Femmes algériennes pendant la guerre d'Algérie
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Pendant la guerre d'Algérie, de nombreuses femmes rejoignent la cause indépendantiste algérienne de 1954 à 1962. Engagées auprès du Front de libération nationale (FLN) ou de l’Armée de libération nationale (ALN), elles contribuent à l'indépendance de l'Algérie vis-à-vis de la France. Ces résistantes occupent diverses missions. Certaines sont poseuses de bombes, d'autres prennent les armes dans le maquis auprès des «moudjahidines», terme qui s'apparente à « djihad » et qui désigne les combattants du FLN et de l'ALN. Beaucoup sont propagandistes, infirmières, couturières, ou aident les maquisards dans les tâches banales du quotidien. Crucial pour l'indépendance de l’Algérie, leur rôle est peu connu. Les femmes sont soumises au statut de subalterne : il laisse moins de traces et de renseignements pour les historiens.

Au sein du FLN, l'attitude envers les femmes est décrite dans une déclaration d'un commandant du FLN, Si Allal[1] :
Il est interdit de recruter des djoundiates [femmes soldats] et des infirmières sans l'autorisation de la zone. Dans l'Algérie indépendante, la liberté de la femme musulmane s'arrête à la porte de son foyer. La femme ne sera jamais l'égale de l'homme[1].
Le FLN/ALN affichait ouvertement son refus de recruter des femmes. En 1958, le conseil régional de la Wilaya 2 écrivait[1] :
Nous rappelons encore une fois qu’il est interdit d’enrôler les femmes dans les centres, quels que soient les résultats et les avantages. Nous vous informons de même qu’il est formellement interdit à toutes les femmes de rejoindre nos rangs ; si elles rejoignent nos rangs, elles doivent être refoulées à leur destination d’origine, même si l’ennemi les appréhende. Ceux qui accompagnent ces femmes doivent être punis par la peine capitale[1].
Contexte d'avant-guerre
La période coloniale française commence avec l’arrivée des Français via l'expédition d'Alger en 1830, et se termine en 1962, année de l’indépendance. Durant cette période, la population algérienne est de 3 millions d’habitants[2] ; ils cohabitent avec les colons français. La présence du colon est contestée mais ne soulève pas de mouvement populaire dès le départ.
Mis en place au milieu du XIXe siècle, le code de l'indigénat français interdit la liberté de circulation et l'accès aux emplois publics et d'enseignement aux Algériens, auxquels il attribue également le statut d’indigène. Ce code participe à la dépossession foncière et financière des Algériens, restreint leurs espaces, comme dans le domaine forestier, et multiplie les amendes à leur encontre[3].
À partir de 1920, les Algériens affichent leur mécontentement en raison des conséquences de la pauvreté et de la famine sur la société algérienne[4]. La France oblige les Algériens à défendre les couleurs du drapeau français lors de la Seconde Guerre mondiale, en créant les tirailleurs algériens. La population se sent réduite à un outil de guerre. Au total, 25 000 soldats algériens meurent pour la France[5].
La différence de statut entre les Algériens et les citoyens français ainsi que le manque de considération unifient le peuple vers une cause : l’indépendance de l’Algérie[4]. La population algérienne partage le sentiment de nation libre face à l'occupation française : elle se soulève pour l’indépendance. Les femmes représenteront 3,1 % du total des moudjahidines recensés officiellement[6].
L’historienne Natalya Vince[Qui ?] a constaté que certaines femmes qui ont participé à la guerre avaient des pères qui avaient combattu pour la France pendant la Première guerre mondiale. Une de ces femmes que Vince a interviewé avait expliqué que, {les Algériens} « ont appris d’une manière très violente qu'ils étaient bons pour mourir pour la France mais pas pour être "citoyens français". D’autres femmes, surtout les femmes habitant dans les zones rurales du pays, ont été forcées par les mujahidins de l’Armée de libération nationale à rester dans leurs villages, afin de soutenir les combattants mâles. Ainsi, les femmes avaient des inspirations très diverses avant de s’impliquer dans le combat. »[7].
Pendant la guerre (1954-1962)
Les femmes qui s'engagent dans le mouvement de libération viennent de plusieurs régions d'Algérie et sont de classes sociales différentes. Il y a parmi elles beaucoup d'analphabètes mais aussi quelques universitaires. Les raisons de leur participation à la guerre d’indépendance sont communes. Pour toutes, les discriminations subies par le peuple algérien, la soumission au statut d'indigène, et les violences de la répression coloniale liées au racisme et à la dépossession foncière les amènent à défendre la cause de l'indépendance. Par exemple, concernant le racisme colonial français, les femmes de ménage algériennes sont appelées « Fatima », du nom de la fille du prophète Mahomet dans l'islam. Les femmes ont été témoins des arrestations, des meurtres, des tortures et des humiliations diverses des membres de leur famille. La participation des hommes à la guerre sera plus significative, mais les femmes joueront un rôle prépondérant dans la libération de l'Algérie. Chacune participera au combat à sa façon.
Rôles et stratégies des femmes dans la lutte de libération

Après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata le par l'armée française, de nombreuses femmes ont perdu des membres de leur famille. Le nombre précis de victimes durant ces massacres est en débat, il atteindrait plusieurs milliers d'Algériens[8].
Les femmes se réunissent à l’occasion de fêtes, mariages, circoncisions, pour discuter des stratégies de lutte, et pour scander des chants patriotiques[9]. Feriel Lalami précise : « À partir de 1956, des femmes montent au maquis, parfois de leur propre initiative, parfois sans en aviser leur père. Pour des raisons de sécurité, certaines partent aussi avec leur mari. Elles surprennent même le Front de libération nationale et son Armée de libération nationale. »[9]
De type patriarcal, le FLN ne veut pas de femmes parmi ses fondateurs et n'imagine pas que des femmes puissent rejoindre le maquis[10]. Toutefois, le FLN finit par reconnaître l’aide de ces militantes. Elle représentent 16 % des militants, leur présence est précieuse[11]. Ancienne poseuse de bombe au sein du FLN, Djamila Amrane-Minne rappelle le jeune âge de ces combattantes dans son article Les combattantes de la guerre d'Algérie[11] : 74 % ont moins de 25 ans et 50 % ont moins de 20 ans. Ces jeunes combattantes affrontent la vie des maquis, la misère, le froid, la faim et les marches[11]. Djamila Amrane-Minne recense 10 949 militantes, 1 755 maquisardes et 65 combattantes engagées dans des actes violents comme la pose de bombes[10].
Maquisardes
Le rôle important des maquisardes est d'héberger les maquisards moudjahidines[12]. La promiscuité entre les hommes et les femmes n'est pas acceptable pour le FLN. Les maquisardes font donc face à deux types de pression masculine : la pression de l'armée française et la pression des maquisards moudjahidines. Le manque d'armes suffisantes limite leur rôle. Les maquisardes sont au service des maquisards moudjahidines ; elles s'occupent du linge et des repas, effacent les traces de leur présence au maquis[10]. Comme les moudjahidines, certaines femmes sont faites prisonnières, torturées ou tuées[10]. Et, comme l'illustre le film La Bataille d'Alger (1966) de Gillo Pontecorvo, certaines combattantes ont pour mission de commettre des attaques à la bombe.
Poseuses de bombes (fidayate)

Les poseuses de bombe sont aussi connues sous le nom de fidayate, nom pluriel féminin de « fidaï », qui signifie « celui qui a accepté de donner sa vie par idéal / partisan chargé d’exécuter les attentats » (Djamila Amrane-Minne, Les Femmes algériennes dans la guerre, 295).
Au cours de bataille d'Alger ( - ), des officiers de l'Algérie française posent des bombes dans le quartier de la Casbah. Le groupe des poseuses de bombes se met en place.
Les fidayate constituent 2 % de l’ensemble des combattantes[11] et participent aux actions armées en transportant des armes ou en déposant des bombes directement sur les lieux des attentats. Les hommes étant traqués par l’armée française, les femmes sont indispensables, elles se déplacent librement en se fondant dans la foule. Cette liberté de mouvement fait ses preuves durant la bataille.

Le haïk, ample vêtement traditionnel féminin algérien, est pour certaines résistantes un moyen de transporter des armes ou des lettres. Certaines d'entre elles s'habillent à l'occidentale pour passer pour des Européennes et pour poser des bombes dans les quartiers européens et dans les cafés français. Parmi elles, Djamila Amrane (1939-2017), Hassiba Ben Bouali (1938-1957), Djamila Bouhired (1935- ), Djamila Boupacha (1938- ), Zohra Drif (1934- ), Zahia Kherfallah (1931 - ), et Baya Hocine (1940-2000) sont reconnues. Le FLN revendique que ses combattants, faits prisonniers, soient traités comme des détenus politiques. Le gouvernement français les considère comme des prisonniers de droit commun et les condamne à la peine capitale.
Femmes au foyer (moussebilates)
Pour un nombre important d’Algériennes femmes au foyer, rejoindre les rangs du FLN est difficile, à cause du quotidien à assumer. Ces femmes, connues sous le nom de moussebilates, contribueront à l'indépendance de l'Algérie depuis leur foyer. La moyenne d'âge des moussebilates est de 32 ans, plus âgée que les maquisardes. Les moussebilates représentent la majorité des moudjahidate, soit 82 % d’entre elles[11]. Djamila Amrane explique que leurs tâches sont multiples : agents de liaison, collecteurs de fonds et d’objets divers, infirmières, secrétaires, couturières, agents de renseignements, propagandistes[11]. Les moussebilates utilisent leur maison pour réaliser la majeure partie de leurs activités : l’hébergement et le ravitaillement des militants. Leurs foyers sont un refuge pour les combattants, les soldats blessés.
Les moussebilates sont tiraillées entre la misère du quotidien et la responsabilité de venir en aide aux militants, situation aussi dangereuse que le maquis. Plusieurs moussebilates seront torturées et tuées.
Moudjahidate européennes
La France compte également des militantes tout aussi dévouées que les combattantes algériennes. Les moudjahidate européennes prônent l’indépendance de l’Algérie et combattent le système colonial français, même en ayant la nationalité française et les privilèges dont bénéficient les Européens sous le code de l'indigénat[13]. Parmi elles, Raymonde Peschard mourra pour l'indépendance. Des militaires français la tuent alors qu'elle s'oppose à l'assassinat d'un médecin algérien dans le maquis[13].
Contexte d'après-guerre
Après 130 ans de colonisation, dont huit ans de guerre, les militaires français qui pensaient que la guerre était gagnée après la bataille d'Alger (1957) ne parviennent plus à maintenir l'ordre en Algérie française. L'Algérie devient indépendante.
La guerre s'achève le . Le pays est doit face à des enjeux politiques, à la misère et à l'anarchie. La population algérienne, constituée en grande partie d'analphabètes, doit tout reconstruire ; elle manque de cadres, d'ingénieurs et d'enseignants. Le taux de scolarisation des enfants algériens augmente de façon considérable jusqu'en 1977, notamment à travers les « coopérants ». Ces enseignants français reviennent en Algérie pour y travailler, pendant un temps précis, décidé par la partie française lors des accords d'Évian.
Durant l'été 1962 le processus de démocratisation du pays post-colonial devient une crise : il plonge les membres du FLN dans des rivalités pour accéder au pouvoir. L'armée fait pression jusqu'à ce qu'elle réussisse à mettre Ahmed Ben Bella au pouvoir. Pour éviter d'autres conflits sanglants, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) accepte cette nomination. La gestion du système judiciaire et des forces de police entre 1962 et 1963 est chaotique : des harkis sont assassinés, des milliers de Français encore présents sur le territoire sont expulsés.
L’État algérien reconnaît la contribution des moudjahidines à l'indépendance et salue leur sacrifice, leur dévouement et leur courage[14]. Les moudjahidines et leurs familles bénéficient d'avantages sous forme de pensions, de priorités à l’emploi, de crédits ou encore de licences de taxi[15]. Le départ de 650 000 Français fournit des espaces libres à l'État qui se les approprie pour en faire des biens vacants et les louer à très bas prix.
Cependant, les paysans moudjahidines provenant des villages, et pour la plupart analphabètes, ainsi que les personnes souffrant de séquelles physiques, ne peuvent pas accéder à des postes de cadres. L’État instaure pour eux une allocation mensuelle, au sein d'un programme d’aide sociale qui facilite leur insertion[14]. Ils bénéficient de soins gratuits et d'un accès gratuit aux médicaments. De grandes festivités et effusions de joie populaires marquent la période d'après-guerre.
L’historienne Natalya Vince note que même si des femmes ont été victimes de viol, le sujet restait « tabou » pour elles. Peu parleront de ces crimes commis par l'armée française. L'ethnographe Camille Lacoste-Dujardin note que la société algérienne d’après guerre « a choisi l’oubli ». Une exception est l’écrivaine Louisette Ighilahriz, qui a révélé dans un article du Monde qu’elle a été violée et torturée. Elle pouvait enfin raconter ce qu’elle a souffert après la mort de son père et le déclin mental de sa mère.
Pour l’historienne Ryme Seferdjeli, « la participation des femmes à la guerre a marqué une rupture violente avec les normes traditionnelles de la famille musulmane ». Elles pouvaient côtoyer des hommes qui n'étaient pas de leurs familles. Dans certains villages, les femmes sont devenues majoritaires, après les morts et les disparitions de leurs pères, frères et maris. Pour la première fois, les femmes pouvaient avoir des rôles importants « dans la sphère publique »[7].
Les femmes algériennes après la guerre
Les veuves de martyrs chouhada sont constituées à 99 % d'analphabètes[14], et c'est un enjeu majeur pour subvenir à leurs besoins ainsi qu'à ceux de leurs enfants.
Pour eux, particulièrement, ainsi que pour les enfants de moudjahidines qui constituent 150 000 orphelins de guerre, l’État finance leur accueil dans des structures dédiées gérées par d’anciens moudjahidines, et indemnise les familles qui prennent en charge ces orphelins. L’État algérien ouvre un centre d’apprentissage pour les orphelins analphabètes ; ils y reçoivent un enseignement de base ainsi qu’une formation professionnelle[14].
Les femmes occupent une place importante dans l’histoire de la libération, mais leurs sacrifices sont moins reconnus. Elles bénéficient des mêmes avantages, mais n’accèdent pas facilement aux postes de cadre, surtout au sein du FLN. Malika El Korso compare la nature du combat des femmes pour leur intégration dans la société algérienne post-coloniale à celle de la lutte pour la libération, précisant : « longtemps ignorée de l’Histoire, frustrée de sa mémoire, rendue presque amnésique, en tous cas absente de la vie de la nation, la femme algérienne milite pour sa présence dans le combat d’aujourd’hui comme elle a milité hier pour avoir sa place dans le combat libérateur »[16], puis « sur 194 membres, la première Assemblée Nationale Constituante compte dix femmes, toutes anciennes militantes. Elles ne seront plus que deux sur les 138 membres à la deuxième Assemblée. Au parti, au syndicat, aucune n’accède à un poste de responsabilité et lorsqu’elles y arrivent, elles remplissent le rôle de figurantes. »[16].
Les femmes sont marginalisées par une société algérienne post-coloniale. La plupart des moudjahidate se sentent trahies par le gouvernement. Elles ont pu participer aux activités du FLN pendant la guerre, mais ne peuvent pas voter après celle-ci, leurs maris le faisant pour elles[16]. Les hommes bénéficient d'honneurs et de grades, les femmes en seront privées jusqu'à la date du . 35 ans après la guerre, certaines reçoivent la médaille de l'ordre du mérite national (à titre posthume)[16]. Djamila Amrane révèle que, sur 88 combattantes interrogées, 59 disent n’avoir eu aucune activité sur la scène politique[17], ce qui contribue au manque d'équité visible entre moudjahidines et moudjahidate sur la scène publique.
Quelques militantes célèbres
Certaines sont décédées, d'autres continuent à militer pour les causes de leur pays. Les plus célèbres durant la guerre d'indépendance incluent :
Militantes algériennes
Hassiba Ben Bouali (1938-1957)

Poseuse de bombes, elle rejoint les rangs du FLN en continuant ses études d'infirmière. Ethniquement ambiguë, elle est capable de déposer des bombes dans les lieux publics. L'armée française l'assassine avec Ali La pointe, commandant en chef du FLN, le . Grande militante de la cause algérienne, elle écrit dans une lettre avant sa mort : « Si je meurs, vous ne devez pas me pleurer, je serais morte heureuse, je vous le certifie »[18].
Djamila Bouhired (1935- )
Elle était officier de liaison et assistante de Yacef Saâdi. Le , elle pose une bombe qui n’explose pas ; elle participe au recrutement de plusieurs moudjahidate comme Djamila Bouazza. La justice française la condamne à la peine de mort. Son compagnon d'alors, l'avocat français Jacques Vergès, la défendra. Elle est graciée avant les accords d'Évian du . Djamila Bouhired continue d'apporter son soutien au peuple algérien. Le , elle descend dans la rue dans le cadre du « Hirak », grand mouvement populaire pour le départ du président Abdelaziz Bouteflika, à la tête de l'Algérie pendant 20 ans (1999-2019). Djamila Bouhired est une héroïne célèbre de la guerre d'Algérie. Au Caire, le , jour de fête nationale algérienne, des portraits de Djamila Bouhired sont brandis dans la foule. La même année, le réalisateur égyptien Youssef Chahine lui dédie le film biographique Djamila l'Algérienne.
Djamila Boupacha (1938- )

Elle s’engage dans le FLN à l’âge de 15 ans. L'armée française l'arrête en 1960 auprès des membres de sa famille ; elle est torturée et violée pendant plusieurs mois[19]. Simone de Beauvoir la soutient et lui dédie une tribune intitulée Pour Djamila Boupacha dans Le Monde[19]. Grâce à son avocate Gisèle Halimi, son procès, médiatisé, contribue à faire la lumière sur les sévices perpétués par l’armée française durant la guerre d'Algérie. Djamila Boupacha est graciée en prélude des accords d'Évian du .
Zohra Drif (1934- )

Elle est avocate, militante du FLN et poseuse de bombe. Elle en place une dans un café-bar fréquenté par des pieds-noirs, entraînant la mort de 3 jeunes femmes et faisant 12 blessés. Elle est arrêtée avec Yacef Saâdi en 1957 et est condamnée à 20 ans de travaux communautaires. Elle participe toujours activement à la société algérienne et manifeste dans le cadre du « Hirak » le , pour la destitution du président Abdelaziz Bouteflika.
Baya Hocine (1940-2000)
C'est la poseuse de bombes du groupe de Yacef Saâdi. À 16 ans, elle pose 2 bombes dans un stade, entraînant la mort de 9 personnes. Elle donne une première bombe à son jeune compagnon et pose la deuxième bombe dans les toilettes du stade[20].
Malika Gaïd (1933-1958)
Elle est née à Belouizdad, un quartier d'Alger. Elle devient infirmière sage-femme et rejoint le maquis de l'Armée de libération nationale (ALN) pendant la guerre d'indépendance. Elle fournit des médicaments aux combattants et soigne les blessés. Elle meurt à l'âge de vingt-quatre ans en , lors d'une opération militaire française dirigée par Marcel Bigeard[21].
Militantes européennes
Djamila Amrane-Minne (1939-2017)

Née sous le nom de Danielle Minne, elle est la fille de la moudjahida française Jacqueline Guerroudj. Militante du Front de Libération National et poseuse de bombe, elle rejoint la rébellion sous le nom de « Djamila » qu'elle gardera et participe à l’âge de 18 ans au triple attentat à la bombe perpétré par le FLN en 1957. Elle pose une bombe dans le quartier européen d'Alger, sur la rue Michelet, ce qui entraîne la mort de plusieurs personnes et de nombreux blessés . Elle est condamnée à 7 ans d'emprisonnement et sera libérée en 1962 à l’indépendance du pays[22].
Jacqueline Guerroudj (1919-2015)

Moudjahida française, elle est membre du parti communiste, mère de Djamila Amrane-Minne et épouse du moudjahid Abdelkader Guerroudj. Avec lui, elle est condamnée à mort par la France en 1957. Elle divorce le [23]. Tout comme Djamila Bouhired et Djamila Boupacha, les deux sont graciés le , peu de temps avant les accords d'Évian du la même année. Jacqueline Guerroudj publie son témoignage Des Douars et des prisons en 1993[24].
Raymonde Peschard (1927-1957)

Nom de guerre Taous, (Le Paon), elle était assistante sociale, militante du Parti communiste algérien et moudjahida algérienne d'origine européenne. Raymonde Peschard se sert du haïk pour dissimuler son apparence[25]. Elle sera la seule Européenne reconnue comme martyre « chahida » par les autorités algériennes après l'indépendance[26]. Raymonde Peschard incarne les condamnations douteuses de l'armée française qui se base sur des informations non-fondées. Dans le but d'investiguer les attentats à la bombe du Milk-Bar () et d'un bus à Diar-es-Saada, l'armée française arrête le militant communiste indépendantiste français Fernand Iveton. Sous la torture, il finit par avouer l'implication d'une femme « blonde » aux services de renseignement français, dans le but de protéger Jacqueline Guerroudj[27],[28]. Sur cette fausse information, Raymonde Peschard est mise en cause, et la presse européenne médiatise cette information. La poseuse de bombe « blonde » Zohra Drif, accompagnée de la brune Djamila Bouhired, étaient en fait les poseuses de bombe de l'attentat du Milk-Bar[27],[29].
Bibliographie
- Djamila Amrane, Les femmes algériennes dans la guerre, Plon, , 298 p. (ISBN 2-259-02295-2, DOI 10.3917/plon.amran.1991.01, lire en ligne)
- Diane Cambrons, Femmes musulmanes : Guerre d'Algérie 1954-1962, Paris, Édition Autrement, 2008.
- Yves Courrière, La guerre d’Algérie. Les fils de la Toussaint, tome 1, Paris, Rombaldi, 1976.
- Zac Deloupy et Swann Meralli, Algériennes 1954-1962, Paris, Marabulles, 2018, 128 p.
- Zohra Drif, Mémoires d’une combattante de l’ALN. Zone autonome d’Alger, Alger, Chihab Éditions, 2013.
- Monique Gadant, Le nationalisme algérien et les femmes, Paris, Édition L'Harmattan, 2000, 302 p..
- Jean-Charles Jauffret (dir.), Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie, Paris, Autrement, 2003, 574 p.
- Jacques Lezra, « Three Women, Three Bombs », Wild Materialism – The Ethic of Terror and the Modern Republic, New York, 2010, p. 173-202.
- André Nouschi, « La dépossession foncière et la paupérisation de la paysannerie algérienne », Histoire de l’Algérie à la période coloniale, A. Bouchène, J.-P. Peyroulou, O. Tengour, Sylvie Thénault, Paris-Alger, La Découverte-Barzakh, 2014, p. 189-193.
- Sylvie Thénault, « Les papiers de Baya Hocine. Une source pour l’histoire des prisons algériennes pendant la guerre d’indépendance (1954-1962) », L’Année du Maghreb, n°20, 2019.
- Sylvie Thénault, Violence ordinaire dans l'Algérie coloniale : Camps, internements, assignations à résidence, Paris, Odile Jacob, 2012.
- Natalya Vince, « Femmes algériennes dans la guerre de libération : mémoire et contre-mémoire dans la période postcoloniale », Raison présente, 2010, vol. 175, numéro 1, p. 79-92.
Filmographie
- Youssef Chahine, Djamila l'Algérienne, 1958.
- Alexandra Dols, Moudjahidate, HYBRID PULSE, 2008.
- Rabah Laradji, La Bombe, ONCIC, 1969 (lien YouTube).
- Gillo Pontecorvo, La Bataille d'Alger, Cashbah, Igor Film, 1966.
- Nadia Salem, Aucune rue ne portera ton nom, Rapsode Production, 2024.