Histoire de Luzarches
From Wikipedia, the free encyclopedia

Luzarches est une commune française, située dans le département du Val-d'Oise et la région Île-de-France. Présents dès le Paléolithique, les hommes ont laissé peu de traces de leur présence à cette époque. Au Néolithique et à l'âge du fer, et à l'époque romaine, les vestiges de la présence humaine sont plus nombreux. Cependant, la première mention écrite de l'existence d'un lieu nommé Luzarches (Lusarca) se trouve dans un acte de Thierry III, daté du 30 juin 679, les rois francs possédant un palais à Luzarches. Au Moyen Age, un château fort et une église furent érigés autour du village qui furent le berceau de la ville actuelle.

Dès le Paléolithique inférieur (soit de 200 000 à 100 000 av.J.-C.), des hommes ont traversé la contrée de Luzarches sans y résider ; des rares outils de pierre ont été retrouvés de cette époque. Du Paléolithique moyen (soit de 100 000 à 35 000 av. J.-C.), les traces ne sont guère plus nombreuses. Ensuite il paraît que les êtres humains étaient absents de la zone considérée jusqu'à 5 000 av. J.-C. environ. Avec l'adoucissement du climat devenant propice à l'agriculture, le Néolithique voit le développement de la culture Seine-Oise-Marne et la sédentarisation de l'homme. La densité des monuments mégalithiques dans les environs de Luzarches, telle que l'on pouvait encore la constater dans la première moitié du XIXe siècle, permet la conclusion que la population y était non négligeable[a 1]. Les témoignages de cette culture ont ensuite disparu de la commune de Luzarches, les menhirs présentant des obstacles à l'agriculture et les dolmens ont servi pour faire du pavé pour la ville de Paris[1]. Alexandre Hahn et Gustave Millescamps ont encore pu fouiller une allée couverte dans la vallée d'Ysieux en 1864 et 1873, à l'est de Luzarches, au lieu-dit le Grand Compan. Elle renfermait une centaine de squelettes, repliés et écrasés, et aux alentours, des instruments de pierre et d'os (trois haches, quatre couteaux, trois pointes de flèche, quatre poinçons en os, etc.). On supposait qu'il s'agissait du contenu de sépultures plus anciennes qui avait été déposé ici[2].
Pendant l'âge du bronze (soit de 1 800 à 700 av. J.-C.), le site de Luzarches fut également peuplé, comme nous le savons par une cachette de fondeur de bronze découverte par hasard vers 1850 entre les bois de la Noue et de Beauvilliers, au nord-ouest du bourg[a 2]. Il contenait au total quatre-vingt-deux fragments, dont trente-deux épées et divers objets de défense. Une datation exacte n'a pas été effectuée[3].
Du premier âge du fer (soit de 700 à 450 av. J.-C.), le sol de Luzarches n'a pas encore livré de vestiges. En revanche, le second âge du fer voit l'avènement celtique avec la civilisation de la Tène. Les Parisii, peuple gaulois, s'installent dans le nord-est de l'actuel Val-d'Oise[a 3]. On suppose qu'au moins un oppidum fut érigé à Luzarches, de par la situation avantageuse de la butte Saint-Côme et en raison du passage d'une route importante ; un autre aurait pu se situer à l'emplacement de l'église[b 1]. Rien ne permet cependant de corroborer ces hypothèses.
Antiquité
La domination romaine en Gaule devient prépondérante sous le règne de Jules César, de sorte que les anciens peuples gaulois sont assimilés et adoptent la civilisation romaine. Cette époque est la première pour laquelle nous avons la certitude que le site du bourg actuel de Luzarches fut peuplé, mais nous ne savons pas quelle appellation l'on avait donné à ce lieu. Un camp militaire ou castrum fut établie sur la butte de Saint-Côme, surmontant de soixante mètres la vallée et facile à défendre. Vers le milieu du XIXe siècle, ses anciens limites furent encore visibles sur le terrain. Le camp surveillait la route romaine précédant l'actuelle RD 316 qui, au milieu des années 1950, traversait Luzarches. En 1863, plusieurs tombes romaines y ont été découvertes, avec des débris de plusieurs objets permettant une datation du IVe ou Ve siècle de notre ère, soit de la fin de l'Empire romain dans l'ancienne Gaule[b 2]. Il est possible que Luzarches fut un vicus. En 1980, quatre villae furent découvertes autour de Luzarches, dont une, située à Hérivaux, a été systématiquement fouillée. Les résultats témoignent de la prospérité des habitants : murs décorés, cave aux pierres régulières, tête de Vénus et bases de colonnes de la galerie de la façade. L'on suppose que ces villae ont été détruites en leur majorité lors des incursions barbares dès la fin du IIIe siècle[a 4].
Moyen Âge
Haut Moyen Âge
Le haut Moyen Âge commence avec le règne du roi franc Clovis et l'époque mérovingienne, caractérisée par la royauté itinérante. Luzarches fut apparemment l'une des nombreuses possessions royales et lors de leur passage, les rois y rendaient la justice. Des actes établis à ces occasions, conservés aux Archives nationales, mentionnent pour la première fois Luzarches (Lusarca) explicitement : ainsi l'acte de Thierry III du 30 juin 679[4] et l'acte de Clovis III du 1er novembre 692. Commençant par la formule « Lusarca, in palacio nostro... », il faut toutefois se garder d'y voir des indices pour l'existence d'un château royal[note 1] ; l'on sait que les rois transportaient constamment avec eux-mêmes leur chapelle Saint-Martin[b 3]. Il reste incertain si Lusarca désignait un lieu-dit ou un village.
Une mention antérieure de Luzarches figure dans le Breviaire d'Évreux qui parle de l'assassinat de Saint-Éterne, sur la route de entre Villiers-le-Bel et Luzarches en 653 : des doutes persistent cependant sur l'authenticité de ce récit, l'existence d'Éterne d'Évreux n'étant pas prouvée et le Saint-Éterne vénéré à Villiers-le-Bel et Luzarches ne correspond peut-être pas au premier.
A. Hahn et G. Millescamps ont fouillé un autre site en octobre 1874 au lieu-dit le Noyer à la Drouarde mais appelé populairement le Cimetière (près du hameau de Thimécourt). En l'occurrence, il s'agissait d'un ensemble de cent quarante tombes, datant cette fois de l'époque mérovingienne (soit entre 400 et 750 ap. J.-C.) et contenant de nombreux objets funéraires, dont des vases, des haches, des francisques, des poignards, des couteaux, des épées, des boucles en bronze et en fer ainsi que des bijoux[5]. L'existence de ce cimetière permet l'hypothèse de l'existence d'un village, qui cependant reste incertaine jusqu'à la mention de l'église (dédiée apparemment à saint Barthélemy[Lequel ?][a 5],[note 2]) en 775 dans un acte de Charlemagne, dont le roi fait don à l'abbaye de Saint-Denis[a 6]. Cette donation porte également sur des terres, prés, pâturages, vignes, bois, maisons, édifices, eaux, cours d'eau, moulins, serfs, colons, etc.[b 4]. Après le partage de Verdun en 843, Luzarches se trouve en Francie occidentale.
Moyen Âge central


Nous ne savons pratiquement rien de l'histoire de Luzarches de la fin du VIIIe siècle jusqu'au milieu du XIe siècle, quand, en 1054, le comté de Clermont est érigé[b 5]. Le premier comte de Clermont se nommait Renaud (Raredus) et fut le premier seigneur de Luzarches dont l'identité nous est connue. Luzarches servait d'avant-poste du comté en direction de l'Île-de-France[b 6], et le château d'En-haut fut soit construit, soit fortifié. Le donjon semble dater de cette période, à en juger d'après sa forme carrée. C'est le début de l'époque féodale. Outre le château, il y avait une église à l'emplacement de l'église actuelle, et quelques maisons[a 7]. La dite église est reconstruite ou remplacée[note 3] par un nouvel édifice sous le premier comte de Clermont, le chœur de l'église actuelle datant de cette période. - Après le décès de Renaud, son fils Hugues lui succède en 1090. Participant à la première croisade, il confie la garde du château à l'époux de sa fille Emma, Mathieu Ier, comte de Beaumont-sur-Oise. Or, à son retour, Mathieu refusait de rendre le château à son beau-père, et une guerre[note 4] avec l'appui du fils du roi Philippe, Louis, fut nécessaire pour l'en chasser. Mais lors de l'attaque du château de Chambly où Mathieu s'était réfugié, Hugues fut fait prisonnier. Mathieu demanda ensuite le pardon à Louis, répara le mal fait à Hugues et put garder la moitié de la seigneurie de Luzarches qui fut la dot qu'Emma avait apporté en mariage[b 7].
En 1140, Ascelin, seigneur de Marly, fonde l'abbaye d'Hérivaux, qui allait devenir une paroisse indépendante au siècle suivant et n'avait que peu de liens avec Luzarches. Vers le milieu du siècle, la chapelle Saint-Côme est ajoutée à l'église[a 4]. - Du côté des comtes de Clermont, Hugues sera remplacé par Renaud II et ce dernier par Gui. Lorsque la sœur de ce dernier épouse un autre Gui en 1152, Gui III de la famille des Bouteiller de Senlis, la moitié de la seigneurie appartenant à la famille de Clermont est divisée entre Renaud II (toujours vivant) et Gui le Bouteiller. Luzarches a désormais trois seigneurs[a 8]. C'est la famille des Bouteiller qui fait vraisemblablement construire le château d'En-Bas, appelé également château de la Motte[c 1], et qui fut achevé au plus tard en 1220[a 5]. En 1188, la seigneurie des Bouteiller passe à Gui IV et en 1221, à son frère Raoul[b 8].
Quant aux comtes de Beaumont, Mathieu Ier décède en 1155 et son fils prend sa succession en tant que Mathieu II, qui régnera jusqu'en 1170 environ. Les fils de Mathieu II s'appellent Mathieu et Jean, mais Mathieu meurt jeune en 1174 et c'est sa mère Alice, seconde épouse de Mathieu II, qui assure l'intérim comme « Dame de Luzarches ». À ce titre, elle signe un acte en 1177 qui parle d'un tonlieu à Luzarches, premier indice de l'existence d'un marché. Ultérieurement, Jean devient seigneur de Luzarches sous le nom de Mathieu III. Il est entré dans l'Histoire de Luzarches pour avoir rapporté les reliques de Saint-Côme et Saint-Damien de la Terre sainte[b 9], mais comme il n'y avait aucune croisade à ce moment, il est plus probable qu'il les avait récupérées lors de son passage à Rome[a 9],[note 5]. Ce qui est certain, c'est que Mathieu III (Jean) fait construire la collégiale dans l'enceinte du château d'En-Haut, sur la butte Saint-Côme, qu'il y installe des chanoines et qu'il améliore les fortifications de ce même château[note 6]. Il décède sans postérité en 1225[b 10] ou 1228, et c'est ainsi que son cousin Thibaut prend sa succession[a 10].
Il est important de rappeler que les différents seigneurs mentionnés possédaient d'autres seigneuries, dont des entités plus importantes que Luzarches, et du fait que la ville était partagée entre deux voire trois seigneurs, elle ne pouvait être le titre nobiliaire d'aucune illustre maison[b 11]. D'autre part, ces seigneurs de Luzarches ne détiennent pas la totalité des terres de l'actuelle commune ; plusieurs fiefs ont leur propre seigneur résidant dans son château sur place (Chauvigny, Thimécourt) ou dans une ferme seigneuriale (Chaumontel-les-Nonnains, Gascourt, Bertinval). Cependant, Luzarches est devenu, au début du XIIIe siècle, une bourgade d'une certaine importance, le nombre de feux ayant atteint les 400 en 1204. Ce développement est dû au commerce, le roi Philippe-Auguste ayant accordé des privilèges aux marchands et des affranchissements communaux aux villes[a 11]. Il est possible que Luzarches bénéficie du régîme communal, que le comte Mathieu III de Beaumont avait établi dans sa ville de Beaumont-sur-Oise[a 12]. Philippe-Auguste encourage l'émancipation des villes par rapport à leurs seigneurs. La justice seigneuriale du bailliage de Luzarches s'étalait alors sur les actuelles communes de Bellefontaine, Chaumontel, Épinay-Champlâtreux, Fosses et Lassy, avec un nombre de cinquante et un fiefs au total. La justice concernant les nobles se rendait au château d'En-Bas et la justice sur les personnes non nobles au château d'En-Haut. Luzarches fut équipé d'un Hôtel-Dieu (situé à l'emplacement de l'actuel groupe scolaire) et d'une léproserie Saint-Ladre (situé à mi-chemin entre le bourg et le hameau de Thimécourt). L'évêché de Paris fut nominalement suzerain des différents seigneurs de Luzarches, mais ce fut volontairement que ces derniers se rendaient feudataires de l'évêque de Paris, en espérant sa protection en échange[b 12].
Bas Moyen Âge


En 1251, la famille de Clermont s'éteint ; sa succession quant à ses fiefs de Luzarches n'est pas claire[note 7]. Avec le décès de Raoul le Bouteiller qui avait été seigneur pendant quarante-quatre ans, la part de Luzarches appartenant à cette famille est divisée entre son fils Ansel (ou Anceau) et sa fille Jeanne. Comme cette dernière apporte sa part d'héritage en dot lors de son mariage avec Thibaut de Beaumont-Gâtinais, fils de Jean Ier de Beaumont-Gâtinais (d'une différente famille de Beaumont), Luzarches a de nouveau au minimum trois seigneurs différents. Ansel († 1309) et la famille de sa sœur doivent se partager le château de la Motte. - Thibaut de Beaumont-sur-Oise qui habitait le château d'En-Haut est déjà décédé en 1237 et sa veuve Ermengarde[a 13] avait pris sa succession, jusqu'à ce que leur fils Barthélemy de Méru soit majeur. Jean, fils de Barthélemy, sera le premier seigneur du lieu à s'appeler de Luzarches, en 1288[b 13]. Entretemps, un nouveau seigneur paraît à Luzarches : Mathieu de la Tournelle en 1279[b 10]; rien n'est connu sur les circonstances de son instauration[note 8].
Au début du XIVe siècle, des abus de droits féodaux deviennent fréquents ; ainsi, Jeanne de Beaumont-Gâtinais (petite-fille de Raoul le Bouteiller et fille de Jeanne, mentionnée ci-dessus) prélève des impôts payables en nature sans tenir compte des franchises accordées aux habitants. Le bailli leur donne raison et porte l'affaire devant le Parlement de Paris, qui condamne Jeanne à une amende de cinquante livres[b 8]. La famille des Bouteiller disparaît de Luzarches quand les héritiers d'Ansel vendent leurs parts, vers 1310 ; ces possessions changeront encore quatre nouvelles fois de propriétaire jusqu'en 1380[b 14]. Entretemps, Luzarches est dévastée pendant la guerre de Cent Ans, vers 1347 et 1358[a 14]. - La famille de Beaumont-sur-Oise restera encore plus longtemps présente. Après Jean de Luzarches, il y aura son fils Jean, chambellan du roi, et le fils du premier lit de ce Jean, Philippe, maître d'hôtel de la Reine[b 13]. En 1385, a lieu un partage juridique entre Philippe de Beaumont et Gilles Gallois, maître d'hôtel du roi et propriétaire du château de la Motte : nous savons donc qu'il n'y avait plus que deux seigneurs à Luzarches à ce moment[b 15],[note 9]. Le fils de Philippe, un autre Jean encore, sera le dernier représentant de la maison de Beaumont sur place, et il vend sa moitié de la seigneurie de Luzarches à Louis, futur duc d'Orléans en 1391[b 15]. Quant à Gilles Gallois, il décède un an après l'acte de partage, en 1386, et en passant par sa veuve Marguerite et ses héritiers, la seigneurie du château de la Motte est partagée en 1410 entre les frères Jean de Dicy dit Bureau, capitaine de Corbeil et grand écuyer, et Hue de Dicy, chanoine de Paris et conseiller au parlement. Le 13 août 1418, Jean Bureau constitue une rente de trois cents livres en faveur du banquier Guillaume Cenesme (ou Cenami) sur les terres de la Motte de Luzarches, d’Ablon-sur-Seine et de Vaux-sur Orges ; l'on ne sait pas pour quel motif Jean Bureau était redevable à Guillaume Ceneseme. Ce dernier était l'époux de Filippa Rapondi, petite-fille de Dino Rapondi, conseiller de Jean Sans Peur ; les familles Rapondi et Cenesme étant deux importantes familles de banquiers originaires de Lucques. - Après le décès de Jean, Hue de Dicy vend l'ensemble de leurs parts à Jean Leclerc, chancelier de France de 1420 à 1424[b 16]. L'obligation du versement de la rente reste vraisemblablement attachée à la propriété sans que le nouveau occupant du château ne s'en rende compte.
Comme nous le savons par l'acte de partage de 1385, des marchés ont lieu tous les mardis et vendredis, et des foires deux fois par an. Dans cette période d'interruption de la guerre de Cent Ans, sous l'impression des dommages subis, Luzarches est apparemment équipé de remparts, avec quatre portes : porte des Viviers (vers Paris), porte de Creil, porte de Meaux et porte Vivien[b 15]. Certaines cartes du XVIe au XVIIIe siècle confirment cette hypothèse[note 10]. Des personnages importants font étape à Luzarches lors de leurs voyages entre Paris et le nord de la France, tel que Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, au moins cinq fois entre 1392 et 1399[a 15]. Luzarches reste globalement une cité prospère à la fin du XIVe siècle, qui tient toujours une large partie de ses revenus du commerce. Bien entendu, le fossé est grand entre les bourgeois et marchands d'une part, et la majorité de la population, vivant en pauvreté, d'autre part. Les vols sont fréquents.
Charles d'Orléans, fils de Louis, est emprisonné en Angleterre à la suite de la bataille d'Azincourt, en 1415. Le régent, le duc de Bedford, confisque sa part de la seigneurie de Luzarches ; puis le roi Henri VI la donne à Robert, seigneur de Willoughby, en 1430. En 1440, Charles est enfin libéré après s'être racheté par le versement d'une rançon, et ses possessions de Luzarches lui sont restituées. Il les donne à sa sœur Marguerite, épouse de Richard d'Etampes-Bretagne[note 11], dont la fille Catherine les apportera en dot lors de son mariage avec le prince d'Orange en 1438. C'est une période de misère dans toute la France, la population est décimée et les champs restent souvent en friche. Luzarches est devenue pauvre et dépeuplé, les habitants ne peuvent plus tenir profit du commerce qui se déroule par la grande route, ni payer les rentes et taxes[a 16]. - Le fils du prince d'Orange, Jean de Chalon, sera le deuxième seigneur de la famille d'Orange à Luzarches. Il y aura un intermède entre 1483 et 1485 ; le roi confisquant ses biens et les donnant aux chanoines de la collégiale Saint-Côme ; mais Jean parvient à les récupérer. Il les vend aussitôt à l'écuyer Jean de Rocheux. Du temps des princes d'Orange à Luzarches, le petit-fils de Jean Leclerc, Pierre, est évincé du château de la Motte par un héritier de Hue de Dicy, Jean d'Auzonville ; le procès qui oppose ces deux parties dure cinquante ans[b 16].
Les deux partis opposés dans ce procès ne réalisent vraisemblablement pas leur obligation de verser la rente de trois cents livres à la famille Cenesme. Ainsi, ni Pierre Leclerc, ni Jean d'Auzonville ne récupère le château de la Motte, mais il est adjugé avec la moitié de la seigneurie de Luzarches à Marc de Cenesme par décret du 31 juillet 1492[note 12]. Ce nouveau seigneur est le fils de Guillaume, bénéficiaire de la rente accordée en 1418. De Cenesme achète également des terres ayant appartenu aux filles de Gilles Gallois et qui étaient sorties de la propriété avant que cette dernière ne soit passée aux frères de Dicy. Le 26 mars 1500, Marc de Cenesme rachète de surcroît l'autre moitié de la seigneurie de Luzarches avec le château d'En-Haut ou de Saint-Côme : il devient ainsi l'unique seigneur du bourg de Luzarches ; 400 ans de partage entre deux voire trois seigneurs prenant fin[6].
Époque moderne, de la Renaissance à la fin de l'Ancien Régime
Nous disposons de descriptions sommaires des deux châteaux tels qu'ils se présentaient quand Marc Cenesme fut seigneur de Luzarches. Le château de la Motte était couvert d'ardoise, fermé de fossés et munis de deux ponts-levis (un devant et un derrière). Il comprenait en outre un colombier sur pied ; une basse-cour ; un espace attenant de douze à quinze arpents, clôturé de fossés et de haies vives, avec un jardin et une garenne à l'intérieur ; un verger de diz arpents, appelé le « Cloz des hautées » ainsi qu'une place vague proche du château appelé le donjon (en fait la motte, accumulée lors de l'excavation des douves). Le château de Saint-Côme était couvert de tuiles, avec un vieux logis, « un vieil bastiment en façon d'une tour », granges et écuries ; le tout fermé de fossés et un pont-levis par devant. Il comprenait en outre un colombier sur pied ; une basse-cour ; un verger de dix arpents devant le château, clos de murs ; un clos de vignes de quatre arpents derrière le château, appelé « le Clos Saint-Cosme[b 15] ».

Luzarches compte alors plusieurs moulins à eau et à vent, trois étangs pour livrer du poisson, et deux pressoirs: ils servent à la fabrication du vin, car la viticulture est toujours présente[note 13], tout comme la fruiticulture (qui subsiste aujourd'hui dans le Val-d'Oise). Les seigneurs tiennent des revenus des droits de passage octroyés aux transports de marchandises passant par la grande route Paris - Amiens qui traverse le bourg[b 15], qui rapportent trente livres par an : ce n'est pas une somme considérable par rapport aux quatre cents livres que rapportent chaque année les cens payables par les habitants. Le moulin bannier, où tous les habitants sont obligés de faire moudre leur grain, est le moulin Bécherel (aujourd'hui connu comme le moulin de Luzarches)[a 17].
Marc de Cenesme, payeur à la cour des comptes décède le 18 août 1513 et sa veuve Daufine de Condan prend les affaires en main, jusqu'à la majorité de leur fils Jean, l'année suivante. Luzarches s'est alors rattrapé des suites de la guerre de Cent ans et compte 2 400 habitants environ, c'est de nouveau une ville florissante[a 17]. Jean est écuyer, puis devient chevalier et commissaire général de l'artillerie. Il fait rebâtir le portail de l'église, dans le style de la Renaissance, et reconstruire le château de la Motte[note 14] qui devient le château principal ; le château d'En-Haut est peut-être habité par son frère Louis, dont on sait qu'il vivait également à Luzarches. François, fils de Jean, devient le seul seigneur de Luzarches en 1543[a 17]. Il a des filles mais aucun fils ; après son décès en 1575, sa femme Suzanne et ses deux filles puînées (et respectivement leurs gendres) ainsi que Sidoine de Cenesme héritent de la seigneurie en indivis. Suzanne se remarie ultérieurement et échange sa part contre des rentes. Vers la fin du siècle, le château d'En-Haut est partiellement détruit pendant les guerres de religion et transformé en ferme. En 1607, les propriétaires de la seigneurie, toujours indivise, ne sont qu'au nombre de deux : Ambroise Aurillot (fille de François et Suzanne), et les petits-enfants de sa sœur Marguerite[a 18].
Telle sera la situation de Luzarches jusqu'à la Révolution française: il y aura deux propriétaires qui se partagent la seigneurie à parts égales, la seigneurie restant officiellement indivise. Les transferts des propriétés s'opèrent uniquement par voie d'héritage, avec les familles du Bec et Prud'homme jusqu'au milieu du XVIIe siècle. La part des du Bec est vendue nominalement à Henri Jules de Bourbon-Condé en 1646, qui n'a que trois ans à ce moment, ou bien à son père, le Grand Condé. La part des Prud'homme est vendue à Nicolas Viole, maréchal de camp, et puis, en 1654, à Édouard-Jean Molé, seigneur de Champlâtreux et, en ce moment, maître des requêtes. Tous les seigneurs de Luzarches jusqu'en 1789 seront des Bourbon-Condé et des Molé[a 19],[a 18].
Les conséquences néfastes des Guerres de religion sont assez rapidement surmontées, et dès le début du XVIIe siècle, la prospérité s'installe de nouveau à Luzarches. Le nombre des hôtelleries y est au moins de seize, dont au moins cinq situés rue du Bourg (l'actuelle rue Charles-de-Gaulle). Les hôtels de la Rose et du Cerf sont mentionnés depuis la fin du XIVe siècle ; les autres depuis le XVIe siècle[a 20]. Un seul hôtel subsiste de nos jours avec sa galerie de circulation extérieure donnant sur la cour, l'hôtel du Cerf, reconstruit au XVIIIe siècle et servant d'habitation : le bourg de Luzarches ne compte en effet plus aucun établissement hôtelier au XXIe siècle. La paix est perturbée plusieurs fois à partir du milieu du siècle, avec cantonnement de soldats dans la ville ; un seigneur de Luzarches est par ailleurs en personne l'un des principaux acteurs de la fronde entre 1648 et 1653, il s'agit du Grand Condé. Louis XIV passe au moins six fois la nuit à Luzarches, en 1667, 1671, 1675, 1678, 1690 et 1691, tout comme l'avaient fait ses prédécesseurs[a 20].
Au début du XVIIIe siècle, l'hôtel-Dieu et la maladrerie Saint-Ladre sont réunies par décision du Conseil d'État. Deux ans plus tard, l'hôtel de l'Échiquier près de la halle est acquis pour y établir le nouvel hôpital « Saint-Jacques et Saint-Claude » qui existera jusqu'en 1865[a 21].
L'année 1706 voit la destruction du château de la Motte ou d'En-Bas, qui avait été habité par M. et Mme. de Neufchâtel[a 21], nom adopté par le prince de Soissons, successeur de la famille du Bec, qui avait vendu sa part de la seigneurie au prince de Condé. Les pierres ont été réutilisées et les boiseries en partie transportées à Paris.
En 1755, le nouveau tracé de la « voie royale » de Paris à Amiens et Lille est mis en service au sud de Luzarches, entre l'actuel chemin Vieux de Paris (qui correspond à l'ancien tracé) et Sarcelles. La route passe désormais derrière le château de Champlâtreux et non devant, ou l'ancienne route subsiste sous le nom d' « allée d'Écouen ». Luzarches est le troisième relais de poste aux chevaux sur la route royale de Paris à Amiens, sur onze relais au total pour une distance de 31,5 lieues. En 1776, la diligence circule quatre fois par semaine et par sens, la durée du voyage étant de dix-sept heures et demie et le prix de la place de vingt-quatre livres. Le départ de Paris avait lieu les mardi, mercredi, vendredi et dimanche à 0 h 30 ; passage à Luzarches à 3 h 30 et arrivée en Amiens à 18 h 00. Une pause pour le déjeuner avait lieu à Saint-Just-en-Chaussée, à 10 h 00[a 22].
Peu avant la Révolution, la superficie de la paroisse de Luzarches de lors qui correspond à peu près à la commune actuelle (21,18[a 20]km² comparé à 20,49 km2 aujourd'hui) était occupée comme suit : bois - 39,5 % ; terres labourables - 38,8 % ; communs et friches - 8,1 % ; près - 8,0 % ; bâtiments, maisons, cours et jardins - 3,2 % ; routes, chemins, rivières et ruisseaux - 1,9 % ; vignes - 0,6 %. Le bourg comprenait un axe nord-sud, la rue du bourg (aujourd'hui rue Charles-de-Gaulle) prolongée par la rue du Pontcel, avec les rues parallèles du Cerf et du Cygne au centre. La limite sud du bourg était au début de la rue des Selliers. Dans le sens est-ouest, les rues Vivien, de Meaux, Saint-Côme, de Rocquemont et Saint-Damien étaient construites sur toute leur longueur actuelle ; la rue Bonnet jusqu'à peu avant le champ de foire. Les rues Lefèvre, de l'abbé Soret et François-de-Ganay existaient aussi, mais sous d'autres noms. Sinon, les appellations des rues datent pour la plupart du Moyen Âge[a 23].












