Byron Lee

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Byron Lee
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Byron Lee (Byron Aloysius Lee) est un musicien et producteur important de la musique jamaïcaine, né le , et mort le des suites d'un cancer[1].

Fondateur et meneur du groupe The Dragonaires, il contribue depuis les années 1960 à la diffusion internationale du ska, du calypso et de la soca.[2] Il acquiert et transforme le studio Dynamic Sounds, longtemps le mieux équipé de la Caraïbe, et lance en 1990 le carnaval jamaïcain[3]. Il est le père du chanteur britannique Omar.

Jeunesse et formation musicale

Byron Lee naît en 1935 à Christiana, petite ville de marché de la paroisse de Manchester, dans une famille d'origines mêlées. Son père, Oscar Lee, est un immigrant venu du district de Kowloon (Hong Kong) qui enseigne l'anglais aux enfants de la communauté chinoise de Jamaïque. Sa mère, Evelyn Chung-Lee, est d'ascendance à la fois sino-jamaïcaine et afro-jamaïcaine : sa propre mère est originaire du village d'Auchtembeddie, où les pratiques culturelles africaines comme le Jonkanoo et le Bruckins étaient encore vivantes[4].

La famille s'installe à Kingston alors que Byron a environ huit ans, dans le quartier résidentiel de Mountain View Gardens. Il apprend le piano dans un internat catholique à Mandeville, le Mount St. Joseph's, grâce à l'intervention d'une religieuse qui lui propose des leçons pour le détourner de ses espiègleries. Au collège Saint-George (St. George's College) de Kingston, il s'impose comme footballeur de premier plan et intègre l'équipe nationale jamaïcaine, mettant temporairement la musique de côté. Il apprend ensuite seul à jouer de la basse sur un instrument fabriqué à la main, et fonde les Dragonaires en 1957 en référence au dragon figurant sur les armoiries du collège.[2]

Les débuts des Dragonaires (1957–1959)

Les Dragonaires se forment en 1957 autour de Byron Lee comme bassiste et chef d'orchestre, avec Ronnie Nasralla comme manager. La formation initiale comprend le guitariste Rupert Bent, le trompettiste Frank Anderson, le saxophoniste Sam Ismay, un tromboniste surnommé « Mullo » et le vétéran du jazz Granville Williams[5]. Forts de leur polyvalence, ils prennent rapidement pied dans le circuit hôtelier de Kingston. Ils servent également de groupe de scène à des vedettes américaines en tournée en Jamaïque, notamment Harry Belafonte, Chuck Berry, Sam Cooke, Fats Domino et The Drifters[6]. Lee fonde à la même époque son agence de concerts, Lee Enterprises Limited, et crée son propre label, Dragon's Breath.

Le groupe est repéré par Edward Seaga, futur Premier ministre jamaïcain qui deviendra leur manager, à la suite de son succès avec Oh Manny Oh de Higgs and Wilson. En 1959, les Dragonaires enregistrent leur premier single Dumplin's dans les studios WIRL (West Indies Records Limited) de Seaga. version instrumental de calypso, il ne conquiert pas le public de l'aveu même de Seaga[5]. Cependant, il est remarquable à plusieurs titres. Il est tout d'abord parmi les premiers enregistrements en stéréo réalisés en Jamaïque, mais aussi car il introduit la basse électrique Fender Precision ainsi qu'un orgue électrique, instruments que Byron Lee avait acquis lors d'un séjour aux États-Unis[5]. Le disque sort en Jamaïque sur le label Dragon's Breath et paraît au Royaume-Uni sur Blue Beat, dont il constitue la deuxième sortie.

L'ère du ska (1960–1964)

Ils continuent à enregistrer des morceaux instrumentaux de ska (Frankenstein, Night Train From Jamaica) et accompagnent de nombreux artistes dans les clubs de Kingston[7].

Lorsque Seaga se retire de WIRL, Lee transfère ses sessions d'enregistrement au studio Federal, où il enregistre des artistes ska avec l'accord d'Ahmet Ertegun d'Atlantic Records : Monty Morris (Oil In My Lamp, Sammy Dead), les Blues Busters, Jimmy Cliff, Stranger Cole and Patsy, Prince Buster, Millie Small, Ken Lazarus et Keith Lyn.[5]

Lee reconnaît n'être pas l'initiateur du ska et admet avoir dans un premier temps dédaigné ce genre.[8] Il précise avoir commencé à le jouer seulement après que Seaga l'eut envoyé dans les ghettos de l'ouest de Kingston l'étudier auprès du meneur de groupe Carlos Malcolm. Seaga, de son côté, confirme avoir personnellement conduit Lee dans les quartiers populaires pour lui faire découvrir le ska, qui n'était pas entendu dans les milieux aisés de la capitale avant cette démarche.[9] Lee décrit lui-même la mission qu'il s'est assignée : assurer le passage du ska de West Kingston vers les classes moyennes et supérieures qui pouvaient acheter les disques et soutenir la musique, jusqu'à ce que la radio s'en empare et que le genre s'impose.[9]

Seaga convainc Lee du potentiel commercial du ska et les Dragonaires adoptent rapidement ce nouveau style, sortant plusieurs singles notables : Mash! Mr Lee, Fireflies, Joy Ride et une version ska de Over the Rainbow.[5] Sous le pseudonyme The Ska Kings, le groupe enregistre pour Atlantic Records, dont Lee assure parallèlement la distribution pour la Jamaïque. L'album Jamaican Ska, produit par Tom Dowd pour Atlantic, ne perce pas aux États-Unis mais Jamaica Ska atteint le top 30 au Canada.

En 1961, les Dragonaires obtiennent une visibilité internationale en jouant dans le premier film de la série James Bond, Dr. No, dans le rôle du groupe d'hôtel, interprétant notamment Jump Up et Kingston Calypso. Les enregistrements du film sont cependant réalisés par le guitariste Ernest Ranglin[5]. En 1962, lors des célébrations de l'indépendance jamaïcaine, Lee fait venir de Trinité-et-Tobago le guitariste et joueur de steel pan Lynn Taitt pour accompagner des artistes calypso comme Lord Melody[10].

En 1964, les Dragonaires participent au programme télévisé This Is Ska ! aux côtés de Jimmy Cliff, Prince Buster et Toots and the Maytals. La même année, à l'initiative de Seaga, alors ministre du Développement économique et social, le groupe représente la Jamaïque à la Foire mondiale de New York en qualité de groupe d'accompagnement pour une délégation réunissant Prince Buster, Jimmy Cliff, Monty Morris et Millie Small[11] . Les Dragonaires apparaissent comme les amis proches de Seaga issus de la classe moyenne, et des nouveaux venus manifestes sur la scène ska, choisis de préférence au groupe le plus populaire et créatif du moment, les Skatalites[12]. Seaga justifie ce choix par des raisons pratiques : Lee avait l'expérience des tournées et son répertoire était plus vaste et plus dansant[11] [note 1]. Fort de ces succès, et soutenus par le gouvernement, ils partent souvent en tournée à travers les Caraïbes, le Canada ou les États-Unis avec les Ska Dancers et enregistrent quelques singles sous le nom de Ska Kings.

En 1966, ils contribuent à l'enregistrement de Mighty Sparrow (Only a Fool).

De grands musiciens jamaïcains font partie des Dragonaires, comme Baba Brooks, Granville Williams, Sammy Ismay, Neville Hinds, Leslie Butler puis Winston Wright, Lester Sterling, etc. En 1967, ils enregistrent deux albums de rock steady avec Jo Jo Bennett sous le nom de The Good Guys[7].

Dynamic Sounds et production discographique

Byron Lee achète en 1969 le studio West Indies Records Limited (WIRL) qu'il rebaptise Dynamic Studio. Il produit notamment Toots and the Maytals, The Blues Busters, Eric « Monty » Morris, Johnny Nash. Comme artiste, il se contente d'aligner les reprises en mélangeant reggae, funk et soca. Il obtient un grand succès commercial au milieu des années 1980 avec Winey Tiney.

A Dynamic Sounds et ses sous-labels (Jaguar, Panther, Afrik, Dragon), Lee produit un grand nombre d'artistes jamaïcains. Il enregistre notamment plusieurs albums des Toots and the Maytals, dont l'album Sensational Maytals, réalisé entre leurs passages chez Dodd et Buster et avant l'emprisonnement de Toots[13]. Il produit également Bam Bam des Maytals (1966)[14]. Parmi ses autres productions figurent The Slickers (Johnny Too Bad), Boris Gardiner (Reggae Happening), Hopeton Lewis (Grooving Out on Life), Eric Donaldson, John Holt, Barry Biggs, Freddie McKay, Tommy McCook et Max Romeo[3]. Le studio enregistre également des Dragonaires en série d'albums de reprises orientés vers les touristes dans les années 1960 et 1970, ainsi qu'une série d'albums estampillés « Reggay » au tournant de la décennie.

Les Dragonaires jouent aussi un rôle de tremplin pour les jeunes artistes jamaïcains. Marcia Griffiths raconte ainsi avoir fait ses premières apparitions télévisées après avoir chanté avec le groupe lors d'un spectacle du lundi de Pâques au Carib Theatre de Kingston. Ronnie Nasrallah, manager des Dragonaires et des Blues Busters, lui propose immédiatement sa représentation à l'issue de cette prestation.[15]

Virage vers la soca et le carnaval jamaïcain

Lorsque le dancehall commence à détrôner le reggae dans les années 1970, Lee s'oriente délibérément vers les musiques de carnaval des Caraïbes orientales. Ses séjours répétés à Trinité-et-Tobago à partir de 1972, où les Dragonaires sont élus meilleur groupe de rue du carnaval trinidadien, et sa relation étroite avec Mighty Sparrow l'immergent dans la soca[16]. En 1984, le duo Tiny Winey, enregistré avec le chanteur montserratien Hero, devient l'un des plus grands succès soca de la décennie. Nani Wine (1989, avec Crazy et Super Blue) et Bacchanal Time (1993, avec Super Blue) prolongent cette série de hits.

En 1990, Byron fonde la compagnie Jamaican Carnival 90 Ltd[7] événement sans précédent dans l'histoire culturelle de l'île, seule grande nation caribéenne à ne pas posséder de carnaval traditionnel. Il choisit comme point de départ la grand-rue de Half-Way Tree à Kingston, à la jonction des quartiers riches et populaires de la ville, avec la volonté affirmée d'un événement accessible à toutes les classes sociales[note 2]. Sa fille Julianne Lee en devient la directrice et perpétue l'événement après sa mort.

Réception critique et controverses

Byron Lee fait l'objet d'un débat récurrent dans les milieux du ska. Des artistes des quartiers populaires de Kingston lui reprochent d'avoir diffusé un genre dont il n'est pas l'auteur, et d'avoir bénéficié de la faveur politique d'Edward Seaga pour représenter la Jamaïque à la Foire mondiale de 1964 au détriment des Skatalites.[17][18] Barrow et Dalton le décrivent comme un chef d'orchestre dont la musique visait habituellement les classes moyennes et les touristes.[14] Stolzoff précise que les praticiens issus de la classe moyenne, dont Lee, ont produit une version du ska rythmiquement simplifiée, émotionnellement plus légère, et débarrassée des thèmes politiques, sociaux et rastafariens présents dans le ska des ghettos.[9] Dès 1975, l'universitaire Patrick Hylton oppose dans The Black Scholar la notoriété commerciale de Lee à la marginalisation d'artistes comme Don Drummond ou Ernest Ranglin.[19]

Lee n'a jamais contesté n'être pas le créateur du ska : il a maintenu que son rôle de diffuseur avait lui-même constitué une contribution décisive à la visibilité internationale du genre.[5] Bradley souligne qu'il est devenu le premier millionnaire de la musique jamaïcaine, ce qui a nourri la méfiance de nombreux musiciens à son égard[20]. Timothy Chin relève que des producteurs et musiciens d'origine chinoise contemporains, Leslie Kong, les frères Hoo-Kim (Channel One), la famille Chin (VP Records), n'ont pas suscité les mêmes critiques ciblées, ce qui laisse penser que la question de la classe sociale et des relations politiques pèse autant que celle de l'authenticité musicale[21].

Notes et références

Notes

Voir aussi

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