Féminisme palestinien

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Le féminisme palestinien est un ensemble de courants politiques féministes regroupant des femmes et des personnes queers en Palestine et dans la diaspora, notamment aux États-Unis. Les femmes, organisées en mouvements autonomes ou au sein d'organisations politiques mixtes, font partie de la lutte contre l'occupation de la Palestine d'abord par le Royaume-Uni, notamment lors de la grande révolte arabe, puis par Israël, en particulier lors de la première intifada.

Les accords d'Oslo, auxquels aucune palestinienne ne participe, marquent un recul du féminisme palestinien, qui subit à la fois les violences des occupations israéliennes à Gaza et en Cisjordanie, le patriarcat de l'autorité palestinienne et l'influence d'ONG internationales qui imposent leurs priorités à la place de celles des féministes en Palestine.

Avant 1948

Délégation de l'Association des femmes arabes à la gare de Lod en 1938

La professeur d'anthropologie Sarah Ihmoud fait démarrer le mouvement féministe en Palestine juste après la domination britannique en 1917, plusieurs organisations de femmes se créant pour fournir des services éducatifs et médicaux que la domination coloniale ne prenait pas en charge[1].

La Palestinian Women's Union, créée en 1921, organise des manifestations contre la déclaration Balfour ainsi que le premier Congrès Général des Femmes à Jérusalem en 1929[1]. Ce congrès voit la création de l'Association des femmes arabes, première association du mouvement des femmes en Palestine[2]. Ces femmes, majoritairement urbaines, en particulier de Jérusalem, et issues des classes moyennes et supérieures, s'investissent dans l'animation communautaire, la charité, mais aussi l'activisme politique, faisant des discours politiques à l'esplanade des Mosquées et l'église du Saint-Sépulcre[2].

Combattants et combattantes palestiniennes en armes en 1938

Les palestiniennes sont très actives dans la résistance contre le mandat britannique ; en 1930, lorsque ceux-ci attaquent le village de Baqa al-Gharbiyye et emmènent les hommes de la communauté dans un camp comme prisonniers, les femmes s'organisent la nuit même pour les libérer[3]. Les femmes sont aussi très actives durant les révoltes arabes de 1936-1939, s'occupant notamment de l'organisation de manifestations, la mise en place d'un boycott des biens d'importation ainsi que le trafic d'armes[1]. Les femmes des communautés rurales servent de point d'appui aux forces anticoloniales, fournissant eau, nourriture et refuge[1]. La fin des années 1940 est marquée par un sentiment d'urgence, où les femmes achètent des terres, soignent les blessés, et participent aux combats[1].

Après 1948

La Nakba fragmente la société palestinienne et a fortiori son mouvement féministe[1]. Les palestiniennes se trouvant à l'intérieur des frontières du nouvel État d'Israël sont particulièrement actives dans les mouvements de résistance[1]. De nombreux groupes politiques créent ainsi des camps d'entrainement spécifiques pour les femmes révolutionnaires[2]. Si la participation des femmes à la lutte armée contrevient à la vision patriarcale qui les limite au care, pour Nada Elia, c'est au contraire la focalisation exclusive sur la lutte armée comme seule forme de résistance palestinienne qui occulte le travail des femmes[3]. Pour elle, la principale forme de résistance palestinienne est la survie[3]. Elle cite notamment l'action de Hind al-Husseini, qui fonde en 1948 l'orphelinat de Dar al-Tifel al-Arabi[3].

Hanan Ashrawi, qui est devenue porte-parole de l'organisation étudiante générale des étudiants palestiniens en 1967, lors d'une conférence en 2007

La défaite de 1967 voit leur implication s'intensifier : elles s'investissent à la fois formellement, par exemple par leur participation à l'Organisation de libération de la Palestine, en particulier via l'union générale des femmes palestiniennes (GUPW), et dans la vie quotidienne[1],[4]. La GUPW se consacre en particulier à répondre aux besoins urgents des femmes et enfants de Palestine, par la construction d'orphelinats et de centres de santé[2]. À la fin des années 1960, le Fatah prend le contrôle du GUPW ; bien qu'il n'apporte pas de vision politique pour les palestiniennes, celui-ci ouvre de nombreuses branches du GUPW en-dehors de la Palestine, en particulier dans les pays arabes accueillant un grand nombre de réfugiés palestiniens[2].

Les féministes palestiniennes installées aux États-Unis sont isolées du mouvement féministe du pays ; tant Nada Elia, professeure d'études culturelles arabo-américaines, que Keith Feldman, professeur spécialisé sur les récits politiques et culturels, considèrent que la prédominance du sionisme, ainsi que le contexte plus général de racialisation, a contribué à isoler les femmes arabes et a fortiori palestiniennes des mouvements politiques américains[1],[5],[6].

En plus de cet isolement du féminisme, les palestiniennes se voient marginaliser au sein du mouvement américain pour les droits palestiniens et décident donc de s'organiser de manière autonome ; elles fondent en 1986 l'Union of Palestinian Women's Association, qui organise des manifestations, des évènements culturels et des cours d'arabe, d'histoire et de géographie[1].

Palestinienne de la bande de Gaza lors de la première intifada, en 1987

La forte participation des femmes à la première intifada, en 1987 est un moment clé du féminisme palestinien puisqu'elle leur permet de développer les compétences, les réseaux et aspirations qui serviront de socle à la suite du mouvement[4]. En particulier, elles organisent de la garde d'enfants, des campagnes d'alphabétisation, des écoles se substitant à celles fermées par Israël, et des boycotts des biens israéliens[3],[4]. Cette participation est toutefois reçue de manière ambiguë : d'un côté, les femmes emprisonnées par Israël sont héroïsées le temps de leur incarcération mais, de l'autre, sont ostracisées socialement à leur libération, trouvant difficilement un emploi ou un mariage[2]. La propagande de l'époque ne représente pas les femmes pour elles-mêmes, mais en relation à leurs enfants ou leurs maris[2].

La seconde Intifada et les accords d'Oslo, où ne figure aucune femme parmi la délégation palestinienne[2], mettent en pause les mouvements politiques de terrain, qu'elles soient dans la diaspora ou en Palestine, et les femmes se retrouvent minorisées au sein de l'Autorité nationale palestinienne[1]. Ihmoud souligne le rôle patriarcal que joue l'autorité palestinienne, qui en 2021 attaque les féministes manifestant contre l'assassinat de Nizar Banat[1]. Lors de ces manifestations, des forces commanditées par l'autorité palestinienne attaquent les manifestantes, volent leurs téléphones portables et les menacent de doxxing auprès de leurs familles[1]. À d'autres moments, des forces de sécurité de l'autorité palestinienne vont s'adresser au père ou à l'employeur de militantes, afin que ceux-ci les découragent de continuer leur activisme[2].

En 2019, plusieurs manifestations sont organisées contre la violence de genre, suite d'abord à l'attaque au couteau envers un palestinien de Tel-Aviv par son frère qui le soupçonnait homosexuel, puis au meutre d'Israa Ghrayeb (en), battue par sa famille pour être allée dans un café avec son amoureux sans être mariée[2].

Un autre exemple est la création, par l'autorité palestinienne, d'un ministère des femmes (en) ainsi que d'unités spécialisés dans le genre dans chacun des autres ministères, censées s'occuper de la participation des femmes dans la vie politique ; toutefois, l'analyste politique Yara Hawari considère que ces créations répondent plus à une politique de respectabilité de l'autorité palestinienne envers l'opinion internationale qu'à un engagement sincère envers les droits des femmes[2].

Cette marginalisation amène la dispersion des militantes, dont certaines se tournent vers les mouvements religieux, tandis que d'autres se focalisent alors sur le féminisme de la vie quotidienne[1].

Le XXIe siècle voit l'émergence d'un mouvement LGBT en Palestine, avec notamment la création des associations Aswat (en) et AlQaws[1].

Caractéristiques

Pour Sarah Ihmoud, le féminisme palestinien ne peut pas être dissocié du mouvement plus large de libération de la Palestine[1]. Elle considère toutefois, comme l'anthropologue Rema Hammani ou l'universitaire féministe Islah Jad (en), que, suite en particulier aux accords d'Oslo, le changement de focus de la politique palestinienne vers la constitution d'un État a étouffé cette perspective, remplacée par un féminisme libéral dépendant de financements venus d'ONG étrangères[1]. Cette dépendance crée un changement dans les priorités du mouvement : ainsi, l'empowerment économique, qui jusqu'alors signifiait l'indépendance vis-à-vis d'Israël, signifie, sous l'influence des ONG internationales, l'indépendance vis-à-vis des hommes palestiniens[2].

Khalida Jarrar, aux côté d'Ayman Odeh, lors de sa libération en 2016

Ihmoud souligne aussi que la séparation des palestiniennes entre plusieurs réalités géographiques  arabes d'Israël, Jérusalem-Est, Cisjordanie, Bande de Gaza et personnes en exil  rend dificile l'émergence d'une voix palestinienne unifiée[1]. Enfin, elle met l'accent sur les conditions matérielles des femmes palestiniennes, qui subissent déplacements forcés, surveillance de masse, enfermement et accès limité à l'éducation, la santé et l'eau, comme obstacles à la pérennité d'un mouvement féministe[1],[2]. Hawari souligne aussi que la société palestinienne tendant à stigmatiser les victimes de violences sexuelles, autant Israël que l'autorité palestinienne utilisent la menace et le harcèlement sexuel pour réduire au silence les femmes politiquement actives[2]. Ce harcèlement est particulièrement présent dans les prisons israéliennes : Khitam Saafin subit par exemple de nombreuses fouilles corporelles, tandis que de nombreuses prisonnières palestiniennes n'ont pas accès à des protections menstruelles ou même à des toilettes pendant leurs règles[2].

Face à ces répressions, les féministes s'organisent, soit par des techniques d'autodéfense, par exemple en étant systématiquement en groupes d'au moins deux femmes lors de manifestations, soit par une préparation psychologique, avec une dissociation active envers leur corps lors des évènements politiques[2].

Références

Bibliographie

Filmographie

Voir aussi

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