Forclusion (psychanalyse)
From Wikipedia, the free encyclopedia
La forclusion, traduction proposée par Jacques Lacan d'un emploi chez Sigmund Freud du terme de Verwerfung (pour « rejet »), désigne le mécanisme de défense à l'origine de la psychose.
Lacan forge ce concept dans les années 1950, quand il élabore sa théorie du symbolique. Avec la forclusion comme mécanisme de défense spécifique échappant au refoulement, il détermine une structure de la psychose séparée de celle de la névrose. Le signifiant fondamental du Nom-du-père est forclos : le phallus en tant que signifiant du complexe de castration est rejeté hors du champ symbolique du sujet.
Selon Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Lacan se réclame de l'emploi que fait Freud dans certains textes du terme de Verwerfung (rejet) en relation avec la psychose et propose « comme équivalent français le terme de forclusion »[1].
Pour Laplanche et Pontalis, la « filiation freudienne » invoquée par Jacques Lacan au sujet de cette notion de « forclusion », telle qu'elle est proposée, appelle plusieurs remarques : des remarques terminologiques ainsi que des remarques sur la conception freudienne de la défense psychotique[1].
D'après le Vocabulaire de la psychanalyse, le verbe verwerfen et le substantif Verwerfung seraient employés par Freud dans des acceptions variées qui pourraient se ramener à trois : 1) le « refus » sur le mode du refoulement, 2) le « rejet » en tant que « jugement conscient de condamnation » (Urteilsverwerfung), 3) le sens qui va être mis en avant par Lacan, qu'on trouve par exemple dans Les psychonévroses de défense (1894), quand Freud parle d' « une sorte de défense bien plus énergique et bien plus efficace qui consiste en ceci que le moi rejette (verwirft) la représentation insupportable en même temps que son affect et se conduit comme si la représentation n'était jamais parvenue au moi »[1]. Mais le texte sur lequel Lacan va s'appuyer avant tout pour promouvoir la notion de forclusion est un passage de L'homme aux loups, où Freud observe chez le sujet la coexistence de plusieurs attitudes vis-à-vis de la castration rejetée (verworfen) ; Freud rapporte aussi une hallucination de son patient à l'âge de cinq ans[1].
D'autres termes que Verwerfung employés par Freud se rapprochent du concept de forclusion chez Lacan : ablehnen (écarter, décliner), aufheben (supprimer, abolir), verleugnen (dénier)[1].
Tandis que dans les premiers textes freudiens, le mécanisme de la projection correspond chez le psychotique à un rejet d'emblée dans l'extérieur et non pas à un retour du refoulé inconscient, la projection est interprétée ultérieurement à un temps secondaire au refoulement névrotique et n'est plus considérée en ce sens comme le ressort essentiel de la psychose[1]. Dans les « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : le président Schreber », Freud reconnaît plutôt que « ce qui a été aboli (das Aufgehobene) à l'intérieur revient de l'extérieur »[1].
Dans ses derniers travaux, Freud centre davantage sa réflexion autour de la notion de Verleugnung ou « déni de la réalité » qu'il étudie dans le cas du fétichisme comme perversion apparentée à la psychose[1].
