Histoire de Beauvais

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Armes de la ville de Beauvais
Les armes de Beauvais se blasonnent ainsi : « de gueules au pal d'argent »
Devise:Palus ut hic fixus constans et firma manebo. (Tel ce pieu fiché constante et ferme resterai.), devise figurant sur le premier blason de la ville[1]
Ornements extérieurs : croix de la Légion d'honneur (1957), Croix de guerre 1914-1918, Croix de guerre 1939-1945 avec palme.

L'histoire de Beauvais commence à la préhistoire. Le site de Beauvais fut peuplé depuis le paléolithique, mais ce sont les Romains qui au Ier siècle donnèrent son nom à la ville. Beauvais se développa au Moyen Âge grâce à son activité textile. La création d'une manufacture de tapisserie au XVIIe siècle assit sa renommée. En grande partie détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Beauvais connut, après 1945, une extension sans précédent. Elle comptait, en 2013, 55 252 habitants.

Vestiges du rempart gallo-romain de Beauvais (IIIe siècle)
La cathédrale de Beauvais, façade sud du transept (XVIe siècle)
Façade de l'hôtel de ville de Beauvais (1752)
Statue de Jeanne Hachette (1851)

Paléolithique moyen

Les premières traces de fréquentation du site de Beauvais remonte au Paléolithique moyen autour de 65 000 avant notre ère.

Âge du fer

Les Bellovaques

Statère d'or à l'astre, frappé par les Bellovaques (vers 80-50 av. J.-C.)

Les Bellovaques - latin Bellovaci - formaient une des tribus des peuples gaulois de la Gaule belgique. C’était l’une des plus importantes numériquement et ils étaient les premiers des Belgae selon Jules César[2]. Ils étaient entourés au nord par les Ambiens, à l'est par les Suessions et par les Silvanectes, au sud par les Parisii, à l'ouest par les Véliocasses et par les Calètes.

Les Bellovaques dans la Guerre des Gaules

En 57 av. J.-C., les Bellovaques furent membre de la coalition des Belges : ils auraient fourni 60 000 hommes sur les 300 000 de la coalition[2]. Ils se soumirent lorsque César s'approcha de l’oppidum de Bratuspantium[3] dont la localisation nous est inconnue. À la fin de l'année 54 av. J.-C., César fit hiverner trois légions commandées par Trébonius, Crassus et Munatius Plancus, en territoire bellovaque pour endiguer la révolte d'Ambiorix dans le nord de la Gaule Belgique. En 51 av. J.-C., Corréos, chef bellovaque, prit la tête d’une nouvelle coalition de Belges mais fut tué lors d’une bataille contre les Romains. Sa mort mit fin aux hostilités. Les fouilles archéologiques n'ont pas mis au jour - jusqu'à présent - de vestiges d'un habitat gaulois sur le site de Caesaromagus.

Antiquité

Fondation de Caesaromagus

Un Camp fortifié par les Romains, prit, au Ier siècle, le nom de Caesaromagus : le Marché de César. La ville gallo-romaine nous est assez mal connue, malgré son étendue importante (80 à 100 ha)

La ville gallo-romaine était selon certains archéologues située sur la Via Agrippa de l'Océan qui, venant de Augustomagus (Senlis), passait par Caesaromagus pour rejoindre Samarobriva (Amiens) puis Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer). Cet itinéraire n'est pas le seul proposé pour cette voie romaine. Une autre voie romaine partait de Beauvais et allait à Petromantalum (Saint-Clair-sur-Epte) sur la Chaussée Jules César, voie romaine qui reliait Lutèce (Paris) à Rotomagus (Rouen) et à Juliobona (Lillebonne).

Caesaromagus devient Bellovacum

À la fin du IIIe siècle, comme presque toutes les cités de la Gaule, Caesaromagus prit le nom de la tribu gauloise locale. Elle devint Bellovacum. Elle fut détruite par des incursions barbares vers 275, après les expéditions de 259-270, 263-270 , 273-275[4]. Elle fut reconstruite au IVe siècle et ceint d’une muraille renforcée de tours carrés à chaque angle. La taille de la cité fut ramenée à 10 ha[5]. En 328, l’Empereur Constantin visita les vétérans de son armée dans le castrum de Bellovacis.

Christianisation de Bellovacum

Selon la tradition catholique, le Romain Lucius, converti au christianisme, se fit s’appeler Lucien. Il parcourut l’Italie pour prêcher. Victime de persécution lors de son séjour à Parme il fut emprisonné et s’évada. Vers 250, il aurait été ordonné évêque par le pape qui l’envoya en Gaule avec Denis et Rieul. C'est ainsi qu'il serait arrivé à Caesaromagus.

Vers 290 l’empereur Dioclétien opposé au christianisme envoya Latinus, Jarius et Antor en Gaule afin mettre fin à l'expansion de cette nouvelle religion. Lucien se réfugia avec ses deux compagnons Maxien et Julien à Montmille près de Beauvais fut retrouvé par les Romains. Ses compagnons et lui furent décapités.

Cette exécution non historiquement prouvée est considérée comme le début de la christianisation de la région, et la source du pouvoir des évêques de Beauvais.

Un autre personnage qui ne nous est connu que par la légende Juste de Beauvais (vers 278- vers 287) aurait été un enfant chrétien martyrisé par décapitation alors qu'il se rendait à Amiens[Note 1].

Moyen Âge

Haut Moyen Âge

Période mérovingienne, les progrès du christianisme à Beauvais

Beauvais au Ve siècle fit partie du royaume romain de Syagrius. En 486, à la Bataille de Soissons, Syagrius fut vaincu par Clovis, Beauvais tomba alors sous la domination franque.

La présence d’un évêque est attestée dans la ville en 632. L'autorité des évêques de Beauvais grandit en même temps que le christianisme s’imposait.

Angadrême de Renty († vers 695) fut la première abbesse du couvent d'Oroër au nord-est de Beauvais. Après sa mort, des miracles se produisirent sur son tombeau. Le culte d'Angadrême se développa dans toute la contrée.

Période carolingienne, Beauvais sous la menace viking

La Basse-Œuvre, côté sud.

En 845, se tint à Beauvais, en présence du roi Charles le Chauve, un concile qui élit l’archevêque de Reims.

En 851, la ville est incendiée par les Vikings qui tuent l’évêque Hermenfroi (Erminfridus).
En 876, la ville résiste à une nouvelle attaque des vikings.

Au IXe siècle, lors d'une invasion vikings, les religieuses d’Oroër se réfugièrent à Beauvais emportant les châsses de saint Evrost et de sainte Angadrême. Leur couvent fut détruit, et ce qui restait de ses biens fut transféré dans l’église Saint-Michel de Beauvais. On prétendit que ces reliques préservèrent la ville d'une attaque des Vikings[Note 2].

Le pouvoir temporel était représenté à Beauvais par un comte dont l'existence fut mentionnée en 936 dans deux diplômes de Louis IV d'Outremer[6].

À la fin de l'époque carolingienne, dans la seconde moitié du Xe siècle, fut édifiée une nouvelle cathédrale, Notre-Dame de la Basse-Œuvre. Ce nouvel édifice remplaça une cathédrale construite antérieurement. On en a retrouvé divers fragments de fresques, dont une tête d'homme, d'une qualité remarquable. Rare témoin en France de l'architecture carolingienne encore conservé, l'édifice a été construit avec des remplois gallo-romains.

Moyen Âge classique (ou central)

Les évêques-comtes de Beauvais

L'évêché de Beauvais était l'un des plus prestigieux de la France du nord car il bénéficiait de revenus considérables, Beauvais étant un carrefour de routes commerciales et une ville drapante. L'évêque de Beauvais cumulait les pouvoirs religieux et politiques, il était le véritable maître de la cité. À partir du XIIIe siècle l'évêque-comte de Beauvais était également pair du royaume avec les deux autres évêques-comtes et les trois évêques-ducs[Note 3] : le Capétien Philippe de Dreux, cousin germain de Philippe Auguste, fut le premier évêque-comte (1175-1217) à posséder la pairie. La pairie était une distinction plus honorifique que politique dans la hiérarchie médiévale ; il existait également six pairs laïcs, trois comtes et trois ducs.

Avant d'être pairs du royaume, les évêques durent conquérir progressivement le comté de Beauvais, comté d'abord laïc — aux mains notamment de la maison de Blois, sans doute en héritage des Vermandois — lors de tout un processus développé au cours des Xe – XIIe siècles (9) : émission monétaire, référence dans les actes au roi seul et pas au comte laïc, obtention par l'évêque Roger Ier de Blois († ) de droits comtaux partiels cédés par le comte Eudes II de Blois († 1037 ; mais pas tout le comté et sans le titre comtal, ni en contrepartie de Sancerre comme le prétendait le moine chroniqueur Aubry de Trois-Fontaines, affirmant indûment que l'évêque Roger avait hérité Sancerre de son père Eudes Ier de Blois, pour l'échanger ensuite avec son frère Eudes II contre le comté de Beauvais dont il aurait fait don à l’Église de Beauvais ; d'ailleurs il est admis depuis l'historien chartiste Léon-Honoré Labande dans sa thèse des Chartes « Histoire de la ville de Beauvais » (1890), que l'évêque Roger n'est pas le fils d'Eudes Ier et de sa femme Berthe de Bourgogne). La donation partielle de 1015 fut confirmée par le roi Robert II. À partir du XIIe siècle et jusqu'à la Révolution française, les évêques furent donc également comtes de Beauvais.

La commune de Beauvais ; le conflit entre le roi et l'évêque

La prospérité et la croissance des villes à partir du XIe siècle entraînèrent dans le nord du royaume ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement communal. Les seigneurs féodaux, n'étant plus en mesure de régler les problèmes nouveaux qui se posaient avec la croissance urbaine, furent contraints, pacifiquement mais aussi parfois par la force, d'accorder des chartes de franchises aux villes qui s'érigèrent alors en commune. Le roi de France appuya ce mouvement dans la mesure où il affaiblissait la puissance des féodaux.

Beauvais obtint une charte communale en 1099[6]. Le roi Louis VI le Gros la confirma, en 1122[7].

Au XIIIe siècle, Beauvais faisait partie de la « Hanse des Dix-Sept villes drapantes[Note 4] » du Nord de la France et de Belgique (Flandre et Hainaut) dont le but était l'écoulement de la production textile notamment aux foires de Champagne qui constituaient le principal lieu d'échange à cette époque[8]. De là, le drap était exporté jusqu'en orient.

Aux XIIe et XIIIe siècles, les artisans beauvaisiens du textile travaillaient toutes sortes de laine, notamment les plus fines, importées de Londres. Les corporations ou métiers étaient organisés par une réglementation stricte. On comptait à Beauvais plus d'une vingtaine de métiers différents : tisserands, teinturiers, finisseurs, tondeurs, apprêteurs… Un groupe d'environ 80 familles dirigeait les ateliers ou travaillaient des ouvriers. Beauvais connut à cette époque un véritable âge d’or lié à la croissance économique et à la puissance financière qui en découla. Cette puissance se matérialisa par la construction de la cathédrale. Les maires de cette période furent, la plupart du temps, issus du cercle étroit des négociants.

La société beauvaisienne de l'époque était divisée en deux grandes catégories: les majores qui représentaient un métier, celui des changeurs, établis en grand nombre dans la ville car l'évêque avait droit de battre monnaie et les populares formés des vingt-et-un autres métiers présents dans la ville. Pour administrer la commune, les changeurs désignaient, à eux seuls, six échevins et les autres métiers réunis six autres. Les douze échevins devaient choisir deux d'entre eux et les soumettre au choix de l'évêque-comte qui désignait ainsi le maire. Or, un conflit éclata en 1232 pour la nomination du maire. Pour couper court à l'émeute qui menaçait, le jeune roi Saint Louis (17 ans ; de concert avec sa mère Blanche de Castille) désigna d'autorité un maire que les bourgeois de Beauvais refusèrent. Le conflit s’aggrava lorsque le roi vint à Beauvais alors que l'évêque lui demandait de ne pas prendre part à cette affaire qu'il estimait être de son seul ressort. Louis IX courroucé s'installa dans le palais épiscopal, fit saisir les biens de l'évêque Milon (1217-1234) et fit emprisonner les principaux meneurs de la sédition. 1 500 habitants furent expulsés vers Paris, quinze maisons furent détruites par ordre du roi. L'évêque mécontent mis son diocèse en interdit, en appela aux autres évêques, au pape, pour recouvrer ses droits. Son successeur Godefroy de Clermont-Nesle (1234-1236) fit de même, en vain. L'autorité du roi triomphait[9] (cf. Milon). Les choses s'apaisèrent sous l'évêque Robert de Cressones(s)art/de Cressonsacq (1238-1248).

La maladrerie Saint-Lazare

Au XIIe siècle, la Maladrerie Saint-Lazare fut édifiée à Voisinlieu, au sud de Beauvais. Le premier acte connu concernant la maladrerie Saint-Lazare de Beauvais est un acte de 1231 faisant état de la donation d'une maison d'un bourgeois de Beauvais à l'église Saint-Lazare. Ce document ne signifiant pas, en lui-même, qu'une maladrerie existait autour de l'église Saint-Lazare mais laisse entendre qu'une communauté de lépreux existait à cette période, et qu'elle était fixée à cet endroit à l'instigation de l'évêque de Beauvais.

Une autre maladrerie, la maladrerie Saint-Antoine fut fondée à Marissel au nord-est de Beauvais.

Abbayes, collégiales et couvents à Beauvais

Le XIe siècle fut une période de fondations d'établissements religieux à Beauvais: L'abbaye bénédictine Saint-Lucien aurait été bâtie sur le tombeau du saint auquel elle emprunta le nom. Les historiens pensent que c'est en 1090 que l'abbé Pierre Ier fit commencer la construction de l'église du monastère. Cette abbaye exista jusqu'à la Révolution française.

En, 1035, l’abbaye de Saint-Symphorien fut fondée à proximité de la ville.

L'abbaye Saint-Quentin de Beauvais fondée vers 1067, était une abbaye de chanoines réguliers augustins. Elle connut un essor florissant au cours du Moyen Âge. Elle fut agrandie au XIVe siècle et reconstruite en partie au XVIIe siècle après l'incendie de 1681. Les bâtiments abritent aujourd'hui la préfecture du département de l'Oise.

Plusieurs chapitres de chanoines séculiers sont attestés aux XIe et XIIe siècles : outre le chapitre cathédral, existaient ceux de Saint-Nicolas, Saint-Michel, Saint-Laurent, Saint-Vaast et de Notre-Dame-du-Châtel. La collégiale Saint-Barthélémy fut fondée en 1037, elle était dirigée par un chapitre de chanoines. À la Révolution, elle fut déclarée bien national et vendue. Il n'en reste aujourd'hui que quelques vestiges visibles.

À la même époque, apparurent les ordres mendiants dont les couvents s'élevèrent comme à l'est de la ville le couvent des jacobins fondé par le roi Saint Louis et dont Vincent de Beauvais fut sous-prieur. Les dominicains contribuèrent très largement à l'éclat intellectuel de la ville au XIIIe siècle.

La cathédrale de Beauvais ou l’orgueil du gothique

À l'essor économique que connut Beauvais durant le XIIIe siècle et le début du XIVe siècle, correspondit une vie artistique intense. Deux grands chantiers parmi d'autres marquèrent l'histoire de la ville :

  • L'Église Saint-Étienne de Beauvais : située au sud du centre ville, l'église Saint-Étienne est la plus vaste de la ville. Sa construction fut achevée aux alentours de 1220. Son architecture mêle des éléments de style roman et de style gothique primitif. et peu après, en 1225, débuta le chantier de la cathédrale gothique dont l'évêque-comte Milon de Nanteuil fut le promoteur :
Plan de la cathédrale de Beauvais
  • La cathédrale : C'est après un incendie de la « Basse Œuvre » qu'a commencé, en 1225, la construction de la cathédrale. À partir du 3 octobre 1272, les offices furent célébrés dans le nouveau chœur. Le projet était gigantesque, la cathédrale de Beauvais devait surpasser en hauteur les cathédrales de toutes les villes des environs : Senlis, Noyon, Soissons, Paris et surtout Amiens. La hauteur sous voûte dépassa de ses 48 mètres tout ce qui avait été fait auparavant. Le chœur et le bas-côté oriental du transept furent achevés en 1272.

Malheureusement, en 1284, les piliers étant trop écartés, une partie du chœur s'effondra du fait d'une faiblesse au niveau de la deuxième pile séparant les bas-côtés et qui a provoqué la rupture de l'arc-boutant supérieur. On décida de consolider l'édifice, de modifier la structure des travées en ajoutant des piliers intermédiaires dans le chœur. Les réparations durèrent jusque 1347. La poursuite des travaux de construction de la cathédrale fut interrompue par la Guerre de Cent Ans.

Eugène Viollet-le-Duc considérait la cathédrale de Beauvais comme le « Parthénon de l’architecture gothique ».

Au Moyen Âge, la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais était surtout connue pour la riche bibliothèque du chapitre cathédral[10]. Antoine Loysel en attribua la fondation[11], d'abord à l'évêque Odon Ier († 881), ensuite à Roger Ier de Blois († 1022). On a conservé pour le XIe siècle la mention d'un legs de quatorze livres fait par un certain Roscelinus grammaticus (en dehors de traités de grammaire et de rhétorique, des œuvres de Virgile, Horace, Juvénal, Stace)

Au XIIe siècle, Chrétien de Troyes déclarait au début de son Cligès qu'il en a trouvé l'histoire dans un livre de la bibliothèque de Beauvais[12].

Dans son testament daté du 2 novembre 1217, l'évêque Philippe de Dreux léguait tous ses livres de droit et de théologie à la bibliothèque[13]. La construction d'un nouveau local pour la bibliothèque fut décidée en 1404 et achevée en janvier 1417.

On a conservé du XVe siècle un catalogue incomplet contenant 141 articles (Ni les livres légués au XIe siècle par Roscelinus grammaticus, ni aucun manuscrit susceptible de contenir l'histoire de Cligès n'y apparaissent.), mais un ancien cartulaire perdu, contenant une copie de ce catalogue et décrit au XVIIIe siècle, signalait 186 volumes (« Livres qui composaient la bibliothèque ancienne, et leurs commencements, lesquels se montaient à cent quatre-vingt-six volumes » dans un recueil de copies et extraits fait au XVIIIe siècle et conservé au château de Troussures).

Au XVIe siècle, la bibliothèque reçut la visite de plusieurs érudits célèbres (Jean du Tillet, Jacques Amyot, Antoine Loysel), mais du désordre et de la négligence s'introduisirent dans la gestion, et les prêts non suivis de restitution se multiplièrent[14].

En mars-avril 1664, Claude Joly, petit-fils d'Antoine Loysel, établit un catalogue sommaire de 147 articles.

À la Révolution, aucun inventaire ne fut semble-t-il dressé. D'après Henri Omont, en 1916, une soixantaine de manuscrits seulement provenant de cette bibliothèque étaient repérés (Dont trente-trois à la Bibliothèque nationale de France, plusieurs dans de grandes collections étrangères (trois ou cinq à la Bibliothèque Laurentienne de Florence, Vatican, British Library…), et six des plus beaux volumes acquis en 1908 pour la Pierpont Morgan Library - dont une copie des homélies de saint Augustin sur l'épître de saint Jean, exécutée à l'abbaye de Luxeuil au VIIe siècle, seul manuscrit en écriture onciale conservé de cette époque, aujourd'hui un des joyaux de cette bibliothèque[15].

Dans le côté nord du déambulatoire, se trouve toujours une horloge datant du début du XIVe siècle. C'est l'une des plus anciennes horloges à mécanisme connue à ce jour. Un escalier de pierre permet d’accéder à ses mécanismes. Dans le campanile de bois, se trouve la cloche des heures, donnée au début du XIVe siècle par Étienne Musique, chanoine de la cathédrale de Beauvais[16].

Bas Moyen Âge

Au début de la Guerre de Cent Ans, le roi d'Angleterre Édouard III, au cours de sa chevauchée tenta de prendre Beauvais, mais la ville, sous l'impulsion de l'évêque Jean de Marigny, résista. En représailles, les Anglais brûlèrent l'abbaye de Saint-Lucien et pillèrent le Beauvaisis.

En 1418, les Bourguignons s’emparèrent de plusieurs villes de la vallée de l’Oise et, en 1433, les Anglais tentèrent une nouvelle fois de s’emparer de Beauvais[6].

Pierre Cauchon, évêque de Beauvais

Le 30 août 1420, le pape Martin V nomma Pierre Cauchon, évêque de Beauvais après les vives recommandations de l’université de Paris, du duc de Bourgogne, des rois Henri V d'Angleterre et Charles VI de France, autant de personnages ou d’institutions auxquels il avait rendu de multiples services. À près de cinquante ans, ce fut le couronnement de sa carrière ecclésiastique[17]. Le 12 janvier 1421 quand il prit physiquement possession de son diocèse, le duc de Bourgogne Philippe le Bon l’accompagna lors de son entrée dans la ville. De 1421 à 1429, date de son départ forcé avec la prise de la ville par les armées de Charles VII[18], l’évêque résida peu à Beauvais. Les affaires du royaume l’appelaient le plus souvent à Paris et à Rouen. Pendant son épiscopat, il se heurta à l’échevinage qui levait une taille pour la réparation des fortifications. En tant que comte-évêque de Beauvais, Pierre Cauchon lui contesta ce droit[19].

Mais ce qui fit entrer Pierre Cauchon dans l'histoire, ce fut que les Anglais, qui avaient pris possession de Jeanne d'Arc, lui laissèrent la présidence du tribunal ecclésiastique du château de Rouen qui devait la condamner au bûcher, sentence exécutée le 30 mai 1431[20].

Les sièges de Beauvais

En 1443, une armée anglaise assiège la ville, et des soldats parviennent à y pénétrer. Mais un défenseur parvient à abaisser la herse, empêchant le gros de l'armée de les rejoindre. Les Anglais présents dans la ville sont aussitôt désarmés.

En 1472, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire aux prises avec le roi de France, fit, sans succès, le siège de Beauvais. La conduite héroïque de Jeanne Hachette[21] pendant un assaut des Bourguignons est restée célèbre jusqu'à nos jours. Le roi Louis XI se rendit à Beauvais et accorda des privilèges fiscaux à la ville. Il accorda également des privilèges honorifiques aux femmes et aux jeunes filles et institua la procession de l'assaut[22],[23]. Les privilèges accordés par Louis XI à l'industrie drapière de Beauvais montraient toute l'importance que le roi lui accordait[24].

Époque moderne

Renaissance

Fin de la construction de la cathédrale

Au XVIe siècle, Louis de Villiers de L'Isle-Adam, évêque de Beauvais entreprit de reprendre la construction de la cathédrale. On commença par le transept. Ce fut Martin Chambiges qui fut chargé de la conduite des travaux. Les travaux furent menés à bien, le transept fut édifié dans le style gothique flamboyant. Une flèche de plus de 150 m de hauteur fut érigée, par la suite, à la croisée du transept. Mais, à peine terminée, la flèche s'écroula en 1573. La nef quant à elle ne fut jamais construite, par manque de moyens financiers.

Le bâtiment mesure 72,50 m de longueur pour une hauteur de voûte de près de 48,50 m, ce sont les plus hautes de l'architecture gothique en Europe.

Reconstruction du chœur de l'église Saint Étienne et du palais épiscopal

Au XVIe siècle, on entreprit la reconstruction du chœur de l'église saint Étienne dans le style gothique flamboyant. Les verrières furent réalisées par le maître-verrier Engrand Leprince.

Au début du XVIe siècle, l’évêque Louis de Villiers de L'Isle-Adam fit reconstruire le logis épiscopal dans le style gothique flamboyant mêlé d’éléments Renaissance. Il fit ajouter une tourelle d’escalier à vis surmontée d’un toit en poivrière et d’un campanile.

Un évêque protestant

Odet de Châtillon par Jean Clouet (1555), Chantilly, Musée Condé

Odet de Coligny ou Odet de Châtillon fut cardinal, évêque de Beauvais de 1535 à 1563 et abbé de Saint-Lucien de Beauvais. D'abord hostile au calvinisme, il aida, ensuite, la nouvelle communauté réformée de Beauvais, installée dans la paroisse Saint-Gilles et qui se développait dans le faubourg Saint-Jacques[25]. Il se serait converti à la Réforme en avril 1561.

En septembre 1561, Il participa au colloque de Poissy organisé par la reine Catherine de Médicis, où il fit un grand accueil à la délégation dirigée par Théodore de Bèze.

Le , le pape l'excommunia et lui retira son cardinalat et son diocèse de Beauvais. Il s'enfuit en Angleterre puis se maria l'année suivante.

En 1568. Beauvais adhéra à la Ligue et l’évêque Nicolas Fumée, fidèle à Henri de Navarre fut emprisonné par les Ligueurs[6].

XVIIe siècle

La Contre-Réforme à Beauvais

Dans le mouvement de Contre-Réforme qui suivit le Concile de Trente, on assista à un regain d'activité religieuse dans l'Europe catholique. Au début du XVIIe siècle, de nouvelles communautés religieuses arrivèrent à Beauvais, les Ursulines, les Minimes et les Capucins et y fondèrent leurs couvents.

Beauvais, haut-lieu du jansénisme

Jean Racine

Au XVIIe siècle, sous les épiscopats d'Augustin Potier et de son neveu et successeur Nicolas Choart de Buzenval, Beauvais fut un foyer d'étude et de piété. Le premier légua à sa cathédrale une importante bibliothèque d'imprimés. Le second, assisté du chanoine Godefroy Hermant, fit de l'évêché et du séminaire de la ville un centre du jansénisme. Beauvais devint un second Port-Royal, l'historien Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, notamment, fut élève du séminaire et du chanoine Hermant. Jean Racine fut élève au collège de Beauvais pendant cinq ans ainsi qu' Adrien Baillet, Charles Wallon et Guy Drappier.

La manufacture de tapisserie de Beauvais

En 1664, Jean-Baptiste Colbert fonda à Beauvais, une manufacture royale de tapisserie pour concurrencer les manufactures de tapisseries des Flandres et pour répondre aux exigences de sa politique mercantiliste et réduire les importations . Cette manufacture produisait des tapisseries sur des métiers de basse-lisse. La Manufacture de Beauvais, fut à l'origine une entreprise privée qui devait trouver dans la vente de ses productions les moyens de subvenir à son existence.

À cette époque, plus de la moitié de la population active de la ville de Beauvais aurait travaillé alors dans le textile. Les productions de cette manufacture étaient célèbres dans toute l'Europe.

Le bureau des pauvres

La Maladrerie Saint-Lazare accueillit des malades victimes de maladies contagieuses, en particulier des pestiférés pour lesquels de nouveaux bâtiments furent construits au Sud de l'enclos.

En 1629, les Trois Corps de Beauvais (les représentants de la municipalité, de l'évêque et du chapitre) créèrent le bureau des pauvres auquel se trouva rattachée la maladrerie Saint-Lazare. Par cet acte, les fonctions de la Maladrerie Saint-Lazare changèrent sensiblement puisqu'elle n'était plus exclusivement destinée à accueillir les malades contagieux mais également des indigents et des marginaux que l'on cherchait ainsi à éloigner de l'enceinte de la cité.

Beauvais au siècle des Lumières

Jean-Baptiste Oudry

La Manufacture de Beauvais atteignit son apogée sous la direction artistique de Jean-Baptiste Oudry, au XVIIIe siècle. Il créa de vastes tentures et collabora avec le peintre François Boucher pour réaliser les cartons.

La spécialité de la manufacture fut la production de tapisseries pour sièges assorties aux motifs des tentures. La manufacture employait à la Révolution française plusieurs centaines d’ouvriers et le , Napoléon Bonaparte décida d'en faire une manufacture d'État. Les tissages de Beauvais étaient d'une qualité exceptionnelle, quasiment à l'équivalent des Gobelins.

À cette époque, un nouveau produit est apparu sur le marché « l'indienne », une cotonnade imprimée elle la Toile de Jouy qui allait rapidement fournir du travail à des centaines d'ouvriers beauvaisiens sans toutefois détrôner le commerce de la laine.

La ville procéda a des travaux d'embellissement et se dota, en 1752, d'un nouvel hôtel de ville de style néo-classique. Un service de diligence reliait, en 1779, Paris à Beauvais, deux jours par semaine. La durée du trajet était d'une journée[26]

Époque contemporaine

Pour approfondir

Notes et références

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