Hôtel de préfecture de l'Oise
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ancienne abbaye Saint-Quentin
| Construction |
1069 – début XVIIIe siècle |
|---|---|
| Occupant |
Préfecture de l'Oise (d) (depuis ) |
| Propriétaire |
Département de l’Oise |
| Usage |
Hôtel de préfecture (d) (depuis ) |
| Patrimonialité | |
| Site web |
| Pays | |
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| Région | |
| Département |
Oise (60) |
| commune |
| Coordonnées |
|---|
L’hôtel de la préfecture de l’Oise est un édifice situé à Beauvais, en France. Il abrite la préfecture du département de l’Oise.
Il s'agit de l'ancienne abbaye Saint-Quentin fondée en 1067. Des bâtiments de cette époque, il ne reste que deux vestiges : L'ancienne chapelle de l'abbé du XIIe siècle et un mur gouttereau de l'église abbatiale du XIe siècle. Le grand-logis est construit au XVIIe siècle. Désacralisée à la Révolution, l’abbaye devient une manufacture puis le conseil général l’achète en 1823 en vue d'en faire la préfecture.
La préfecture est classée au titre des monuments historiques le et inscrit partiellement le [1]. Le jardin d'agrément de la Préfecture est versé au pré-inventaire des jardins remarquables[2].
La préfecture est située dans le département français de l’Oise, sur la commune de Beauvais, au nord-ouest du centre-ville, au 1 place de la Préfecture. Son domaine est bordé à l’ouest par la rivière de Saint-Quentin, à l'est par le ruisseau de Sainte-Hélène et le canal Gonard. Au nord se trouve le Conseil départemental de l'Oise.
Historique
De la création à la Révolution
Au milieu du XIe siècle, le paysage religieux de Beauvais est important. Il est composé de l'abbaye saint-Lucien, de Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre qui est cathédrale depuis cent ans au moins, la collégiale Saint-Barthélemy, l'église Saint-Michel sur les remparts, l'église Saint-Nicolas, l'église Notre-Dame-du-Thil, l'église Saint-Étienne. Autour de Beauvais, se trouvent une chapelle qui deviendra l’abbaye de Saint-Symphorien, et la chapelle de Voisinlieu qui deviendra la maladrerie Saint-Lazare[3].
Guy de Saint-Quentin-en-Vermandois souhaiterait une église plus modeste, il déplore que la cupidité l’emporte de plus en plus sur la foi. Même le siège épiscopal n’est pas épargné par les scandales. Par exemple des chanoines payent des clercs pour les remplacer à l’office[4]. En 1064 quand il est nommé évêque, il se fait fort de faire rentrer dans le rang le clergé et les chanoines sous sa juridiction à l’instar du pape Grégoire VII.

En 1025, Robert II le Pieux fait donation à l’évêché de nombreuses terres, y compris les droits de lever des impôts qui y sont attachés. Ceci en échange de messes pour la remise de ses péchés et que les autres soient incités à un plus grand zèle de piété. Guy lance donc la construction d’un monastère, et afin de le doter suffisamment, il octroie des prébendes sur la cathédrale et d’autres collégiales, ainsi que des moulins[5]. Il choisit d'ériger les bâtiments sur l'une des terres de l'évêché en dehors de la ville de Beauvais, située à l'ouest, entre Saint-Just-des-Marais et l’abbaye Saint-Lucien. L’abbaye et son église auraient été construites en deux ans. Cette abbaye sera régie par la règle de saint Augustin, et ses occupants ne vivent donc pas cloîtrés. La dédicace de l'église a lieu le dimanche en présence des évêques d'Amiens, Noyon, Meaux, Troyes, Senlis et l'archevêque de Reims[6]. L’évêque Guy choisit comme premier abbé régulier Yves de Chartres, un jeune chanoine de Nesle, qui est né à Auteuil et a fait ses études à l'abbaye du Bec-Hellouin.
Il est constitué un trésor à l'ouverture de l'église : une couronne, une table et une croix en argent, un tabernacle, deux livres, neuf chapes avec une chasuble et dix cloches[7].
La fermeté de Guy de Saint-Quentin occasionne beaucoup d’antagonismes à cet évêque, et par conséquent, à l'abbaye. En effet, le pape Alexandre II reçoit des accusations contre Guy. Après enquête, il lui apporte néanmoins son soutien. Non content du résultat, Lanscelin, seigneur de Beauvais, ne s'arrête pas là et en réfère au roi Philippe Ier. Celui-ci demande à l'évêque de quitter son poste et met sous séquestre les biens de l’évêché, livrant ainsi les religieux à la mendicité. Pour survivre, ils partent en pèlerinage à travers la France avec les reliques de sainte Romaine.
À la mort du pape Alexandre II, c’est Grégoire VII qui accède au siège papal en 1073. Aussitôt, il confirme sans ambigüité Guy dans sa fonction d’évêque[8]. Malgré tout, cela n'empêche pas les chanoines du chapitre cathédral de poursuivre leur vendetta contre lui. Ils cherchent à contester les droits et revenus de l'abbaye. En 1079, l'abbaye obtient, après une rencontre à Gerberoy du roi de France et du roi d’Angleterre, la reconnaissance de ses droits lors du concile de Soissons. Les chanoines accusent ensuite les moulins de l’abbaye de ralentir le cours du Thérain et d'être la cause de son envasement. Saint-Quentin est soutenue par le nouvel évêque Ansel. Yves devenu évêque de Chartres condamne l'évêché à assurer l'entretien du ruisseau qui lui appartient. Cette décision de 1099 marque l’histoire de Beauvais, car elle aboutit sur la première charte communale de la ville[9]. Les chanoines tentent aussi, mais en vain, de contester les propriétés de l'abbaye auprès d'Yves de Chartres. En 1099 Wallon dit Gallon est nommé comme second abbé de Saint-Quentin, mais des contestations s'élèvent, et c'est à nouveau Yves de Chartes qui doit intervenir auprès du pape.
Les droits et privilèges de l’abbaye sont souvent attaqués, notamment par les chanoines de la cathédrale qui spolient leurs propres biens. Ainsi l'abbaye Saint-Quentin doit se faire confirmer ses revenus à plusieurs reprises. Dans ce sens, le pape Grégoire VII confirme les résolutions du concile de Soissons par une bulle en 1083. Urbain II en 1093, Innocent II en 1143, Alexandre III en 1178, Grégoire IX en 1232 et Clément IV en 1266 renouvellent cette confirmation[10]). Pour sa fidélité et son soutien, l’abbaye reçoit en donation de nombreux droits et terres au cours de l’histoire. Le domaine de Saint-Quentin est important, il bénéficie d'un colombier ; de vignes avec leurs pressoirs ; de droits de voirie ; de ruisseaux avec leurs droits de pêche ; de plusieurs moulins[11] ; de droit de bois ; ainsi que de droits sur les prébendes du clergé de plusieurs églises.
Au cours de son histoire, l’abbaye doit faire face à de nombreuses catastrophes. En 1346, un incendie ravage les bâtiments en dehors de l'église. En 1347, les Anglais pillent les maisons et le bétail. En 1358, lors de la révolte des Jacques, la commune, pour se protéger, fait abattre le pont de la tour de Croux[12], ce qui perturbe grandement les déplacements des moines. Le pont n'est reconstruit qu’en 1366[13]. En 1361, Jean, évêque de Beauvais, prend des terres à l'abbaye pour faire fortifier la tour de Croux. En 1410, l'évêque fait abattre un pont de bois de l'abbaye. Une décision de justice est rendue en faveur des religieux, mais magnanime, Jean accepte de leur céder les baux.
En 1472 lors du siège de Beauvais par Charles le Téméraire, les lieux sont pillés et le clocher est détruit. L'abbaye ne s’en relève pas facilement. C'est à peine si elle arrive à nourrir plus de trois personnes. Lors des guerres de Religion, c'est sur les terres de Saint-Quentin que campent les troupes pillardes de la Ligue[14]. Pour financer les guerres de la Ligue, en 1589, l'abbaye est taxée à hauteur de 554 livres qu'elle doit emprunter. Puis en 1595 ce sont 194 écus qu'elle doit trouver. Jean Poulain, le prieur de la chambre, accepte de lui accorder un prêt. Il abandonne ensuite sa dette en échange de messes hautes à célébrer chaque semaine[15]. De plus en plus souvent, l’abbaye doit faire face à des bourgeois qui ne payent pas les locations, ou défendre ses droits de justice contre des tentatives d'usurpation[16]. Avec le temps, les contestations sont de plus en plus nombreuses[17].
Saint-Quentin est une abbaye de renom, ce qui fait que l’on ne peut pas y accueillir tous les postulants. On crée la filiale du Fay-Saint-Quentin qui est régie par la même règle, et de nombreux dons affluent vers le nouveau prieuré. Le nouvel abbé est généralement proposé par les chanoines à l'issue d'un vote, puis désigné par l'évêque de Beauvais. Quand en 1497 le pape Alexandre VI souhaite directement nommer Jean de Saint-Denis, celui-ci y trouve porte close. Le prieur Pierre V dit Donque se déclare l’abbé légitime[18]. À sa suite est élu Pierre VI dit de Catheux en 1521. C’est le trente-huitième abbé et en même temps le dernier abbé régulier. En effet le Pape Jules III désigne un abbé commendataire en la personne de Charles d'Humières, évêque de Bayeux, en 1553. À cette période il n'y a plus que huit religieux[19]. Le les trois premiers marguilliers sont élus, ce qui renforce la vie paroissiale.
En 1580, le bourg est touché par la peste (trente-deux nouveaux cas en une journée), ce qui a pour conséquence l'arrêt du commerce. La maison du clos est incendiée en prévention. À la mi-carême, pour contrer la peste, on organise une grande procession. À Pâques, un tremblement de terre se faisant sentir pendant un quart d'heure, on organise une nouvelle procession[20]. Le terrain marécageux est insalubre. Les puits approvisionnent les villageois d’une eau boueuse porteuse de maladies comme la typhoïde et le choléra. La saleté et la concentration de logements humides justifient les épidémies fréquentes[21]. En juin de la même année, c’est un incendie accidentel qui se déclare dans le logis du drapier et se communique aux maisons adjacentes[22].
En 1581, c'est une tempête qui ébranle le clocher du prieuré de Bresles : Le prieur et plus de vingt personnes trouvent la mort, et cinquante autres sont blessés. En mars 1583, c'est une inondation qui recouvre toutes les terres. D’ailleurs, une fois dans quasiment chaque décennie, les terres sont menacées par des inondations à la suite des crues du Thérain, dues à la fonte des neiges, comme en janvier 1741, en février 1784 et particulièrement en janvier 1757 où les faubourgs de Saint-Quentin et de Saint-Jacques sont quasiment entièrement recouverts, ou lors de violents orages comme en septembre 1729[21]. Le c'est un globe de feu dans le ciel qui inquiète la population. L'abbaye organise une nouvelle procession.
L'abbé Louis de Lorraine et de Guise, cardinal et archevêque de Reims, soutient le maire de Beauvais Godin en 1586 contre le roi. Le on crie à l'ennemi : les soldats d'Henri IV arrivent par Allonne. Des cavaliers trouvent refuge à l'abbaye. Ils font fuir l’ennemi en tirant au canon depuis la tour de Croux[22]. C'est à nouveau Saint-Quentin qui loge les troupes venues en renfort en juillet et août. Quand en septembre des troupes se présentent à nouveau, il leur est fait bon accueil, mais il s'agit en réalité de brigands[23]. Au printemps 1590, l'abbaye loge encore des troupes, mais les soldats pillent les environs à plusieurs reprises.
En 1619, Louis XIII fait abattre les ponts qui mènent à l'abbaye lors de la révolte des grands. En effet, l’ouest de la ville est le meilleur terrain pour envahir Beauvais. Car Beauvais est entouré par un terrain accidenté au nord, par les marais à l’est, et par le Thérain au sud. Ceci fait de l’abbaye un axe stratégique pour attaquer. Après chaque incursion il est difficile de remettre les terres en état de produire afin de récupérer les fonds nécessaire à la reconstruction.
L’ordre de Saint-Augustin est réformé vers 1633. Initialement un haut lieu de théologie, l’abbaye avait décliné peu à peu, et passe maintenant dans la congrégation de France. Elle compte quinze religieux. Vers 1643, elle est rattachée à l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris, qui joue un rôle important dans la reconstruction[24]. C'est au révérend Père supérieur des Génovéfains que dorénavant l’abbaye doit se référer[25].
Le , l'abbaye est victime d’un incendie dans les cuisines et le grand réfectoire[24]. Le reste des bâtiments étant trop vétuste, il devient nécessaire de les reconstruire totalement[14]. L'abbaye s'endette sur cinquante ans pour financer de grands travaux comprenant notamment la construction de l'hôtel principal. Il faut de nouvelles cloches pour la chapelle car deux sont cassées et deux sont fêlées. L'abbaye Saint-Lucien propose d'utiliser ses fourneaux avant démontage, ce qui permet d'économiser sur le coût des travaux, et un don aide les religieux à les financer[26]. En 1693, l'abbaye reçoit un donate. La tradition veut qu'on lui donne une corde de cloche à se mettre autour du cou[27]. En 1714, les marguilliers proposent que la fabrique finance de nouveaux bancs pour l'église, et décident de lui laisser le droit de revente des anciens bancs en contrepartie[26].
En juin 1708, on demande l'autorisation de faire passer des tuyaux pour l'adduction de l'eau des fontaines. L'autorisation est accordée pour la fin des vendanges, car les pieds des vignes situés sur le trajet doivent être déplacés[28]. En 1724, lors des travaux de reconstruction, il est nécessaire de déplacer le cimetière de vingt-quatre pieds afin de prolonger l'aile longeant l'église (c'est-à-dire le collatéral. L'abbaye a du mal à honorer ses dettes, mais des dons et des prêts exempts d'intérêts ainsi que la baisse effective des taux d'intérêt du fait de la forte inflation permettent d'alléger les coûts de construction. En 1732, la dette n’est pas réglée, mais les travaux sont achevés.
À la fin du XVIIe siècle, une pénurie de vocations se fait ressentir. De nombreux novices se présentent, souvent de régions lointaines, mais tous ne sont pas acceptés à la vêture. C'est le chapitre qui vote l'avancement avant de dresser un acte capitulaire envoyé au révérendissime Père supérieur général qui envoie les obédiences à l'évêque.
Liste des abbés
- 1067 - Yves
- 1092 - Walon
- 1113 - Raoul
- 1136 - Rainauld
- 1152 - Gaudefroy
- 1154 - Odart de Bury
- 1164 - Henri évêque de Senlis
- 1170 - Gaudefroy II
- 1173 - Drogon
- 1177 - Huges
- 1178 - Nicolas
- 1189 - Pierre
- 1190 - Mathieu
- 1192 - Robert
- 1210 - Nicolas II
- 1222 - Jean
- 1238 - Girard
- 1248 - Robert II
- 1249 - Ansel
- 1262 - Jean II dit Bonvillers
- 1277 - Philippe de Flavacourt
- 1295 - Amille
- 1321 - Ruertus
- 1329 - Odon
- 1332 - Pierre II
- 1350 - Jean II
- 1372 - Pierre III
- 1386 - Adam Julien
- 1387 - Robert III
- 1417 - Guillaume de Coucy
- 1427 - Guillaume II
- 1440 - Jean IV dit de Sancto Gregorio
- 1463 - Jean V dit Bombiers
- 1486 - Nicole Bardin
- 1489 - Robet IV de Béthancourt
- 1495 - Pierre IV de Héluis
- 1497 - Pierre V dit Donque
- 1521 - Pierre VI dit de Catheux
- 1497 - Jean, cardinal de Saint-Denis refusé par Pierre V
- 1553 - Charles d’Humières, évêque de Bayeux
- 1577 - Le cardinal d’Este
- 1586 - Louis, cardinal de Guise
- 1597 - Jean Colin
- 1602 - Charles de Balsac, évêque comte de Noyon
- 1609 - Nicolas, dit de Balzac
- 1617 - Jean, dit de Balzac
- 1624 - François Olivier, seigneur de Fontenay
- 1634 - Charles, dit Olivier de Leuville
- 1648 - René de Mornay de Montchevreuil
- 1731 - Louis Labiszewsky, confesseur de la reine
- 1748 - Jean Ignace de la Ville
- 1774 - Nicolas de Brou, Aumônier des dames de France
L'abbaye devient manufacture

La Révolution française met un terme à l'existence du monastère. Cela commence par le décret du prohibant les vœux monastiques. Le c’est le décret de saisie des biens, puis le c'est la loi sur la situation des religieux. Le , débute la liquidation des biens de l'abbaye par la vente des vignes. À ce moment il reste dix religieux, alors que la capacité est de vingt-huit[29].
Claude Pignon, prieur et administrateur, décide de se donner à la cure, et les autres chanoines choisissent de quitter l'ordre. L'abbaye est déclarée éteinte le . Le le procureur procède à l'inventaire. Ce qui sera vendu aux enchères est entreposé dans la salle de compagnie (actuel salon des quatre-saisons)[30]. Son inventaire révèle une grande richesse, spécialement pour la bibliothèque qui compte plus de 4 000 volumes. Au moment de la saisie, les biens sont estimés à 104 100 francs pour l’abbaye, 12 986 francs pour les moulins et environ 100 000 francs pour les terrains[31].
Le , l’ensemble des bâtiments de l’abbaye est adjugé pour 104 100 francs au citoyen Jean-Pierre-Marie Sallé. Il en fait sa résidence avec sa femme, ses deux filles et ses deux garçons. Il installe dans les dépendances une manufacture de toiles peintes. Le , on procède à la vente et adjudication à l’encan de tous les meubles sauf les livres et les objets de culte. La vente a lieu dans la maison conventuelle après publication et affiche dans tous les environs. M. Sallé, l'acquéreur des murs, enchérit aussi une grande partie du mobilier. Le curé quant à lui rachète une marmite, et à la levée des scellés, découvre qu’on lui avait laissé le nécessaire ainsi que vingt-cinq bouteilles[32].
Le bourg de la paroisse est rebaptisé faubourg de la Révolution en lieu et place du faubourg de Deloy. Le , on vend la maison du vicaire, et le , c'est le tour de celle du maitre d’école. Pour peu de temps encore, l’église reste un lieu de culte, mais peu à peu le statuaire disparaît[33]. En 1792, Claude Pignon est toujours curé, mais on lui demande de quitter le presbytère pour agrandir la manufacture. En échange on doit lui construire un autre logement. Mais l'intéressé quitte le sacerdoce pour devenir instituteur[34].
Le , la veuve Sallé achète plusieurs lots de bâtiments : l’église qui est construite en pierre et couverte de tuiles (sauf le clocher qui est couvert d’ardoise). Elle acquiert une écurie en colombages avec toit en appentis avec le terrain du cimetière, ainsi qu’une autre écurie en pierre et colombages et tuiles. Les lots sont vendus 11 906 F dont 9 900 F pour l’église, 1 430 F pour le cimetière et l'écurie, et enfin 576 F les 96 ormes[35]. La grille d’entrée et les deux pavillons sont rajoutés vers 1804 par Mme Sallé[36]. Afin d’élargir la rue Gonard qui deviendra la rue Cambry, elle fait combler le fossé[37]. Le niveau du sol du terrain est remonté afin d’éviter l'inondation des jardins. Les caves bénéficient d'emblée d'une structure qui empêche toute infiltration[38].
Par l'extension de la filature, avec ses pavillons d’entrée et sa grille, la place centrale du faubourg est soustraite au domaine public, ce qui mécontente les habitants qui lancent une pétition. En effet ces aménagements coupent l’accès aux pâtures. Le pavillon nord du grand logis sert d’étendage, et la cave abrite vingt-cinq métiers à tisser à calicot. La chapelle sert d’archive, et l’église de pièce à tout faire[38].
La manufacture devient préfecture
En 1817, la manufacture est proposée à la vente pour 200 000 F au département. La vente tarde et le fils Sallé pense à en faire une carrière de matériaux à l'instar de l’abbaye Saint-Lucien, mais un expert en estime la valeur à 110 000 F sans les frais de démolition[39]. En 1819 la manufacture est visitée dans le but d’y créer un hôpital. Mais ce projet n’est pas retenu à cause de l’humidité probable.
En 1822, M. Sallé fait une nouvelle offre, mais en retirant des lots attenants, pour un prix de seulement 100 000 F. Le , le ministre de l’Intérieur presse à nouveau le préfet de préparer l’ancien évêché (qui est la préfecture du moment) à recevoir l’évêque de Beauvais. Le , le préfet convoque M. Sallé qui fait une offre à 140 000 F et conseille de démolir l’église pour récupérer les matériaux[40]. Le prix et le mode de paiement sont soumis au conseil général et a son président le duc Édouard de Fitz-James, à savoir 40 000 F à l’achat, puis 50 000 F en 1825 et 50 000 F en 1826. Par un courrier du , le préfet fait part au ministre de sa décision favorable et demande l’ordonnance du roi entérinant cette décision avant le suivant, sous peine de nullité et la mise à disposition des fonds[41].
Le site de Saint-Quentin n’est pas le seul en lice pour devenir la nouvelle préfecture. On pense aussi à l'ancien couvent des Minimes, car le site est moins éloigné du centre-ville et serait plus rapidement fonctionnel, mais le projet reviendrait plus chère : 318 000 F. C’est pour cela que le projet est rejeté. En 1823, le conseil général achète donc les lieux pour 140 000 F. La préfecture, située dans l’ancien palais épiscopal, emménage en 1824. Au prix d’achat, s'ajoutent 35 000 F pour les frais d’arrangement et 91 000 F pour les frais de restauration. Avec le prix d’achat, le projet revient ainsi à 266 000 F. C’est Louis-Alexandre Blin de Bourdon qui est le préfet de l’Oise. L’architecte chargé des travaux est Charles-Henri Landon[42], architecte du département[43].
Avec l'acquisition de l'ancienne manufacture par la préfecture, le destin de l'église est scellé dès 1824. La vente des matériaux de l’église et de quelques bâtiments se fait par adjudication le . Du fait d'une entente entre les acheteurs, la préfecture ne récupère que 6 000 F[44]. La démolition est terminée en automne 1824. Pendant les travaux, un manuscrit du XIe siècle est découvert dans l'église : un commentaire de saint Augustin sur la Genèse.
Le XIXe siècle est une période de grandes transformations. Pour rendre les lieux adaptés, de nombreux travaux sont nécessaires, dont notamment l’installation de deux calorifères à la cave. En 1845, sur l'emprise du bas-côté de l’église, on construit l’aile qui relie le grand logis au bureau, avec une serre au rez-de-chaussée. À l’étage sont aménagés l’appartement du préfet, l’appartement de la comtesse Puymaigre, un appartement d’honneur de trois pièces pour les hôtes de passage, ainsi que plusieurs chambres à coucher et une lingerie. Au dernier étage sont installés les logements des domestiques ainsi qu’un garde-meubles[42].
La préfecture a reçu plusieurs hôtes prestigieux, dont notamment Louis Philipe le et le général Charles de Gaulle lors de sa tournée des préfectures les 13 et [45].
Il est décidé de construire un nouveau bâtiment à l’emplacement du bras gauche du transept. Le rez-de-chaussée sert de cuisine et de lavanderie. Il accueille aussi l’appartement provisoire du préfet. Le grand logis reçoit la salle des huissiers et la salle du conseil général. Dans la mansarde du pavillon central du grand logis, la préfecture fait installer un observatoire météorologique conçue par Auguste-Lucien Vérité. Celui-ci est apparenté à l’horloge astronomique qui sera installé dans la cathédrale de Beauvais en 1864/65. L’ancienne écurie de l’allée accueille les bureaux[46]. L’année 1847 voit la construction d’un campanile avec horloge au-dessus du bâtiment de bureau. Il sera détruit en 1970. En 1864, on crée, à gauche de l’entrée, un bureau pour l’archiviste, et une salle d'archives avec des étagères en fer au second étage[47].
En 1900 on crée un terrain de tennis. La construction de l’aile droite est décidée le . L'adjudication est lancée rapidement, et les nouveaux bureaux sont réceptionnés le pour un prix de 75 381 F. En 1928, on lance la construction d’un nouveau bâtiment plus grand, de plan trapézoïdal, au bord du Thérain. Afin de limiter les coûts la façade n'est pas totalement identique au bâtiment en face. Les travaux s'achèvent en 1930 et les archives sont déménagées à l’abri des incendies dans ce nouveau local en béton[47]. Toujours en 1930, on construit un garage ainsi qu’un appartement pour le chauffeur, mais aussi une chambre pour le jardinier.
Dès 1849, les séances du conseil général s’ouvrent au public, et il est impératif de procéder à un agrandissement. Pour cela la cloison de l’antichambre de la grande salle de la chambre des commissions est cassée[48]. Après quatre-vingt ans de divers projets pour déplacer le conseil général, la nouvelle salle du conseil se concrétise. Le coût de l’opération est de 90 000 F de travaux, augmentés de 20 000 F de consolidation des caves ébranlées par les travaux. Avec le temps et le poids supporté, les poutres se fatiguent, et il faut remplacer le carrelage par du plancher et des murs par des cloisons plus légères. L’inauguration de l’hémicycle de la salle du conseil se fait le [49].

L’éclairage extérieur au gaz arrive en 1857, puis en 1861 c’est le tour de l’éclairage intérieur. L’éclairage électrique arrive en 1920. Le chauffage qui datait de 1879 est remis à neuf en 1947. Le , le télégraphe est installé dans le pavillon à droite de la grille[50]. Le seulement, la commission départementale autorise l’installation du téléphone. Le perron central avait été couvert d’une véranda qui est supprimée en 1940. En 1939/45 s’installent le service de ravitaillement ainsi que les services vétérinaires, des renseignements généraux et de l’assistance public. En 1852 on compte douze attributions au bâtiment de la préfecture, et en 1951 il y a 2 437 attributions mais les services seront éclatés en 1975[48],[51].
