Fais (Micronésie)

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Fais
Image aérienne de Fais.
Image aérienne de Fais.
Géographie
Pays Drapeau des États fédérés de Micronésie États fédérés de Micronésie
Archipel Îles Carolines
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 9° 45′ 37″ N, 140° 31′ 15″ E
Superficie 2,8 km2
Point culminant 20 m
Géologie Atoll surélevé
Administration
État Yap
District Îles extérieures de Yap
Démographie
Population 294 hab. (2010)
Densité 105 hab./km2
Autres informations
Fuseau horaire UTC+10
Géolocalisation sur la carte : Micronésie
(Voir situation sur carte : Micronésie)
Fais
Fais
Îles dans les États fédérés de Micronésie

Fais est un atoll surélevé situé approximativement à 87 kilomètres à l'est d'Ulithi et 251 km au nord-est de Yap, dans les îles Carolines dans l'océan Pacifique. Il appartient aux îles extérieures de Yap. Du point de vue administratif, c'est une municipalité de l'État de Yap, dans les États fédérés de Micronésie.

De forme oblongue, Fais a une superficie de 2,8 km2 et une altitude maximale de 20 m. Le climat y est de type équatorial, chaud, modérément humide et pluvieux tout au long de l'année. Des périodes de sécheresse peuvent toutefois s'étendre sur plusieurs mois. L'île est régulièrement affectée par des cyclones. Elle possède une flore et une faune diversifiées, notamment des insectes et des oiseaux ; les seuls mammifères que sont les rats, les chiens et les cochons, ont été introduits par l'Homme.

Les premiers humains abordent Fais au cours des IIe – IVe siècles d'après des sondages archéologiques. Les objets découverts illustrent des échanges avec les îles Yap, lesquelles ont pu servir d'intermédiaires dans la transmission de céramiques et de parures en provenance des Palaos, des îles Salomon et des îles Marshall. Les Européens établissent les premiers contacts avec les insulaires dans la première moitié du XVIe siècle. Fais et le reste des îles Carolines passent sous domination espagnole jusqu'en 1899, puis sont intégrées à la Nouvelle-Guinée allemande. En 1914, l'empire du Japon prend possession de la région, occupation régularisée dans le cadre du mandat des îles du Pacifique créé en 1919. Entre 1937 et 1944, les Japonais exploitent du phosphate au centre de l'île. Les forces armées américaines investissent l'île le et à partir de 1947, les États-Unis administrent la région de Micronésie en tant que territoire sous tutelle des îles du Pacifique. Les États fédérés de Micronésie accèdent à l'indépendance en 1986.

La population actuelle parle l'ulithi. La religion pratiquée est le christianisme mais une croyance aux esprits des ancêtres perdure. La population dispose d'une école primaire, d'un dispensaire et de quelques biens électroniques. L'alimentation est fondée sur la pêche (poissons de lagon et de récifs, requin, tortue) et l'agriculture traditionnelle de subsistance (patate douce, manioc, aracées, fruits de l'arbre à pain, figue bossue, nono, etc.). L'île importe très peu de denrées alimentaires. La qualité du tabac produit à Fais est reconnue par la population voisine d'Ulithi. Le territoire de l'île est traditionnellement organisé en un système complexe de parcelles réparties entre les différentes familles. Les zones de pêche sont quant à elles différenciées par deux systèmes géographiques non écrits. L'eau potable est préférentiellement fournie par les noix de coco, l'eau de pluie servant pour l'agriculture. Les puits qui ont été creusés ne sont pas utilisés.

Le tissage du machi, un tissu de fibres végétales teintées aux motifs recherchés, un aspect important de l'identité féminine, a été relancé au début des années 2000 avec la création d'une école spécifique. Ce tissu possédait et possède encore un rôle symbolique très important : il permettait entre autres d'être pardonné d'avoir provoqué une mort accidentelle, jouait un rôle important lors de la cérémonie d'investiture d'un nouveau chef et constituait un cadeau de choix dans le cadre du Sawei, un système de relations hiérarchiques entre les îles Yap et les îles extérieures de Yap.

Les familles sont agnatiques et patrilocales et l'adoption d'enfants est couramment pratiquée pour des raisons sociales, politiques et économiques. Les habitants de Fais sont connus avec ceux de l'atoll d'Ulithi pour offrir un des meilleurs systèmes de soins palliatifs traditionnels au monde.

Localisation

Dessin figurant en bleu l'océan, en brun clair les terres et par des traits verts, bleus, verts et violets les limites et le mouvement des plaques.
Plaque tectonique des Carolines et plaques voisines.

Fais est la terre la plus proche (à environ 290 km) de Challenger Deep, le point le plus profond mesuré dans les océans. Elle se situe à 60 km au sud-est des îles de la Tortue, à 87 km à l'est d'Ulithi et à 251 km à l'est-nord-est des îles Yap[1].

L'île est positionnée à l'extrémité ouest de la plaque des Carolines, de mouvement ouest-nord-ouest, et qui se dirige vers la plaque philippine au bord oriental de laquelle sont situées les îles Yap. Fais est apparue à la suite de la rencontre entre ces plaques au Cénozoïque ancien, peut-être plus précisément durant le Miocène, il y a environ 24 millions d'années. Les scientifiques ne savent pas si les deux plaques sont toujours en collision ou si la plaque des Carolines a commencé à passer au-dessous de celle des Philippines. L'île est localisée sur la partie nord de la dorsale des Carolines, séparée de la partie sud par la fosse océanique de Sorol[MC 1].

Géologie et topographie

Dessin en couleur vives figurant les principaux caractères de l'île.
Plan de Fais.
  • récifs
  • plage
  • falaises
  • forêt
  • végétation rase
  • piste d'atterrissage
  • zones d'habitat

De forme oblongue, Fais est un atoll surélevé, une plate-forme de carbonates poreuse d'une superficie de 2,8 km2 et d'une altitude maximale de 20 m, qui a peut-être émergé il y a 20 millions d'années[2],[MC 2],[PR 1]. Un récif frangeant fait le tour d'environ les deux tiers de l'île et délimite un étroit lagon n'offrant donc qu'une faible faune marine. Ce récif est absent au nord-est et au sud-ouest, zones où la côte, ordinairement sous forme de plages de sable, s'élève en falaises[R 1],[PR 1]. Celles-ci sont percées de grottes formées par des écoulements anciens d'eau douce, et d'où la nappe phréatique s'épanche encore[Z 1].

Climat

Le climat sur Fais est équatorial, chaud (27 °C en moyenne), modérément humide et pluvieux tout au long de l'année. La température est relativement uniforme tout au long de l'année : elle s'établit entre 30 et 34 °C à midi et tombe à 22 à 25 °C la nuit. La pression atmosphérique normale s'établit entre 1 000 et 1 013 hPa. L'île se trouve dans une région soumise à des vents constants avec une pluviométrie moyenne annuelle élevée (environ 3 000 mm), sous forme d'intenses pluies de courtes durées. De début décembre à avril ou mai, les vents viennent du nord-est, et de fin juillet à fin septembre du sud-ouest. Ils sont alors plus chargés d'humidité. Les intersaisons comportent des jours plus calmes. La quantité d'eau de pluie peut baisser d'au moins 23 % les années de sécheresse liées au phénomène El Niño. Une absence presque totale de précipitations peut s'étendre sur quatre mois. L'île est affectée par des tempêtes tropicales qui peuvent se transforner en cyclones entre avril et novembre[KR 1],[MC 3],[3],[I 1].

Cyclones et tempêtes tropicales

Photo satellite montrant une spirale de nuages blancs sur l'océan bleu.
Le cyclone Lupit au-dessus des îles Carolines le .

Des cyclones tropicaux majeurs, également appelés typhons, touchent l'île tous les 10 à 12 ans depuis au moins le milieu du XIXe siècle et occasionnent des destructions[KR 2],[MC 4]. Ils provoquent la chute des noix de coco et endommagent les systèmes de récupération d'eau de pluie, tous deux utilisés pour la consommation humaine[MC 4]. Le premier cyclone tropical renseigné par les sources écrites et ayant atteint l'île est daté du [KR 1].

Le , le cyclone tropical Lupit passe à 50 km au nord-est de Fais avec des rafales atteignant environ 185 km/h à 200 km/h et environ 10 cm de pluie. Des vagues de 4,2 à 5,5 m ont frappé les côtes de Fais et provoqué une grave érosion des plages et les embruns ont contaminé les réservoirs d'eau. Le cyclone a également endommagé ou détruit la plupart des toits et certains réservoirs ne rendant possible la collecte de l'eau de pluie qu'avec des moyens de fortune. Il a dépouillé les cocotiers de leurs fruits et détruit les cultures de subsistance, ne laissant que quelques jours de réserve[MC 4],[4].

Le , le typhon Sudal passe à 65 km au sud-sud-est de Fais avec une vitesse maximale des vents de 177 km/h. Il a provoqué d'importants dégâts similaires à ceux du passage de Lupit[5]. Il s'y est ajouté une crise économique pendant quatre mois du fait de la panne du cargo transportant des biens de secours, les magasins ayant souffert de pénuries de stocks. Le prix du riz a ainsi triplé et les habitants ont dû leur subsistance à la nourriture traditionnelle (tubercules, poissons du lagon, jus d'agrumes, extraits d'agrumes, etc.)[N 1]. En 2010, une enquête révèle que les modifications environnementales liées aux changements climatiques sont une préoccupation pour les habitants même si elle est moindre que sur d'autres îles moins élevées[N 2]. Quelques jours après le passage du typhon, un petit avion civil a été envoyé sur Fais par l'Agence fédérale des situations d'urgence des États-Unis pour apporter quelques secours[6].

Le cyclone Nanmadol passe le à 89 km à l'ouest-nord-ouest de Fais et déshabille la plupart des arbres de leurs fruits[7]. Les dégâts sont identiques pour une tempête tropicale ayant touché l'île le [8].

Carte montrant avec des points de couleur allant du bleu au rouge l'intensité variable des vents.
Parcours et intensité du typhon Maysak selon l'échelle de Saffir-Simpson.

Le , le typhon Maysak passe à 89 km au nord-ouest de Fais. Le phénomène météorologique est alors à son maximum d'intensité et a atteint la catégorie 5 de l'échelle de Saffir-Simpson (super-typhon). À Fais, alors que des rafales à plus de 280 km/h étaient prévues, la vitesse du vent a finalement atteint jusqu'à environ 260 km/h[9],[10],[Z 2],[11] soufflant tout de même des maisons[Z 3] et provoquant une élévation du niveau de la mer[Z 4]. La population a cherché refuge dans des bâtiments en béton comme l'église et l'école[Z 3]. L'état d'urgence est déclaré dans l'État de Yap par le gouverneur Tony Ganngiyan le [W 1]. Quelques jours après le passage du typhon, le Bureau de l'environnement et de la gestion d'urgence des États fédérés de Micronésie déclare avoir besoin de rations alimentaires pour les trois à six prochains mois pour Fais en raison de la destruction des cultures. Les réservoirs d'eau ont été endommagés par la tempête ou contaminés par de l'eau salée, l'eau potable est donc dans un premier temps fournie par une pompe alimentée par la Pacific Aviation Mission[Z 3],[Z 5],[Z 6],[W 2]. Quelques jours plus tard, un puits fonctionnant avec un panneau solaire offre une eau nécessitant d'être bouillie pour la consommation[Z 2]. Un second typhon moins puissant (Noul), ne provoquant que des dommages mineurs à Fais  il n'est alors qu'une tempête tropicale  ainsi que dans l'ensemble du pays, au soulagement des officiels du gouvernement fédéral, passe début mai à proximité de l'île[Z 7],[Z 8],[8]. Durant les deux années suivantes, l'Agence des États-Unis pour le développement international finance la reconstruction de maisons[Z 9] et fournit une aide financière pour aider à l'alimentation et à la reconstruction[Z 10]. Des dons privés sont également recueillis par l'association FUNSO (Fais Ulithi Ngulu Sorol Organization) créée pour l'occasion afin d'en assurer la redistribution en partenariat avec l'association américaine Habele[Z 11],[Z 2],[12]. En , dans le cadre de son opération annuelle Christmas Drop l'armée américaine parachute des boîtes contenant des livres, de la nourriture en conserve et des articles comme des filets de pêche pour « aider les insulaires à maintenir leur mode de vie en grande partie basé sur l'économie de subsistance[note 1] ».

Environnement

Dans le cadre d'un plan de gestion environnemental géré par le gouvernement des États fédérés de Micronésie, différents services gouvernementaux des États-Unis et le Programme des Nations unies pour le développement, l'atoll est intégré ainsi que les îles Yap, et les atolls d'Ulithi, Fais et Faraulep, à l'écorégion de la forêt tropicale sèche de Yap. Le programme a pour objectif la conservation et l'amélioration des systèmes écologiques marins, terrestres et d'eau douce et de leur diversité tout en répondant aux besoins humains[W 3].

Flore terrestre

Au début du XIXe siècle, Fais est décrite par le naturaliste Adelbert von Chamisso comme celle ayant le sol le plus riche et la flore la plus luxuriante de toutes les Carolines[Z 13]. Cependant, une grande partie de la forêt d'origine ainsi que le plateau central ont été dévastés par l'exploitation minière extensive menée dans les dernières années de l'administration japonaise, entre 1937 et 1944[B 1],[Z 14]. Environ 45 % de l'île ont été affectés[MC 5]. La forêt a depuis été supplantée par le maquis, des forêts secondaires, des prairies et des terres agricoles[B 1]. Les fragments de forêt conservés se situent le long du bord des falaises circonférentielles de calcaire corallien de l'île. Ils forment une ceinture de forêt basse et dense largement dominée par Barringtonia asiatica[FE 1],[B 1]. Ce dernier se mélange du côté intérieur des terres avec des arbres et arbustes, principalement Premna serratifolia  appelé localement iar[CF 1] , Hibiscus tiliaceus, Pipturus argenteus, Melochia compacta, Ficus tinctoria et Morinda citrifolia. Du côté de la mer, il cohabite avec des bouquets de Pandanus tectorius insérés dans un étroit cordon d’Heliotropium foertherianum et de Scaevola taccada. En bord de falaise, il y a une présence massive de Pandanus dubius. Des touffes d'herbacés de type Fimbristylis cymosa et Hedyotis albidopunctata s'accrochent aux irrégularités des falaises[FE 1].

Certains tronçons de la côte en face de la forêt, zones de terrasses soumises aux embruns et érodées, comportent une végétation herbacée clairsemée et de faible hauteur composée d’Heliotropium anomalum, d’Hedyotis albidopunctata, de Fimbristylis cymosa, de Melanthera biflora et de Paspalum distichum[FE 2]. Les zones les plus avancées sont parfois nues mais généralement couvertes de Sporobolus farinosus[FE 3]. L'intérieur du plateau, les bancs de sable à la base des falaises et les pentes arrière des plages sont utilisées pour l'agriculture, la plupart du temps des plantations de cocotier et d'arbre à pain auxquelles se mêlent Hibiscus tiliaceus, Morinda citrifolia, Calophyllum inophyllum, Premna serratifolia, Ochrosia oppositifolia, Aidia cochinchinensis, Syzygium aqueum et Syzygium samarangense. Le bananier, le papayer et Tacca leontopetaloides sont communément cultivés de même que, dans certaines zones du plateau non boisées, la patate douce, le manioc, le tabac et le taro géant des marais[FE 1],[Z 15]. Les sommets des plages en deçà des cocotiers présentent un tapis dense de Vigna marina et de Triumfetta procumbens[FE 3]. Trois espèces d’Araliaceae (Polyscias guilfoylei, Polyscias scutellaria et Polyscias fruticosa) sont utilisées pour former des haies[FE 4]. La présence de plants de bambou importés des îles Yap est documentée par Adelbert von Chamisso en 1815-1817[Z 13], mais il n'en reste plus de trace.

Faune

Un total de cinquante-six espèces d'insectes sont identifiées. Ce sont une sauterelle (Phisis willemsei[M 1]), six coléoptères (Caccodes marquesanus, Prionocerus caeruleipennis[M 2], Laius palauensis[M 3], Bradymerus faraulepensis[M 4]), dont une chrysomèle (Brontispa mariana[M 5]) et une coccinelle (Telsimia nitida[M 6]), deux cicadelles (Cicadulina bipunctella[M 7], Orosius argentatus[M 8],[M 7]), un cercope (Lallemandana phalerata[M 9]), dix-sept diptères (Chrysosoma molestum[M 10], Dacus frauenfeldi[M 11], Dasyrhicnoessa phyllodes[M 12], Homoneura prisca, Homoneura acrostichalis[M 13], Limnophora piliseta, Dichaetomyia vicaria, Musca domestica[M 14], Lophoteles plumula[M 15], Melanagromyza phaseoli, Ophiomyia cornuta, Pseudonapomyza spicata[M 16], Parasarcophaga knabi[M 17], Telostylinus gressitti, Mimegralla albimana[M 18]) dont deux nématocères (Thrypticomyia arachnophila, Trentepohlia poliocephala[M 19]), deux psoques (Valenzuela kraussi, Lobocaecilius fennecus[M 20]), cinq punaises (Cyrtopeltis nicotianae, Creontiades pacificus[M 21], Nysius caledoniae, Nysius pulchellus, Pachybrachius pacificus[M 22]), deux cochenilles (Icerya aegyptiaca, Dysmicoccus boninsis[M 23]), six fulgores (Romabenna praetor, Myndus indéterminé, Ugyops kinbergi palauana, Sogatella kolophon, Kamendaka lar, Swezeyia polyxo[M 24]). L'île compte également huit libellules (Anaciaeschna jaspidea, Anax guttatus, Diplacodes bipunctata, Neurothemis terminata, Pantala flavescens, Rhyothemis phyllis, Tholymis tillarga, Tramea transmarina) vivant principalement près des cuves en béton utilisées pour la culture des aracées[Z 15], et cinq papillons (Euchrysops cnejus, Lampides boeticus, Zizula hylax, Euploea eunice, Hypolimnas bolina)[Z 16].

Une espèce de scorpion est identifiée (Liocheles australasiae[M 25]). Les reptiles sont représentés par onze espèces : six scinques (Emoia caeruleocauda, Emoia jakati, Eugongylus albofasciolatus, Lamprolepis smaragdina, Lipinia noctua, une espèce d’Eutropis), quatre geckos (Gehyra mutilata, Gehyra oceanica, Lepidodactylus moestus, une espèce peut-être inédite de Lepidodactylus) et un varan (Varanus indicus)[B 2]. Celui-ci aurait été introduit par les Japonais au début du XXe siècle[B 3]. Des tortues se rencontrent dans les eaux avoisinantes et viennent de temps en temps à terre[B 3].

L'île abrite plusieurs oiseaux de mer (Phaéton à bec jaune, Frégate du Pacifique, Frégate ariel, Noddi brun, Gygis blanche), des oiseaux côtiers migrateurs (Pluvier bronzé, Pluvier de Leschenault, Chevalier arlequin, Chevalier de Sibérie, Courlis corlieu), un oiseau terrestre (Stourne de Micronésie) et le coq (Gallus gallus), introduit entre et apr. J.-C.[SI 1],[IS 1].

L'île ne comporte pas de mammifères durant le Pléistocène si ce n'est des rats et des chauves-souris[IS 2]. Une espèce de chauve-souris du genre Pteropus est encore rencontrée sur l'île, mais son identification spécifique reste à être précisée[Z 17]. Des cochons et des chiens ont été introduits par l'homme depuis environ apr. J.-C., voire peut-être apr. J.-C., depuis les Philippines, l'Indonésie ou la Mélanésie du Nord, ou peut-être, pour les chiens, des îles Carolines orientales. Ces populations étaient abattues jeunes, peut-être, dans le cas des cochons, par manque de nourriture suffisante pour les élever jusqu'à l'état adulte. Elles paraissent avoir été consommées de temps à autre, peut-être lors de certains évènements[IS 3]. Lors de sa visite de l'île en 1909, l'allemand Krämer compte de nombreux rats, aucun chien, mais trois cochons et des poules pour l'alimentation[KR 3].

Histoire

Une origine mythique

D'après un mythe connu à Fais, variation d'un mythe polynésien, Motikitik, fils d'une femme nommée Lorop, découvre un jour que sa mère utilise une formule magique pour descendre secrètement en un lieu, sous et au-delà de la mer, y chercher de la nourriture pour ses deux frères et lui-même. Il la suit un jour par-delà les profondeurs, en utilisant cette même formule, et s'y transforme en oiseau, ce dont elle s'aperçoit. Elle lui déclare alors qu'à la suite de son acte elle va maintenant mourir et lui donne des instructions pour son enterrement. Les deux autres frères ne la prennent pas au sérieux. Mais un jour que ces derniers partent pêcher, Lorop meurt et Motikitik l'enterre en ce lieu, sous la mer, comme convenu. Plus tard, il part pêcher avec ses frères et, alors que son hameçon s'est coincé, à l'endroit où repose le corps de sa mère, en tirant il réussit à élever une île du fond de l'océan, Fais. Ses frères contestent son droit à la terre ainsi pêchée mais l'esprit de leur mère donne raison à Motikitik, le seul à avoir démontré sa piété filiale en l'enterrant[Z 18],[KR 4].

Par la suite, selon les habitants de Fais, Motikitik perd son hameçon en partant de Fais pour rejoindre l'atoll d'Ulithi. Un habitant de Falalop, proche de cet atoll, le retrouve et le ramène aux îles Yap, sachant son pouvoir merveilleux, mais le perd également. Découvert par la femme d'un chef de ces îles, elle le ramène au village de Gatschapar (Gachpar dans la municipalité de Gagil) et elle l'y confie à un prêtre. Selon la tradition, connue sur plusieurs îles, si cet hameçon est perdu ou détruit, Fais est engloutie au fond de l'océan pour revenir d'où elle vient. Pour cette raison, il est dit que les gens de Fais vivent dans la peur de Yap et qu'ils souffrent de rester sous son emprise[Z 18].

Les débuts de l'occupation humaine

Les hypothèses scientifiques

Carte en couleur figurant l'Australie, le sud-est de l'Asie et l'Océan Pacifique ouest.
Carte de localisation actuelle des langues océaniennes : en rose, les langues micronésiennes auxquelles appartient celle parlée à Fais ; en orange, les langues des îles Yap et des îles de l'Amirauté.

L'archéologue Michiko Intoh propose à la fin des années 1990 deux hypothèses. La première, qui a la faveur de la scientifique, est un déplacement depuis les îles Yap, à la lueur des vestiges archéologiques, d'un petit groupe humain qui adopte dans un second temps un langage venant de l'est, d'une nature totalement différente de celui de Yap. Une deuxième hypothèse, basée sur l'étude linguistique, propose une provenance depuis l'est du Pacifique des premières populations qui s'intègrent à des réseaux d'échanges avec les îles Yap[Z 19]. La première hypothèse ne convainc pas Paul Rainbird qui, en 2004, remarque que Fais est occupée bien après les îles voisines situées à l'ouest. Il pense que l'arrivée précoce des hommes à Fais tient à ce que la très grande majorité des atolls plus à l'est, qui ne sont occupés que quelques centaines d'années plus tard, n'étaient pas encore suffisamment émergés pour accueillir une population humaine[PR 2]. Quelques années plus tard, en 2011, Michiko Intoh ne propose plus qu'un mouvement humain en provenance de l'est conformément à l'approche linguistique, le mobilier archéologique témoignant des échanges avec l'ouest[Z 20]. Une étude des dermatoglyphes parue en 1972 n'a pas permis de distinguer des autres populations d'Océanie les populations d'Ulithi et de Fais, associées dans un même groupe par les chercheurs car partageant la même langue[Z 21].

L'occupation préhistorique d'après les fouilles archéologiques

Des sondages archéologiques réalisés en 1991, en 1994 et en 2005, près du village de Faliyow, ont permis la découverte de plusieurs niveaux de sols attestant d'une présence humaine comprise depuis les IIe – IVe siècles[Z 20],[I 2].

Photo d'un coquillage aux valves aux bords ondulés entrouverts.
Coquilles de Tridacna gigas.

L'île ne possède pas de gisements d'argile et les céramiques nécessaires aux activités culinaires ont donc été importées. Les fouilles ont fourni, dès les niveaux les plus anciens, de nombreux tessons de céramique fabriquée aux îles Yap et quelques tessons de céramique des Palaos résultant peut-être d'échanges avec Yap. L'évolution dans le temps des types de céramique produits aux îles Yap est identique à celle observée à Fais, démontrant des contacts très rapprochés[Z 22],[Z 23],[Z 24],[I 3]. Les fouilles ont également mis au jour des pierres en schiste vert en provenance des îles Yap. Elles étaient probablement utilisées, après chauffe, pour faire bouillir l'eau[Z 23]. Des herminettes obtenues avec une coquille du genre Tridacna sont attestées depuis l'origine de l'occupation humaine. Celles en coquille du genre Cassis sont connues à partir de 800[I 2]. Des tiges de leurre de pêche à la traîne et des hameçons en os ou en carapace de tortue ont pour certains été fabriqués sur place. D'autres datés entre 450 et 750 et entre 1050 et 1400 proviennent des îles Salomon ou des îles Marshall[I 4]. Des ornements  un bracelet et un pendentif  en coquillage majoritairement du genre Tridacna, mais aussi des genres Cassis et Spondylus ont été retrouvés, de même que des fragments de carapace de tortue travaillés, des dents de requin percées, des ossements d'oiseaux consommés, etc., et, dans un niveau daté entre 1000 et 1200, de la gomme d'un arbre courant aux Philippines[Z 23],[I 2].

Des plates-formes de débris de corail, légèrement surélevées, pour permettre un bon drainage, et correspondant à l'emplacement d'anciennes habitations sont observables à Fais. Elles appartiennent à un modèle qui pourrait être originaire des îles Yap. Elles sont entourées, comme les maisons actuelles de Fais, de pavés de corail blanc usés par l'eau. Des fosses de cuisson avec des grappes de corail brûlées ont été identifiées[Z 25],[I 5].

Nombre de vestiges archéologiques attestent, depuis les débuts de l'occupation humaine à Fais, d'intenses courants commerciaux entre cette île et Yap. Mais, ce constat est valable entre les Carolines centrales et Yap[Z 26],[IS 4]. Étrangement, aucun objet n'illustre des contacts avec les îles Truk et Pohnpei[Z 23].

Quatorze corps correspondant à huit adultes dont six femmes, à un juvénile et à cinq enfants sont datés entre 1300 et 1600. Les squelettes portent les marques d'un mode de vie plutôt actif et physique et d'une santé médiocre. Deux individus portent les traces d'une maladie tréponémique, probablement le pian, et l'émail des dents de la plupart des sujets est révélateur d'une mauvaise nutrition ou d'une maladie ainsi que d'une mauvaise hygiène buccale[Z 27]. Les défunts ont été enterrés avec divers objets : ce sont de petites perles en coquille, des perles en verre d'origine chinoise ou vénitienne et ayant peut-être transité par les Philippines, des bracelets en coquille de Tridacna et de Trochus, un hameçon en coquille[I 6].

Plusieurs des sols fouillés présentent un faciès géologique correspondant au résultat de l'érosion de sols communément associée à de l'agriculture[SI 2]. Celle-ci fut particulièrement intense dès l'origine[I 2]. Des os de rats originaires d'Asie de l'est (Rattus tanezumi), dès les niveaux les plus anciens, attestent de l'introduction d'animaux domestiques depuis l'ouest[SI 2],[Z 23]. Peut-être est-ce l'origine des ancêtres des cochons (Sus scrofa domesticus) et des chiens dont des ossements ont été retrouvés et pour lesquels l'analyse de dents par mesure des ratios d'isotope du strontium indique qu'ils ont grandi sur Fais et ont été pour certains nourris avec du poisson[Z 19],[Z 28]. Les ossements d'oiseaux correspondent à quatorze espèces d'oiseaux de mer, cinq espèces d'oiseaux côtiers migrateurs, quatre espèces d'oiseaux terrestres et une espèce de volaille introduite (Gallus gallus). Neuf espèces d'oiseaux de mer et trois d'oiseaux terrestres ont depuis disparu de l'île[SI 1]. Le coq, originaire du sud-est de l'Asie, est consommé dès l'origine sur l'île mais sa présence est plus importante par la suite[SI 3]. D'après des analyses d'ADN, une nouvelle population de coq arrive entre 1340 et 1470. Elle pourrait être liée à des changements culturels à l'œuvre sur les îles Yap et ayant influencé la population de Fais. Ils se traduiraient par exemple par l'utilisation de grattoirs confectionnés dans des mollusques du genre cassis et un nouveau de type de céramique yapaise. Une autre hypothèse est l'introduction de ces animaux depuis la Polynésie[Z 29]. L'origine est-asiatique du cochon, du rat et de la première population de coq, la présence du chien beaucoup plus courante à l'ouest qu'à l'est de Fais, peut-être pour des raisons culturelles, et la rareté de l'attestation de ces quatre animaux pour des périodes anciennes en un même lieu, pourrait être révélatrice de l'importance de Fais dans les relations entre l'ouest et le centre-est de la Micronésie[Z 30].

L'étude des restes de poisson, couplée à d'autres sources d'informations, amènent Rintaro Ono et Michiko Intoh à proposer une pêche régulière mais peu soutenue des espèces côtières, du fait de l'environnement récifal limité, et donc une exploitation intensive des espèces en pleine mer, notamment le requin, les Serranidae (dont le mérou) et entre 400 et 800 le thon. Ces trois espèces sont les poissons les plus péchés à Fais depuis les débuts de l'occupation humaine. Après 800, la proportion de thon diminue sans doute pour des raisons climatiques. La pêche du requin et du mérou est beaucoup plus importante que partout ailleurs en Micronésie mais aussi en Polynésie et celle du thon est comparable à celle pratiquée en Polynésie. La taille des poissons indique une prédominance du requin et du thon comme source de protéine[Z 20]. Dans des niveaux datés entre 1300 et 1800, les coquilles consommées ou collectées dans des inhumations indiquent un ramassage autour des récifs de corail[Z 31].

Des premiers contacts avec les Espagnols jusqu'à l'indépendance des États fédérés de Micronésie

Carte en couleur figurant de nombreuses îles de la région de Micronésie.
Carte des Nouvelles Philippines datée de 1705. Fais y est dénommée Paiz.
Carte en teintes bistre et gris figurant Fais, les îles Yap et Ulithi.
Détail de la Carta general de las islas Palaos, Marianas y Carolinas. Fais, orthographiée Feis, y apparaît aussi sous le nom de Matalotes.

Le , une expédition espagnole dirigée par Álvaro de Saavedra s'arrête sur un groupe d'îles qu'il nomme las Islas de los Reyes (les « îles des Rois Mages » en français). Cet ensemble correspondrait aux îles Yap et à Fais[H 1],[Z 32]. Cette identification n'est pas partagée par Paul Rainbird qui attribue la première visite de Fais, quatorze ans plus tard, le 22 ou , à l'espagnol Ruy López de Villalobos qui y est accueilli en espagnol par des insulaires : la population locale s'approche des navires dans des canots et salue les marins avec des « Buenos días matelotes[Z 33],[PR 3] ! » Cela pourrait être la résultante de la visite antérieure d'Álvaro de Saavedra ou de contacts avec des navires espagnols en provenance des Philippines[H 2],[Z 34],[PR 3]. En 1808 ou 1809, le commerçant espagnol Jose Maria Fernandez qui souhaite atteindre les Palaos pour s'y fournir en holothuries arrive à Fais par erreur[Z 35]. Par la suite, l'expédition de l'explorateur Otto von Kotzebue, en 1815-1817, avec à son bord Adelbert von Chamisso y débarque[Z 13], alors que Jules Dumont d'Urville qui arrive en vue de cette terre le ne fait que passer à proximité. Il la nomme Astrolabe avant de lui attribuer le nom de Feis, renseigné par le capitaine Lütcke que les insulaires l'appellent ainsi[Z 36]. En de la même année, Louis Legoarant de Tromelin l'observe[KR 5],[Z 37].

Les îles Carolines sont sous domination espagnole du XVIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, mais la plupart des communautés des îles de l'actuel État de Yap n'ont que peu de contacts avec les Européens et vivent en toute indépendance. En 1885, à la suite d'un conflit entre l'Espagne et l'Allemagne, l'arbitrage de Léon XIII en confirme la possession à l'Espagne contre des avantages commerciaux pour l'Allemagne[Z 38]. Celle-ci acquiert ces îles en 1899 et les intègre à la Nouvelle-Guinée allemande[Z 39],[Z 40]. Au début de la première guerre mondiale, en 1914, l'Empire du Japon occupe la zone[Z 41]. Cette occupation est légalisée dans le cadre du Mandat des îles du Pacifique créé en 1919 par la Société des Nations[Z 42]. Le phosphate de l'île est exploité par les Japonais entre 1937 et 1944[Z 14].

Photo en noir et blanc montrant des bâtiments peu élevés au bord de la mer.
Les installations japonaises sur Fais photographiées depuis le périscope du sous-marin américain USS Wahoo le .

L'histoire de l'île durant la Seconde Guerre mondiale et le ressenti de la population  interloquée et effrayée  sont connus par un chant composé après la guerre. Durant cette période, Fais est défendue par des forces navales japonaises stationnées sur l'île et un champ de mine est installé sur le plateau. De jeunes hommes sont envoyés sur les îles Yap afin d'y travailler aux défenses contre les bombardements américains[Z 43]. Un sous-marin américain, le USS Drum tire sur les installations japonaises de l'île le [13]. Un contact avec un navire de reconnaissance américain a lieu le . Par la suite, l'île est bombardée par les navires américains et la population ne peut se réfugier que dans des abris de fortune. Des forces armées investissent l'île avec des véhicules amphibies le [Z 43]. Un détachement de huit Japonais tombe à la suite d'un bref et inutile affrontement. Ce sont les derniers à être tués à terre dans l'Océan Pacifique[14]. Le , les insulaires sont rassemblés devant la maison du chef suprême de l'île pour y assister à la levée du drapeau américain[Z 43].

Fais ainsi que l'ensemble des îles Carolines passent sous le contrôle des États-Unis qui, en 1947, les administrent en tant que Territoire sous tutelle des îles du Pacifique dans le cadre d'un mandat de l'ONU. Le , un Boeing B-29 Superfortress américain en détresse amerrit près de Fais. Les dix membres d'équipage sont accueillis par les insulaires, après le don de cadeaux au chef Mahol. Ils l'informent également de la capitulation du Japon. Les aviateurs sont récupérés le lendemain par une opération de secours[15],[16]. En 2002, des tôles de métal issues de cet avion sont encore utilisées dans des maisons, pour y découper des couteaux, des cuillères ou d'autres outils, pour constituer un four pour y faire sécher le coprah destiné à l'exportation, un pneu protège une plante, du tissu provenant de l'intérieur de la coque de l'avion est réutilisé pour les lignes de pêche et des ampoules en verre sont employées comme bols pour le service de la table[16].

Les États fédérés de Micronésie accèdent à l'indépendance en 1986[Z 44].

Une île anciennement intégrée aux échanges économiques

Chaque île ou atoll est relié à un ou deux atolls ou îles dans une progression d'est en ouest.
Schéma figurant les relations entre les îles micronésiennes dans le cadre du sawei.

La documentation archéologique illustre la présence de nombreux échanges avec les îles Yap depuis les débuts de l'occupation humaine. Au début du XXe siècle, Augustin Kraemer témoigne également des nombreux échanges[KR 6]. Fais a été intégrée au sawei, système de relations hiérarchiques entre les îles Yap et les îles extérieures de Yap, qui a fonctionné pendant cinq siècles avant que les colons allemands puis japonais n'interdisent les voyages inter-îles. Bien que les Yapais n'aient eu qu'une hégémonie réelle très limitée sur ces îles, ce système fournissait des avantages appréciables pour l'ensemble des parties[Z 45],[RL 1]. Du fait de leur proximité avec les îles Yap, Ulithi et Fais bénéficiaient d'un statut spécial. Beaucoup d'îles entretenaient des relations avec une île, à l'ouest, qui lui était supérieure et une ou plusieurs autres, à l'est, qui lui étaient inférieures. Tous les deux ou trois ans, des échanges de biens tels que des tissus ou des produits alimentaires marquaient la reconnaissance de ces relations[Z 45],[RL 2]. La valeur accordée aux tissus était corrélée à leur complexité : un bateau ne partait donc jamais vers les îles Yap sans machi, un tissu de fibres végétales aux motifs recherchés[RL 2],[Z 46]. Au début du XXe siècle, l'atoll d'Ulithi prélevait une taxe annuelle sur les bateaux de Fais[KR 6].

Les contes narrés dans l'atoll d'Ulithi mentionnent à plusieurs reprises Fais, indice d'échanges fréquents avec l'île[L 1]. D'autres échanges ont également eu lieu avec d'autres îles. Ainsi en 1697, 29 Micronésiens ayant quitté Fais pour Lamotrek arrivent à Samar aux Philippines, poussés par une tempête[H 3]. En 1963, six hommes d'Ulithi partant pour Fais sont pris dans un typhon et finissent également par débarquer à Samar[Z 47]. Dans ces deux cas, les marins ont pris la décision de cesser de rechercher à gagner leur destination pour se replier en un lieu sûr dont ils connaissent la localisation[LU 1]. Les marins utilisent des moyens mnémotechniques, basés sur l'imaginaire, et font intervenir des récifs, des îles et des étoiles. Ces récits sont adaptés par les hommes, en fonction notamment de la localisation de leur lieu de vie[Z 48].

Un point de départ pour l'émigration

Une circulation des hommes a également existé à partir de Fais. D'après un mythe des habitants de l'île d'Hatohobei à Palaos, 1 230 km au sud-ouest de Fais, leur île aurait été peuplée par des insulaires de Fais, qui dans cette histoire prend le nom de Mog Mog. Des études ethnographiques indiquent une parenté culturelle et de langue entre les habitants de ces deux îles. Des histoires de voyages entre ces deux terres sont encore racontées par des anciens au début des années 2000. L'époque de ce peuplement pourrait être datée vers 1700[W 4],[17],[Z 49].

D'après un autre conte, des insulaires de Fais émigrent sur Mogmog dans l'atoll d'Ulithi, probablement au début du XIXe siècle, et y donnent naissance au clan d'ascendance matrilinéaire Hamakrang. En 1949, la plupart des 25 personnes s'en réclamant descendent d'une femme nommée Thalalmar[L 2].

Toponymie

Dessin en couleur figurant l'île, ovale, avec ses toponymes.
Toponymes de Fais d'après A. Krämer (1937) : en blanc, points marquants du trait de côte ; en noir, les plages et zones de falaises ; cercles noirs, villages avec entre parenthèses les noms actuels.

Fais a été dénommée Feis ou Feys, dès 1721, ou Pais ou Paiz, dès 1697[Z 50],[Z 36],[KR 7]. Elle apparaît sous la dénomination île de Fais dans un atlas en langue française publié en 1826[Z 51]. En 1828, elle reçoit de Jules Dumont d'Urville les noms successifs d'île Astrolabe d'après le nom de son navire puis de Feis, renseigné qu'il s'agit du nom employé par les insulaires[Z 36]. Le passage à proximité de Louis Legoarant de Tromelin, la même année, lui vaut d'être parfois renseignée sous le nom de Tromelin ou Tromlin island[KR 5]. Elle est encore dénommée Fuhaesu ou Huhaesu durant l'occupation japonaise[C 1],[Z 52]. Dans les îles Yap, l'île est nommée Voeêi[KR 7].

Le toponyme Fais vient du terme ulithi Fai signifiant pierre, à cause de son aspect rocheux. Il se prononce comme le mot allemand Eis (glace en français), précédé de la lettre « F »[KR 7]. L'île est appelée Faiss en woléaïen[Z 53].

La toponymie interne à Fais, selon une source datée de 1937, concerne essentiellement les zones côtières, l'intérieur de l'île étant dénommé Lūel. Les plages et zones de falaises sont différenciées par des rochers et autres points marquants du trait de côte[KR 8]. La population s'organise en trois villages contigus le long des 600 m de la rive méridionale[R 1] : Yiludow, Lecucuy et Faliyow[MC 6].

Administration

Fais est une municipalité de l'État de Yap, dans les États fédérés de Micronésie. Elle est dirigée par trois chefs, un par village, dont l'un est le chef suprême de l'île[KR 9],[16],[RL 3]. En 1937, le chef principal est celui du village de Lecucuy, car c'est le plus peuplé[KR 9].

Dans le cadre des élections législatives internes à l'État de Yap, la municipalité constitue avec celles de Ngulu, d'Ulithi et la municipalité inhabitée de Sorol le troisième district électoral. Ce district élit pour quatre ans un sénateur au scrutin uninominal majoritaire à un tour[X 1],[X 2]. Au niveau national, l'ensemble de l'État de Yap élit un sénateur au mandat de deux ans et un sénateur au mandat de quatre ans pour le Congrès des États fédérés de Micronésie[Z 54].

Population et société

Démographie

Les villages Yiludow, Lecucuy et Faliyow sont, en 2007, respectivement habités par 67, 116 et 128 habitants[MC 7]. Le dernier recensement en 2010 dénombre 294 habitants[X 3]. En 2007, une centaine de personnes originaires de Fais vivent dans les îles Yap[RL 4].

Évolution démographique
1925 1930 1935 1958 1967 1973
472368310234213212
1977 1980 1987 1994 2000 2010
195207253301215294
Le recensement de 1920 rassemble sous la dénomination Fais la population de plusieurs îles et atolls. Le chiffre exact de la population est donc inconnu[Z 46].
(Sources : Étude démographique[Z 46] et recensements officiels des populations de l'État de Yap jusqu'en 2000[X 4] et en 2010[X 3])
Évolution démographique de la municipalité de Fais depuis 1920

Langue

La langue parlée à Fais est l'ulithi, une langue océanienne du sous-groupe des langues micronésiennes de la sous-famille chuukique[18]. Quelques termes diffèrent toutefois de la langue parlée dans l'atoll d'Ulithi[Z 55] à tel point que William Armand Lessa la considère comme un dialecte[L 3].

Croyances et religions

Les insulaires vouaient anciennement un culte à des dieux[Z 43] et aux esprits des ancêtres[RL 3]. Ces derniers n'étaient pas forcément bienveillants : un conte du début du XIXe siècle narre l'histoire d'un esprit  iälus en ulithi  qui profite du départ d'un homme, parti danser dans la maison des hommes, pour s'attaquer à sa femme et à ses trois enfants et leur ôter les yeux. À son retour, le mari fait fuir l'esprit en soufflant dans un triton avant de le faire s'envoler par un trou du toit[L 4]. D'après l'ethnologue Augustin Krämer, le dieu Ëlulap a eu deux fils, Róngola, qui a pour femme Lagasilang et Lemarëleng, et Lugeileng. Ce dernier, avec Jóural, a également eu deux fils, Saulal et Jélefath. Olefat est le fils de Jélefath[KR 10]. Wolofad  variante de transcription de Jélefath  est la figure centrale du panthéon divin local. Associé aux changements culturels, il a transmis le feu, le tissage et les arts. Il est également un héros porteur de troubles et de calamités[Z 43]. Le charpentier de Lugeileng, Sëlang, a montré aux habitants de Ngulu et de Satowan comment construire un bateau, une maison et le bol à couvercle. Les insulaires de Ngulu ont ensuite montré ce savoir aux habitants des îles Yap qui l'ont transmis à ceux d'Ulithi qui l'ont appris à la population de Fais qui l'a communiqué à ceux de Woleai. Depuis Satowan, le savoir a été transmis progressivement vers l'est[KR 11]. Certains dieux sont communs aux îles Yap et à Ulithi[KR 10],[L 5]. Il existait des pratiques de divination au moyen de nœuds, par exemple, pour savoir si la pêche allait être abondante[KR 12].

Les habitants de Fais se convertissent au christianisme après la Seconde Guerre mondiale[RL 3]. En 1948, toutefois, l'ethnologue William Armand Lessa observe encore un sanctuaire bien entretenu dédié aux esprits des ancêtres, un fangeliälus[L 6] et un chant composé après la Seconde Guerre mondiale comporte de nombreuses références à des esprits d'ancêtres  les esprits portent des noms différents de ceux des anciens de leur vivant  et à des dieux[Z 43].

Sous l'influence chrétienne, la croyance aux esprits décline fortement à partir des années 1970. Cependant à cette date D. Rubinstein constate l'existence d'« appelants des esprits » officiels, et est témoin du comportement d'une femme, ayant des problèmes familiaux, se disant possédée par son défunt mari[Z 56]. Cette croyance est encore actuelle au début du XXIe siècle puisqu'en 2003, la recette d'un colorant rouge pour la teinture des fibres d'hibiscus a pu être retrouvée par l'apparition en rêve, à un homme de 44 ans, de sa mère morte douze ans plus tôt et la lui révélant[RL 5].

Éducation

L'île dispose d'une école élémentaire, portant le nom d'un ancien chef du nom de Mahol, comportant, en 2001, 87 élèves dont 38 filles pour 7 professeurs dont une femme. L'éventuelle poursuite du parcours scolaire nécessite de se déplacer dans les atolls de Woleai et d'Ulithi ou à Yap[Z 57],[16].

Santé

Plante à longues feuilles vertes et à fleur blanche en forme de spaghetti.
Crinum asiaticum.

Fais dispose d'un dispensaire très bien organisé et bien géré. Une étude médicale note, en 2007, l'organisation de réunions par un assistant de santé masculin chaque dimanche après l'église. Le besoin d'une infirmière est alors noté, des femmes ont une certaine difficulté à lui faire part de leurs problèmes spécifiquement féminins[Z 58]. Bien que la médecine moderne soit acceptée, la médecine pratiquée est essentiellement traditionnelle. Il y est utilisé par exemple le Premna serratifolia, très courant sur l'île, le Barringtonia asiatica  localement gol[CF 2] , le Crateva religiosa, le Crinum asiaticum, un cultivar de Curcuma, le Syzygium aqueum, l'Ochrosia oppositifolia  appelée localement mo  agent carminatif et à fortes doses abortif[CF 3], les feuilles de Vigna marina, une préparation à mâcher à base de feuille de bétel et de noix d'arec[FE 5].

La consommation d'alcool étant prohibée par les chefs, celle-ci s'effectue de façon discrète. En 2007, une étude médicale de la population enregistre une prédominance de l'hypertension, de la goutte liée à la consommation de tortue, du diabète, de la schizophrénie  quatre cas sous traitement dont un féminin , de la lèpre  six patients en cours de traitement, quatre autres l'ayant achevé , des douleurs abdominales, des maux de dos et de diverses infections cutanées  présence presque généralisée de la dermatophytose de la peau glabre. Une moitié des individus testés est porteur de filarioses. Aucun traitement pour cette dernière atteinte n'est alors disponible sur l'île[Z 58]. Les habitants de Fais ont subi une épidémie de dengue à la fin de l'année 2011. Elle a commencé le , s'est propagée dans la première semaine du mois de décembre en atteignant un pic de 72 cas simultanés, et s'est terminée fin . 157 des 294 résidents ont été infectés[Z 59]. Deux ans plus tard, un cas suspect de Chikungunya a été rapporté[Z 60].

Médias et équipement en biens électroniques

Moins de 20 % de la population bénéficie de l'électricité, obtenue par panneaux solaires, en 2008[16]. En 2013, l'Union Européenne prévoit de faire installer des panneaux solaires pour une production maximale de 65 kilowatt/heure[W 5]. Au début des années 2010, très peu d'habitants (environ 1 %) se procurent des journaux papiers ou profitent des services postaux. L'île ne comporte aucun réseau téléphonique et internet. Un peu moins de 15 % des habitants possèdent une radio et 5 % d'entre eux ont une télévision ou un lecteur DVD. L'accès aux informations extérieures est un faible sujet de préoccupation pour les habitants. Neuf ordinateurs rassemblés dans un même bâtiment sont présents sur l'île en 2002[16],[K 1].

Économie

Culture

Notes et références

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