Samia Lakhdari
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Militant indépendantiste, militante politique |
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Samia Lakhdari, née le 2 juin 1934 et morte le 3 juin 2012 en Algérie, est une moudjahida (militante de l'indépendance algérienne), et plus précisément une fidayate, nom pluriel féminin de « fidaï », qui signifie « celui qui a accepté de donner sa vie par idéal / partisan chargé d’exécuter les attentats ».
Elle a notamment fait partie du « Réseau bombes » en tant que poseuse de bombe de l’Armée de libération nationale (ALN) en 1956 en préambule de la bataille d'Alger, aux côtés de Zohra Drif, de Djamila Bouhired, d'Hassiba Ben Bouali, d'Ali la Pointe, et sous l'autorité de Yacef Saâdi, responsable militaire de la Zone autonome d'Alger pour l'ALN. Discrète, elle disparaît totalement de la vie publique après cette Guerre d'Algérie et l'obtention de l'indépendance.
Née le 2 juin 1934, elle descendrait du vénérable maitre soufi Sidi-Abderrahmane Lakhdari de Biskra[1].
Etudiante en droit à Alger, elle se joint à l’appel à la grève lancé par le FLN en mai 1956 puis rejoint la branche armée du FLN, l'Armée de libération nationale et devient membre des commandos poseurs de bombe de la Zone autonome d’Alger sous le pseudonyme de Nabila[1], comme Zohra Drif ou Djamila Bouhired à la même époque. L’ALN recrute en effet de jeunes femmes pour porter la terreur au sein de la population occidentale suite à un attentat des extrémistes du camp colonialiste (l'attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d'Alger, dans la nuit du 10 août 1956). Le dimanche 30 septembre 1956, à Alger, en fin d'après-midi, trois jeunes filles d'une vingtaine d'années, habillées "à la française", franchissent les postes de contrôle et entrent dans la ville européenne. Djamila Bouhired, Samia Lakhdari et Zohra Drif portent des sacs de plage. Sous les serviettes et les maillots de bain sont cachées des boîtes en bois, contenant chacune un engin explosif. Djamila Bouhired va s'asseoir dans la salle de l'agence d'Air France de l'immeuble Mauritania. Au même moment, Zohra Drif s'installe en terrasse au Milk-Bar, une brasserie très fréquentée de la rue d'Isly tandis que Samia Lakhdari commande une limonade à la Cafétéria[2], conformément aux consignes de Yacef Saâdi, responsable militaire pour l'ALN de la zone autonome d'Alger.
Elle y est entrée avec sa mère, Mama Zhor[3],[4], dans ce bar, cette Cafétéria de la rue Didouche (ex Michelet) d’Alger, habillées à l’européenne[1]. C’est le bar le plus fréquenté par les étudiants, face à l'Université d'Alger. Elles prennent un soda puis Samia Lakhdari place le sac de plage qu’elle transporte sous un tabouret[1]. Elles sortent vite, et 10 minutes après, l’engin artisanal explose[1]. Samia Lakhdari est condamnée à mort par contumace en compagnie de la moudjahida Zohra Drif lors du procès de Djamila Bouhired et Djamila Boubacha mais ne sera pas capturée contrairement à celles-ci[1].
Beaucoup de monde la connait désormais de vue, de par cette photo célèbre de l’année 1957 prise par Ali la Pointe dans la Casbah d'Alger, où on la voit aux côtés de Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali, toutes en armes, belles et jeunes[1]. Mais elle se fera discrète, y compris après la fin de la guerre d’Algérie. Pas de carrière politique comme Zohra Drif. Pas de confidence aux médias. Elle disparaît de la vie publique comme la majorité des militantes algériennes indépendantistes[5].
Elle devient sans doute la moins connue des poseuses de bombes de l’ALN, jusque sa mort en juin 2012. Au point de faire réagir Zohra Drif, de la pousser à écrire un ouvrage en confiant dans l’avant-propos : « En juin 2012, Samia Lakhdari, mon amie, ma sœur de combat, s’en est allée définitivement, comme elle a vécu : discrètement, sur la pointe des pieds. Après l’avoir enterrée dans un quasi-anonymat, je me suis rendue compte que j’enterrais dans les mêmes conditions, une grande part, non seulement de moi-même, mais de nous mêmes, génération née sous les ténèbres de l’occupation coloniale »[6].
Références
- 1 2 3 4 5 6 7 « Samia Lakhdari l’oubliée », sur Babzman,
- ↑ Catherine Simon, « Réquisitoire d'outre-bombe », sur Le Monde,
- ↑ Zouhir Mebarki, « La grève des 8 jours et notre histoire », sur L’Expression,
- ↑ (en) Vacy Vazna, « Inside The Battle of Algiers: Memoir of A Woman Freedom Fighter », sur Indian cultural Forum,
- ↑ Djamila Amrane-Minne [autre militante indépendantiste, poseuse de bombe, puis historienne], « Les combattantes de la guerre d'Algérie », Matériaux pour l'histoire de notre temps, (DOI 10.3406/mat.1992.404867), p. 58-62
- ↑ Zohra Drif, Mémoire d’une combattante de l’ALN, Zone autonome d’Alger (ISBN 9789947390573, lire en ligne)