Gabriel Loison
gourou de mouvements sectaires français
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Gabriel Loison, dit parfois Gabriel Yves, né en 1940 dans le Maine-et-Loire, est une figure impliquée dans plusieurs dérives sectaires en France. Fondateur des mouvements sectaires les Jardins de la vie puis de l'Université de la nature, de l'écologie et de la relation » (UR), il a fait l'objet de plusieurs signalements par la Miviludes et a été condamné à plusieurs reprises pour des crimes sexuels et abus de faiblesse commis sur ses adeptes.
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| Pseudonymes |
Gabriel Yves, Gourou Gabriel, Gabriel |
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| Activités |
Gourou, accompagnateur professionnel, responsable, consultant, conférencier, imposteur |
| Membre de |
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En 2017, la cour d'assises d'appel de Rennes le condamne à 15 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur une mineure de 13 ans et une jeune femme de 28 ans.
En juin 2022, il est de nouveau condamné par la cour d'assises de Loire-Atlantique à une peine de 15 ans de prison pour viols et abus de faiblesse sur quatre anciens adeptes, trois femmes et un homme. Les experts psychiatres ont décrit lors du procès une « personnalité de type pervers » marquée par le déni des faits.
Biographie
Personnalité et parcours
Gabriel Loison a un long et lourd historique. Les psychologues décrivent une « structure de personnalité de type pervers avec déni de la réalité, de la loi et de ses responsabilités. »[1] Il est charismatique[2] et manipulateur[3]. Gabriel Loison s’autoproclame successivement, sans aucune formation ni diplôme psychologue, sophrologue, anthropologue, alchimiste[4], « maître de santé », « conseiller en pédagogie parentale »[5], biorythmologue[6], coach de vie, être élu selon le calendrier Maya[7], psychothérapeute[8]. Il affirme également être en contact avec des extra-terrestres[7]. Son désir sexuel est omniprésent. À tel point qu'un avocat général résume ainsi : le sexe est « obsession derrière laquelle tout son système se cache »[9].
Famille
Il est le frère de Lionel Loison, condamné à 15 ans de prison en 1988 pour "des faits de nature sexuelle" sur des mineurs, puis fondateur d'un mouvement sectaire en Vendée depuis 2011, la communauté de l’Œuvre christique du Sacré-Cœur à Pouzauges, sous le nom de Frère Elyon[10].
Il a un fils[11].
Début de parcours
Gabriel Loison naît le 1er février 1940 dans le Maine-et-Loire[2]. En 1962, alors militaire en Algérie, au BPOM (Brigade de Parachutiste d'Outre Mer), puis au 3e RPMIA-AFN (Régiment d'Infanterie de Marine - Afrique du Nord), il est incarcéré pour "vol et complot contre l’autorité de l’État"[12] en lien avec l'Organisation de l'Armée Secrète[13].
Séjours en prison et début des escroqueries (1962 à 1983)
Gabriel Loison est condamné en 1964, alors âgé de 24 ans, à 15 ans de réclusion criminelle pour des faits de vols à main armée, après avoir monté une opération de braquages de facteurs[14],[4]. Il commence à s'intéresser à la psychologie et au coaching[8] pendant les huit ans de son incarcération. En 1972, à sa sortie de prison, il entame une carrière de consultant en entreprise et de coach en développement personnel, notamment pour cadres d'entreprise, et gagne alors près de 3 000 000 de francs [8],[15]. Il développe ses techniques d'emprise. Il est visé par des plaintes pour escroquerie et abus de confiance. Il retourne en prison jusqu'en 1983[8].
Les ateliers de Saint-Jean (1983 à 1989)
En 1983, il fonde une structure nommée les ateliers de Saint-Jean, à Saint-Jean-de-Fos dans l'Hérault[2]. Il est accusé de charlatanisme en prétendant guérir des personnes malades de dépression[16] grâce à des techniques New Age, censées apporter du bien-être et des méthodes traumatisantes de dépassement de soi[8].
Il est accusé de viols par Marie-Ange Salou, une religieuse, assistante sociale de prison. Elle dépose plainte en 1989 pour viols à trois reprises au cours de stages en 1984, 1985 et 1986[17]. L'enquête aboutit à un non lieu.
En 1988[11] et 1989, deux personnes décèdent en chutant d'une falaise qu'ils escaladaient à mains nues, dans un des stages à Saint-Jean-de-Fos[14]. Les gendarmes s'intéressent à lui, mais il parvient à être innocenté. Il fuit au Costa-Rica avec l'argent des adeptes[8]. Il y monte une pseudo-université, qui est un camp de vacances[8]. Il y fait venir des adeptes français, pour des stages de plusieurs mois.
Les Jardins de la vie (1990 à 1995)
En 1990, il change son nom, devient Gabriel Yves[18] et revient en France régulièrement. Il y fonde une nouvelle secte, les Jardins de la vie[19] dans les Pyrénées-Orientales[2]. Cette entreprise est reconnue un temps comme centre de formation continue[20] et délivre des contrats de formation professionnelle[14]. Il propose, dans ce qui se présente d'abord comme une association, de nouvelles méthodes d'agriculture, notamment biologique. Puis il organise des séjours au tarif fort, notamment en Espagne autour de l’ésotérisme, la spiritualité ou les médecines traditionnelles[21]. En 1995 le nom de la société figure dans la liste des « mouvements sectaires de moins de 50 adeptes » (recensée dans le Rapport parlementaire Les sectes en France)[15]. La secte est dissoute en 1995 sur décision de justice[16].
Fondation de l'Université de la nature, de l'écologie et de la relation » (UR), emprise croissante, agressions sexuelles multiples (1995 à 2011)
Méthodes de recrutement
En 1995[22] ou 1996[23],[24], Gabriel Loison fonde administrativement L'Université de la nature, de l'écologie et de la relation, sur des bases similaires aux Jardins de la vie. La pseudo-université commence néanmoins ses activités en 2005 et se présente comme un collectif de recherche pour former des maîtres de santé[7]. Gabriel Loison recrute de nouveaux adeptes à l'occasion de conférences[8] et de colloques[25]. Il utilise des thématiques écologistes et humanitaires pour attirer des personnes fragilisées. Des filiales sont créées en parallèle, comme La Maison des Arômes ou La Casa de la Humanidad[26]. Le groupe compte jusqu'à 200 adeptes. Les adeptes ne connaissent pas toujours son nom de famille, et se contentent de l'appeler Gabriel[27].
Les stages internationaux
Le siège de la structure se trouve à Atenas, au Costa Rica[14]. Gabriel Loison propose des stages de développement personnel et des expériences dites chamaniques[28]. Ces stages dits d'« initiations » sont dispensés dans plusieurs lieux en France, dans le Sud-Ouest ou en Bretagne et notamment à Saint-Brévin-Les-Pins[27]. Des stages ont aussi lieu à l'étranger, à Jaca en Espagne, dans un gîte d’une palmeraie de Taroudant au Maroc ou bien encore au Costa Rica, dans une propriété, la Finca Huetares[26],[29]. Les stages alternent notamment randonnées, hypnose, méditation, sungazing[30]. Il facture ces stages de 1600 à 10 000 €[16].
Emprise, sexualité et dérives
Selon les rapports de la Miviludes, Gabriel Loison exerce une emprise psychologique forte sur ses victimes, principalement des femmes en situation de vulnérabilité. Les techniques décrites incluent l'isolement géographique, la « déconstruction de l'ego » par l'humiliation publique et l'imposition de relations sexuelles avec lui-même sous prétexte de « déblocage émotionnel »[31]. Loison exerce une pression constante sur les membres de la secte, qui sont sous sa totale emprise. Trois étapes se succèdent pour atteindre cet objectif : la séduction, la destruction puis la reconstruction. Les psychologues parlent pour cette troisième étape d'un véritable « tsunami psychologique »[32]. Les femmes doivent se laisser pousser les cheveux très longs, car elles sont selon lui les « antennes de la terre »[33]. Des jeûnes particulièrement éprouvants sont organisés[34]. Loison met en place une « soumission complète » des adeptes, ce qui inclut une soumission sexuelle[35]. Il exerce sur eux du chantage affectif, des viols et des humiliations[19]. Il met en effet progressivement en place du tantrisme[24], des pratiques sexuelles de groupe et du sexe punitif[24],[36]. Il préconise le sexe libre[32], comme moyen d’évolution et pour lutter contre des blocages[2]. La nudité est encouragée dans de nombreux exercices[27]. Il use de son pouvoir pour imposer des actes sexuels à de multiples reprises, avec de nombreuses adeptes[37].
Arrivée et intégration de Julie Baschet
Julie Baschet, originaire des Yvelines[38], est une artiste formée aux arts décoratifs, peintre et illustratrice de livres pour enfants. Elle est recrutée pendant une période de fragilité personnelle, en , lors d'un stage au Maroc. Elle a alors 31 ans et Loison 65 ans. Son basculement total prend trois semaines[39],[40]. Elle subit du love bombing[41] puis un lavage de cerveau[19]. Pendant un stage, elle subit un jeûne particulièrement éprouvant et dangereux[34]. Elle devient rapidement sa compagne et « un agent d'exécution »[1]. Elle réalise avec le recul qu'elle devient également l'esclave sexuelle de Loison pendant cinq ans[42],[19].
Agressions sexuelles sur mineures
Il profite de son pouvoir pour sexualiser de très jeunes filles, qu'il nomme « femmes pionniers »[14]. Dans le système de Loison, la majorité sexuelle débute en effet dès 14 ans. Lors d'un des stages, en 2010, une jeune fille de 13 ans, originaire de Saint-Nazaire, en stage avec ses parents, subit des attouchements sexuels puis des viols.
Justice : plaintes et condamnations
Premières plaintes (2010 à 2011)
En novembre 2010, un homme originaire de Vendée, père d'un enfant de deux ans porte plainte pour éviter que la mère de l'enfant l'emmène au Costa Rica[8],[43], en janvier 2011, pour « couper les mémoires antérieures à la grossesse ». Le père obtient d'un juge aux affaires familiales une ordonnance d'interdiction de sortie du territoire en décembre 2010[44]. Plusieurs cas similaires avaient été repérés par le Réseau parental Europe, présidé par Michel Gilbert[44].
En décembre 2010[5], les grands-parents de la jeune fille de Saint-Nazaire déposent plainte contre Loison[24].
Une jeune femme porte également plainte en 2011 pour un viol commis en août 2008 à Saint-Brévin[3].
Début de l'enquête et Interpellation (2011 à 2012)
Le 4 janvier, le parquet de Saint-Nazaire est saisi de l'affaire, confiée à l'Office central pour la répression des violences aux personnes. Le dossier est ensuite transféré au pôle d'instruction de Nantes[45]. Ce dernier ouvre une information judiciaire le 17 mars 2011[45] et lance un mandat d'arrêt international[18]. La Miviludes coordonne l'action[27].
Gabriel Loison et sa compagne, Julie Baschet, sont interpellés par la guardia civil à Jaca, en Espagne le [22].
La jeune femme, sous emprise[39], se désolidarise finalement de Loison pendant une garde à vue[39],[34] le 25 janvier 2012[22]. Un policier de la Cellule d'assistance et d'intervention en matière de dérives sectaires parvient à lui faire débuter une sortie de l'emprise[39].
Le , la Chambre de l’instruction de Rennes rejette la demande de mise en liberté de Loison[23].
Condamnation de Gabriel Loison à dix ans de réclusion et acquittement de Julie Baschet (2014)
En janvier 2014, Loison est condamné en première instance par la cour d'assises de Loire-Atlantique à 10 ans de réclusion pour des faits notamment de viols, agressions sexuelles ou encore corruption de mineure[46]. Julie Baschet se retrouve également en détention en maison d’arrêt. Elle est mise en examen. L’instruction du dossier par les policiers de la Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (CAIMADES) cherche à déterminer si elle doit être « dans le box des accusés » ou au contraire considérée victime d'emprise mentale[28]. En , son avocat Olivier Morice obtient son acquittement, contre l’avis du parquet, en démontrant qu’elle avait agi sous sa contrainte du fait de l’emprise mentale qu’il avait sur elle[47]. Cette décision a été saluée comme une avancée importante dans la prise en considération de la contrainte morale en matière d'emprise mentale à caractère sectaire[48]. Pour Julie Baschet, sa déprise totale a pris dix ans[39].
Peine alourdie à quinze ans de réclusion et appel (2017)
En janvier 2017, Loison est remis en liberté dans l’attente de son procès en appel[49]. Il reste cependant placé sous contrôle judiciaire strict[50]. En septembre de la même année, il est de nouveau entendu. Après dix jours d’audience à huis clos, Gabriel Loison voit sa peine alourdie par la cour d’appel de Rennes. Il écope de quinze ans de réclusion pour les faits reprochés[51],[52],[53],[16], assortie d’une obligation de suivi socio-judiciaire de trois ans avec une injonction de soins[54]. Il fait de nouveau appel de cette décision.
Peine confirmée (2022)
En 2021, un nouveau procès est annoncé[55]. Loison est entendu de nouveau à partir du devant la cour criminelle de Loire-Atlantique, pour des faits reprochés de viols sur personnes vulnérables, complicité de viols en réunion et abus de faiblesse aggravé sur quatre anciens adeptes, trois femmes et un homme. Il nie les viols reprochés[56], et ne voit pas ce qui est problématique dans les pratiques sexuelles qu'il a imposées à de multiples reprises[37], prétextant que le consentement aurait toujours été respecté[56]. D'anciens adeptes continuent de le soutenir[57].
Le gourou est condamné le à 15 ans de réclusion par la cour d'assises de Nantes, pour des accusations de viols sur personnes vulnérables, abus de faiblesse et escroqueries[12],[58],[59].
Sortie de prison en décembre 2023
Loison est emprisonné à la prison de Saint-Martin-de-Ré[32]. En comptant ses années de détention depuis 2011, et les crédits de réduction de peine dont il pourrait bénéficier pour bonne conduite[58], Gabriel Loison sort de prison en décembre 2023[15], soumis à un suivi socio-judiciaire strict, comprenant une injonction de soins, une interdiction de contact (il ne peut approcher aucune de ses anciennes victimes, ni les membres des parties civiles), une interdiction d'exercer (diriger une structure ou mener des activités de conseil, de coaching ou de formation)[9],[40].
Voir aussi
Documentaires vidéo
- Adeptes, de l'emprise à la déprise, de Karine Dusfour, sur Arte, 55 min, 2023[34],[60],[61]
- Gourou New Age : Les Étranges Méthodes d'un Guérisseur, Nicolas Deliez 2021[8]
- « Le gourou Gabriel » dans l'émission Présumé Innocent, épisode 12 sur Direct 8, réalisé par Elisa Jadot et Stéphanie Coudurier, 55min, 2011[43],[27].
- Secte, dérive et aveuglement : Julie raconte l’impensable (react ft @Poncefleur) 🎧 I LE DOCK I ARTE[62]
- Coupable ou non coupable ? sur RMC Découverte.
- LES DEVIANTS - Podcast #05 : GABRIEL LOISON, 20 nov. 2024[63]
Émissions de radio
- Julie Baschet : sortir de l'enfer d'une secte - L'invité de Sonia Devillers, France Inter, 21 juin 2023[39],[64]
- "Adeptes, de l'emprise à la déprise" : Karine Dufour est l'invitée de Culture médias, présenté par Philippe Vandel, 19 juin 2023[41]
- La Moitié du gourou (4 épisodes), de Manon Prigent, Arte Radio, mis en ligne le 1er février 2024[65]
Publications
- Il est l'auteur, sous le nom de Gabriel Yves[66], de plusieurs rééditions annuelles du Calendrier Maya[67].
- En 2011, Gabriel Loison publie le premier tome de ses mémoires Les cons m'appellent le Gourou : récit, aux éditions Persée[68].