Première période de presse anarchiste lyonnaise

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PaysFrance
Zone de diffusionLyon, Rhône, espaces limitrophes et France plus générale
Languefrançais
Périodicitéhebdomadaire
Première période de presse anarchiste lyonnaise
Image illustrative de l’article Première période de presse anarchiste lyonnaise
Titres de presse de la période, dans l'ordre : Le Droit social, L'Étendard révolutionnaire, La Lutte, Le Drapeau noir, L'Émeute, Le Défi, L'Hydre anarchiste, L'Alarme et enfin Le Droit anarchique.

Pays France
Zone de diffusion Lyon, Rhône, espaces limitrophes et France plus générale
Langue français
Périodicité hebdomadaire
Genre presse anarchiste
Date de fondation 1882
Date du dernier numéro 1884
Ville d’édition Lyon

La première période de presse anarchiste lyonnaise ou la série lyonnaise de 1882-1884 est une période de l'histoire de Lyon, de l'histoire de l'anarchisme et de l'histoire de la presse en France marquée par un foisonnement de publications anarchistes à Lyon et dans le Rhône. Ces journaux figurent parmi les premières publications anarchistes en France, se succèdent généralement les uns les autres après les interdictions et servent de point d'ancrage à la pensée et au mouvement anarchistes en France.

Bien que les anarchistes en France aient disposé d'un premier journal, La Révolution sociale, publié à Paris, celui-ci disparaît à la fin 1881. Lyon est alors considérée comme une des « capitales » du mouvement anarchiste, et depuis que Bakounine a participé à la Commune de Lyon, dix ans plus tôt, les anarchistes s'y développent en nombre, influencés par la proximité de la Suisse adjacente. Profitant de la nouvelle loi sur la presse, les anarchistes lyonnais réunissent alors des fonds et lancent leur premier journal, Le Droit social, où participent plusieurs figures de l'anarchisme, comme Louise Michel, Jean Grave, les lyonnais Antoine Cyvoct et Toussaint Bordat ou Pierre Kropotkine. Il s'agit du deuxième journal anarchiste en France et du premier de la série lyonnaise.

Dans les mois et les années qui suivent, alors que la répression touchant les anarchistes à Lyon va en s'accentuant après les troubles de Montceau-les-Mines par la Bande noire, l'attentat de l'Assommoir et le procès des 66, ils recréent systématiquement leurs journaux interdits. Le Droit social laisse ainsi place à L'Étendard révolutionnaire, La Lutte, Le Drapeau noir, L'Émeute, Le Défi, L'Hydre anarchiste, L'Alarme ou encore Le Droit anarchique. Certains de ces journaux, comme Le Drapeau noir, sont influents dans l'histoire plus générale de l'anarchisme, permettant de transformer le drapeau noir des canuts en drapeau noir anarchiste, un symbole partagé par tout le mouvement au XXIe siècle. L'interdiction du Droit anarchique marque la fin de cette première période. Ils témoignent aussi de l'apparition d'un lectorat anarchiste féminin en France.

Contexte : La Révolution sociale et Lyon

La Révolution sociale d'Égide Spilleux, dit Serreaux, est le premier organe de presse anarchiste en France - étant publié à Paris entre 1880 et 1881[1].

Lyon et le Rhône de manière générale deviennent vite un pôle important de l'anarchisme, si bien que Lyon est alors considérée comme une des « capitales » du mouvement[2] - les anarchistes y forment une Fédération révolutionnaire lyonnaise[2],[3]. Les anarchistes lyonnais évoluent dans un climat de répression et de surveillance de la part des autorités françaises[2],[4]. En 1878, ils décident toutefois de se doter d'un journal et fondent une société, le Droit social, destinée à réunir des fonds pour la fondation d'un journal éponyme[4]. Malheureusement pour eux, la loi oblige alors à faire un cautionnement - c'est-à-dire un dépôt de fonds auprès des autorités - pour avoir le droit de publier, ce qui rend alors une telle initiative difficile pour des raisons financières mais aussi pratiques, les journaux anarchistes ayant tendance à être rapidement interdits en France[4],[5].

Première série (1882)

Le Droit social (février-juillet)

Article Grèves et révoltes par les anarchistes Louise Michel et Maria dans Le Droit social (N°04)

En 1882, après la nouvelle loi sur la liberté de la presse de 1881, la situation évolue avec la suppression de ce cautionnement, et Le Droit social est fondé à Lyon en février 1882[4]. Il est très surveillé par les autorités françaises ; chaque numéro est analysé avec parcimonie, le commissaire spécial de Lyon cherche à découvrir les auteurs précis de chaque article et les autorités engagent des poursuites nombreuses contre les gérants du journal[4].

Il s'agit de la deuxième publication anarchiste en France après La Révolution sociale d'Égide Spilleux, dit Serreaux (1880)[6].

Le journal rassemble un nombre conséquent de figures de l'anarchisme en France à cette période ; l'historien René Bianco note les noms suivants comme ayant vraisemblablement participé au Droit social[6] :

Bonthoux, Denechère, Gustave Falies, Émile Gautier, Jean Grave, Louise Michel, Lucien Pemjean, Élisée Reclus, A. Tressaud, Vermesch, Félicien Bonnet, [Toussaint] Bordat, Chavrier, Claude Crestin, Antoine Crié, [Antoine] Cyvoct, J. Damians, F. et L. Dejoux, Dervieux, Feuillade, Georges Garraud, Genoud, Jules Morel, Thomas, Charles Voisin, etc.

Internationale anti-autoritaire et groupes anarchistes au début des années 1880[7],[8],[9].

Le journal prend la devise « Liberté, égalité, justice », que tous les titres suivants de la série lyonnaise reprennent par la suite. Selon Bianco, les gérants seraient Louis Dejoux puis Bonthoux après la condamnation du premier à un an de prison ferme[6].

Le journal donne les noms de 15 secrétaires de la Fédération lyonnaise dans son quatrième numéro ; il donne aussi les communications de plusieurs groupes anarchistes en France, en particulier des groupes de femmes anarchistes[6].

Le Droit social partage aussi des brochures, tirant certains de ses articles sous cette forme et les vendant à 15 centimes chacune[6]. La publication est interdite le et est remplacée la semaine suivante par L'Étendard révolutionnaire[6].

L'Étendard révolutionnaire (juillet-octobre)

Une semaine après l'arrêt du précédent journal, le 30 juillet 1882, L'Étendard révolutionnaire publie son premier numéro[10]. Aucun article n'est signé mais il est estimé que les anarchistes suivants participent au journal - un groupe proche voire identique avec celui du Droit social[10] :

Félicien Bonnet, Toussaint Bordat, Jean Marie Bourdon, Jean Antoine Coindre, Joseph Cottaz, Claude Crestin, Antoine Cyvoct, Joseph Damians, François Dejoux, Nicolas Didelin (petit-cousin de Louise Michel[11]), Régis Faure, Georges Garraud, César Mathon, Hyacinthe Trenta, Joseph Trenta.

L'imprimeur en charge est Pastel, qui collabore avec les autorités françaises pour transmettre des informations sur celui-ci[10]. La publication, à travers Toussaint Bordat, est en lien avec la Bande noire et les troubles de Montceau-les-Mines : le journal publie ainsi un communiqué de la Bande noire où celle-ci utilise le drapeau noir comme symbole, huit mois avant la manifestation du 9 mars 1883 où Louise Michel arbore ce drapeau et en fait un symbole central du mouvement anarchiste[12],[13],[14]. Bordat se rend aussi personnellement à Montceau-les-Mines et y parle publiquement en soutenant les mineurs[15].

Représentation romancée de l'attentat de l'Assommoir dans le Monde illustré (11 novembre 1882).

Lyon est alors dans une situation particulièrement volatile, d'autant plus que la ville est touchée par une large famine à cette période - les enfants doivent se rendre devant les casernes pour mendier du pain aux militaires pour leurs familles[2],[4]. Le 19 août 1882, quatre jours après l'émeute ou la révolte lancée par la Bande noire à Montceau-les-Mines, les locaux de L'Étendard révolutionnaire sont perquisitionnés[2]. La répression sur la publication s'accroît dans les mois qui suivent, alors que la Bande noire poursuit ses attaques et que le procès des premiers arrêtés approche - le mouvement lyonnais est fortement réprimé[2],[4].

En octobre 1882, alors que le procès des accusés pour l'émeute de la Bande noire est en cours depuis six jours, un attentat anarchiste à la bombe fait exploser le restaurant du théâtre Bellecour, le 23 octobre - quand trois assaillants dont Fanny Madignier attaquent un restaurant associé à la bourgeoisie lyonnaise en y jetant une bombe - une personne ayant souhaité éteindre le projectile enflammé a les jambes pulvérisées et meurt des suites de ses blessures quatre jours plus tard. Un deuxième attentat se produit le même jour contre une caserne à Lyon[2],[4].

Il s'agit du jour correspondant à la dernière publication de L'Étendard révolutionnaire, qui s'interrompt ensuite[10]. Son gérant du moment, Antoine Cyvoct, est en effet accusé par les autorités françaises d'être le principal responsable de l'attentat - il aurait nommément visé le restaurant dans un article et se serait trouvé à Lyon au moment des faits[2]. Celui-ci nie ces éléments - y compris après sa libération quatorze ans plus tard - en soutenant qu'il se serait trouvé en Suisse à ce moment et pas à Lyon et qu'il ne serait pas l'auteur de l'article incriminé[2]. Il est jugé, acquitté pour la participation à l'attentat mais reconnu l'auteur de l'article de presse incriminé et condamné à mort[2]. Cette peine est ensuite commuée au bagne à perpétuité avant qu'il ne soit libéré en 1897[2]. En parallèle, le procès des 66 en début 1883 est le sommet de cet épisode de répression importante qui touche le mouvement anarchiste en France[2],[4].

Selon Bordat, Bonthoux et Daman lui-même, Daman aurait été le signataire de l'article incriminé - il se peut que Valadier en ait été l'auteur[2].

En tout, L'Étendard révolutionnaire publie 12 numéros et laisse place à d'autres titres de presse ultérieurs[10].

Deuxième série (1883-1884)

La Lutte (avril-août 1883)

Un article de La Lutte (N°10)

Six mois plus tard, le , peu après la manifestation anarchiste du 9 mars 1883, les anarchistes lyonnais reforment un journal, sous le titre de La Lutte[16]. L'historien René Bianco identifie les auteurs suivants comme principaux rédacteurs[16]:

Jules Boissy, Léon Domergue, Henri Tricot et Louis Chautant.

Le journal publie son neuvième numéro sur du papier rouge pour la commémoration de la Semaine sanglante[16]. Il soutient aussi la propagande par le fait dans une rubrique intitulée « Produits anti-bourgeois » et publiée du quatorzième au dix-septième numéros, où des méthodes pour la mener sont données[16]. Le journal publie dix-neuf numéros en tout, menant à de rapides poursuites contre les deux gérants du périodique, Morel et Chautant, avant d'être interdit à son tour[16].

Il est remplacé par Le Drapeau noir dès la semaine suivante[16].

Le Drapeau noir (août-décembre 1883)

Peu après, le journal Le Drapeau noir, qui prend la suite de La Lutte, est fondé[17].

Sa devise, comme pour le titre précédent, est « Liberté, égalité, justice »[17]. Il se place dans la lignée des publications anarchistes précédentes et annonce reprendre le drapeau noir comme emblème, cette fois en le séparant plus ouvertement du drapeau rouge socialiste[18],[19] :

Les événements, les faits de tous les jours, nous ont montré clairement que le drapeau rouge, si glorieux vaincu, pourrait bien, vainqueur, couvrir de ses plis flamboyants, les rêves ambitieux de quelques intrigants de bas étage. Puisqu’il a déjà abrité un gouvernement et servi d’étendard à une autorité constituée. C’est alors que nous avons compris qu’il ne pouvait plus être pour nous, les indisciplinés de tous les jours et les révoltés de toutes les heures, qu’un embarras ou qu’un leurre.

Dans les raisons poussant le choix du drapeau noir, la filiation par rapport aux canuts est défendue de manière très claire et explicite dans le premier numéro[19].

Parmi les collaborateurs du journal, on trouve Auguste Baudry, Clovis Demure, Léon Domergue, Marius Monfray et l'anarchiste Vitre, selon l'historien René Bianco[17].

Le journal, dont le premier numéro se situe le 12 août 1883, en publie 17 sur la totalité, jusqu'au [17]. Après les poursuites pesant sur lui, il laisse place au journal lyonnais suivant, L'Émeute[17].

L'Émeute (décembre 1883-janvier 1884)

Rédaction de L'Émeute avertissant les compagnons de faire attention à un certain Bourdon, accusé de voler les fonds et de se faire entretenir (N°5)

L'interdiction du titre précédent étant prise le 2 décembre 1883, les anarchistes lyonnais refondent un nouveau titre, L'Émeute, le 9 décembre[20]. Dans son premier numéro, il indique les raisons l'ayant poussé à choisir ce titre, en écrivant[20]:

Nous sommes partisans de l’émeute, parce que nous sommes des indisciplinés, et que les émeutes ont toujours été le fait des impatients et des indisciplinés ; nous sommes partisans de l’émeute, parce qu’avec elle, le travailleur pourra s’essayer à l’initiative et que nous sommes convaincus que les sages qui se donnent pour spécialité de réglementer et de guider les révolutions auront soin de s’en tenir à l’écart.

Le journal fait explicitement référence aux titres précédents dans son quatrième numéro et annonce que son but est la révolution sociale anarchiste[20].

Le lieu d'impression se situe au 52 rue Ferrandière, à Lyon[20]. L'historien René Bianco identifie plusieurs auteurs, bien que les articles ne soient pas signés ; il s'agirait de Vincent Berthout, Léon Domergue et Claude Grillot[20].

Le journal s'étend sur sept numéros, du 9 décembre 1883 au 20 janvier 1884[2], avant d'être interdit à son tour et de laisser place à l'organe de presse suivant, Le Défi[20],[21].

Le Défi (février 1884)

À la suite de l'interdiction de L'Émeute, les anarchistes lyonnais recréent un journal, intitulé Le Défi[22]. Les articles ne sont pas signés ou sont sous pseudonyme ; mais l'historien René Bianco parvient à identifier deux gérants de l'organe de presse, dont J. M. Frenea et G. Robert, le premier étant poursuivi dès le deuxième numéro pour des articles publiés dans le journal[22].

L'impression du titre est faite au 28 rue de la Guillotière[22].

Après son interdiction au troisième numéro, le 17 février 1884, le titre laisse place à L'Hydre anarchiste[2],[22].

L'Hydre anarchiste (février-mars 1884)

Souscriptions dans le troisième numéro de L'Hydre anarchiste, comportant au moins deux femmes

Après le dernier numéro du Défi, interdit le 17 février, les anarchistes de Lyon refondent un nouveau journal, du nom de L'Hydre anarchiste[23]. Parmi les auteurs du journal, on retrouve Antoine Cyvoct et Georges Garraud dit « Valadier »[23].

Le deuxième numéro du journal, celui du 2 mars, est presqu'intégralement consacré à défendre Cyvoct pendant son procès[23]. Le quatrième, du 16 mars, commémore la Commune et est imprimé sur du papier violet[23].

René Bianco n'identifie pas le gérant dans son étude du journal mais celui-ci, nommé G. Robert, est identifié plus tard par Pierre Sommermeyer dans le Dictionnaire international des militants anarchistes (DIMA)[24]. Il est possible que le compagnon Vincent Berthout fasse aussi partie de la rédaction du journal[25].

L'Hydre anarchiste soutient la propagande par le fait et fait partie des journaux anarchistes de la période à soutenir cette stratégie[26]. Le journal est interrompu le 30 mars 1884, après son sixième numéro, et laisse place à un organe de presse anarchiste successeur, L'Alarme[23].

L'Alarme (avril-juin 1884)

L'interdiction de L'Hydre anarchiste pousse les lyonnais à refonder un nouveau journal : L'Alarme[27]. Ses articles ne sont pas signés mais Clovis Demure est le secrétaire de la rédaction[27].

L'impression, comme pour certains des titres précédents, se fait au 26 rue Vauban[27].

Le quatrième numéro est imprimé sur du papier violet et contient un placard[27].

Il est interdit le et laisse place au Droit anarchique[2],[27].

Le Droit anarchique (juin 1884)

Extraits d'un des articles du dernier numéro du Droit anarchique (N°3)

Ce titre est fondé peu après l'interdiction de L'Alarme[28]. L'historien René Bianco n'identifie pas les auteurs des articles du journal, qui sont non signés, mais mentionne que Vincent Berthout participe probablement à sa rédaction et que G. Fronteau puis Isidore Mounier sont les gérants de la publication[28].

L'imprimerie du titre se fait au 70 cours de la Liberté à Lyon[28].

Comme ses prédécesseurs, il est rapidement poursuivi, dès le premier numéro, son premier gérant est arrêté. Il parvient à se maintenir trois numéros en tout avant d'être interdit, s'éteignant après son titre du 22 juin 1884[2],[28].

Son interdiction marque la fin de la première période de presse anarchiste lyonnaise, composée de nombreux titres se succédant de 1882 à 1884, entre les interdictions[2],[28].

Postérité

Implantation de l'anarchisme en France

Ces journaux, figurant parmi les premières publications anarchistes en France, que Vincent Banssillon aborde dans son étude sur Lyon comme « capitale » du mouvement anarchiste à cette période, forment un réel foisonnement de publications[2]. Elles permettent au mouvement anarchiste de se développer, depuis la Croix-Rousse, le quartier historique des anarchistes et des canuts, vers des espaces lyonnais plus éloignés, comme les Brotteaux et la Guillotière[2].

Certaines d'entre elles, comme L'Étendard révolutionnaire et encore plus Le Drapeau noir, sont influentes dans le fait de transformer le drapeau noir des canuts en drapeau noir anarchiste, devenu depuis un des symboles centraux de ce mouvement politique[19].

Naissance d'un lectorat anarchiste féminin en France

Dans son étude sur les militantes anarchistes de la Belle Époque, Marie-Pier Tardif prend l'exemple de certains journaux de cette série, comme L'Hydre anarchiste pour rendre compte de la naissance d'un lectorat anarchiste féminin en France à cette période, ce qui se manifeste dans plusieurs articles du journal s'adressant à elles[29].

Survivances mémorielles

Un lieu associatif à Crest prend le nom L'Hydre en référence à L'Hydre anarchiste[30].

Liens externes

Références

Bibliographie

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