Hébreu biblique

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L'hébreu biblique (appelé en hébreu עברית מקראית Ivrit miqra'it, עברית תנכי"ת Ivrit tanakhit ou לשון המקרא Lashon HaMiqra) est un ensemble de dialectes archaïques dans lesquels ont été rédigés de nombreux documents, dont le plus notable est la Bible hébraïque (à l'exception des Livres et sections rédigés en judéo-araméen).

On suppose que l'hébreu biblique était la langue quotidienne des Hébreux et des Israélites. Bien qu'il n'eût déjà plus cours à la période romaine, il continua d'être enseigné dans les écoles juives, mais aussi dans les séminaires théologiques chrétiens, et l'est encore dans les écoles publiques en Israël. Il fait par ailleurs l'objet d'une étude assidue de la part des linguistes et des archéologues opérant sur le territoire correspondant à la terre d'Israël.

Des éléments d'hébreu biblique sont par ailleurs employés dans la littérature hébraïque moderne, les médias et, occasionnellement, la conversation. L'hébreu biblique est en effet aisément lu par quiconque parle l'hébreu moderne. Toutefois, ces deux formes diffèrent par le vocabulaire, la grammaire et la phonologie.

Photographie de la stèle de Mesha. Datée de 850 av. J.-C. environ, elle relate les victoires de Mesha au cours de sa révolte contre le royaume d'Israël, corroborant les événements rapportés dans le Second Livre des Rois.
Rédigée en moabite, une langue extrêmement proche de l'hébreu biblique, et écrite en caractères paléo-hébraïques, cette stèle est l'une des plus anciennes inscriptions en langue biblique ou apparentée connues à ce jour.

Il est difficile de dater le moment à partir duquel l'hébreu biblique est entré en usage. À l'heure actuelle plusieurs inscriptions datant du Xe siècle av. J.-C. ont été découvertes, rédigées dans cette langue ou un dialecte très proche, la tablette de Gezer, qui énumère un calendrier agricole, l'abécédaire de Zayit qui contient une vingtaine de lettres, et l'ostraca de Khirbet Qeiyafa.

Dialectes hébreux employés dans la Bible hébraïque

D'un point de vue linguistique, la langue hébraïque biblique appartient à l'ensemble des langues sémitiques du groupe occidental septentrional, qui comprend les langues canaanéennes, dont le moabite, l'amorite et l'ougaritique, et l'araméen, duquel l'hébreu biblique est moins proche. Selon la Bible[1], les Patriarches parlent l'hébreu biblique, alors que leurs proches restés à Haran parlent l'araméen[réf. nécessaire], mais rien ne permet d'établir avec certitude le caractère historique de cette assertion.

Il semble que l'hébreu biblique ait constitué un ensemble de dialectes plutôt qu'une langue unique : dans un épisode célèbre du Livre des Juges, les gens de la Tribu d'Ephraïm se font en effet repérer par leurs ennemis de Galaad à cause de leur prononciation du mot shibbolet[2]. Les Livres de la Bible rédigés dans le royaume d'Israël, dont le Livre d'Amos, semblent également contenir des résidus d'un dialecte local, et l'on suppose que l'hébreu dans lequel fut écrit la majeure partie de la Bible hébraïque, est le dialecte des tribus du royaume de Juda, que la Bible appelle « langue judaïque » (yehoudit[3]). Enfin, une version concurrente du Pentateuque fut écrite par les Samaritains dans leur dialecte hébraïque propre.

Évolution de l'hébreu biblique

Livre d’Esther

Transformations de l'hébreu biblique

La critique textuelle appliquée à la Bible permet de déceler au sein du corpus biblique, parfois d'un même passage, des variantes grammaticales et lexicales. C'est notamment le cas des passages en prose et en poésie : les critiques estiment que celles-ci sont les premières à avoir été rédigées, les autres étant des élaborations explicatives ultérieures[4].

L'hébreu biblique subit par ailleurs l'influence de plus en plus marquée de l'araméen, tant sur sa grammaire que sur son vocabulaire. Si l'araméen n'est parlé avant l'exil de Babylone que par la classe dirigeante[3], les Livres rédigés dans la période de 500 à 60 av. J.-C., dont le Livre de Jérémie, le Livre d'Esther et le Livre des Chroniques, le Livre de Daniel, trahissent de nombreux aramaïsmes : par exemple, la préposition conditionnelle ˈillouː (אִלּוּ) remplace louː (לוּ), et le pronom relatif ʔaˈʃer (אֲשֶר), qui introduit une proposition subordonnée ('que'), est remplacé par un clitique, ʃe- (-שֶ), qui sera abondamment employé ultérieurement, tant en hébreu mishnaïque qu'en hébreu moderne[5]. Cette progression se poursuit dans les littératures extra-canonique et deutérocanonique, comme les manuscrits de la mer Morte et le Siracide (dans sa version hébraïque), où l'hébreu se mêle à de nombreux emprunts à l'araméen, mais aussi au grec et au persan.

Ceci suggère fortement que l'hébreu biblique était déjà une langue largement littéraire, tandis que la langue du quotidien devenait plus proche de l'hébreu mishnaïque. Il fait progressivement place à l'hébreu de la période du Second Temple, auquel succède l'hébreu mishnaïque, dont un témoignage consigné dans le Talmud indique qu'il n'était déjà pratiquement plus connu à l'époque de la rédaction de la Mishna[6]. Ainsi se clôt au IIe siècle la période classique de l'hébreu, à laquelle fait suite l'hébreu médiéval, langue exclusivement livresque.

Conservation de l'hébreu biblique

Cependant, parallèlement au déclin naturel de l'hébreu biblique dans le langage parlé, un soin particulier est apporté pour en conserver jalousement la lecture et la prononciation correcte : ce travail est connu sous le nom de Massora transmission »). Probablement initiée avant la période macchabéenne, par des sages juifs, les Soferim, principalement évoqués dans le Talmud, mais dont Ezra aurait pu faire partie[7], elle est ensuite transmise dans ses moindres détails par d'autres sages, les Massorètes, dont les différentes écoles, possédant chacune son système d'annotation particulier et sa version « standard » du texte massorétique, ont œuvré entre le VIIe siècle et le Xe siècle. Outre une signalisation pointilleuse des matres lectionis (consonnes d'un abjad employées pour noter des voyelles ou des semi-voyelles), dont les chercheurs des milieux universitaires supposent qu'elles ont été ajoutées à un texte exclusivement consonantique, chaque école massorétique propose son propre système de vocalisation et de cantilation du texte. Au VIIIe siècle, le système en vigueur dans l'école de Ben Asher, principal représentant de la Massora de Tibériade, s'impose sur ses rivaux babyloniens.

Cependant, si la Massora parvient à fixer la prononciation tant des voyelles que des accents toniques, elle n'a pu conserver une importante partie du répertoire phonologique de l'hébreu biblique, ainsi que le montre une comparaison entre le texte massorétique et celui de la Septante. Par ailleurs, si les signes de vocalisation tibériens sont universellement acceptés, leur lecture n'est pas uniforme au sein des communautés juives de par le monde. C'est ainsi que l'on recense différentes traditions de prononciation, parmi lesquels l'hébreu yéménite, l'hébreu ashkénaze et l'hébreu sépharade. Quant à la vocalisation tibérienne (en) des Massorètes eux-mêmes, elle n'a plus cours, bien qu'elle soit fort bien documentée.

Caractérisation de l'hébreu biblique

Voir aussi

Notes et références

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