Gilbert Burlot

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Gilbert Burlot, né le à Nantes (Loire-inférieure) et mort le dans cette même ville, est un haut fonctionnaire français, déporté résistant. Il a travaillé successivement à la sous-préfecture de Châteaubriant et à la préfecture de Nantes avant d'être déporté à Dachau. À son retour, il entre au secrétariat général du gouvernement et enfin à la radiodiffusion-télévision française. Au moment de sa mort, il est maire de La Bernerie-en-Retz.

Décès
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NantesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Gilbert BurlotVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
BarclayVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Maire de La Bernerie-en-Retz, 26 février - 27 juillet 1968 ...
Gilbert Burlot
Fonctions
Maire de La Bernerie-en-Retz
-
Directeur adjoint (d)
Office national des anciens combattants et victimes de guerre
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Biographie
Naissance
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Biographie

Jeunesse et études

Gilbert Burlot[1], fils d'Henriette Piriou et d'Henri Burlot[2], chef du bureau central des Chèques Postaux de Rennes, dont la famille est originaire[3] de La Bernerie-en-Retz, effectue ses études secondaires au lycée Georges Clemenceau [4]à Nantes puis ses études supérieures, d'abord en droit à l'université de Poitiers puis à l'université de Rennes où il obtient une licence de lettres.

Parcours professionnel

Après le décès de son père lorsqu'il a 19 ans, il entre à la sous-préfecture de Châteaubriant sans interrompre ses études et commence une thèse sur la presse en Loire-Inférieure entre 1815 et 1848. En 1939, il est nommé chef de bureau à la préfecture de Nantes, où il est arrêté par la Gestapo le puis déporté dans le camp de concentration de Dachau[5].

De retour de déportation fin mai 1945, il retrouve ses fonctions à la préfecture puis rejoint, fin 1945, en qualité d'administrateur civil[6]le secrétariat général du gouvernement (Direction générale de la Fonction publique).

En 1955, il est nommé directeur adjoint à l'Office national des combattants et des victimes de guerre sous la direction d'Henri Ribière. Celui-ci ayant subi un grave accident de voiture et atteint d'un cancer du cerveau, il assure en réalité la direction de l'Office. Il occupera ce poste jusqu’à un accident cardiaque qui l'oblige à interrompre sa carrière, alors même que le général Paul Dassault, grand chancelier de la Légion d'honneur, songe à lui confier le secrétariat général de la grande chancellerie. Après un repos de cinq ans, il reprend de l'activité[7] à la Radiodiffusion-télévision française (RTF), où il assure l'administration du journal parlé et du journal télévisé[7].

Début 1963, de nouveau malade, il renonce à toute activité professionnelle. Il s'intéresse alors aux langues slaves du sud, commence une nouvelle thèse sur ce sujet et devient vice-président[8] de l’Association France-Albanie[9]

Conseil municipal et mairie

Après avoir été longtemps adjoint au maire de La Bernerie-en-Retz, il en devient maire[10], le [11] jusqu'à son décès [12].

Résistance

En 1937, il est exempté de service militaire pour des raisons de santé. En septembre 1939, il effectue une demande d’engagement volontaire qui lui est refusée. Dès 1940, il entre en relation avec plusieurs résistants. Avec Max Veper[13], qu'il a connu au Lycée Clémenceau, à qui, il fournira des papiers d'identité et qui sera abattu à Nantes en août 1944 par les allemands. Ainsi qu'avec Pierre Arnaud, sous-préfet de Châteaubriant et un réseau d’anciens combattants de la guerre 14-18 dont les membres seront arrêtés fin 1941.

Agent d'une section de renseignement (SR)[14], il signe le 1er son engagement, pseudonyme "Barclay", dans le réseau Éleuthère[15],[16](Centrale Praxitèle[17]) des Forces françaises combattantes. Dans ce cadre, il crée un sous-secteur à la préfecture de Nantes[18], en centralisant en particulier des renseignements militaires pour le commandement allié sur les usines de guerre[19], les défenses côtières et le dispositif allemand dans la région. Il transmettait les informations afin de préparer les actions de sabotage. Autour de la base de Saint-Nazaire, il récupérait les microfilms auprès de la résistance. Il les acheminait en région parisienne ou en Angleterre, directement via les Lysander.

Parallèlement, il entre dans l'Armée Secrète[20], également le 1er octobre 1942 sous le numéro 22012 puis à Libération-Nord, avec lequel il est en contact depuis mi-1942, sous le numéro 522. Dans ce cadre, il assure et dirige, l'organisation de groupe de l'Armée Secrète à Nantes et dans les communes environnantes. Il contribue ainsi à l'essor de l'Armée Secrète en Loire-inférieure[21] en collaborant à des nombreuses évasions, à la dissimulation de résistants recherchés par la Gestapo et à l'évasion par l'Espagne de volontaires des Forces Françaises Libres en 1943. L’Armée Secrète était divisée en deux parties : la partie armée qui correspondait aux maquis constitués (Saint Marcel, Vercors,... ) et la partie exfiltration des aviateurs et renseignements.

Il rédige et imprime le journal clandestin La Lanterne[22], aidé de Guy Baron[23]et de Célestin Surzur[24] puis des Frères Heyte[25], Louis de Cohors-Asturies et Georges d'Eleuthère. Tirée sur un duplicateur Ronéo à 150, 200, voire 500, La Lanterne paraîtra[26]de janvier à septembre 1943. Elle sera envoyée notamment à la Gestapo, à la Feldkommandantur.... Il perfectionne l'organisation de la résistance administrative aux échelons départemental et communal par la délivrance de multiples titres du type carte d'identité, carte de travail, etc. afin d'éviter des arrestations ou la déportation de résistants.

Les bombardements de Nantes de septembre 1943 survenant après une vague d’arrestations à laquelle il échappe, l’oblige à reprendre sur pied son organisation. Il réorganise alors son réseau autour du noyau « Préfecture », en liaison avec André Chauvel[27] et reprend le travail quotidien de renseignement. Il se met en rapport à cette occasion avec Clovis Constant, membre du C.D.L. clandestin. Leurs relations étant très proches, il peut l'informer, travaillant à la préfecture auprès du Préfet Edouard Bonnefoy, des avis relatifs à des rafles prévues par les allemands dans plusieurs communes rurales permettant ainsi de prendre les mesures préventives nécessaires afin d’empêcher des arrestations.

Début février 1944, il est mis en contact avec Willy Pelletier, agent de liaison du commandant Henri Maurice[28]de Défense de la France pour la Loire Inférieure avec lequel il entre en relation. Cette dernière se révélant bénéfique aux deux réseaux, leurs moyens sont mis en commun et il est désigné en cas d'arrestation d'Henri Maurice, pour le remplacer.

Il est arrêté par Paul Heimann (le directeur du Sipo-SD) et Werner Ruppert (son adjoint)[29]. Emprisonné dans la prison Lafayette de Nantes[30], confronté à Xavier Avril[31], membre de Défense de la France, dont il avait établit quelques jours avant une pièce d’identité, ils affirment tous deux ne pas se connaître. Torturé, il ne révèle rien et est condamné à la déportation « pour opinion agressive à l’égard du Reich Allemand »[32].

Le colonel Brouillard (alias Pierre Nord) retrace dans une attestation son arrestation et son interrogatoire[4] : « Par souci de précaution qui se retourna en l’occurrence contre lui, il avait chargé un membre du réseau Défense de la France, Henri Maurice, avec lequel il était en relation, de mettre en lieu sur le document en attendant sa transmission à l’organisme central. Mais Henri Maurice fût arrêté à la suite de la capture de Willy Pelletier et de Xavier Avril, et torturé, fouillé, il lui fût impossible de nier la provenance de la circulaire qu’il détenait, sans que d’ailleurs la bonne foi et le patriotisme de cet excellent français, père de cinq enfants et chevalier de la Légion d’Honneur, soient à mettre en doute. Les présomptions allemandes à l’égard de Gilbert Burlot se changèrent alors en certitudes et il fut arrêté le 19 mai 1944 par le chef de la SD de Nantes, Doctor Ruppert, qui avait entre ses mains la preuve irréfutable de son appartenance à un organisme de la Résistance. Son attitude lors des tortures infligées, fût telle qu’aucune arrestation de membre du réseau ne s’ensuivit de son fait, l’intéressé n’ayant rien avoué. »

Déportation

Il quitte la prison de Nantes le [33] et arrive au camp de Royallieu[34]le 9. Le , il quitte ce camp dans le convoi no I.229 avec, notamment des résistants nantais, dont Clément Quentin[35] dans le même wagon qui l'aida à supporter ce trajet, ainsi que Jean-Baptiste Daviais et Libertaire Rutigliano, qui mourront en déportation, et Gabriel Goudy[36]. Après trois jours de transport en train , restant enfermé dans un wagon avec plus d'une centaine autres déportés, sous une température dépassant parfois plus de 30 degrés, il arrive[37] au camp de concentration de Dachau[38],[39] le , sous le matricule 72344. Après une période de quarantaine, il est transféré le à Landsberg am Lech[40], dans le Kommando de la Landsberg-Lech Air Base à une soixantaine de kilomètres de Dachau.

Il participe à la résistance clandestine des camps où il se trouve. Il a notamment comme camarade de déportation à Landsberg Georges Charpak[41]qui obtient le prix Nobel de physique en 1992, Albert Fuchs[42], professeur à l'Université de Strasbourg ou encore Gabriel Goudy[43]qui deviendra député puis membre du Conseil économique, Marcel Miquet[41], Georges Arjaliès[41]et Jacques Choimet[44], Nantais comme lui.

Vers la fin avril, le commandant du camp, Willy Wagner, décide de renvoyer les déportés à Dachau. Le , il quitte Landsberg d'abord pour le commando voisin Kaufering[45] à une dizaine de kilomètres. Là, il expérimente pendant deux jours avec ses camarades les conditions de vie effroyables des déportés juifs. De là, ils marchent jusqu'à dix kilomètres de Dachau, pour arriver en trois jours à Allach[46]. C'est là qu'ils sont libérés par les Américains trois jours plus tard mais subissent une nouvelle quarantaine en raison des risques de propagations des épidémies, en particulier, du typhus.

Après la libération du camp le [47], il est rapatrié en France le .

Après la guerre, déporté-résistant[6], proche d'Edmond Michelet[48], président-fondateur de l'Amicale des Anciens de Dachau et de Louis Terrenoire, il devient vice-président de l'Amicale et rédacteur du bulletin jusqu'en 1965, puis vice-président honoraire jusqu'à sa mort[5], des suites de sa déportation. A cette occasion il se lie d'amitié en particulier avec le docteur Georges Fully[49]. Ses enfants, Eveline, Christian, Odile, Jacques et Nadège sont déclarés Pupilles de la Nation[4].

Honneurs et distinctions

Décorations

Hommages

  • Gilbert Burlot figure dans le mémorial annuaire des Français de Dachau[52].
  • Après la guerre, il homologué au grade de lieutenant (chargé de mission 2ème Classe) au titre des Forces Françaises Combattantes (réseau Eleuthère, Centrale Praxitèle) et sergent au titre de la Résistance Intérieure Française, "R.I.F." (mouvement Libération Nord).
  • Lors de ses obsèques, M. Pierre Leduc, conseiller général de Loire-Atlantique a déclaré : « Pour avoir aimé sa patrie, il lui donna ses forces, c'est encore par devoir qu'il vient de payer de sa personne ».
  • Discours de Gabriel Goudy[36] lors des obsèques de Gilbert Burlot à La Bernerie-en-Retz[5]: " Monsieur le Préfet, Monsieur le Président du Conseil Général, Mesdames et Messieurs et chers camarades, Samedi 27 juillet, nous apprenions avec stupeur et profonde émotion, la disparition de Gilbert Burlot. Gilbert, chef de bureau à la Préfecture de Nantes, dès les premières années de l'occupation est entré dans la Résistance: il appartenait au groupe Nantes Libé-Nord et au réseau Eleuthère sous le speudo "Barclay". Il avait avec ses camarades Charvel, Baron et Heyte, imprimé une feuille clandestine intitulée "La Lanterne". Il a participé activement également au réseau de renseignements militaires de Libé-Nord qui a rendu de grands services à l'état-major allié. A la Préfecture, il permettait également de procurer à l'organisation les cachets nécessaires à l'établissement des pièces d'identité pouvant permettre aux réfractaires de se dérober à la pression nazie. Arrêté en 1944, après l'état-major de Libé-Nord et après un séjour à la prison de Nantes, dirigé sur le camp de Compiègne: c'est le 18 juin 1944 qu'il devait le quitter dans un convoi et faire le voyage jusqu'à Dachau parqué à 115 par wagon sous une température dépassant 30°. Après avoir subi la période de quarantaine, il fut dirigé sur le commando de Landsberg, cité qui abrite la fameuse forteresse où Hilter a écrit son Mein Kamft. Dans ce commando, Gilbert a fait preuve de beaucoup d'initiatives hasardeuses qui lui permettait chaque soir de faire le point de la situation militaire auprès de ses camarades qui étaient désignés pour continuer la lutte clandestine à l'intérieur de ce camp. Il avait avec cette organisation intérieure clandestine, participé à la possibilité de libérer le camp à l'approche des troupes alliées. Malheureusement, ce plan a échoué et l'ensemble des déportés se sont retrouvés sur les routes avec lieux de destination le Tyrol où il devait être procédé à leur extermination. Une mutinerie entre SS a fait avorter ce massacre. Rentré en France, il a repris son activité dans l'administration passant de la Fonction Publique au Ministère des Anciens Combattants. Madame Burlot, ses chers enfants, mademoiselle Burlot, au nom des Anciens de Dachau et du réseau Eleuthère, nous vous demandons de croire en notre profonde sympathie et puisse ce témoignage apporter un soulagement à votre grande douleur."
Hommage du 13 mai 2025 à Gilbert Burlot La Bernerie-en Retz

Hommage du à La Bernerie-en-Retz[53],[54],[55]

Ouvrages bibliographiques

  • Pierre Nord, Mes camarades sont morts : La guerre du renseignement, t.1, Paris, Editions Librairie des Champs-Élysées, 1947, 296 p. Ce livre traitre du renseignement dans la Résistance. Le livre demeure codé, seuls les noms des personnes décédées sont donnés. Tous les autres noms donnés doivent être décodés, en particulier le nom de l'auteur, second du réseau Éleuthère.
  • Pierre Nord, Mes camarades sont morts :Le contre-espionnage, t.  2, Paris, Éditions Librairie des Champs-Élysées, 1947, 260 p. Ce livre traitre du renseignement dans la Résistance. Le livre demeure codé, seuls les noms des personnes décédées sont donnés. Tous les autres noms donnés doivent être décodés, en particulier le nom de l'auteur, second du réseau Éleuthère.
  • Jean Coché, Un Bataillon de l'Ombre, Presse de l'imprimerie de l'Atlantique, 1977, 149 p. L'objet du livre est de retracer l'historique du 1er Bataillon de Marche F.F.I de Loire-Inférieure, créé en mars-avril 1944 et dissout le 25 janvier 1945.
  • Benoît Cressard et Olivier Eudes, Nantes sous l'occupation, Éditions Ouest-France, 1981, 122 p. L'objet du livre est de retracé la vie à Nantes de juin 1940 à la remise par le Général de Gaulle de la croix de la Libération à la ville de Nantes à la suite des exécutions de Chateaubriand.
  • Dominique Bloyet, Nantes : La Résistance, Éditions C.M.D., 1997, (ISBN 2-909826-45-7), 144 p. L'auteur, journaliste dans un quotidien nantais, passionné par l'histoire de sa ville, en particulier pour la période de l'occupation, dresse un tableau des différentes facettes de la Résistance nantaise.
  • Edmond Duméril, annoté par Jean Bourgeon, Journal d'un honnête homme pendant l'occupation, Editions de l'Albatros, 1990,Thonon-les-Bains, 405 p., l'objet de ce livre est de fournir des informations sur l'occupation au quotidien à Nantes de juin 1940 à aout 1944, données par une personne qui travaillait à la Préfecture de Nantes.
  • Edmond Michelet, Rue de la Liberté, Éditions du Seuil, 1955, 248 p., l'auteur retrace les actes de solidarité, de courage, ou autres qui ont sauvegardés l'honneur de l'Homme, vu par un chrétien enfermé à Dachau de 1943 à 1945 qui n'oublie rien mais pardonne.
  • Albert Fuchs, Un commando de Dachau, Landsberg sur Lech, Paris, Belles Lettres, 1947, p. 157 à 176
  • Georges Charpak et Dominique Saudinos, La vie à fil tendu, Editions Odile Jacob, 1993, 231 p., le livre retrace la vie du scientifique français, né en Pologne. Tout d'abord, Dominique Saudinos évoque les premières années de Georges Charpak: l'immigration, la résistance, la déportation, la politique et sa passion : la physique. Puis, Georges Charpak explique ses travaux, ses rencontres, ses découvertes.
  • Georges Briquet, Rescapé de l'enfer nazi, Éditions La France au combat, 51 p., l'auteur témoigne dans ce récit quelles furent ses épreuves et celles de ses camarades à Dachau puis à Allach,.

Liens externes

Notes et références

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