Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou 1989
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Le FESPACO 1989 est la 11e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Il se déroule du au à Ouagadougou au Burkina Faso.
| FESPACO 1989 | ||||||||
| 11e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou | ||||||||
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| Détails | ||||||||
| Dates | Du 25 février au | |||||||
| Lieu | Ouagadougou, Burkina Faso | |||||||
| Site web | fespaco.bf | |||||||
| Résumé | ||||||||
| Heritage Africa | Kwaw Ansah | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Le thème de cette édition est « Cinéma et développement économique » et le colloque porte sur Cinéma, femmes et pauvreté[1].
Le film Heritage Africa de Kwaw Ansah décroche l'Étalon de Yennenga.
Contexte
L'assassinat de Thomas Sankara et son équipe a profondément choqué les cinéastes, d'autant que le pouvoir est échu à Blaise Compaoré, soupçonné de l'avoir commandité, condamné en 2022 par contumace à Ouagadougou à la prison à perpétuité pour « complicité d’assassinats » et « atteinte à la sûreté de l’État ». L'édition 1989 a lieu près de 18 mois après le drame. Un boycott est envisagé mais la volonté de ne pas rompre avec l'idéal de Thomas Sankara domine, et donc de faire perdurer la manifestation en optant pour « une participation militante ». Une délégation conduite par Alimata Salambéré est même allée aux États-Unis pour convaincre les cinéastes noirs américains qui étaient les plus réticents, à commencer par Haïlé Gerima qui a déclaré vouloir le boycotter « tant que Blaise sera à la tête du Burkina », ce qu'il fit. D'autres ont refusé d'envoyer leurs films, d'autres encore ont choisi de ne pas aller à la cérémonie d'ouverture mais au contraire de se rendre sur la tombe de Sankara[2].
Le Comité national d'organisation (CNO) est présidé par Jean-Modeste Ouédraogo tandis que le secrétaire permanent reste Filippe Savadogo et que le trésorier est Joseph Konditamde[3]. Il n'est cependant mis en place que le , donc fort tardivement. Fort de 28 membres majoritairement issus du nouveau régime, ce contrôle est, selon Colin Dupré, destiné à maîtriser la communication et éviter tout dérapage pour ne pas entacher l'image du pays[4]. Un documentaire réalisé pour Channel 4 par le Ghanéen Nii Kwate Owoo qui évoquait le Fespaco 1987 avec Thomas Sankara fut ainsi, selon Balufu Bakupa Kanyinda, interdit de projection[4].
En tant que Secrétaire d'Etat à la Culture, Alimata Salambéré invite la FEPACI à étudier les solutions « viables et réalistes » à proposer aux gouvernements africains pour arriver à produire des films de haute qualité pouvant aller sur le marché international du cinéma et de la télévision[5].
Déroulement
L'inauguration au Stade du 4-Août est animée par Ismaël Isaac et les Frères Keïta, Dési et les Sympathics, Jeanne Bicaba.
Le Festival de films pour l'enfance et la jeunesse est maintenu à cette édition, en liaison avec l'UNICEF.
Le 11ème Fespaco rend hommage à Ababacar Samb Makharam, Paulin Soumanou Vieyra et Jean-Michel Tchissoukou — trois pionniers disparus au cours de l'année 1987.
Alors que les Fespaco des années Sankara étaient relativement bien organisés malgré leur tendance au gigantisme, cette édition renoue avec les chaos précédents et la frustration des festivaliers, d'autant plus que « l'euphorie des cinéastes entre 1983 et 1987 est retombée »[6]. Le Monde signale « une belle pagaille dans la programmation, communiquée tardivement et parfois modifiée en dernière heure » et insiste sur la panne d'un projecteur durant toute la durée du festival, si bien qu'une projection de Camp de Thiaroye a duré quatre heures. Cela s'ajoutant à l'impossibilité de rentrer dans certaines salles, « une partie des festivaliers y a renoncé et s'est mise en vacances, provoquant le désespoir ou la colère de certains réalisateurs »[7].
En raison du boycott de la diaspora, 171 films seulement sont projetés contre 268 en 1987. La participation du public est divisée par deux[6].
Le Marché international du film africain (MIFA) créé en 1983 et le Marché d'échange des productions télévisuelles (MEPT) créé en 1987 fusionnent et deviennent le Marché international du cinéma et de la télévision africains (MICA)[8]. Cette quatrième édition profite de l'engagement du Danemark à financer une restructuration. La France s'investit à nouveau dans le festival tandis que les subventions de l'Union européenne sont multipliées par dix, passant de 28 826 à 301 118 €[9].
L'Association des actrices africaines est créée durant ce Fespaco avec Zalika Souley comme présidente « en reconnaissance du rôle qu'elle a joué dans l'affirmation de la valeur de la femme dans le monde du cinéma africain »[10].
C'est également à cette édition qu'est lancée la Cinémathèque africaine de Ouagadougou, un projet confié au Secrétariat général permanent du Fespaco. Elle sera inaugurée en 1995[11].
En 1989 est également attribué pour la première fois le prix Paul Robeson attribué à un film de la diaspora[12]. L'édition précédente, en 1987, avait déjà proposé une sélection de films de la diaspora.
Durant cette édition, la FEPACI initie une rencontre entre les cinéastes africains et les partenaires extérieurs (télévisions, producteurs, distributeurs, etc.) pour une meilleure coopération. Ces « Journées internationales du partenariat audiovisuel » (JIPA) visent à impulser un partenariat d'un type nouveau entre le Nord et le Sud[13].
Bilan
Deux chercheurs burkinabè, Zéphirin Diabré et Idrissa M. Ouédraogo, ont étudié les retombées économiques du Fespaco 1989. Tous les secteurs, même le secteur informel, voient leur chiffre d'affaires augmenter. Cet impact, également en termes d'emploi, est cependant éphémère et circonscrit à la ville de Ouagadougou[14].
Sélections officielles
Sur la base du catalogue de l'édition 1989 ; par ordre alphabétique de pays
Longs métrages
Diaspora longs métrages
| Titre | Réalisation | Pays |
|---|---|---|
| One Don't Clap | Kavery Dutta | |
| Omega Rising: Woman of Tastafari | D. Elmina Davis | |
| Time and Jugement | Menelik Shabazz | |
| Testament | John Akomfrah |
Courts métrages
| Titre | Réalisation | Pays |
|---|---|---|
| Mes nuits sont vos jours | Abdellah Hamdi | |
| Cahier d'un maquisard | Mustapha Mangouchi | |
| Manuel Mendive ou l'esprit pictural yoruba | N'Diagne Adechoubou | |
| La Ballade | Ismaël Salahou | |
| Rythme et danse du Burkina | Ismaël Ouédraogo | |
| Etre femme au Burkina | Maurice Kaboré | |
| La Cire perdue | Emmanuel Sanou | |
| Dunia | Pierre Yameogo | |
| Blaky, un monstre | Armand Balima | |
| Erick, cosaque à l'Astros et Bemba | Armand Balima | |
| Sanou | Diaby Lanciné | |
| La Décision | Luc Sissia | |
| Un autre demain | David-Pierre Fila | |
| Save the Seahor Birds | Abdul Rahman Attah | |
| Ouaga African Cinema Now | Efiri Tete | |
| Le Continent de l'oubli | ||
| Baro (Le Lac sacré) | Cheik Doukouré | |
| L'Eau et la sécheresse | Daouda Keïta | |
| Nieba | Adama Drabo | |
| Veillée à Blongui | Sidy Diabaté | |
| Dakar Clando | Ousmane William Mbaye | |
| Baram (Autour du feu) | Moussa Touré | |
| Le Prix du mensonge | Moussa Sene Absa | |
| Festac 77 | Roger Kwami Mambu Zinga | |
| The Alternative | African National Congress | |
| Consequences | Ole Maruma | |
| Corridor of Freedom | Simon Bright |
Diaspora courts métrages
| Titre | Réalisation | Pays |
|---|---|---|
| Dreaming Rivers | Martina Attille | |
| La Source City | Madeleine Beauséjour | |
| Frontline Southern Africa "Destructive Engagement" | Toni Strasburg | |
| We are the Elephant | Menelik Shabazz | |
| Exit No Exit | Julian Henriques | |
| Amours éternels | Jacqueline Gozland |
Palmarès
Palmarès officiel
Pour la première fois, le grand prix est attribué à un film anglophone. Kwaw Ansah avait déjà obtenu le Prix Oumarou Ganda de la première oeuvre en 1981.
| Prix | Lauréat | Film | Pays |
|---|---|---|---|
| Grand prix Étalon de Yennenga | Kwaw Ansah | Heritage Africa | |
| Prix spécial du jury | Gaston Kaboré | Yaaba | |
| Prix Oumarou Ganda de la première œuvre | Flora Gomes | Mortu Nega | |
| Prix du meilleur court métrage | Mambaye Coulibaly | La Geste de Ségou (Segu janjo) | |
| Prix de la meilleure musique | Francis Bebey | Yaaba de Gaston Kaboré | |
| Prix de la meilleure image | Mohamed Chouikh | La Citadelle | |
| Prix Paul Robeson de la diaspora | Raquel Gerber | Ôrí | |
| Mention spéciale d'interprétation féminine | Bia Gomes | Mortu Nega de Flora Gomes | |
| Mention spéciale d'interprétation masculine | Charles Kofi Bucknor | Heritage Africa de Kwaw Ansah | |
| Prix du meilleur scénario | Gaston Kaboré | Zan Boko | |
| Mention spéciale pour le son | John Akomfrah | Testament | |
| Prix du public | Idrissa Ouedraogo | Yaaba |
Palmarès des prix spéciaux
| Prix | Lauréat | Film | Pays |
|---|---|---|---|
| Prix de l'Institut culturel africain (ICA) | Mambaye Coulibaly | La Geste de Ségou (Segu janjo) | |
| Prix du Comité inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) | Abdulkadir Ahmed Saïd | L'Arbre de vie | |
| Prix INALCO[15] | Idrissa Ouedraogo | Yaaba | |
| Prix Voix de l'espoir long métrage | Sidiki Bakaba | Les Guérisseurs | |
| Prix Voix de l'espoir court métrage | Mambaye Coulibaly | La Geste de Ségou (Segu janjo) | |
| Mention spéciale Voix de l'espoir | Flora Gomes | Mortu Nega | |
| Prix UNICEF Regard de l'enfant | Kitia Touré | Les dix commandements de l'enfant | |
| Prix UNICEF Promotion de la femme | Flora Gomes | Mortu Nega | |
| Prix de l'Institut des peuples noirs | Ousmane Sembène | Camp de Thiaroye | |
| Prix Canal+ | Abdulkadir Ahmed Saïd | L'Arbre de vie | |
| Prix TELCIPRO long métrage | Flora Gomes | Mortu Nega | |
| Prix TELCIPRO court métrage | Moustapha Dao | Le Neveu du peintre | |
| Prix Mobil | Gaston Kaboré | Zan Boko | |
| Prix du Conseil international de film pour l'enfance et la jeunesse (CIFEJ) | Mambaye Coulibaly | La Geste de Ségou (Segu janjo) | |
| Prix de la CEE long métrage | Eltayeb Mahdi | Almahatta | |
| Prix de la CEE court métrage ex æquo | Tree of Life | ||
| Prix de la CEE court métrage ex æquo | Save the sea short bird | ||
| Prix ACCT long métrage | Flora Gomes | Mortu Nega | |
| Prix OUA | Kwaw Ansah | Heritage Africa | |
| Mention spéciale OUA | Idrissa Ouedraogo | Yaaba | |
| Prix de l'Institut francophone de lutte contre les drogues (IFLD) | Aminata Ouédraogo | L'Impasse | |
| Prix de la ville de Pérouse | Kwaw Ansah | Parle un grand-père | |
| Prix de la ville de Perugia : acteur principal | Chohdi Srour | Vols d'été de Yusri Nasrullah | |
| Prix OCIC | Gaston Kaboré | Zan Boko | |
| Mention OCIC | Abdulkadir Ahmed Saïd | L'Arbre de vie | |
| Prix Afrique Elite de la meilleure comédienne | Bia Gomes, rôle de Diminga | Mortu Nega de Flora Gomes |
Bibliographie
- Colin Dupré, Le Fespaco, une affaire d'État(s), 1969-2009, L'Harmattan, , 406 p. (ISBN 978-2-336-00163-0)
- Fespaco, Black Camera et Institut Imagine, Cinéma africain - Manifeste et pratique pour une décolonisation culturelle : Première partie - le FESPACO : création, évolution, défis, Ouagadougou, Auto-édition, , 786 p. (ISBN 978-2-9578579-4-4).