Grande-rue Nazareth
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La grande-rue Nazareth vue depuis la rue du Languedoc. | |
| Situation | |
|---|---|
| Coordonnées | 43° 35′ 45″ nord, 1° 26′ 47″ est |
| Pays | |
| Région | Occitanie |
| Département | Haute-Garonne |
| Métropole | Toulouse Métropole |
| Ville | Toulouse |
| Secteur(s) | 1 - Centre |
| Quartier(s) | Saint-Étienne |
| Début | no 16 rue du Languedoc |
| Fin | no 1 rue Mage et no 2 rue Perchepinte |
| Morphologie | |
| Longueur | 244 m |
| Largeur | entre 7 et 13 m |
| Odonymie | |
| Anciens noms | Rue Bernard-d'Albigès (milieu du XIIIe siècle), puis de la Souque-d'Albigès (XIVe – XVIIIe siècle) Rue Carmagnole (1794) 1re partie : Rue Saint-Barthélémy (2e moitié du XIIIe – XVe siècle) |
| Nom actuel | XVe siècle |
| Nom occitan | Carrièra Granda de Nazaret |
| Histoire et patrimoine | |
| Création | avant le XIIIe siècle |
| Protection | |
| Notice | |
| Archives | 315554899211 |
| Chalande | 151 |
| modifier |
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La grande-rue Nazareth (en occitan : carrièra granda de Nazaret) est une voie de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France. C'était autrefois une des rues les plus importantes de la ville, qui reliait la place du Salin à la place Saint-Étienne en traversant le quartier des parlementaires.
Description
La grande-rue Nazareth est une voie publique. Elle se trouve au cœur du quartier Saint-Étienne, dans le secteur 1 - Centre.
La chaussée compte une seule voie de circulation automobile à sens unique, de la rue du Languedoc vers la rue Perchepinte. Elle est définie comme une zone de rencontre et la vitesse y est limitée à 20 km/h. Il n'existe pas de bande, ni de piste cyclable, quoiqu'elle soit à double-sens cyclable.
Voies rencontrées
La grande-rue Nazareth rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :
- Rue du Languedoc
- Rue Antoine-Darquier (d)
- Rue des Coffres (d)
- Rue Caminade (d)
- Rue Philippe-Féral (g)
- Rue Théodore-Ozenne
- Rue Espinasse (d)
- Rue de La Pleau (g)
- Rue Mage (g)
- Rue Perchepinte (d)
Transports
La grande-rue Nazareth se trouve à proximité des stations Carmes et Palais-de-Justice de la ligne
du métro. À cette dernière station se trouve également le terminus de la ligne
du tramway. La première partie de la grande-rue Nazareth, entre la rue du Languedoc et la rue Théodore-Ozenne, est de plus parcourue et desservie par la ligne Ville des bus toulousains.
Plusieurs stations de vélo en libre service VélôToulouse se trouvent dans les rues voisines de la grande-rue Nazareth : les stations no 45 (10 rue Théodore Ozenne) et no 47 (12 rue du Languedoc).
Odonymie
La grande-rue Nazareth tient son nom de la chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Nazareth, construite au XIIIe siècle dans la petite-rue Nazareth (actuel no 6 rue Philippe-Féral) afin de servir de chapelle particulière pour les parlementaires toulousains[1],[2].
Au Moyen Âge, dès le milieu du XIIIe siècle au moins, la rue était connue comme la rue Bernard-d'Albigès, certainement du nom d'un éminent propriétaire. Au siècle suivant, cette appellation évolua et devint la Souque-d'Albigès[3] : la souque (soca en occitan) fait référence à une souche d'arbre et, par dérivation, à une famille, et ce terme était utilisé pour désigner une propriété familiale. La rue porta également d'autres noms en lien avec les églises qui se trouvaient dans la rue : rue Saint-Barthélémy, nom qui se trouve dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, et rue Nazareth à partir du milieu du XIVe siècle. En 1794, pendant la Révolution française, la rue fut renommée rue de la Carmagnole, en référence à la célèbre chanson révolutionnaire. Elle reprit ensuite le nom de grande-rue Nazareth, sur l'ensemble de son parcours actuel[4].
Histoire
Moyen Âge
Au Moyen Âge, la rue Nazareth – ou rue de la Souque-d'Albigès – appartient au capitoulat de Saint-Barthélémy, qui tient son nom de l'église Saint-Barthélémy, qui s'élève à l'ouest de la rue, face à la place du Salin (côté nord de la place actuelle). L'église, élevée au moins avant le XIIIe siècle, sert de paroisse aux habitants du quartier[5]. La rue de la Souque-d'Albigès est l'une des principales voies de la ville, qui relie la porte Narbonnaise et la place du Salin au sud, à la place et la porte Saint-Étienne à l'est. C'est aussi une des rues les plus larges de la ville, puisqu'elle atteint parfois 13 mètres. La population du quartier a accès à plusieurs puits publics, un sur la petite place qui se forme devant l'église Saint-Barthélémy, l'autre sur la place Perchepinte ou du Puits-Doux, qui tient justement son nom du puits Doux ou puits de la Perchepinte, au carrefour des rues Mage et Perchepinte[6]. On y trouve également un four public, qui appartient aux comtes de Toulouse, simplement connu comme le four de la Souque d'Albigès[1]. Au nord de la rue Mage s'étend de plus le quartier des « affachoirs » ou des « affachadous », c'est-à-dire des bouchers (afachaires ou afachadors en occitan)[7].
Le quartier se transforme considérablement à partir du XIVe siècle, avec le développement de l'administration royale qui occupe le Château narbonnais et plusieurs bâtiments des rues voisines, autour de la place du Salin et de la place du Château (côtés nord et sud de l'actuelle place du Salin) – sénéchaussée et ses prisons, trésorerie, hôtel de la monnaie, salin, et parlement à partir de 1443. Progressivement, la population de la rue change au point que, déjà à la fin du XVe siècle, elle est composée presque exclusivement d'hommes de loi, de notaires et de parlementaires – avocats, conseillers ou procureurs[4]. Ils s'approprient la chapelle Notre-Dame-de-Nazareth, construite dans une rue voisine (actuel no 6 rue Philippe-Féral), qu'ils font bénéficier de leurs dons et de leurs largesses. La reconstruction de la chapelle, entre 1452 et 1520, est soutenue par plusieurs parlementaires et magistrats de la rue[8].
Période moderne
Dès le XVIe siècle, les riches familles toulousaines se font construire de belles demeures le long de la grande-rue Nazareth. La plupart des constructions les plus anciennes ont été détruites ou largement remaniées aux siècles suivants, et il n'en reste souvent que quelques vestiges de style Renaissance. On peut signaler, cependant, la présence, en 1550, de Jean de Bertrand, premier président au parlement, qui possède un vaste hôtel particulier (emplacement de l'actuel no 20) qu'il conserve jusqu'à sa mort en 1560[9]. À la même époque, Antoine de Paulo, président au parlement en 1554, fait construire son hôtel (ancien no 39)[10]. Près de la place Perchepinte, à l'angle de la rue de la Pleau, s'élève la maison de la famille de ce nom (actuel no 49). Entre 1592 et 1610, Paule de Viguier, surnommée « la Belle Paule », vit ses dernières années dans l'hôtel de Jean de La Roche (côté droit de l'actuel no 16)[11].
Au cours du XVIIe siècle, le goût des élites toulousaines évolue. L'hôtel particulier de Jacques de Baderon, seigneur de Maussac et conseiller au parlement (actuel no 37), et l'hôtel d'Étienne Potier, seigneur de La Terrasse et président au parlement (actuel no 28), presque en face, témoignent tous les deux de la transition de la Renaissance tardive au classicisme[12]. Les immeubles de style classique sont particulièrement nombreuses dans la première partie de la rue, à proximité de la place du Salin (actuels no 11 ; no 12, 14, 16 et 20). L'hôtel particulier construit vers 1686 pour Claude Davisard, président à la chambre des enquêtes du parlement, est un prestigieux exemple (actuel no 24)[13]. Pourtant, à la même époque, et malgré les interdictions répétées des capitouls qui craignent les destructions dues aux incendies, on continue à construire en corondage, comme en témoignent plusieurs immeubles (actuels no 27, 43 et 45).
Au XVIIIe siècle, la magistrature toulousaine connaît une période de prospérité : c'est de cette période que datent la plupart des façades de la rue[4]. Les habitants de la grande-rue Nazareth font embellir leurs hôtels particuliers et leurs immeubles, faisant reconstruire les façades, pour les mettre au goût du jour (actuels no 23, 25 et 49 ; no 12, 14 et 26). Plusieurs immeubles sont également reconstruits à cette époque (actuels no 17 à 19 bis, 29 et 47 ; no 6 à 10, 22 et 36).
Époque contemporaine
La Révolution française amène des changements. En 1790, l'église Saint-Barthélémy devient bien national, avant d'être fermée. Le , elle est vendue à un certain Corail, et elle est démolie peu après[5].
Pendant la Terreur, entre 1793 et 1794, plusieurs parlementaires toulousains sont inquiétés. Habitant l'ancien hôtel de Paucy (actuel no 16), Emmanuel-Marie de David d'Escalone, petit-fils du capitoul David de Beaudrigue, impliqué dans la condamnation de Jean Calas en 1762, est guillotiné sur la place de la Révolution, à Paris, en 1793[14]. Habitant une maison proche (actuel no 11), François-Joseph de Marquier de Fajac, président à la deuxième chambre du parlement est arrêté en 1794 et emprisonné dans la prison de la Visitation (emplacement de l'actuel no 49 rue Charles-de-Rémusat). Il est condamné et guillotiné à Paris, le [15]. Un autre conseiller au parlement, Isidore de Poulhariès, baron de Laréole, et son fils, Louis-Isidore, qui vivaient dans une hôtel particulier de la rue (actuel no 20) sont exécutés le lendemain[16]. Les biens des nobles émigrés sont également saisis, comme l'hôtel de Maussac, qui, appartenant à la famille de Guilhermin, est saisi et vendu à Jean Fleury Rolland[17].
Au début du XIXe siècle, la municipalité forme un projet de réaménagement urbain, afin de favoriser la circulation et l'hygiène dans les rues de la ville. Mais la grande-rue Nazareth, qui est déjà l'une des plus larges voies toulousaines, n'est pas véritablement touchée par les projets de réalignement et les destructions d'immeubles. Les constructions nouvelles, de style néo-classique, restent d'ailleurs peu nombreuses (actuels no 15, 21 et 33). En fin de compte, malgré les bouleversements sociaux de la Révolution française et les transformations urbaines que souhaite opérer la municipalité, le quartier de la grande-rue Nazareth a essentiellement conservé un caractère profondément aristocratique.
Les institutions religieuses se reforment également, d'autant plus rapidement qu'elles reçoivent le soutien de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie catholique toulousaine. Plusieurs pensionnats sont fondés pour recevoir les jeunes filles de ces familles. En 1807, les Visitandines, qui avaient été dispersées en 1790, tandis que leur couvent était transformé en prison, se reforment et les nouvelles religieuses établissent leur couvent et ouvrent un pensionnat dans la rue. En 1818, leur nouveau couvent ayant été aménagé dans l'ancienne Maison du Temple rue de la Dalbade (actuels no 13-15), elles quittent la grande-rue Nazareth[18]. En 1811, ce sont les sœurs du Saint-Nom-de-Jésus qui s'établissent dans la grande-rue Nazareth, avant de se transporter en 1827 à l'hôtel de Boissy, entre la rue des Régans (actuel no 8) et la rue du Vieux-Raisin (emplacement des actuels no 11-13 rue du Languedoc)[19]. En 1839, les Dames du Sacré-Cœur sont appelées à Toulouse par l'archevêque Paul d'Astros. Elles établissent leur pensionnat, le pensionnat du Sacré-Cœur, dans l'ancien hôtel de Paulo (ancien no 39). Elles se déplacent cependant dans de nouveaux bâtiments de la rue des Récollets deux ans plus tard (actuel lycée Berthelot, no 59 rue Achille-Viadieu)[20].
Entre 1899 et 1904, des travaux sont engagés afin de poursuivre au sud la rue d'Alsace-Lorraine, afin de relier la place Rouaix à la Cour d'assises (actuel no 12 rue des Fleurs) : il est donc prévu d'abattre plusieurs maisons de la grande-rue Nazareth. Finalement, le projet est modifié, et la direction de la rue est légèrement obliquée vers l'ouest, mais plusieurs maisons de la grande-rue Nazareth sont tout de même démolies (anciens no 1 à 7). Sur le côté sud de la rue, les vieilles façades ne sont pas réalignées sur le tracé de la nouvelle rue, laissant subsister partiellement le tracé ancien, mais sont données à la nouvelle rue (actuels no 14 et 16 rue du Languedoc)[21],[4]. En revanche, sur le côté nord, dans un style éclectique influencé par les motifs décoratifs de l'Art nouveau, caractéristique des constructions toulousaines de l'époque (actuel no 13). L'immeuble Labit, à l'angle de la rue du Languedoc, élevé par l'architecte Étienne Gogé en 1908, est un exemple de ces immeubles (actuel no 9).
En 1904, le conseil municipal décide le percement d'une nouvelle rue, la rue Théodore-Ozenne, entre la place des Carmes et l'entrée du Jardin des plantes. La nouvelle rue doit être une belle promenade, plantée d'arbres et aux larges trottoirs, qui laisse passer le tramway qui relie la place du Capitole au quartier résidentiel et bourgeois du Busca, qui est alors en plein développement[22]. Mais le percement de la rue, entre 1908 et 1912, provoque la disparition de plusieurs immeubles et hôtels particuliers de la grande-rue Nazareth (anciens no 37 à 41 ; no 30 à 34)[4]. Au conseil municipal, Albert Bedouce, mais aussi de nombreux particuliers, protestent contre les destructions. Le coût des expropriations se révèle d'ailleurs largement supérieur aux premières estimations, faisant grimper le coût pour la ville. De nouveaux immeubles, dans le style Art nouveau, sont élevés le long de la nouvelle rue (actuels no 41 et 34)[22]. L'immeuble no 41 particulièrement, véritable manifeste de l'Art nouveau, où se sent l'influence d'Hector Guimard, est construit par l'architecte Marius Pujol en 1913[23].
- La grande-rue, vue de la rue Espinasse, avant les destructions de la rue Théodore-Ozenne, par Paul Bacard (1908, archives municipales).
- La grande-rue, vue de la rue Caminade, avant les destructions de la rue Théodore-Ozenne, par Paul Bacard (1908, archives municipales).
- Portail de l'hôtel de Maussac (ancien no 37).
- Portail de l'hôtel de Paulo (ancien no 39).
En 1921, la pension Bertrand quitte l'hôtel d'Hautpoul-Malaret (ancien no 25 rue Joseph-de-Malaret) et l'hôtel de Luppé (ancien no 29 rue Joseph-de-Malaret), qu'elle occupait depuis 1866, pour la grande-rue Nazareth (actuel no 40). La pension, fondée par les « dames Bertrand », Anne-Amélie et Lasthénie, accueillait les jeunes filles et leur dispensait des cours d'enseignement secondaire. Elle était dirigée depuis 1909 par Hortense Espirac. La pension Bertrand est par la suite reprise par les religieuses dominicaines du Saint-Nom-de-Jésus, expulsées de l'hôtel de Boissy en 1904 par la loi sur les congrégations. La pension se transforme après la Seconde Guerre mondiale. L'internat des jeunes filles est déménagé entre 1953 et 1955 à l'Annonciation de Seilh, tandis que l'établissement, qui regroupe dorénavant une école élémentaire et un collège, et toujours dirigé par des religieuses dominicaines, devient le cours Saint-Thomas-d'Aquin, poursuit la tradition d'enseignement catholique dans le quartier de la grande-rue Nazareth[24].
Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la grande-rue Nazareth n'a connu que peu de changements. Seul un immeuble, construit par Henri Bach, est démoli pour être remplacé par une construction moderne de l'architecte Jean Montier (actuel no 38)[25]. C'est aujourd'hui une rue calme, bordée de quelques boutiques et de restaurants, qui conserve une image bourgeoise et catholique. En 2012, la rue est d'ailleurs empruntée sur une partie de son parcours par le cortège de la Manif pour tous toulousaine[26]








