pepper Pot Calypso Songs Me Mama Never Taught Me (Port-O-Jam)
- 1970 : Big Bamboo (Dynamic Sounds)