Wikiwand AI

Occupation israélienne de la bande de Gaza

From Wikipedia, the free encyclopedia

L’occupation israélienne de la bande de Gaza désigne le contrôle militaire et administratif qu'exerce Israël sur ce territoire palestinien, dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

Une vue aérienne de la bande de Gaza en mai 2005 montre les colonies israéliennes (en bleu), avant leur démantèlement dans le cadre du retrait israélien de Gaza.

En 1956, la bande de Gaza passe sous occupation militaire israélienne pendant quatre mois lors de la crise de Suez. Israël la capture de nouveau le à l’issue de la guerre des Six Jours. Les Nations unies, de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains[1], la Cour internationale de justice, l’Union européenne, la Cour pénale internationale ainsi qu’une grande partie de la communauté internationale et des experts en droit considèrent que la bande de Gaza demeure toujours sous occupation militaire israélienne, Israël conservant un contrôle direct sur l’espace aérien et maritime, six des sept points de passage terrestres, une zone tampon à l’intérieur du territoire ainsi que le registre de la population palestinienne[2],[3],[4]. Israël, les États-Unis et certains experts juridiques[3], militaires et diplomatiques estiment au contraire qu’Israël a mis fin au contrôle effectif requis par la définition juridique de l’occupation lors du retrait de ses colons et de ses troupes au sol en 2005[5]. Israël maintient toutefois un blocus sur la bande de Gaza, limitant la circulation des personnes et des marchandises.

Histoire

Première occupation israélienne de la bande de Gaza (1956-1957)

Le protectorat égyptien de toute la Palestine (en) est établi par la Ligue arabe durant la guerre israélo-arabe de 1948. À l’issue du conflit, la bande de Gaza constitue le seul territoire de l’ancien mandat britannique placé sous l’autorité du gouvernement de toute la Palestine[6].

Chars israéliens à Gaza en 1956.
Le nouveau maire de Gaza, Rushdi al-Shawwa (en)R, prononçant un discours à la cérémonie d’inauguration du conseil municipal de Gaza, le 26 novembre 1956 (sous occupation israélienne).

En 1956, l’Égypte bloque le golfe d’Aqaba, nationalise le canal de Suez et en interdit l’accès à la navigation israélienne, menaçant ainsi le jeune État d’Israël et enfreignant les termes de la Convention de Constantinople de 1888, à laquelle le khédivat d'Égypte n'a pas été invité[7]. En réaction, Israël, la France et le Royaume-Uni envahissent la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, déclenchant la crise de Suez[8].

Sous la pression internationale, les forces franco-britanniques se retirent avant la fin de l’année 1956. L’armée israélienne se retire à son tour en , mettant fin à quatre mois d’occupation du Sinaï et de la bande de Gaza[9],[10].

L’occupation israélienne donne lieu à de multiples massacres de civils : massacre de Khan Younès (275 à 472 tués et disparus) et Rafah (de 110 morts à 220 morts et disparus), ainsi qu’ailleurs dans la bande de Gaza. La résistance à l’occupation est matée par de nombreuses arrestations[11]. L’armée israélienne se retire de Gaza, sous la pression des États-Unis, le 7 mars 1957[12]. Au total, la première occupation israélienne de Gaza se solde par une forte répression (couvre-feu, rafles, violations de domicile) et de 930 à 1 200 morts, sur une population d’environ 330 000 personnes[13].

Après ces massacres, le photographe américano-israélien Moshe Marlin Levin documente la vie locale à travers des photographies de propagande en couleur mettant en avant l’activité commerciale, la propreté des lieux et l’accueil favorable réservé à la présence israélienne[14].

Colonisation et administration militaro-civile israélienne (1967-1994)

Soldats israéliens organisant une arrestation massive de Palestiniens, à la recherche d'activistes, pendant l'insurrection gazaouie de 1967-1971 (guerre des Quatre Ans).

En 1967, face aux menaces israélienne envers la Syrie en raison de son soutien aux Palestiniens, le chef d'État égyptien, Gamal Abdel Nasser, fait fermer le détroit de Tiran, et déploie des troupes aux frontières. Israël attaque alors l’Égypte, déclenchant la guerre des Six Jours. Les États arabes voisins sont rapidement défaits, et Israël occupe de nombreux territoires arabes et met fin à l’administration égyptienne de la bande de Gaza. Un gouvernement militaire israélien (en) est alors mis en place afin d’administrer les populations civiles de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, de la péninsule du Sinaï et de la partie occidentale du plateau du Golan.

Construction par les Nahal de la colonie de Netzarim, dans la bande de Gaza sous occupation israélienne, novembre 1972.

Cette administration s’appuie sur la quatrième Convention de Genève, qui fixe le cadre juridique du régime militaire dans les territoires occupés. Durant cette période, l’ONU et de nombreuses sources désignent ces zones sous le nom de « territoires arabes occupés »[15]. L’occupation suscite une résistance vive à Gaza, aux dimensions de guérilla et de désobéissance civile mêlées, qui est appelée guerre de Quatre Ans. À l’issue, après la campagne de repression menée par Ariel Sharon, la colonisation israélienne du territoire est lancée[16].

En 1982, à la suite du traité de paix entre l’Égypte et Israël, Israël renonce à la péninsule du Sinaï et crée l’Administration civile israélienne pour superviser la gestion de la Cisjordanie et de la bande de Gaza[17].

Retrait israélien partiel en 2005

Retrait des colons israéliens de Tel Katifa, 17 août 2005.

Bien que le « désengagement » d’Israël de la bande de Gaza soit proposé pour la première fois en 2003 par le Premier ministre Ariel Sharon et adopté par le gouvernement et la Knesset en 2004 et 2005, le retrait des troupes au sol et le démantèlement unilatéral effectif des colonies a lieu en 2005[18],[19]. Cette décision rencontre une forte opposition de l’opinion publique israélienne : en , un référendum montre que 65 % des électeurs s’opposent au plan de désengagement[20]. Le plan s'accompagne toutefois de l'indemnisation et du relogement des 8 000 colons rapatriés.

Israël conserve également le contrôle totales des frontières terrestres, des eaux territoriales et de l'espace aérien, raison pour laquelle le retrait israélien ne met pas fin à l'occupation israélienne selon les observateurs étrangers[21],[22],[4].

2005–2007

En , Israël retire de manière unilatérale ses colons et ses troupes au sol de la bande de Gaza. Le contrôle de la frontière Gaza–Égypte est transféré à l’Égypte, tandis que l’Autorité palestinienne (AP), dominée par le Fatah, obtient la gestion du passage de Rafah. L’accord de Philadelphie de 2005 entre Israël et l’Égypte confie officiellement le contrôle de la frontière à l’Égypte[23]. À partir de , un gouvernement technocrate dirigé par le Fatah supervise les Forces de sécurité nationale palestiniennes[24]. De à , le passage de Rafah est conjointement contrôlé par l’Égypte et l’Autorité palestinienne, avec la surveillance des activités côté Gaza par l’Union européenne à partir du [25]. Les tensions entre le Fatah et le Hamas s’intensifient après la victoire de ce dernier aux élections de 2006[26]. Le Hamas crée sa « Force exécutive » dirigée par Jamal Abou Samhadana, militant de premier plan[27]. Le président Abbas et les commandants du Fatah refusent de se soumettre au gouvernement de l'Autorité palestinienne dirigé par le Hamas[28],[29],[30],[31]. Soutenu par la communauté internationale et plus ou moins toléré par Israël, Abbas et le Fatah bénéficient du versement de l’aide financière internationale, tandis que l’Autorité palestinienne et le parlement dominés par le Hamas sont boycottés[30].

Situation du blocus israélo-égyptien de la bande de Gaza en 2012.

En , Mahmoud Abbas convoque de nouvelles élections parlementaires et présidentielles[32]. Le Hamas interprète cette décision comme une tentative de coup de force du Fatah et des violences éclatent[33],[28],[34],[35],[36],[37]. Les moyens d’Abbas pour rétablir l’ordre reposent sur l’action coercitive des forces de police et de sécurité sous son autorité, relativement faibles dans la bande de Gaza, bastion du Hamas[37]. En , l’accord de La Mecque, négocié par l’Arabie saoudite, aboutit à la formation d’un gouvernement d'unité nationale palestinien[38], qui s’avère toutefois de courte durée[39]. En , le Hamas prend le contrôle[40] et écarte les responsables du Fatah[41]. Human Rights Watch accuse les deux camps de violations du droit international humanitaire, incluant la mise en cible et le meurtre de civils, des exécutions publiques d’opposants politiques et de prisonniers, le jet de détenus depuis des immeubles, des combats dans des hôpitaux et des tirs depuis un véhicule marqué « TV »[42]. Le CICR dénonce des attaques dans et autour de deux hôpitaux situés dans le nord de la bande de Gaza[43]. En réponse à ces violences, le gouvernement israélien ferme tous les points de contrôle aux frontières de Gaza. Le président palestinien Mahmoud Abbas annonce la dissolution du gouvernement d’unité[44],[45], tandis que Sami Abou Zuhri affirme que le Premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh reste à la tête du gouvernement[46],[47]. Ni le Hamas ni le Fatah ne disposent toutefois des votes nécessaires pour former un nouveau gouvernement conformément à la constitution[48],[49].

2007–2023

Le Hamas gouverne la bande de Gaza en Palestine depuis sa prise de contrôle du territoire à la suite de l’éviction de l’Autorité palestinienne (AP) dirigée par le Fatah le [50],[51],[52]. L’administration du Hamas est d’abord dirigée par Ismaïl Haniyeh de à , puis par Yahya Sinwar jusqu’à son assassinat en , et depuis lors par Mohammed Sinwar[53].

Guerre de Gaza (depuis 2023)

Chars et bulldozers blindés israéliens dans la bande de Gaza pendant l'invasion terrestre, le 1er novembre 2023.
Déplacement forcé de Palestiniens dans la bande de Gaza, dévastée par les bombardements israéliens, 29 janvier 2025.

Le , le Hamas et ses alliés pénètrent en Israël, tuant 1 195 personnes et prenant environ 250 otages, principalement des civils. En réponse, Israël lance une campagne massive de bombardements accompagnée d'une invasion terrestre de la bande de Gaza[55].

Au début de , lors de la guerre à Gaza, Israël réoccupe la majeure partie de la bande de Gaza nord après avoir affirmé avoir démantelé douze bataillons des brigades Izz al-Din al-Qassam le [56],[57],[58]. Cela marque le début de l’insurrection dans le nord de Gaza ainsi que le début de la réoccupation israélienne de la bande de Gaza, près de 19 ans après le retrait des colons et des troupes au sol de 2005, motivé par la forte résistance palestinienne. Toutefois, Israël impose depuis 2007 un blocus continu de la bande de Gaza.

Au début de la guerre de Gaza, Israël indique clairement que le contrôle de la bande de Gaza figure parmi ses objectifs principaux[59]. Fin , Benjamin Netanyahou déclare qu’il « ne fera aucun compromis sur le contrôle total israélien » de Gaza[60].

En , Israël établit une nouvelle zone tampon dans la bande de Gaza, dont l’accès est restreint pour les habitants de Gaza[61].

Après l’assassinat de Yahya Sinwar, le comité temporaire du Hamas envisage d’abord de désigner un successeur unique, mais décide finalement de gouverner collectivement jusqu’aux élections prévues de la direction du Hamas en [62],[63],[64]. En , un cessez-le-feu négocié par les États-Unis entre en vigueur, le Hamas conservant le contrôle de la bande de Gaza tandis que l’armée israélienne se retire[53],[65],[66],[67].

Au début d’, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, annonce une importante expansion des zones de sécurité israéliennes, entraînant la saisie de vastes étendues de territoire par l’armée israélienne. Katz indique également qu’une évacuation ordonnée de la population de Gaza depuis ces zones sera organisée, alors que des frappes aériennes intensives ont déjà causé la mort de plusieurs civils, dont des enfants[68].

Plan de paix pour Gaza (depuis 2025)

La ligne de retrait de la phase un est indiquée en jaune (la « ligne jaune »).

Le , Israël et le Hamas conviennent de la première phase d’un plan de paix, et un cessez-le-feu entre en vigueur le lendemain. Dans le cadre de cet accord, Israël retire ses forces de la plupart des zones urbaines de la bande de Gaza, tout en conservant l’occupation d’environ 53 % du territoire[69]. La deuxième phase du plan prévoit un retrait israélien supplémentaire, le déploiement d’une force de maintien de la paix multinationale et la création d’une autorité palestinienne intérimaire pour administrer la bande de Gaza.

Colonies israéliennes

En 2005, environ 9 000 colons israéliens sont répartis dans 21 colonies de la bande de Gaza, tandis qu’environ 1,3 million de Palestiniens y vivent. La première colonie est construite en 1970, peu après l’occupation de Gaza par Israël à la suite de la guerre des Six Jours. Chaque colon israélien dispose de 400 fois plus de terres que les réfugiés palestiniens et de 20 fois plus d’eau que les agriculteurs locaux[70]. Après le désengagement israélien de 2005, tous les colons sont évacués et l’ensemble des colonies est démantelé[71].

Fin , un officier militaire israélien anonyme rapporte que le Premier ministre Benyamin Netanyahou et d’autres membres du gouvernement ont demandé aux forces armées de commencer à établir des bases permanentes dans la bande de Gaza, dans le cadre de l’invasion israélienne de 2023[72], après les attaques du .

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks