Culture LGBT en France

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Comme pour la culture LGBT en général, la culture LGBT en France recouvre trois délimitations qui peuvent se superposer, à savoir, l'ensemble des pratiques culturelles des personnes LGBT en France, la manière dont les personnes LGBTI de France parlent de leur homosexualité, leur bisexualité, leur transidentité ou leur intersexuation dans l'art et, enfin, la manière dont ces sujets sont abordés par la culture française cis et hétérosexuelle, et notamment comment elle négocie leur visibilité.

Littérature

Littérature lesbienne

Natalie Barney tient un salon au début du XXe siècle à Paris fréquenté par des autrices lesbiennes.

Au début du XXe siècle à Paris, une communauté lesbienne internationale devient de plus en plus visible et centrée sur les salons littéraires organisés par des lesbiennes américaines telles que Nathalie Barney et Gertrude Stein. Cette communauté produit des œuvres lesbiennes en français et en anglais, telles qu'Idylle Saphique par Liane de Pougy, des poèmes de Renée Vivien, les propres épigrammes de Barney, de la poésie et plusieurs ouvrages de Stein[u 1].

En raison un durcissement de la répression morale de l'homosexualité dans les années 1950 et 1960, moins de littérature lesbienne est publiée qu'avant-guerre, qui provoque une plus faible publication que lors des années précédentes[o 1] : les pièces de l'autrice Violette Leduc Ravages sont censurées parce qu'elles contiennent des passages lesbiens explicites[1], pour n'être publiés que dans les années 1960 sous le titre Thérèse et Isabelle et adaptés dans un film de 1968 portant le même titre[u 1]. Dans les années 1950, sortent toutefois Rempart des béguines de Françoise Mallet-Joris, Qui qu'en grogne de Nicole Louvier et Althia d'Irène Monesi, Althia[o 1].

Littérature gaie

L'émergence d'une véritable littérature gaie date du milieu du XIXe siècle, avec la poésie érotique d'Albert Glatigny, Laurent Tailhade, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud (Hombres, Sonnet du trou du cul)[o 2]. Ces publications se font sous pseudo ou dans la clandestinité[o 2].

La fin du XIXe et le début du XXe siècle voient l'émergence de romans évoquant des relations homosexuelles : À rebours, de Joris-Karl Huysmans, Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, ainsi que les œuvres de Marcel Proust, Joséphin Péladan, Léon-Paul Fargue, Marcel Jouhandeau et Robert de Montesquiou[o 2].

La littérature gaie des années 1920 est, elle aussi, très riche : André Gide, dont notamment le roman Corydon, est une figure centrale de cette époque, aux côtés de ses proches Pierre Herbart et François Paul Alibert, qui écrivent respectivement L'Âge d'or et Le Supplice d'une queue[o 2]. À la même époque, Roger Martin du Gard publie les mémoires du Lieutenant-colonel de Maumort et Les Thibault[o 2]. L'époque est encore à la répression : Jean Cocteau fait éditer clandestinement Livre blanc[o 2].

Littérature jeunesse

Dans les années 1990, alors que la littérature jeunesse aborde la question de l'homosexualité, c'est essentiellement sous le prisme du SIDA, pour aider les enfants à gérer le deuil d'un proche[a 1]. C'est dans les années 2000 qu’apparaissent les premiers romans jeunesse où l'héroïne développe une relation lesbienne[a 1].

Bande dessinée

Dans les années 1950, la bande dessinée est destinée à un public enfantin. Il est donc impossible d'y parler de relations amoureuses ou sexuelles, a fortiori homosexuelles[p 1]. Il faut attendre l’irruption de l'Argentin Copi dans la presse des années 1960 pour parler d'homosexualité, de lesbianisme ou de transidentité et les années 1980 pour que la BD, devenue plus adulte, puisse aborder ces thèmes[u 2].

Lorsque le Journal de Fabrice Neaud (1996) rencontre le succès, il semble que la mention de son homosexualité dans la bande dessinée autobiographique ne pose plus problème. On note aussi l'apparition de Tom de Pékin, graphiste et dessinateur inspiré, collaborant au SNEG et à Têtu. La bande dessinée lesbienne Les Marsouines d'Arbrelune et Jour de pluie est cependant autoéditée. La collection « Bulles gaies » publie des œuvres d’inspiration autobiographique comme Les Folles Nuits de Jonathan de Jean-Paul Jennequin ou Jean-François fait de la résistance d'Hugues Barthe[p 2], et un magazine gay et lesbien marseillais, Hercule et la toison d’or, révèle de nouveaux talents comme Hélène Georges. Les illustrateurs Kinu Sekiguchi et Sven de Rennes tentent quelques bandes dessinées proches des productions espagnoles et japonaises.

Une tentative de magazine porno gay a été réalisé (Ultimen) par un organisme de vidéo porno, distribué en kiosque mais sans support médiatique : le titre s'est arrêté. H&O devient l'un des principaux acteurs de la diffusion de BD gay en France avec notamment les œuvres de Logan.

Si les personnages gays et lesbiens deviennent de plus en plus fréquents à la fin des années 1990, ils sont soit des personnages secondaires, soit représentés de manière pornographique ou caricaturale[u 2]. La fin des années 2000, avec la publication en 2008 de Princesse aime Princesse, œuvre de Lisa Mandel et en 2010 de Le bleu est une couleur chaude, de Jul' Maroh, sélectionné au festival d'Angoulème, marque un tournant dans la bande dessinée lesbienne[u 2]. Pour Lisa Mandel, ce tournant vient d'une reprise de confiance des autrices lesbiennes et des auteurs gays, qui osent plus proposer leurs propres histoires aux maisons d'éditions, où le bon accueil critique compense des retours homophobes de certains festivals ou parties du public[u 2].

Maisons d'éditions

Dessins

À partir de 2017, le dessinateur marocain Soufiane Ababri, qui vit majoritairement en France, gagne une reconnaissance pour son travail et notamment Haunted Lives et Bed Work, pour lesquels il remporte le Out d'or en 2018[2]. Le sexe, le désir, les jeux de regard sont des éléments centraux de ses productions[p 3],[o 3], ainsi que la violence subie par les hommes gays racisés, que ce soit à cause de la société ou d'autres hommes gays[p 4].

Photographie

Musique

En France, les artistes qui deviennent des icônes gays parlent rarement de relations entre hommes explicitement : l'identification se fait plutôt par la projection, où une femme parle de désir (hétérosexuel) envers un homme et où le public peut y puiser une représentation de l'amour gay[p 5]. Ces chanteuses ont aussi une féminité exacerbée, une forte stylisation vestimentaire jouant sur les codes du genre, allant de la féminité exacerbée à l'androgynie, et une forte présence de thématiques dramatiques faisant écho au traumatisme de l'homophobie ou plus tard de l'épidémie de SIDA[p 5]. Parmi les chanteuses francophones particulièrement appréciées par le public gay français, on peut citer Dalida[3], Barbara, Mylène Farmer, Sheila, Mistinguett, Sylvie Vartan, Line Renaud, Amanda Lear ou encore Mireille Mathieu[p 5]. L'arrivée du disco en France, ainsi que les remix technos de ces artistes, leur permet de faire partie des sets joués dans les boîtes de nuit gays et ainsi de renouveler leur public. Cet investissement du public gay est souvent à double sens, avec une partie de ces chanteuses qui s'engagent par la suite dans la lutte contre le VIH[p 5].

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le collectif Pussy Killer s'impose comme la référence techno des soirées lesbiennes et underground parisiennes, notamment du Pulp[a 1]. Un autre nom de la même époque est Liza N'Eliaz, de style hardcore[a 1]. Si la grande majorité des soirées parisiennes passent essentiellement de la musique électronique et de la variété, les soirées à thématique « ethnique » (afro-caribéennes, arabisantes ou asiatiques) proposent plus de diversité, avec la présence de R'n'B, raï, hip-hop et reggae[u 3].

Danse

Loïe Fuller, danseuse américaine installée à Paris et compagne de Gab Sorère

La danseuse américaine, Loïe Fuller, installée en France pour sa carrière, participe activement à la vie de salon autour de Natalie Barney et est l'une des premières personnalités de la danse en France à être ouvertement homosexuelle[o 4].

Voguing

Cinéma

Adèle Haenel au festival de Cannes 2017. Ouvertement lesbienne, elle joue dans plusieurs films LGBT, tels que Naissance des pieuvres et Portrait de la jeune fille en feu de son ex-compagne Céline Sciamma, ainsi que 120 Battements par minute de Robin Campillo.

La fin des années 1980 / début des années 1990 est marquée par la création de trois festivals de cinéma LGBT en France permettant de valoriser les thématiques d'identité, de désir, de genre, et de politique peu valorisées ou difficilement financées dans les circuits classiques. Le premier d'entre eux est Cineffable, fondé en 1989 pour valoriser le cinéma lesbien international ; se déroulant en non-mixité féminine, il est un grand moment de socialité communautaire[p 6]. Les autres festivals, que ce soit Désir... Désirs (Tours, 1993), Chéries-Chéris (Paris, 1994), Reflets (Marseille, 2002), Vues d'en face (Grenoble, 2002), Face à Face (Saint-Étienne, 2006), Des images aux mots (Toulouse, 2007), ZeFestival (Nice, Marseille et Monaco, 2008), In&Out (Nice, 2008) et Écrans mixtes (Lyon, 2011), tous à thématique LGBT générale, se donnent à la fois l'objectif d'informer un public cisgenre et hétérosexuel, mais aussi d'être un moment de retrouvailles de la communauté LGBT locale.

Outre les festivals français qui diffusent des films français et étrangers, les films français sont diffusés dans les festivals hors de l'hexagone, notamment en Belgique francophone avec le généraliste Festival du Film Gay et Lesbien de Bruxelles ou encore Massimadi, dédié aux films LGBT d'Afrique et de ses diasporas[u 4].

Il faut attendre la fin des années 1990 pour qu'émerge une visibilité mainstream des films réalisés et/ou écrits par des créateurs et créatrices LGBT français, dont la reconnaissance et la visibilité croissent tout au long du début du XXIe siècle : Patrice Chéreau, Catherine Corsini, Christophe Honoré, François Ozon, Virginie Despentes, Céline Sciamma, Alain Guiraudie, Robin Campillo, Nicolas Maury, les couples Patrick Mario Bernard/Pierre Trividic ou Olivier Ducastel/Jacques Martineau ou les documentaristes Sébastien Lifshitz et Amandine Gay.

Théâtre

Drag et spectacles de travestissement

Sœurs de la Perpétuelle Indulgence à la marche des fiertés 2011 de Toulouse.

Si la culture drag stricto sensu naît aux États-Unis et gagne en particulier en popularité dans les années 1980, la France connait tout au long du XXe siècle des formes de travestissements théâtralisés, que ce soit dans la culture cabaret de Paris du début du siècle (Madame Arthur et le Carrousel) ou par les actions des Mirabelles et des Gazolines dans les années 1970[u 2],[u 5]. Les spectacles de travestissement se diffusent au cours de la seconde moitié du XXe siècle au point de connaître un premier âge d'or au tournant du XXIe siècle. La pratique drag devient alors beaucoup plus confidentielle, mais aussi beaucoup plus engagée politiquement, avec la création des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence[4], avant de redevenir populaire dans les années 2020, accompagnant le succès de RuPaul's Drag Race et de Drag Race France.

En 2024, à l'occasion des Jeux olympiques de Paris, Miss Martini devient la première drag queen à porter la flamme olympique[5] en direct sur France Télévisions. Ce même été, Nicky Doll et Minima Gesté ont, elles aussi, porté la flamme[6].

Mode

Haut inspiré du tricot de marin, Jean-Paul Gaultier, Kunsthal Rotterdam, 2013.

De nombreux créateurs de mode sont des hommes homosexuels, et cela est vrai aussi en France : Jean-Paul Gaultier, qui puise dans la culture homosexuelle, en particulier Tom of Finland, Jean Genet et Querelle de Rainer Werner Fassbinder pour signer son tricot de marin rayé[o 5]. Parmi d'autres créateurs reconnus, on peut citer Yves Saint Laurent, Azzedine Alaïa ou Karl Lagerfeld[o 5].

Au début des années 1990, Thierry Mugler crée un scandale en présentant une collection de prêt-à-porter féminin avec uniquement des femmes trans et des hommes travestis comme mannequins[o 5].

Sport

En 1982, Tom Waddell crée les Gay Games afin de promouvoir l'acceptation des personnes gays et lesbiennes ; un seul sportif français est présent lors de la première édition, qui a lieu à San Francisco[7]. Lors de la seconde édition, en , elle aussi à San Francisco, une trentaine de français se rendent à l'évènement et fondent le comité gay français, grâce à une campagne de soutien réalisée dans Gai Pied[7]. Cette rencontre motive à la création d'un réseau d'associations sportives gaies afin de préparer la participation à l'édition 1990, à Vancouver[7].

En , est fondé le Comité Gai Paris Île-de-France (CGPIF)[8], qui fonctionne comme un club omnisports où les adhérents pratiquent essentiellement la natation et le volley-ball, mais aussi le basket-ball et le bowling[7]. La Après les Gay Games 1990, chaque sport crée son club distinct, le CGPIF se concentrant sur l'intégration de nouveaux clubs et la préparation des Gay Games[7]. La constitution de ce réseau d'associations est liée à la fin, depuis 1982, de la répression de l'homosexualité[7]. Le CGPIF devient la Fédération sportive gay et lesbienne (FSGL) en 1998 ; celle-ci regroupe en 2009 plus de 3 000 sportives et sportifs répartis dans une trentaine d'associations[7]. Les hommes y sont majoritaires dans les adhésions (60 %) et encore plus dans les instances dirigeantes (75 %)[7].

Représentations LGBT dans la culture française

Notes et références

Voir aussi

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