Entropie de Tsallis

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L'entropie de Tsallis ou entropie de Tsallis-Havrda-Charvát est une généralisation de l'entropie classique de Boltzmann et Gibbs destinée aux systèmes non-extensifs. Elle a été introduite par Constantino Tsallis en 1988[1]. Jan Havrda et František Charvát l'avaient introduite en théorie de l'information en 1967, comme généralisation de l'entropie de Shannon[2], et elle a été redécouverte indépendamment par Zoltán Daróczy en 1970[3].

Étant donné un ensemble discret de probabilités avec la condition de normalisation , et un nombre réel, l'entropie de Tsallis est définie par

est un paramètre parfois appelé indice entropique et une constante positive.

Dans la limite on récupère l'entropie usuelle de Boltzmann, à savoir

où l'on identifie à la constante de Boltzmann .

Si est le nombre d'états possibles du système d'équiprobabilité on généralise l'expression de Boltzmann

est le q-logarithme, fonction inverse de la q-exponentielle . On a donc .

Pour les distributions de probabilité continues, on définit l'entropie comme

est une densité de probabilité.

Non-additivité

Soit deux systèmes indépendants A et B, pour lesquels la densité de probabilité conjointe satisfait

L'entropie de Tsallis de ce système satisfait

Cette propriété est parfois appelée « pseudo-additivité ».

D'après ce résultat, il est évident que le paramètre est une mesure de l'écart par rapport à l'additivité. À la limite, lorsque q = 1

équation qui définit un système additif.

Convexité

On montre[4] que est concave pour et convexe pour .

On peut, comme pour l'entropie de Boltzmann rechercher un maximum () ou un minimum () en utilisant la distribution suivante

est l'énergie du i-ième niveau microscopique et une valeur qui, dans la réduction est , T étant la température. est la q-exponentielle.

Ainsi le principe d'entropie maximale permet de dériver les distributions de Tsallis comme la distribution q-exponentielle[5].

Familles exponentielles

De nombreuses distributions courantes comme la distribution normale appartiennent aux familles exponentielles statistiques. L'entropie de Tsallis pour une famille exponentielle s'écrit [6]

F est le log-normalisateur et k le terme indiquant la mesure de la porteuse. Pour la loi normale multidimensionnelle le terme k est nul, et donc l'entropie de Tsallis est explicite.

Applications

L'approche de Tsallis concerne :

  • les problèmes stationnaires ou métastables décrits par une q-exponentielle caractérisée par la valeur  ;
  • dont la sensibilité aux conditions initiales est celle de cette fonction (« chaos faible ») avec le paramètre  ;
  • dont les variables macroscopiques associées présentent une relaxation vers l'état stationnaire représenté par cette fonction pour le paramètre .

L'ensemble des trois valeurs est appelé triplet de Tsallis ou q-triplet.

Dans la littérature scientifique, la pertinence physique de l'entropie de Tsallis a été débattue[7],[8],[9]. Cependant, à partir des années 2000, un spectre de plus en plus large de systèmes complexes naturels, artificiels et sociaux a été identifié qui confirme les prédictions de cette théorie[10],[11].

Parmi les diverses vérifications et applications expérimentales actuellement disponibles dans la littérature, on peut noter :

  1. la distribution caractérisant le mouvement des atomes froids dans les réseaux de diffraction dissipatifs prédite en 2003[12] et observée en 2006[13] ;
  2. les fluctuations du champ magnétique dans le vent solaire ont permis le calcul du q-triplet[14] ;
  3. la distributions de vitesse dans un plasma poussiéreux dissipatif entraîné[15] ;
  4. la relaxation du verre de spin[16] ;
  5. l'ion piégé interagissant avec un gaz neutre classique[17] ;
  6. les expériences de collisions à haute énergie au LHC/CERN (détecteurs CMS, ATLAS et ALICE)[18],[19] et au RHIC/Brookhaven (détecteurs STAR et PHENIX )[20].

Parmi les différents résultats théoriques disponibles qui clarifient les conditions physiques dans lesquelles s'appliquent l'entropie de Tsallis et les statistiques associées, on peut sélectionner les suivants :

  1. la diffusion anormale[21],[22] ;
  2. le théorème d'unicité pour l'entropie de Tsallis[23] ;
  3. la sensibilité aux conditions initiales et production d'entropie à la limite du chaos[24],[25] ;
  4. l'ensemble de probabilités qui rendent l'entropie de Tsallis non additive extensive au sens thermodynamique[26] ;
  5. les systèmes quantiques intriqués et la thermodynamique fortement liée[27] ;
  6. la thermostatistique du mouvement suramorti des particules en interaction[28],[29] ;
  7. les généralisations non linéaires des équations de Schrödinger, de Klein-Gordon et de Dirac[30] ;
  8. le calcul de l'entropie des trous noirs[31].

Entropies généralisées

Notes et références

Articles connexes

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