Gergoviotes
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Fondation | |
|---|---|
| Dissolution |
| Type |
Groupe de résistance de la Seconde Guerre mondiale |
|---|---|
| Siège | |
| Pays |
| Fondateurs |
Jean Lassus, Gaston Zeller (d) |
|---|
Le terme « Gergoviotes » désigne les membres d'une communauté d'étudiants et d'enseignants de l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand pendant la Seconde Guerre mondiale. Formé à l'été 1940 autour d'un chantier de fouilles archéologiques sur le plateau de Gergovie, ce groupe a été initialement conçu pour retenir les étudiants alsaciens et mosellans en zone libre et les soustraire aux pressions nazies visant à les faire rentrer en Alsace et en Moselle annexée par le Troisième Reich.
Sous l'impulsion du professeur Gaston Zeller et de l'archéologue Jean Lassus, avec le soutien du général Jean de Lattre de Tassigny, les Gergoviotes construisent et occupent une « maison des étudiants » directement sur le site des fouilles. Cette communauté rassemble entre 1940 et 1943 des étudiants et enseignants d'horizons et de convictions diverses, unis par un sentiment patriotique commun.
Si le groupe ne constitue pas formellement un mouvement de résistance organisé, il devient un terreau fertile pour l'engagement résistant en Auvergne. Plusieurs de ses membres rejoignent les mouvements Libération-Sud puis Combat, et participent à diverses actions de résistance. La répression allemande s'intensifie à partir de 1942, culminant avec les rafles de juin et novembre 1943 à Clermont-Ferrand. Quatorze Gergoviotes sont arrêtés et douze déportés, dont trois ne reviendront pas des camps de concentration nazis.
Contexte
L'édification de la ligne Maginot s'accompagne d'une réflexion stratégique visant à protéger les civils et à garantir la liberté de mouvement des forces armées. Le dispositif établi prévoit le transfert des populations loin de la zone des combats, vers des départements faiblement peuplés afin d'en faciliter l'accueil. L'évacuation de Strasbourg est ordonnée dès l'annonce de la mobilisation générale, le . Dès le lendemain, , les habitants sont acheminés vers des centres de rassemblement dans les Vosges, autorisés à emporter au maximum 30 kg de bagages et quatre jours de vivres par personne. Les premiers convois en direction du Sud-Ouest sont mis en route ce même jour. Au total, 374 000 Alsaciens, dont 193 000 Strasbourgeois, sont évacués, principalement vers la Dordogne[1].
Les services municipaux et la préfecture sont délocalisés à Périgueux. L'université de Strasbourg est transférée à Clermont-Ferrand, dans les bâtiments de l'université locale, tandis qu'une partie de la faculté de médecine s'installe à la cité-sanitaire de Clairvivre. Dès le , 1 200 étudiants, 175 enseignants et une cinquantaine de membres du personnel administratif, accompagnés de leurs familles, prennent leurs quartiers à Clermont-Ferrand, en dépit des nombreuses contraintes logistiques. En , la première rentrée universitaire strasbourgeoise est organisée dans ce nouveau lieu d'accueil[2].
Dès , les autorités nazies incitent les Alsaciens à regagner l'Alsace, où commence la germanisation et la nazification de la région. Dans cette perspective, elles souhaitent rapidement rétablir une université allemande à Strasbourg et exigent le retour des étudiants et enseignants alsaciens. Le recteur Louis Adolphe Terracher et les doyens de l'université de Strasbourg refusent catégoriquement ces injonctions allemandes. Ils s'opposent au rapatriement de l'institution et œuvrent pour son maintien en zone libre[3].
Les autorités nazies recourent à tous les moyens de pression : mise à disposition de cars pour le retour, interruption des communications avec l'Alsace en ne laissant transiter que les courriers parentaux incitant au retour, entre autres. Des rumeurs circulent déjà sur une annexion de fait de l'Alsace[4]. Les professeurs conseillent aux indécis de différer leur départ, et nombreux sont ceux qui choisissent d'attendre la fin des vacances d'été avant de prendre leur décision[3].
Pour retenir les étudiants alsaciens à Clermont-Ferrand durant les vacances d'été et leur éviter de tomber sous juridiction allemande, Gaston Zeller, professeur d'histoire moderne, propose d'organiser un chantier de fouilles archéologiques sur le plateau de Gergovie. Pour assurer l'encadrement scientifique du projet, il sollicite son ami, l'archéologue Jean Lassus[5].
La communauté qui se forme autour du chantier adopte le nom de « Gergoviote ». L'origine de cette appellation demeure incertaine, bien que certains y voient la contraction des mots « Gergovie » et « patriote »[6].
La maison des étudiants
À la recherche d'une solution d'hébergement pour l'équipe de fouilles, Gaston Zeller et Jean Lassus, tous deux officiers de réserve, font appel au général de Lattre de Tassigny, commandant de la 13e division militaire de Clermont-Ferrand. Ayant exercé en 1938 les fonctions de chef d'état-major du gouverneur militaire de Strasbourg, le général se montre particulièrement attentif au sort des jeunes Alsaciens. Il approuve leur projet et s'y engage personnellement. Il leur propose de faire construire directement sur le site des fouilles un bâtiment qui deviendra la « maison des étudiants »[6].
En contrepartie de son aide, Jean de Lattre de Tassigny exige que les étudiants participent à la construction de la maison. Selon lui : « Ils aimeront d'autant plus la maison qu'ils l'auront bâtie de leurs propres mains »[7].
Avant le début des fouilles, la priorité est donnée à la construction du bâtiment. Les jeunes gens sont hébergés sous des tentes au camp d'Opme, où le général vient de créer l'école des cadres militaires d'Opme pour l'armée d'armistice. Le , deux roulottes sont installées sur le plateau : l'une, appartenant au général, est mise à disposition des jeunes filles, tandis que l'autre abrite les deux étudiants chargés de surveiller le chantier[8].
Le général supervise quotidiennement l'avancement des travaux avec une rigueur toute militaire, ce qui lui vaut d'être surnommé le « tyran » par les Gergoviotes. Sa méthode pour imposer une discipline collective et son ingérence constante dans le déroulement de la construction poussent Gaston Zeller à se retirer définitivement du projet[6],[9].
Le général s'est fixé pour objectif d'impulser le redressement moral et physique de la France, ébranlée par la rapidité de la défaite et la signature de l'armistice du 22 juin 1940. Il aspire à former une jeunesse « moralement saine et physiquement épanouie ». Dans cette optique, l'expérience de Gergovie doit servir de modèle, qu'il fait découvrir à de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Paul Valéry et Charles Huntziger, ministre de la Guerre du gouvernement de Vichy[10].
La construction de la maison des étudiants débute fin et s'achève en novembre. Le général confie cette mission au lieutenant Jacques Cazalières, architecte parisien, qui sélectionne l'emplacement et conçoit les plans du bâtiment. Les travaux sont réalisés par les étudiants masculins, assistés de soldats issus des corps de métiers du bâtiment, sous la supervision d'un adjudant du génie. Le bâtiment adopte une forme en « L » pour une superficie de 270 m2 et une terrasse de 60 m2. Il respecte les dimensions standard des hébergements préfabriqués destinés aux réfugiés afin de pouvoir en utiliser les matériaux (panneaux préfabriqués, etc.). Les coûts de construction sont assumés par la préfecture du Puy-de-Dôme, tandis que l'aménagement intérieur et le mobilier sont financés par l'université de Strasbourg[11].
Le bâtiment de plain-pied comprend une dizaine de pièces : un dortoir pouvant accueillir une vingtaine de garçons, un autre pour une dizaine de filles, une cuisine, un réfectoire faisant également office de salle commune, deux espaces sanitaires, un laboratoire photographique et des espaces de travail dédiés aux recherches archéologiques. Le confort demeure rudimentaire : la maison ne dispose pas d'eau courante et les toilettes se limitent à de simples feuillées. L'eau potable, prélevée dans une source voisine, est fournie par l'université de Strasbourg au moyen de grands fûts et stockée dans une citerne. Le chauffage est assuré par des poêles à bois dont le combustible alimente également les fourneaux. Trop isolée, la maison n'est pas raccordée à l'électricité[12].
L'utilisation de matériaux préfabriqués a permis aux étudiants de construire eux-mêmes leur hébergement et de se l'approprier. Ils s'y installent le . Le caractère rustique de la maison n'a nullement empêché sa fréquentation assidue, y compris par de jeunes citadins[13].
La maison est ornée aux couleurs de l'Alsace. Le peintre alsacien René Kuder, dont les filles font partie des Gergoviotes, réalise dans la salle commune une fresque représentant des scènes champêtres d'inspiration alsacienne. Douze blasons alsaciens et lorrains sont fixés sur les poutres. Le général de Lattre, quant à lui, fait don d'une gravure figurant un soldat révolutionnaire près d'un écriteau portant l'inscription « Ici commence le pays de la Liberté », accompagnée de la devise « Liberté, égalité, fraternité ou la mort »[14].
La communauté des Gergoviotes
Les Gergoviotes sont recrutés sur la base du volontariat. Le groupe est mixte, les femmes assurant l'intendance du chantier et la préparation des repas. Au mois de , les effectifs varient considérablement selon la pénibilité des tâches, les réprimandes du général de Lattre ou de ses subalternes. À partir du mois d'août, un noyau stable se constitue, composé de 6 à 8 jeunes filles et de 25 à 30 garçons, auxquels s'ajoutent des étudiants qui fréquentent le chantier de manière plus ponctuelle[15].
Comme le souligne Jean Lassus, l'équipe est très « hétéroclite ». Si quelques-uns sont étudiants en histoire, la majorité poursuit des études sans lien avec l'archéologie (philosophie, médecine, mathématiques, théologie…). Certains sont lycéens au lycée clermontois Blaise-Pascal. D'autres sont enseignants dans cet établissement, aux universités de Strasbourg ou de Clermont-Ferrand, ainsi qu'au lycée de jeunes filles Jeanne d'Arc. À partir de 1941, des professeurs visés par les lois antijuives de 1940, comme Jacques Schwartz, rejoignent le chantier[16].
Les Gergoviotes sont majoritairement Alsaciens ou Mosellans, mais le groupe compte également, entre autres, deux Auvergnats, une Normande, un Réunionnais, un Parisien et un Japonais, Saïto Ei Ichi, photographe officiel du chantier[16].
La communauté rassemble des personnes aux convictions diverses (républicains, royalistes, communistes, catholiques, protestants, juifs…) unies par un sentiment patriotique commun[17].
Les Gergoviotes ne constituent ni une association ni un mouvement para-universitaire. Ils ne disposent d'aucun registre ni liste de membres. Selon Julien Freund, il suffisait « d'y être ou d'y avoir été » pour être Gergoviote. Si Jean Lassus dirige les équipes lors des fouilles, aucun chef ne s'impose en dehors du chantier. Pour les questions stratégiques, la trésorerie est gérée par Stéphanie Kuder, qui assure également les relations avec l'université, tandis que sa sœur Marie-France se charge de l'intendance[18].
En dehors des périodes de fouilles estivales, et malgré la rusticité des lieux et la rigueur du climat, les étudiants se rendent chaque samedi soir sur le plateau situé à deux heures de marche du centre-ville de Clermont-Ferrand. Les professeurs ne participent à ces rendez-vous que sur invitation[18].
À l'extérieur se dresse un mât des couleurs, et chaque matin le drapeau tricolore est hissé tandis que les Gergoviotes entonnent Alsace et Lorraine[19].
En , une commission allemande accompagnée de pères alsaciens et mosellans se rend à Royat, siège de la commission d'armistice, pour inciter les étudiants des départements annexés de fait à regagner leur région. Cette visite offre à certains pères l'occasion de se rendre sur le plateau de Gergovie pour voir leurs enfants. Les Allemands misent sur l'autorité parentale pour convaincre les étudiants. C'est un échec total : aucun Gergoviote ne rentre, souvent avec l'assentiment des pères eux-mêmes[20].
Les fouilles archéologiques
La reprise des fouilles sur le plateau de Gergovie, initialement conçue comme un prétexte pour retenir les étudiants alsaciens-mosellans en zone libre, devient l'un des principaux chantiers universitaires français. Le projet bénéficie du soutien d'Albert Grenier, venu visiter le chantier à l'automne 1940. Ce dernier accepte de présider le « Comité des fouilles de Gergovie » et confère une nouvelle visibilité aux résultats des recherches qui occuperont, pendant plusieurs années, une place de choix dans la revue Gallia[21].
L'été 1940 ayant été consacré principalement à la construction de la « maison des étudiants », les fouilles démarrent véritablement en 1941, sous la direction de Jean Lassus, puis à partir de 1942 sous celle de Jean-Jacques Hatt[22].
En 1941, l'équipe compte une vingtaine d'étudiants. En 1942, ils ne sont plus qu'une douzaine, renforcés par des permissionnaires de la 13e division militaire du Puy-de-Dôme et des ouvriers retraités du village de Gergovie. À partir de 1943, l'équipe se réduit à quatre à six ouvriers, les étudiants, engagés dans la Résistance, ne pouvant plus se rendre sur le chantier[23].
La Résistance
La communauté de Gergovie ne s'est pas structurée comme un mouvement de résistance organisé ou un groupe de maquisards. Cependant, elle a offert un terrain fertile pour l'expression de l'engagement, qu'il soit personnel ou collectif, stimulé par des figures marquantes comme Jean Cavailliès, Stéphanie Kuder, Jean-Paul Cauchi ou Teddy Piat. Ce dernier témoigne que c'est au sein de cette communauté qu'ont été puisés « le courage et la foi nécessaires pour s'engager ailleurs »[24].
Jean Lassus, professeur qui fut à la fois témoin et participant de cette pluralité d'engagements, identifie trois phases dans l'histoire des Gergoviotes « 1940, l'année de l'installation ; 1941, l'année du défi ; et 1942, l'année du combat »[24].
Dès la fin de l'année 1940, le professeur Jean Cavailliès crée le mouvement Libération-Sud aux côtés d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie et de Lucie Bernard, future Lucie Aubrac. Selon Julien Freund, c'est l'admiration qu'il portait à ce professeur qui l'a poussé, ainsi que plusieurs de ses camarades, à rejoindre précocement les rangs de la Résistance[25].
En 1941, à Clermont-Ferrand, les premières actions s'apparentent davantage à des actes de protestation estudiantine : les étudiants décrochent le portrait du Maréchal Pétain, réalisent des inscriptions hostiles au régime de Vichy et à l'occupant allemand, affichent des tracts incitant à la résistance, diffusent la presse clandestine (Libération, Témoignage chrétien, Résistance, Franc-Tireur…), tentent d'organiser une manifestation le pour protester contre l'invasion allemande de la Yougoslavie, et manifestent lors du procès de Pierre Mendès France[26].
En , à l'occasion de la venue de Charles Huntziger, ministre du régime de Vichy et signataire de l'armistice, les Gergoviotes présents entonnent le chant « Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine » devant de Lattre de Tassigny et Jean Lassus, qui assistent à la scène avec amusement[27].
C'est effectivement au sein de la communauté des Gergoviotes que s'est constitué le cœur de la résistance étudiante auvergnate, et c'est parmi eux que furent recrutés les premiers membres de Libération-Sud. Bien que leurs activités se soient temporairement interrompues après le départ de Jean Cavaillès, muté à la Sorbonne au printemps 1941, ils rejoignent logiquement les rangs du mouvement Combat dès sa création en , marquant ainsi la naissance d'une organisation résistante plus structurée et mieux coordonnée en Auvergne[27].
À l'intérieur de ce mouvement, Jean-Paul Cauchi, ancien membre de la communauté gergoviote, fonde le groupe Combat-Étudiant, qui compte 12 Gergoviotes parmi ses 15 membres. Les actions menées sont diversifiées : destruction de kiosques distribuant la presse allemande, envoi de lettres d'intimidation aux collaborateurs, lancement de gaz lacrymogène lors des rassemblements du Parti populaire français de Jacques Doriot, mise en place par Stéphanie Kuder et Bernard-Philippe Grosier d'un atelier de confection de fausses pièces d'identité, réception de parachutages destinés aux maquisards, assistance au passage clandestin de familles juives par Georges Wagner et Marie-Thérèse Trautmann[28],[29].
Le constitue un tournant décisif dans l'action du groupe, qui recourt pour la première fois aux explosifs. Ce jour-là, Teddy Piat fait détoner une bombe devant le domicile d'un collaborateur de Jacques Doriot. Le suivant, deux tentatives d'attentats échouent : celle menée par André Lévy et Julien Freund contre la résidence du docteur Raymond Grassey, ainsi que celle orchestrée par Jean-Paul Cauchi et Julien Freund visant Pierre Laval. Ces opérations éveillent les soupçons des autorités, qui organisent des perquisitions de la police française à Gergovie où la résidence étudiante fait l'objet d'une fouille[30].
La fin de la communauté des Gergoviotes
Après l'invasion de la zone libre par la Wehrmacht le , la situation se complique considérablement : la Gestapo et les forces allemandes déployées sur l'ensemble du territoire peuvent désormais intervenir librement. L'instauration du Service du Travail Obligatoire (STO) contribue à alimenter les rangs de la résistance. Les jeunes originaires d'Alsace font l'objet d'une traque particulière de la Gestapo, qui les assimile à des traîtres et des déserteurs. Le groupe Combat-Étudiant fournit de faux documents aux jeunes menacés d'arrestation et d'incorporation de force. Les plus exposés d'entre eux gagnent les maquis[31].
Au début de l'année 1943, le climat répressif s'intensifie au point d'empêcher les Gergoviotes de se rassembler sur le plateau. Au printemps, la maison étudiante est définitivement fermée. Néanmoins, ceux qui ont échappé aux arrestations continuent leurs actions en Auvergne ou prennent le chemin de l'Afrique du Nord ou de Londres. Joseph Flesch met alors en place le groupe « Centurie Gergoviote », qui ne perdurera que quelques mois[32].
La Gestapo lance plusieurs opérations ciblant les étudiants strasbourgeois, les juifs ainsi que les résistants. Neuf Gergoviotes sont interpellés lors des rafles qui se déroulent en juin et à Clermont-Ferrand. Ainsi, le , le foyer étudiant alsacien de « la Gallia » fait l'objet d'une perquisition, consécutive à l'exécution de deux agents de la Gestapo au domicile du professeur Jean-Michel Flandin, responsable du service de renseignement des Mouvements Unis de la Résistance (MUR). À l'issue de cette intervention, cinq Gergoviotes sont arrêtés et déportés : Claude Levy, Joseph Glath, Étienne Eckert, Georges Peter et Georges Greiner[32].
Le , c'est l'ensemble de l'université qui est visé : le foyer de « la Gallia », les diverses facultés et la bibliothèque. La Gestapo, épaulée par 200 soldats de la Luftwaffe, procède à l'arrestation de 1 200 professeurs et étudiants. L'opération vise à appréhender quatorze personnes inscrites sur une liste comprenant notamment Stéphanie Kuder, ainsi que l'ensemble des étudiants étrangers et juifs, tous les Strasbourgeois âgés de 18 à 30 ans, et les doyens des facultés. Cette rafle a été orchestrée avec la complicité de Georges Mathieu, adjoint de Jean-Paul Cauchi au sein de Combat-Étudiant, arrêté un mois auparavant par la Gestapo et ayant été soit retourné, soit agent infiltré. Il identifie les personnes à arrêter et révèle leur véritable identité lorsqu'elles disposent de fausses pièces. Sur les 610 personnes emprisonnées, 104 seront déportées, dont quatre Gergoviotes : Stéphanie Kuder, Élisabeth Will, Gérard Bach et Joseph Flesch[32].
En moins d'un an, entre le et le , quatorze Gergoviotes sont appréhendés et douze sont déportés : dix hommes - Claude Levy, Jean-Paul Cauchi, Pierre Haas, Jean Lassus, Teddy Piat, Georges Greiner, Étienne Eckert, Joseph Glath, René Marx et Gérard Bach - ainsi que deux femmes, Stéphanie Kuder et Élisabeth Will. Georges Peter et Joseph Flesch, déportés, parviennent à s'évader des convois ferroviaires qui les acheminaient vers les camps. Claude Levy, Jean-Paul Cauchi et Pierre Haas n'en reviendront pas[33].
Après la guerre

(Dernières Nouvelles d'Alsace)
La résidence des étudiants strasbourgeois accueille une dernière fois l'équipe du chantier de fouilles dirigé par Jean-Jacques Hatt durant l'été 1944, avant d'être abandonnée. Des photographies prises le et en suggèrent que la démolition du bâtiment est intervenue entre ces deux dates[34].
En , Jean Lassus, devenu président des œuvres universitaires de Strasbourg, demande à la direction de l'architecture l'autorisation d'ériger une stèle commémorative sur le plateau de Gergovie en mémoire des Gergoviotes. Fernand Chirent, ancien propriétaire de la parcelle où se trouvait la maison et maire de La Roche-Blanche, appuie vivement cette initiative. Un marbrier strasbourgeois grave sur la pierre l'inscription : « Université de Strasbourg - Le groupe Gergovie à ses morts ». La stèle en granit rose est acheminée jusqu'à Gergovie et érigée à l'emplacement de l'ancien mât des couleurs. Le financement de la cérémonie est assuré par l'université de Strasbourg, 33 anciens Gergoviotes et le général de Lattre de Tassigny. Elle se déroule le en présence de 24 anciens Gergoviotes ainsi que du général et de son épouse[35],[36].
Depuis 1951, les commémorations du 8 mai 1945 à La Roche-Blanche-Gergovie débutent chaque année sur le plateau, au pied de la stèle érigée à la mémoire des Gergoviotes[37].
Jusqu'aux années 1980, la communauté des Gergoviotes a perduré à travers des retrouvailles régulières et informelles de ses membres, qui se réunissaient principalement en Alsace et occasionnellement sur le plateau de Gergovie[38].