Le siège de Paris de 1870-1871 est un épisode de la guerre franco-allemande de 1870-1871; sa chronologie permet d'appréhender l'histoire de ce siège par les événements selon leur ordre temporel dans la ville de Paris mais également dans l'ensemble des départements d'Île-de-France[note 1], ainsi que ceux traversés par les armées allemandes coalisées[1].
Si ce bandeau n'est plus pertinent, retirez-le. Cliquez ici pour en savoir plus.
Cet article ou cette section provient essentiellement de mémoires des protagonistes et proclamations officielles, ou de la recopie de cette source, en partie ou en totalité. Cette source est dans le domaine public, mais elle peut être trop ancienne ou peu objective ().
Après la capitulation de Sedan le , la 3e armée, composée de 2 corps d'armée prussiens, de 2 corps d'armée bavarois et d'éléménts badois et wurtembergois, se déplace vers Paris. Dans la capitale, la nouvelle parvient dans l'après-midi du [Passage contradictoire(Ci-dessous, on parle du 4 septembre.)].
Carte illustrée de la ville de Paris et ses environs, montrant les principaux bâtiments, monuments, parcs, etc., les fortifications françaises, et les positions prussiennes.
Après la capitulation de Napoléon III, Victor Hugo rentre d'exil; il reçoit un accueil triomphal à Paris. Par la suite, il participe activement, tout au long du siège, à la défense de Paris. Étienne Arago est nommé maire de Paris, avec comme adjoints Charles Floquet et Henri Brisson.
Aisne: Chivres-et-Mâchecourt est traversée par 40 000 Allemands. Les officiers perquisitionnent et trouvent quarante fusils; ils arrêtent le maire, Ferdinand-Félix Fossé, qui leur avait affirmé qu'il n'y avait pas d'armes sur la commune. Il est emmené à Laon le lendemain, où il est condamné à mort. Envoyé par le grand-duc héritier de Mecklembourg au château de Marchais, demander sa grâce au prince de Saxe, ce dernier la refuse. Fossé est ensuite fusillé dans le bois de Samoussy[6].
Marne: 500 Prussiens sont signalés à Sézanne. Vers midi, 200 cavaliers déjeunent à Bouchy-le-Repos. L’après-midi, des cavaliers sont signalés à Montmirail.
Paris: La taxe de la viande de boucherie est décrétée: «Le gouvernement considérant qu'en raison des circonstances actuelles le gouvernement a dû pourvoir aux approvisionnements de Paris, et qu'il importe que la vente au détail de ces approvisionnements ne soit pas l'objet de spéculations nuisibles aux intérêts des consommateurs; vu l’article 30 de la loi des 19-22 juillet 1791; sur le rapport du ministre de l'agriculture et du commerce décrète: Article 1: Jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, la taxe de la viande de boucherie est rétablie dans la ville de Paris,etc.»[7] Les gardes mobiles, gendarmes[8] et autres troupes se replient sur Paris. Le 13ecorps d'armée, commandée par le général Vinoy et formé à Paris en août, quitte ses bivouacs situés sur l'avenue de la Grande-Armée pour s'étendre davantage, et garnir l'espace compris entre le pont de Sèvres et le village de Saint-Ouen faisant ainsi face à la Seine, soit un développement de 14 kilomètres. Il prend position dans l'ordre suivant:
Seine-et-Marne: Un groupe d’Allemands arrive à Melun, d’où ils repartent en début d’après-midi en direction de Villiers-Saint-Georges, annonçant l’arrivée d’un corps de 20 000 hommes, composé de 8 régiments d’infanterie, 5 régiments de cavalerie, 16 batteries d’artillerie et 6 bataillons de chasseurs à pied. L’après-midi, des cavaliers sont signalés à Rebais, Nanteuil-lès-Meaux, Crégy-lès-Meaux, investissant ainsi la ville de Meaux. Ils occupent Nogent-sur-Seine et Provins, ou des uhlans annoncent l'arrivée d'un corps d'armée de 15 000 hommes.
Seine-et-Marne: 30 lanciers prussiens sont présents à Mormant, annonçant l’arrivée d’une partie des troupes du prince royal et se dirigeant vers Paris. Un engagement a eu lieu avec des cavaliers prussiens à Mortcerf. Des troupes allemandes sont campées aux environs de La Croix-aux-Bois, Gastins et Clos-Fontaine. À Gastins, un camp de 4 000 soldats allemands est établi près du bois Thibout. Les communications télégraphiques sont désormais coupées entre Melun et Mormant.
Val-d'Oise: Le génie français, en retraite sur la rive droite de l'Oise, fait exploser des charges qui anéantissent les arches centrales des ponts en pierre de L'Isle-Adam puis de Pontoise.
Paris: Défense est faite de sortir ou d'entrer dans Paris.
Oise: Deux trains sont attaqués aux abords de Senlis et de Chantilly par les troupes allemandes, qui s'installent ensuite dans ces villes. Le service est supprimé à partir de Paris.
Val-de-Marne: 10 000 soldats allemands sont signalés en direction de Joinville, ainsi que 200 uhlans à Mesly près de Créteil. Le long de la Marne, un détachement français met en fuite des éclaireurs; le pont de Joinville saute.
Jamais aucun général d'armée n'a eu sous les yeux le grand spectacle que vous venez de me donner.
Trois cents bataillons de citoyens, organisés, armés, encadrés par la population tout entière acclamant dans un concert immense la défense de Paris et la liberté.
Que les nations étrangères qui ont douté de vous, que les armées qui marchent sur vous ne l'ont elles entendu!
Elles auraient eu le sentiment que le malheur a plus fait en quelques semaines pour élever l'âme de la nation que de longues années de jouissance pour l'abaisser.
L'esprit de dévouement et de sacrifices vous a pénétrés, et déjà vous lui devez le bienfait de l'union de cœur qui va vous sauver.
Avec notre formidable effectif, le service journalier de la garde de Paris ne sera pas de moins de 70 000 hommes en permanence. Si l'ennemi, par une attaque de vive force, ou par surprise, ou par la brèche ouverte, perçait l'enceinte, il rencontrerait les barricades dont la construction se prépare, et ses têtes de colonnes seraient renversées par l'attaque de dix réserves échelonnées.
Ayez donc confiance entière et sachez que l'enceinte de Paris, défendue par l'effort persévérant de l'esprit public et par trois cent mille fusils, est inabordable.
Gardes nationaux de la Seine et gardes mobiles:
Au nom du gouvernement de la Défense nationale, dont je ne suis devant vous que le représentant, je vous remercie de votre patriotique sollicitude pour les chers intérêts dont vous avez la garde.
À présent, à l'œuvre dans les neuf sections de la défense!
De l'ordre partout, du calme partout, du dévouement partout.
Et rappelez vous que vous devenez chargés, je vous l'ai déjà dit, de la police de Paris pendant ces jours de crise.
Préparez vous à souffrir avec constance. À cette condition vous vaincrez.
Les régiments de cavalerie commandés par les généraux Gustave Coste de Champéron et Jean-Henry Reyau, qui ont été dirigés sur Meaux avec ordre de harceler l'ennemi, font mouvement de repli. Les troupes de la division Champéron rentrent dans Paris, et bivouaquent dans le bois de Vincennes et sur le Champ-de-Mars. Les troupes de la division Reyau regagnent quant à elles Versailles, puis se dirigent vers les armées en formation au-delà de la Loire.
Aisne: Soissons ayant refusé de se rendre, la place est investie par les troupes allemandes qui en font le siège; la ville résiste jusqu'au 12 octobre.
Paris: À mesure que les Prussiens resserrent le cercle dans lequel ils vont enfermer Paris, les populations des localités voisines, refoulées par l'invasion, se précipitent de toutes parts dans la capitale, avec des voitures chargées de meubles entassés à la hâte, de provisions, des objets les plus précieux abandonnant leur foyer qu'ils retrouvent, généralement, pillé et détruit. Les ambassadeurs d'Autriche-Hongrie, d'Angleterre (Richard Lyons) et de Russie[Information douteuse] quittent Paris pour suivre le transfert du gouvernement français sur Tours.
Val-de-Marne: On se bat à Athis. La voie de chemin de fer est coupée par une canonnade entre Ablon et Athis, les trains allant sur Paris sont stoppés. Les éclaireurs français de la Seine engagent un combat à Pompadour contre des éclaireurs allemands.
Val-de-Marne: La 17ebrigade allemande, en avant-garde, prend position à Limeil. Les troupes du Ve corps prussien commence la construction d'un pont près de Villeneuve-Saint-Georges. À Montmesly, l'avant-garde de la IIIe armée allemande progresse. Partant de Vincennes, la division du général d'Exéa, du 13ecorps, effectue une reconnaissance contre des colonnes allemandes signalées du côté de Choisy-le-Roi. Ceux-ci cherchent à couper les lignes du chemin de fer de Lyon et d'Orléans et à s'installer sur les hauteurs dominant la Seine. Un engagement contre ces troupes, fortes de 3 à 4 000 hommes qui se dirigeaient de Choisy-le-Roi sur Versailles en contournant les positions de Châtillon et de Clamart, débute: c'est le combat de Montmesly. Selon le général Vinoy commandant le 13ecorps, l'avantage reste aux troupes françaises qui ont perdu 6 tués et 37 blessés. Les pertes allemandes auraient été de 400 hommes environ, dont 58 tués. En fin d'après-midi le VIe corps allemand est à Noiseau, Pontault et Roissy-en-Brie.
Val-d'Oise: À L'Isle-Adam, un escadron de cavalerie prussien aidé de 200 fantassins arrache le drapeau de l'hôtel de ville, se livre au pillage et réquisitionne les plus belles demeures. Les troupes allemandes, qui contrôlent Le Mesnil-Aubry et Beaumont-sur-Oise, continuent leur progression sur Pontoise qu'elles occupent dans la journée.
Pont de bateaux à Asnières en remplacement du pont détruit
Batterie prussienne devant Paris
Les armées allemandes, composés de deux corps bavarois, d'une division wurtembourgeoise, d'un corps saxon, de la garde prussienne et de quatre corps d'armée prussiens, arrivent sous les murs du camp retranché de Paris par 3 côtés à la fois et commencent l'investissement de la capitale.
Paris: Décret d'un crédit de 600 000 francs pour construire des mitrailleuses.
Hauts-de-Seine: Les Allemands occupent Bourg-la-Reine, Clamart, Meudon… Une colonne allemande marche sur Versailles en passant par Bièvre et en contournant les bois de Verrières. Une seconde se dirige également vers Bièvre par Petit-Bicêtre[note 5], la pointe du bois de Verrières et la capsulerie du bois de Meudon, établissant un cordon sur les hauteurs de Clamart-Meudon dominant Paris. Le 1erzouaves se couvre de 3 grand'gardes à savoir: 100 hommes à l'étoile de la Patte-d'Oie, 170 hommes à la Grange-Dame-Rose jusqu'à la ferme de Villacoublay, et 100 hommes à la ferme de Trivaux[note 6]. Sur ce dernier emplacement, un petit engagement a lieu entre les zouaves présents dans cette ferme, et les fantassins prussiens qui étaient dans une autre petite ferme, dite Pointe de Trivaux[note 7]. Les Prussiens sont chassés à coups de canon, et les zouaves prennent leur position. Le général Trochu, gouverneur de Paris, donne l'ordre au général Ducrot d'abandonner la redoute de Châtillon. Cette manœuvre permet aux forces allemandes de l'investir à leur tour, et aide à achever plus rapidement l'investissement de la capitale. Surmontant les réticences de Trochu, dès le lendemain, Ducrot lance ses troupes afin de reprendre cette redoute évacuée trop rapidement: c'est la première bataille de Châtillon.
Val-de-Marne: Environ 200 Prussiens s'avancent près du pont de Joinville en venant de Champigny. Après avoir échangé, pendant une demi-heure, des coups de feu avec les francs-tireurs, ils se retirent. Les voies de chemins de fer sont coupées après qu'un convoi ait été assailli, à coups de fusil, à Choisy-le-Roi par les uhlans postés sur l'autre rive de la Seine. Les Prussiens sont signalés à Vitry et Chevilly. Le général Ducrot qui occupe, avec 4 divisions d'infanterie, des positions s'étendant des hauteurs de Villejuif à celles de Meudon, fait effectuer une reconnaissance de cavalerie. 2 000 hommes et 28 pièces d'artillerie de campagne de la division du général Maud'huy renforcent les positions du moulin de Saquet et des Hautes Bruyères et entreprennent le creusement de tranchées.
Seine-et-Marne: 20 000 Prussiens sont signalés cheminant dans la vallée de la Marne en direction de Paris; leur avant-garde de 6 000 hommes se dirige à partir de Lagny sur le plateau d'Avron[14].
Seine-Saint-Denis: Des fusillades sont signalées vers Le Bourget. Les réfugiés affluent vers Saint-Denis, et indiquent «les Prussiens! les Prussiens sont à Sarcelles et à Saint-Brice, en marche sur Saint-Denis!...» Les troupes du génie font sauter trois ponts sur la Seine pour faire obstacle à la marche des corps prussiens enserrant la capitale.
L'armée de la Meuse(de) occupe la rive droite de la Seine et de la basse Marne; chacun des corps qui la composent reste jusqu'à la fin du siège dans les positions qui lui ont été assignées à ce moment. Les Prussiens passent la Seine vers Villeneuve-Saint-Georges puis, en suivant la vallée de la Bièvre, ils se dirigent sur Versailles par les bois de Verrières, Meudon et Clamart, tournant ainsi autour de Paris, en suivant les bois[15]. Les troupes prennent leurs positions:
Paris: Le dernier réseau télégraphique encore en service, celui de l'Ouest, est coupé. Institution des Cours martiales, «dans le but de réprimer les attentats à la propriété, le maraudage, le vol, l'espionnage qui se propage dans les banlieues de Paris». Celles-ci siègent à Vincennes et à Saint-Denis, et dans les 13e et 14ecorps d'armée.
Yvelines: Après avoir franchit la Seine à Triel, la 5edivision prussienne de cavalerie avance entre Poissy et Neauphle, occupe Versailles et installe son quartier général à Saint-Nom-la-Bretèche. Cette division entreprend alors, à partir de son QG, de fréquentes expéditions sur la rive gauche de la Seine durant toute la durée de la guerre. 1 000 soldats et 600 chevaux sont cantonnés à Neauphle jusqu’au mois de février 1871[16]. Lors de la première bataille de Châtillon, un affrontement a lieu à la Grande Dame Rose sur Vélizy, où quelques zouaves, placés en grand’gardes, sont subitement attaqués par une reconnaissance d’une centaine de fantassins bavarois, appuyés par un peloton de dragons. Après une résistance opiniâtre, les zouaves se replient, laissant 12 morts et 34 prisonniers entre les mains de l'ennemi (sur 170 hommes), qui n'ose toutefois pousser plus loin son avancée[17]. Marly-le-Roi, Chatou, Le Vésinet et Louveciennes sont occupées; les forces allemandes quittent ces villes le .
Seine-Saint-Denis: Les Prussiens occupent Bondy et les bois alentour, et installent des batteries sur le bord du plateau du parc du Raincy. Des groupes de cavaliers viennent explorer les alentours de la redoute de la Boissière et du fort de Noisy. Deux pièces de marine du fort tirent sur eux. La cavalerie se replit rapidement et l'infanterie rétrograde. Les Prussiens édifient un observatoire à 2 000 mètres du fort de Noisy.
dès la pointe du jour, le général d'Exéa fait une reconnaissance offensive en avant de ses positions. Il rencontre des forces allemandes importantes dissimulées dans les bois et dans les villages, et surtout un très grand déploiement d'artillerie.
Après un engagement assez vif, les troupes françaises doivent se replier. Une partie de la droite effectue ce mouvement avec une regrettable précipitation. L'autre partie se concentre en bon ordre autour de la redoute en terre qui a été élevée sur le plateau de Châtillon. La gauche faiblement attaquée peut tenir sur les hauteurs de Villejuif.
À ce moment, le feu d'artillerie de l'ennemi prend des proportions qu'il n'avait pas atteintes jusqu'alors. Vers 16 heures, le général Ducrot, après une lutte qui a duré toute la journée, doit prendre la résolution de faire reculer ses troupes jusqu'aux points où elles peuvent recevoir la protection des forts. Il fait enclouer, sous ses yeux, les 8 pièces d’artillerie en position dans la redoute de Châtillon avant de se retirer, le dernier, au fort de Vanves.
Les Allemands occupent aussitôt les hauteurs qui dominent les forts d'Issy, de Vanves, de Montrouge et commencent à construire de gigantesques batteries qui lui permettent de bombarder les forts et l'enceinte. La route de Choisy à Versailles est couverte de fascines, par lesquelles les grosses pièces Krupp peuvent être montées sans bruit. Plusieurs étages de retranchements s'élevèrent sur les flancs du coteau. Une batterie placée au moulin de Pierre[note 8],[19],[20] est à 1 000 m du fort de Vanves. Des ordres sont donnés pour que les troupes françaises se concentrent définitivement dans Paris. Toutefois le 15e régiment de marche, sous les ordres du colonel Bonnet, se retranche fortement, et garde sa position avancée à Plessis-Piquet. La redoute de Montretout, dont les remparts sont inachevés et jugée trop avancée par le commandement, est évacuée par le 6ebataillon des mobiles de la Seine.
La batterie prussienne no8Kronprinz formée avec des canons pris aux troupes françaises et qui sont dirigés sur Paris
Mardi 20 septembre
Paris: Le gouvernement indique qu'il «ne livrera ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses». La commission des barricades est formée.
Seine-Saint-Denis: Bondy est rempli de troupes et d'artillerie allemandes, qui s'établissent aux abords du plateau de l'ancien parc du Raincy. La batterie de Saint-Ouen protège parfaitement la presqu’île de Gennevilliers[note 9]. La batterie de Saint-Ouen fait, durant le siège, des expériences avec le projectile Bazin[24],[note 10]. Création d'une société d'assurances mutuelles, mobilières et immobilières, contre les pertes matérielles causées par le siège de Paris, qui a son siège au No108rue de Richelieu[26].
Hauts-de-Seine: En avant des forts de Montrouge, de Bicêtre et d'Ivry, les Allemands reste à grande distance, et deux obus de du fort d'Ivry forcent leurs sentinelles à se replier. Dans la nuit, les Prussiens s'emparent des hauteurs de Meudon. Une pièce de marine, portant à 9 000 mètres, envoie un boulet qui tombe au milieu d'une batterie prussienne. Le fort de Vanves, de son côté, tire sur les troupes allemandes. À Vélizy, les Prussiens utilisent la cour de la ferme Rabourdin[note 11] comme parc d'artillerie et installent leurs batteries sur les positions en hauteur.
«Un homme sous des déguisements de femme... sous sa robe on découvrit des bottes... c'est surement un espion prussien...»
Mercredi 21 septembre
Paris: Le 3ejour du siège, 1retentative de départ d'un aérostat depuis l'usine à gaz de Vaugirard[30]. L'enveloppe du ballon l'Union se déchire au moment du gonflement, l'ascension échoue[31],[32]. 38 courriers partent de Paris, un seul, le facteur Frare, parviendra à franchir les lignes et expédier son courrier depuis Saint-Germain-en-Laye. Au retour, il est capturé par les Allemands, et fusillé comme espion à Chatou[33].
Val-de-Marne: Les Prussiens sont signalés à 1 200 mètres environ d'Ivry. Des Allemands qui s'approchent du Pont du Port-à-l'Anglais sont mis en fuite par un obus lancé par le fort d'Ivry. D'incessantes patrouilles prussiennes rôdent autour de l'ouvrage de Moulin de Saquet. Les tirailleurs échangent des coups de feu dans les maisons les plus éloignées de Vitry. Des soldats des forts de Bicêtre et d'Ivry qui effectuent des reconnaissances rapportent que Les Allemands se tiennent en arrière des crêtes de Villejuif, vers L'Haÿ et Chevilly. Après un engagement contre les tirailleurs, les Allemands occupe Villejuif. Une reconnaissance partie du fort de Charenton, vers Créteil et le carrefour Pompadour, est attaquée par les tirailleurs allemands, amenant successivement de nouvelles forces de Mesly et de Mont Mesly. La retraite se fait en très bon ordre.
Hauts-de-Seine: Une reconnaissance est faite en avant du fort d'Issy par 120 hommes de la garde mobile française (4ebataillon de la Seine, 8ecompagnie) à la redoute du moulin de Pierre[note 8],[19],[20]. Le détachement est attaqué, a 4 blessés et tue ou blesse 12 Allemands. Dans la nuit, les forts d'Issy et de Vanves signalent des mouvements de troupes sur les hauteurs de Châtillon.
Yvelines: Une quarantaine de francs-tireurs français tendent une embuscade à l'entrée de Mézières-sur-Seine à un groupe de uhlans qui s'avance en direction de Mantes-la-Jolie. Le soir, les Allemands reviennent en force; le général Adalbert von Bredow en personne, à la tête d'une colonne de cavalerie et d'artillerie appuyée par un détachement d'infanterie bavaroise, se dirige sur Mézières. Une reconnaissance du 13edragons du Schleswig-Holstein tombe dans une embuscade à Aulnay-sur-Mauldre tendue par 4 francs-tireurs[note 13]. Arrivés à Mézières, le maire est roué de coups[note 14] et le village est canonné, criblé d'obu; l'arrière-garde prussienne, torche à la main, y met le feu. Une soixantaine de maison sont détruites. En fin d'après-midi, la colonne arrive devant Mantes-la-Jolie. Après avoir canonné la ville, l'infanterie bavaroise du 2erégiment Prince-héritier(de) entre en ville, saccage les deux gares[note 15], tue et blesse des civils, et emmène des otages. La population affolée s'enfuit jusque dans les bois de Rosny. Après sa terrifiante apparition aux portes de Mantes, la colonne retourne dans ses cantonnements par le même chemin.
Paris: Départ, de la place Saint-Pierre, du premier ballon-posteLe Neptune piloté par Jules Duruof. Il atterrit à Cracouville, dans l'Eure, après avoir parcouru 104 kilomètres[38],[32]. Les Parisiens ayant entendu le canon gronder, des rumeurs se répandent comme des trainées de poudre: «Nous avons tués 20 000 Prussiens, ou a peu près, et 30 000 sont encerclés.» Puis le chiffre enfle, c'est d'abord «20 000 puis 30 000 et enfin 60 000 Prussiens qui ont été mis hors de combat avec 15 000 prisonniers». Afin de couper court à toutes les rumeurs, Arthur Ranc, journaliste et maire du 9earrondissement de Paris, pose une affiche dans la mairie de la rue Drouot: «Voici la vérité: Nous avons repris Villejuif et le Moulin-Saquet. À l'Est, nous avons débusqué l'ennemi de la Courneuve et du Bourget».
Val-de-Marne: Les forts de Bicêtre et de Montrouge appuient les troupes qui occupent le village de Villejuif et la batterie des Hautes-Bruyères. Au soir, la position est fortement établie. Les Allemands effectuent une reconnaissance sur le Moulin de Saquet, et sont mis en déroute par les défenseurs aidés par l’artillerie du fort d'Ivry. Les Allemands tentant de s’établir vers Bagneux sont totalement réduit par l’artillerie de campagne et celle des forts. Le fort de Nogent jette le désordre dans les forces allemandes en tirant une soixantaine de coups de canons vers Bry-sur-Marne.
Seine-Saint-Denis: Une reconnaissance est effectuée par le 23ebataillon sédentaire de Saint-Denis vers la butte Pinson. Cette reconnaissance signale des mouvements de troupes prussiennes sur la route de Lille vers Le Bourget et Dugny, occasionnant plusieurs combats et escarmouches. Les forces allemandes effectuent des travaux en avant des fortifications Saint-Denis. La garnison de Saint-Denis du général Bellemare, avec le 28e de marche en pointe, soutenus par l’artillerie des forts de la Double-Couronne et de la Briche, attaquent avec succès Pierrefitte, occupée par les Allemands. Des combats au corps à corps ont lieu; les Allemands, ayant subi de lourdes pertes, envoient environ 8 000 hommes en renfort provenant de troupes postées sur les hauteurs de Montmorency. La position est abandonnée en fin de journée. Les pertes françaises sont de 11 tués et 86 blessés. L’amiral Saisset, à la tête de 200 fusiliers, 400 hommes de l’infanterie de marine et 8 compagnies des bataillons des éclaireurs de la Seine[39] du colonel Lafon, effectue une reconnaissance vers Le Bourget. Bobigny est évacué par les Allemands et à Drancy, après une vive fusillade, les Prussiens sont poursuivis jusqu’à la gare du Bourget. Plusieurs colonnes d’infanterie prussiennes, arrivées en renfort sont refoulées dans le village par l’artillerie du fort de Romainville (1 pièce de marine de 16). Les Français brûlent toutes les meules de fourrage de la cavalerie allemande. Du côté d’Aubervilliers, les Allemands se tiennent à grande distance.
Val-d'Oise: L'armée allemande effectue des travaux vers Argenteuil, où 40 000 Prussiens seraient cachés dans les bois alentour. Sur la rive gauche de l'Oise, un détachement prussien du 71erégiment d'infanterie prussien(pl) tombe dans une embuscade, en face du château de Stors; il s'enfuit dans toutes les directions abandonnant aux francs-tireurs français 13 fourgons chargés de produits réquisitionnés à Pontoise ainsi qu'une douzaine de chevaux. L'ensemble est ensuite dirigé sur Beauvais.
Hauts-de-Seine: L'armée allemande paraît établir des batteries au-dessus de la manufacture de Sèvres et sur la terrasse du château de Meudon. Une reconnaissance des gardes mobiles français est faite vers le côté nord de l'île Saint-Denis jusqu'à la pointe, au lieu-dit «la Ferme». De la rive droite, des Prussiens, embusqués dans un bois, dirige sur la petite troupe un feu nourri, mais les mobiles font bonne contenance et ripostent avec vigueur.
Yvelines: Des renseignements indiquent qu’un pont établi par les Allemands à Triel-sur-Seine a cédé sous le poids des pièces de gros calibre qui y étaient engagées, entraînant par le fond 3 canons[40].
Val-d'Oise: Un détachement du 86erégiment du Schleswig-Holstein(de), qui s'avance en direction du château de Stors, tombe dans une embuscade sur le territoire de Mériel et perd 5 hommes.
Paris: Décret qui institue des conseils de guerre dits «de la Garde nationale», pour juger les crimes et délits commis par les gardes nationaux pendant la durée du siège de Paris[45].
Val-d'Oise: Un détachement de 400 hommes du 71erégiment d'infanterie prussien(pl) escortant une quarantaine de chariots arrive à L'Isle-Adam, vers 9 heures du matin, pour effectuer de nouvelles réquisitions et rétablir le pont entre L'Isle-Adam et Parmain. Les soldats sont bloqués par une barricade d'où part un tir nourri. Les Prussiens poussent alors devant eux le curé et son vicaire, le maire et un autre habitant pour leur servir de bouclier et arriver jusqu'au pont. Les francs-tireurs continuent la fusillade, épargnant miraculeusement les otages et obligeant l'ennemi à se réfugier en ville. Les Prussiens, ayant reçu des renforts d'une section d'artillerie, bombardent et lancent plusieurs attaques sur Parmain, qui sont toutes repoussées. Ils perdent 1 tué et une dizaine de blessés. Vers 5 heures du soir, le détachement retourne à son camp à Saint-Brice.
Défense faite par le gouvernement français de passer les lignes avancées sans un laissez-passer venant du gouverneur militaire.
Seine-Saint-Denis: Au petit matin, une reconnaissance est effectuée par un escadron du 9erégiment de chasseurs à cheval; il surprend et sabre, dans le parc de Maison Blanche[note 18], un poste d’infanterie allemande, avant de fouiller le plateau d'Avron[47]. Les Allemands ayant renforcé leurs positions à Nogent-sur-Marne, une autre reconnaissance d’infanterie et de spahis parcourt sensiblement le même chemin.
Hauts-de-Seine: Le général Blanchard fait exécuter une reconnaissance par un bataillon du 13erégiment de marche, jusqu’au parc Fleury sur la route de Clamart, qui s’approche à environ 700 mètres des positions tenues par les Prussiens au château et à la terrasse de Meudon. En appui de cette reconnaissance, deux chaloupes vedettes de la flottille des canonnières de la Seine du capitaine de vaisseau Thomasset échangent une vive fusillade avec les Prussiens établis dans le jardin de l’orphelinat du Bas-Meudon. Les batteries de soutien terrestres canonnent les hauteurs de Sèvres pendant que les soldats du génie déboisent l'île de Billancourt.
Décret du gouvernement français pour maintenir la discipline dans la garde nationale.
Paris: La viande commence à manquer, les queues devant les boucheries commencent. Un poulet vaut entre 10 et 12 francs et une livre de beurre 8 francs. Les 27, 28 et 29 septembre, sont prescrits, par décrets, la formation des 34e, 35e et 36erégiments de marche ainsi que d'un 2e régiment de gendarmerie à cheval[35], sous les commandements respectifs des colonels Achille Mocquery[note 19] (34e), Jean-Baptiste Lavoignet[note 20] (35e) et Charles Allavène (gendarmerie)[49].
Val-d'Oise: Préoccupés par la résistance des francs-tireurs français de l'Isle-Adam et de Parmain, les Prussiens envoient un nouveau détachement commandé par le colonel prince de Hohenlohe, composé d'un bataillon du 27erégiment d'infanterie, du 1errégiment d'uhlans de la Garde et d'une section d'artillerie avec l'ordre de purger définitivement le secteur. Vers midi, une partie de la colonne arrive à l'Isle-Adam et recommence, sans plus de succès que le 27, d'enlever la barricade de Parmain. Cette attaque n'a toutefois vraisemblablement pas d'autre but que d'occuper les francs-tireurs; l'autre partie de la colonne jette un pont de bateaux à Mours, situé plus en amont, franchit l'Oise et descend par la rive droite afin de prendre la barricade à revers. Les francs-tireurs alertés à temps évacuent leurs positions avec comme perte 1 tué et 1 blessé contre 3 tués et une vingtaine de blessés du côté du 27erégiment prussien.
Val-de-Marne: Plusieurs reconnaissances sont poussées par des groupes de francs-tireurs français, dont l'une par les chasseurs de Neuilly-sur-Marne en avant des positions de Villejuif. La redoute des Hautes-Bruyères canonne un long convoi allemand circulant entre Chevilly et L'Haÿ, en direction de Versailles. Les forces allemandes effectuent des travaux de terrassement et de fortification des villages de L'Haÿ, Chevilly, Thiais et Choisy-le-Roi , afin de protéger leur ligne de communication avec Versailles. Les forces françaises décident d’une action combinée afin de reconnaître et d’attaquer les unités allemandes établies dans ces positions. La tâche incombe au 13ecorps du général Vinoy, à la tête de 20 000 hommes.
Seine-Saint-Denis: L’artillerie des forts de Saint-Denis lance quelques obus sur les rassemblements et les travaux qu’exécutent les Allemands vers Stains, Garches, Orgemont et Saint-Gratien. Une reconnaissance, effectuée par les francs-tireurs français des Lilas vers Drancy, surprend les avant-postes allemands, et leur tue 3 hommes. Les sorties de Saint-Denis sont garnies de canons. Des talus, des chevaux de frises, des branchages sont en travers de la route, les maisons et masures sont détruites et occupées par des soldats. Plus à l'intérieur de la ville, la population élève des barricades dans certaines rues.
Hauts-de-Seine: Pendant la bataille de Chevilly, la brigade Susbielle, sous les ordres du général Blanchard de la 3e division, effectue une reconnaissance sur Issy et le Bas-Meudon, faisant se replier 3 régiments de la Garde prussienne. Un bataillon des Volontaires de la Côte-d’Or se distingue particulièrement pendant l’attaque.
Yvelines: Dans l'après-midi, les éclaireurs de la Seine quittent le parc du château de Magnanville, arrivent à Maule entre la rivière Mauldre et la forêt des Alluets-le-Roi, afin de surprendre les Allemands qui y sont campés. Ils passent la nuit dans le cimetière de Maule, sans entrer dans la ville[48]. Dans la journée, des cavaliers et éclaireurs français à cheval, venant de Rouen et d'Elbeuf, entrent à Mantes, renforcés en soiréepar 700 volontaires du 1erbataillon de la garde nationale de Rouen et les tirailleurs de la 1recompagniehavraise.
Val-d'Oise: Les Prussiens entrent dans Parmain, évacué par les francs-tireurs; ils brûlent 50 maisons de la ville, bombardent Nesles-la-Vallée et lancent plusieurs détachements des uhlans du 1errégiment de la garde fouiller les environs. Plusieurs francs-tireurs, ou considérés comme tels, pris les armes à la main sont fusillés dans la même journée.
Bataille de Chevilly Les troupes françaises se massent vers les forts d’Ivry, de Bicêtre et de Montrouge. Elles sont accueillies à l’entrée du plateau de Villejuif par des tirs de canon et de mousqueterie auxquels elles répondent avec énergie, pendant presque 3 heures. Les 35e et 42ebrigades du général Pierre-Victor Guilhem refoulent l’ennemi hors de Chevilly et L'Haÿ. La colonne du général Blaise pénètre dans Thiais et s'empare d’une batterie de position dans ce village, qui n’est pas enlevée faute d’attelage. Les troupes avancent jusqu’aux positions prussiennes, fortement défendues, de Thiais et de Choisy-le-Roi, coupant ainsi leur voie de communication. Après un vif engagement d’artillerie et de mousqueterie, sur ordre du général Vinoy, les troupes françaises se replient sous le feu avant l’arrivée des réserves prussiennes, évaluées à environ 30 000 hommes. Lors de cet engagement, 400 Allemands et 2 000 Français, dont le général Guilhem (tué), sont mis hors de combat. De l’autre côté de la Seine, la brigade du général d’Exéa marche sur Créteil, engage un combat puis retourne dans ses positions de départ.
Seine-Saint-Denis: Un peloton de cavalerie française, accompagné de quatre compagnies des 3e et 4ebataillon des éclaireurs de la Seine, chasse les Allemands de Bondy, puis effectue une reconnaissance sur Maison Blanche[note 18] où il débusque une batterie, avant de rentrer sur Romainville.
Yvelines: Un corps d'armée prussien, avec des escadrons de cuirassiers, uhlans, dragons et hussards défile à Vernouillet. Les deux bataillons des éclaireurs de la Seine quittent Maule et s'opposent aux fourrageurs prussiens de la 5edivision de cavalerie aux Alluets-le-Roi. Bientôt deux brigades allemandes sont signalées. Aidées par leur artillerie, les troupes allemandes attaquent et bombardent le village des Alluets et la forêt, forçant les éclaireurs à se retirer par Ecquevilly, Mareil-sur-Mauldre, Soindres et Dammartin, avec les francs-tireurs du Havre et les guérillas rouennais.
Plusieurs reconnaissances françaises sont poussées très brillamment:
De Noisy sur Bondy, par 4 compagnies des 3e et 4ebataillons des éclaireurs de la Seine du commandant Poulizac. Après avoir dépassé Bondy, les troupes s'engagent sur Maison Blanche[note 18], découvrant une batterie de 4 pièces d’artillerie et les positions tenues par l’infanterie allemande, fortement retranchée dans les maisons environnantes. Les forces du commandant Poulizac ont ensuite regagné les lignes françaises.
De Romainville sur Drancy et le chemin de fer de Soissons, par les francs-tireurs des Lilas du commandant Anquetil. Après avoir traversé Bobigny, Drancy est enlevé par les francds-tireurs, qui poursuivent les tirailleurs allemands jusqu’à la ligne de chemin de fer de Soissons, où leurs forces se sont retranchées. Des renforts importants se montrant du côté du Bourget et d’Aulnay, les troupes françaises se replient emportant avec elles casques, fusils et revolvers abandonnés sur le terrain.
Hauts-de-Seine: Appuyé par les artilleurs de la garde mobile de Seine-et-Oise, une fraction du 2ebataillon du 28erégiment de mobiles, formé de Bretons, poussent une reconnaissance sur les hauteurs de Montretout, contre les avant-postes prussiens. Ils délogent un poste prussien qui s'était installé dans la redoute. Une reconnaissance est faite par un détachement du 19erégiment de marche entre Bezons et Argenteuil. Le poste prussien, placé sur l’autre rive de la Seine, échange immédiatement des coups de fusil avec le détachement français.
Yvelines: Pour mettre fin à la résistance des paysans de la région de Saint-Léger-en-Yvelines, le duc de Mecklembourg donne l'ordre à un bataillon du 11erégiment d'infanterie bavarois(de) de faire une battue dans la forêt. Dans la matinée du 2 octobre, les Bavarois cernent la commune de Poigny-la-Forêt et se mettent à fouiller les bois. Aux abords de l'étang de la Cerisaie, ils exécutent deux bergers, dans la hutte desquels ils avaient trouvé un vieux fusil, puis les suspendent par les pieds aux arbres de la route, le corps labouré de coups de sabre et les entrailles pendantes. À Saint-Léger-en-Yvelines, pour venger la mort de l'un des leurs, les Allemands pendent le maire de Saint-Léger-en-Yvelines, Gabriel Alexis Jouanne, par son écharpe[note 21] à la porte de sa mairie, fusillent celui qu'ils tiennent pour responsable de la mort de leur camarade (un garde national), et emmènent 16 habitants comme otages. Deux d'entre eux, essayant de fuir, sont massacrés; les autres sont sauvés par le curé qui obtient leur grâce[52],[53].
Paris: Le ballonNational ne parvient pas à décoller, son enveloppe étant insuffisamment gonflée. Paris commence à compter ses rations. Les fourrages étant devenus trop chers, les maquignons vendent leurs chevaux pour rien, ou presque, soit abandonnent leurs bêtes sur le marché. L'abattoir aux chevaux est abondamment pourvu, dans les premiers jours du siège on tuait 10 à 20 chevaux par jour, on en tue actuellement environ 300[54]. Charles Floquet démissionne de son poste d'adjoint au maire de Paris.
Chevaux menés à l'abattoir pendant le siège de Paris.
Mardi 4 octobre
Val-de-Marne: 3 compagnies du bataillon de la Drôme et 1 peloton de spahis, qui effectuent une reconnaissance en avant du fort de Nogent, se heurtent à la sortie de Neuilly-sur-Marne aux avant-postes prussiens qui se retirent. Les spahis les poursuivent et tombent dans une embuscade. Heureusement protégés par le brouillard, les spahis ne déplorent que 2 chevaux tués et 1 cavalier blessé.
Yvelines: Partant de Port-Villez, les mobiles de l'Eure effectuent une reconnaissance sur Bonnières, qui est canonnée. Les mobiles poursuivis par un gros détachement de uhlans se replient sur Vernon. En représailles à cette attaque, la gare de Bonnières est incendiée et détruite. Les Allemands pénètrent à Rolleboise, mettent les habitants à contribution, menaçant de les tuer s'ils ne s'exécutent pas[55].
Val-de-Marne: La compagnie des tirailleurs parisiens du capitaine Lavigne et une compagnie du 21erégiment d'infanterie de ligne s'avancent sur les avant-postes allemands situés sur la droite de Créteil. Une barricade fortement défendue est attaquée sans succès, mais un poste situé sur le chemin de fer de Lyon est enlevé. Les troupes se replient ensuite en bon ordre, malgré les forces considérables qui s’avancent sur elles.
La région parisienne est recouverte d’un brouillard intense et froid empêchant toute observation.
Hauts-de-Seine: Divers renseignements indiquent que la canonnade d’hier a fait le plus grand mal aux forces allemandes visées. Les canons de marine du Mont Valérien continuent de tirer sur les points où des troupes allemandes sont signalées. Les éclaireurs de la Seine, les tirailleurs des Ternes et les carabiniers de Neuilly, appuyés par 5 escadrons de cavalerie, gendarmes[35] et dragons poussent une reconnaissance sur les bords de la Seine, entre Chatou et Argenteuil, tiraillant sur les avant-postes allemands situés sur l’autre rive, en particulier au pont des Anglais.
Seine-Saint-Denis: Les francs-tireurs des Lilas effectuent des reconnaissances sur Bondy, et rejettent les Allemands au-delà du canal de l’Ourcq par le pont de la Poudrette[57] à Gargan. Cette reconnaissance permet en outre de constater que ce pont est gardé par les grand’gardes prussiennes, et qu’un fort corps de troupe campe au Raincy près de Maison Blanche[note 18].
Paris: Rationnement de la viande et création des boucheries municipales.
Vendredi 7 octobre
Val-de-Marne: Le général Vinoy fait occuper Cachan par les troupes, avec l’appui des forts de Montrouge et de Bicêtre. Dans la soirée, une vive fusillade s’engage sur les bords de la Marne entre la grand’garde française de Joinville et les avant-postes prussiens. Après un engagement d’artillerie, les Prussiens reculent sur Champigny.
Hauts-de-Seine: Des reconnaissances françaises sont effectuées du côté de Meudon. Un poste allemand installé dans la station de chemin de fer se replie sans attendre l’attaque. Les Allemands sont établis en force au haras et à la plaine des Bruyères. 12 compagnies de gardes mobiles de la Seine, sous les ordres du lieutenant-colonel Rambaud, effectuent une reconnaissance dans Clamart et les bois environnants; ils rapportent des sacs de farine, des armes, des outils…
Paris: Départ des ballonsArmand Barbès (piloté par Alexandre Trichet, monté par Léon Gambetta et Eugène Spuller) et George Sand (piloté par Joseph Revilliod, accompagné des citoyens américains May et Raynolds chargés d'une mission spéciale pour le gouvernement de la défense, et d'Étienne Cuzon Ainé, sous-préfet de Redon) de la place Saint-Pierre, et d'un troisième de l'usine à gaz de La Villette[42]. L’Armand Barbès atterrit dans l'Oise à Épineuse après avoir parcouru 98 km[58], le George Sand parcourt 120 km et se pose dans la Somme à Crémery[59]. À la suite d'une mauvaise manœuvre, le troisième ballon atterrit à Stains, avant les lignes allemandes, après avoir seulement parcouru 12 km[60],[32].
Paris: Une affiche, placardée sur les murs de Paris, invite les citoyens à se réunir le 8 octobre sur la place de l'Hôtel-de-Ville pour protester contre le gouvernement et sa façon d'agir. À 2 heures, un groupe de 300 à 400 personnes est réuni sur la place de l'Hôtel de Ville lorsque arrive le 840ebataillon de la garde nationale de la Seine du commandant Bixio. Des cris de «Vive la Commune!» et des cris de protestation contre le gouvernement se font tout aussitôt entendre. Le bruit s'étant répandu dans Paris qu'une partie de la population veut exercer une pression sur le gouvernement, de nombreux bataillons de la garde nationale arrivent promptement sur la place de l'Hôtel-de-Ville pour la déblayer et pour protéger le gouvernement. Le calme une fois rétabli, Jules Favre et le gouvernement de la Défense nationale passent les bataillons en revue puis adressa la lettre suivante au général Tamisier, commandant en chef de la garde nationale de la Seine:
Lettre de Jules Favre au général Tamisier
«Mon cher général,
Je vous remercie avec effusion, vous et la garde nationale, dont vous êtes le digne chef, du concours que vous venez de nous prêter. Au premier signal, vos bataillons sont accourus et, par leurs acclamations patriotiques, ont protesté contre les imprudents qui cherchent à nous diviser devant l'ennemi. Vous leur avez prouvé qu'ils n'y réussiront pas. Nous resterons unis pour combattre et pour vaincre. Nous le serons encore après, car tous nous n'avons qu'une volonté fonder une République durable, décrétée par la nation dans sa souveraineté. C'est pour l'accomplissement de cette double tâche que nous sommes debout, ne formant qu'un faisceau, maintenant avec fermeté le gouvernement établi le 4 septembre, ne demandant d'autre récompense que l'honneur insigne de remettre à la France, délivrée par l'héroïsme de ses enfants, les pouvoirs que nous avons reçus pour la défendre.
Agréez, mon cher général, l'expression de mes sentiments affectueux et dévoués.»
—Le Vice-Président du Gouvernement, Le Ministre de l'Intérieur par intérim, Jules Favre.
Hauts-de-Seine: Un détachement des francs-tireurs de Paris, un détachement des tirailleurs des Ternes sous les ordres du commandant Thierrard ainsi que 600 gardes mobiles des 7ebataillon de la Seine, 4ebataillon d’Ille-et-Vilaine et 1erbataillon de l’Aisne sous le commandement du général Martenot effectuent une reconnaissance sur la Malmaison en passant par Nanterre et Rueil; ils entrent dans le parc en effectuant une brèche[note 22]. Dans le même temps, 4 compagnies de gardes mobiles de la garnison du Mont-Valérien et les éclaireurs volontaires entrent également dans le parc par le Sud-Ouest. Les Allemands s'étant repliés, les Français poussent jusqu’au premières maisons de Bougival et sur les hauteurs de La Jonchère à Rueil. Durant cette opération, les éclaireurs de la garde nationale de la Seine du commandant Ribeaux, les éclaireurs volontaires de la 1redivision d’infanterie et 4 escadrons du 2erégiment de dragons et du 1errégiment de gendarmerie à cheval[35], soutenus par 4 batteries d’artillerie, s’avancent dans la plaine de Gennevilliers jusqu’aux bords de la Seine, où ils engagent une vive fusillade avec les tirailleurs allemands embusqués sur l’autre rive entre Bezons et Argenteuil[61]. Les Français perdent deux tués et onze blessés. Le Mont-Valérien tire sur les batteries prussiennes de Saint-Cloud et de Rueil; les canonnières françaises tirent sur les batteries de Meudon.
Yvelines: Au petit matin, 130 francs-tireurs de Paris, sous les ordres du commandant Ernest de Lipowski, et venant de Denonville, attaquent un détachement du 4eescadron du 16erégiment de hussards de Schleswig-Holstein et un piquet d'infanterie du 11erégiment bavarois en poste à Ablis. Les francs-tireurs se replient en emmenant 70 prisonniers et 200 chevaux. En représailles à cette attaque, connue sous le nom de surprise d'Ablis, les Allemands brûlent 120 maisons, fusillent 5 habitants et emmènent 22 otages à leur quartier-général du Mesnil-Saint-Denis; ces derniers sont finalement relâchés le lendemain[63]. Une reconnaissance est envoyée sur Chatou[61].
Dimanche 9 octobre
La pluie tombe à torrents.
Seine-Saint-Denis: Une forte reconnaissance en avant du fort de Noisy permet aux Français de chasser les Allemands de Bondy et d’occuper le village jusqu’à la nuit, puis de se replier.
Queue devant la boucherie durant le siège de Paris en 1870, par Clément-Auguste Andrieux.
Paris: La viande est désormais rationnée. La ration est de 1 livre de viande par personne pour 5 jours.
Seine-Saint-Denis: Les compagnies d'infanterie des redoutes de la Boissière, Montreuil et Noisy, suppléées par un bataillon de mobiles du Nord, chargés de la protection des travailleurs, cultivateurs et maraîchers œuvrant dans la plaine sont assaillis par les troupes allemandes. Deux pièces d’artillerie qui tirent sur les Français des obus et de la mitraille sont démontées par le feu des pièces des 3 forts[note 23]. Les Allemands reculent jusque dans les bois à proximité de Maison Blanche[note 18], et répondent par des tirs provenant des environs du pont de la Poudrette[57].
Paris: Un décret est pris pour régler «d'une manière définitive l’organisation des corps francs levés à Paris et dans ses environs depuis l'ouverture de la campagne contre la Prusse»[67].
Val-de-Marne: Le matin, la maison Millaud est mise en défense par les Français; les maisons voisines sont incendiées ou détruites afin de dégager les abords. Des éclaireurs allemands s'approchent à 300 mètres de ce point d’appui. De nombreux mouvements de troupes sont signalés sur le secteur sud. L’artillerie de la redoute des Hautes-Bruyères, par un coup heureux, tue une dizaine de Prussiens dans une maison qui servait de poste en avant de Bourg-la-Reine.
Seine-Saint-Denis: Le 7erégiment des gardes mobiles du Tarn, soutenu par le 1errégiment de chasseurs et des spahis, et sous les ordres du lieutenant-colonel Reille, effectue une importante reconnaissance dans les bois de Neuilly-sur-Marne et au plateau d'Avron. Après avoir chassé les avant-postes prussiens qui se se replient dans un bois entre Neuilly et Villemomble, la troupe fouille et occupe le village du Bois de Neuilly. L’infanterie tente de prendre à revers les Prussiens, qui se dérobent à nouveau. Puis trois compagnies sous les ordres du commandant Faucaut gravissent les pentes du plateau d'Avron. Une partie du 1errégiment de chasseurs fouille une partie du plateau s’avançant jusqu'à Villemomble, défendu par l’ennemi.
Hauts-de-Seine: Les éclaireurs de Dumas, les éclaireurs de ligne du commandant Lopez, et les mobiles du Morbihan, sous les ordres du général Ducrot, lancent une reconnaissance au-delà de la Malmaison. Après avoir essuyé une fusillade, les troupes françaises s'avancent dans le parc de la Malmaison où elles repèrent la présence des batteries prussiennes, situées à la bifurcation des routes de Bougival et de la Jonchère. Sous leur feu, les mobiles se mettent à couvert dans les fossés de la route. L’artillerie prusienne est ensuite délogée par l’artillerie du Mont-Valérien qui la poursuit pendant sa retraite jusque Bougival.
Paris: Deux ballons partent de Paris: Le Washington s'envole de la gare d'Orléans et termine sa course à Carnières dans le Nord, après avoir parcouru 204 kilomètres[68]. Le Louis Blanc s'envole de la place Saint-Pierre et termine sa course à Béclers en Belgique, après avoir parcouru 290 kilomètres[69],[70]. Les boucheries municipales ne distribuent plus que 100 grammes de viande par personne, après des heures de queue.
Val-de-Marne - Hauts-de-Seine: Deuxième bataille de Châtillon Des mouvements de troupes considérables des Allemands ayant été signalés pendant ces derniers jours, le gouverneur décide de lancer une reconnaissance offensive faite par la 3edivision du général Blanchard, du 13ecorps, positionnée entre Issy, à droite, et Cachan, à gauche, soutenue par la brigade Dumoulin, de la division Maud'huy et par la brigade de Lacharrière, de la division Caussade. Les troupes françaises atteignent leurs objectifs, puis font retraite au bout de cinq heures de combat.
Hauts-de-Seine: Dans la nuit, un bataillon des éclaireurs de la garde nationale de Paris, sous les ordres du commandant Thierrard, qui effectue une reconnaissance, surprend dans Rueil un assez fort détachement de Prussiens, occupés à brûler deux maisons pour dégager une de leurs barricades, et leur tue une vingtaine d’hommes.
Val-de-Marne - Hauts-de-Seine: Les Prussiens demandent un armistice pour relever leurs morts. Une suspension d'armes a lieu de onze heures à cinq heures, en avant des forts parisiens du sud.
Seine-Saint-Denis: Partant du fort de Rosny, les gardes mobiles lancent une reconnaissance et surprennent les grand'gardes prussiens en avant de Villemomble. Après une vive fusillade, les Prussiens se replient dans le village[13].
Samedi 15 octobre
Seine-Saint-Denis: Pendant que les mobiles du Finistère et du Nord, l'infanterie de ligne et l'artillerie du Romainville chassent les soldats allemands de la ferme du Groslay[note 25] dans la plaine de Bondy, l'artillerie du Fort de Rosny a canonné les postes allemands dans le village du Raincy, et celle du Noisy a foudroyé le camp retranché du pont de la Poudrette de Gargan. Par ailleurs, les éclaireurs de la Seine[39] du colonel Lafon partant de Bondy engagent une vive fusillade avec les éléments allemands embusqués de l'autre côté du canal de l'Ourcq, afin de couper les arbres qui masquent, des bastions français, la vue du camp retranché prussien. En milieu d’après-midi les Prussiens ayant arboré le pavillon blanc, les éclaireurs de la Seine et les forts ont cessé le feu. Les troupes françaises déplorent 2 tués, dont 1 officier et 5 blessés. En fin d’après-midi, un seul obus, tiré à partir du bastion no2 à 4 500 mètres, tue les deux officiers à cheval qui venaient faire mettre en batterie une section d'artillerie allemande, et les cavaliers d'une des pièces qui a été mise hors de service.
Val-de-Marne: Les éclaireurs placés en embuscade de nuit à Créteil sont attaqués le matin, vers cinq heures, par un peloton de Prussiens qu'ils repoussent. Le fort de Nogent bombarde plusieurs gros pelotons allemands qui cheminent à l'extrémité du plateau d'Avron. La redoute de la Faisanderie tire sur le poste prussien à la Fourche de Champigny, faisant fuir les soldats. Une reconnaissance effectuée sur Charenton pousse jusqu'au moulin de la Marne, sans trouver d'obstacles. Les Prussiens ont complètement évacué Créteil.
Hauts-de-Seine: À Colombes, les zouaves du général Henri Berthaut[note 27] avec 8 pièces d'artillerie attaquent les troupes allemandes qui effectuent des travaux au pont d'Argenteuil. Une batterie allemande, amenée en renfort dans les vignes d'Argenteuil, ouvre son feu dans la direction de Colombes. La batterie de Courbevoie, répondant énergiquement, oblige son vis-à-vis à déménager. Dans l'après-midi, le général Ducrot fait avancer à hauteur de Colombes une partie de la brigade Henri Berthaut. L'artillerie française lance sur deux usines d'Argenteuil, occupées par les Allemands, plusieurs obus incendiant l'une d'elles. Les Allemands mettent en ligne une batterie qui lance, sans résultats, quelques obus dans Colombes. La batterie de 12 de Courbevoie lui répond en la réduisant au silence, puis canonne, avec des pièces de marine, les pentes de Sannois, empêchant ainsi toute offensive des Allemands. Le Mont-Valérien, la batterie de Mortemart, située dans le bois de Boulogne, et quelques pièces du 6esecteur[note 28] envoient des obus, perturbant ainsi les travaux allemands à Montretout. Les forts de Vanves et d’Issy agissent de même sur Châtillon.
Paris: Deux nouveaux ballons montés partent de Paris: Le Jules Favre no1 et le Jean-Bart no2 qui s'envolent de la gare d'Orléans. Le premier termine sa course à Foix-de-Chapelle dans la province de Hainaut en Belgique après avoir parcouru 298 kilomètres[74] et le second termine sa course à Evrechelles, près de Dinant, également en Belgique, après avoir parcouru 328 kilomètres[75],[70].
Lundi 17 octobre
Paris: Le ballon montéLiberté est emporté par le vent violent, sans personne à bord, de l'usine à gaz de La Villette[42]. Il échappe aux aéronautes et s'échoue au Bourget après avoir parcouru 11 km. Les restes du ballon seront récupérés par les Prussiens[76].
Seine-Saint-Denis: Une reconnaissance française est exécutée en avant des forts Rosny et de Nogent, par les mobiles de la Drôme du commandant Balète, les légions de la Côte-d'Or du commandant Dupuy, et celles du Tarn des commandants Faure, de Foucaut et de Faramond, l’ensemble étant commandé par le lieutenant-colonel Reille.
la gauche du dispositif français s'avance dans le parc du Raincy jusqu'à la Porte de Paris, et, de là, se rabat sur Villemomble qui est fouillée en tous sens. Les Allemands sont repoussés du parc du château de Launay[note 29], l'un d'entre eux étant tué. Pendant ce temps, quelques compagnies françaises gravissent les pentes d'Ablon, occupent tout le plateau et tiraillent à son extrémité est sur le poste avancé de Maison Blanche.
Le centre du dispositif français, aussitôt Ablon occupé, entre dans le village du Bois de Neuilly qui était évacué. Les tirailleurs l'e dépassent, et se portent sur Neuilly-sur-Marne, où les Allemands sont retranchés en forces considérables. Cette reconnaissance permet de constater que les avant-postes prussiens occupent Launay à Villemomble, Maison Blanche et Neuilly-sur-Marne, à quatre kilomètres du fort de Nogent.
Val-de-Marne: Dans la nuit du 19 au 20 octobre, à deux reprises, les Allemands attaquent un poste de mobiles à Cachan.Ils sont repoussés par les Français, et initient une vive canonnade des forts, dont les obus visent les positions allemandes de Châtillon jusqu'à Bourg-la-Reine et L'Haÿ. La redoute de la Faisanderie continue de tirer avec succès sur plusieurs maisons servant de postes à l'armée allemande. La batterie prussienne de Thiais qui incommode les travailleurs français en avant de Villejuif, est détruite par l’artillerie du fort de Charenton, qui pilonne les positions allemandes en avant de Choisy-le-Roi. Une reconnaissance française occupe Créteil pour protéger le transport des récoltes et denrées sur Paris. Une autre reconnaissance, chargée de protéger les travailleurs dans la plaine située entre le chemin de fer de Lyon et la Seine, a un engagement assez vif avec le poste allemand qui occupe une maison de garde sur le chemin de fer, à 3 000 mètres environ en avant de la barricade de Maisons-Alfort, sur la route de Lyon.
Val-de-Marne: Dans la nuit du 20 au 21 octobre, des éléments allemands attaquent à deux reprises un poste de mobiles à Cachan, et un autre à la maison Millaud. Comme la veille, ces attaques sont repoussées par les Français, et leurs forts canonnent les positions allemandes de L'Haÿ, Bourg-la-Reine et Bagneux.
Bataille de Buzenval Après une canonnade très vive de trois quarts d'heure, les troupes françaises du général Ducrot s'avancent en repoussant les tirailleurs allemands jusque dans l'épaulement qui borde les hauteurs de la Jonchère. Dans ces positions, les obus français foudroient les fantassins allemands, forçant à renouveler cinq fois les détachements qui occupent ces sites. Mais le succès temporaire des troupes françaises s'arrête à la tombée de la nuit, Ducrot les renvoyant dans leurs cantonnements.
Seine-Saint-Denis: Une reconnaissance est poussée jusqu'à Villemomble par la compagnie de carabiniers du 48ebataillon du commandant Leclaire et du capitaine Proust. Partant du fort de Rosny, le bataillon se dirige, en suivant les crêtes du plateau d'Avron, sur le château et le parc de Launay[83], entre Villemomble et la station de Gagny. Après avoir tué les trois sentinelles d'un poste prussien situé dans le parc de Launay, les hommes du capitaine Proust tiraillent contre d'autres abris et barricades occupés par les Prussiens. Une réserve prussienne considérable s'avançant, le 48ebataillon se retire dans le plus grand ordre. Lors de cet engagement, cinq gardes nationaux ont été blessés.
Seine-et-Marne: Les francs-tireurs et les gardes nationaux de Saint-Germain-Laval, d'Auxerre et de Montereau, venant de cette dernière ville, engagent un combat contre un détachement de 300 bavarois en poste à Grandpuits. Un combat inégal s'engagea entre les miliciens français, armés de fusils à piston ou de chasse, et les soldats de métier armés de fusils modernes. Malgré la vaillance des Français, le feu vif et précis de des Bavarois, joint à un renfort considérable qui ne tarde pas à arriver, met en déroute les gardes nationaux. Plusieurs hommes sont tués de part et d'autre dans les fossés qui entourent alors la ferme de La Salle.
Seine-Saint-Denis: Vers 2 heures du matin, une patrouille française de la grand'garde du fort de Nogent fait fuir un poste avancé allemand, situé sur la route de Neuilly-sur-Marne, laissant entre leurs mains 22 sacs de légumes. À 6 heures, alors que cette patrouille de la grand'garde se retire, un peloton prussien s'avance pendant que ses positions, sur la rive gauche de la Marne, tiraillent de son côté. Pris entre deux feux et malgré une excellente défense, les hommes de la grand'garde sont obligés de battre en retraite.
Paris: Le ballon montéMontgolfier piloté par l'aérostatier Hervé Sené s'envole de la gare d'Orléans, avec à son bord le colonel de La Pierre et le commandant Joseph-Marie Le Bouédec[85], envoyés par l'état-major de Paris pour prendre le commandement des troupes en province. Il termine sa course à Heiligenberg dans le Bas-Rhin, sous occupation allemande, après avoir parcouru 503 kilomètres[86],[70]. Les Prussiens finissent par retrouver le ballon, mais les deux passagers et l'aéronaute se cachent, sauvés par des habitants patriotes qui les font passer à travers la montagne, d'où ils regagnent la Lorraine[87]. Le prix du beurre frais passe à 60 francs la livre[88].
Mercredi 26 octobre
Lettre du roi de Prusse Guillaume Ier en réponse au courrier de l'ex-impératrice, Eugénie de Montijo, réfugiée en Angleterre[89].
Paris: Deuxième rationnement de la viande; 50 grammes par personne et par jour. Le sergentIgnace Hoff en est à son 23e Prussien tué[90],[91].
La Bretagne (ou le Normandie), piloté par l'aérostatier René Cuzon, s'envole de l'usine à gaz de La Villette[42], avec à son bord messieurs Voerth, Hudin[note 31] et Manceau. Il termine la première partie de sa course, au milieu des troupes prussiennes, dans la région de Fresnes-en-Woëvre-Hennemont dans la Meuse, où Voerth, Hudin et Cuzon sont capturés, après avoir parcouru 200 kilomètres. Manceau, resté seul dans l'aérostat, blessé, est fait prisonnier le lendemain dans les environs de Metz[95],[70].
Début de la première bataille du Bourget Profitant de l'inondation, volontaire, du Croult afin de tenir éloignées les troupes prussiennes, les francs-tireurs de la Presse[98], sous les ordres du commandant Rolland et stationnés à La Courneuve, lancent une attaque de nuit sur les avant-postes prussiens établis au Bourget. Appuyés par les grand'gardes du fort d'Aubervilliers et de la Courneuve, les troupes françaises abordent, sans tirer un coup de fusil, les postes prussiens qui fuient en désordre, abandonnant leurs sacs, casques, armes, nourriture… Continuant de pousser les Prussiens devant eux, les forces françaises s'avancent dans le village, repoussant les soldats allemands jusqu'à l'église où ils s'établissent fortement. Le général de Bellemare donne l'ordre aux francs-tireurs de la Presse, au 14ebataillon de la mobile de la Seine et d'une partie du 34e de marche sous les ordres du colonel Lavoignet, de s'emparer du village du Bourget et de s'y établir solidement. Appuyé par une section de 2 pièces de quatre, 2 pièces de douze et une mitrailleuse, et suivi d'une forte réserve, composée du 16ebataillon de la mobile de la Seine et d'un demi bataillon du 28e de marche, les troupes françaises emportent la totalité du village, rejette les troupes prussiennes en arrière du ruisseau de La Morée au Pont-Iblon et occupent, dans la foulée, Drancy. Vers midi, deux batteries allemandes en position au Pont-Iblon, et deux batteries de campagne positionnées sur la route de Dugny au Bourget, soit 30 canons environ, canonnent durant 5 heures le village, incendiant plusieurs maisons. Pendant ce temps, les sapeurs du génie, crénellent les maisons et établissent des barricades. Tout au long de la journée des forces considérables d'infanterie allemande, descendues de Gonesse et d'Ecouen, sont repoussées. Vers 7 heures du soir les Allemands lancent, contre une compagnie du 14emobile, une dernière attaque à la baïonnette qui est repoussée. Les prisonniers indiquent que face au Bourget les Prussiens disposent de 2 régiments de la garde et de 4 batteries d'artillerie. À la fin de la journée, le gros des troupes françaises reste sur place.
Seine-Saint-Denis: Les résultats du combat du Bourget sont importants. Le terrain en avant des tirailleurs français est couvert de cadavres prussiens. Ce village, en pointe en avant des lignes françaises, occupé par leurs troupes, est canonné par les Allemands pendant toute la journée; toutefois, ils n'envoient aucune attaque d'infanterie. Au soir le feu des batteries allemandes cesse, et elles se replient vers Gonesse. Les troupes françaises étant en très bonne position, elles tiennent et restent dans le village.
Fin de la première bataille du Bourget Au lever du jour, des masses d'infanterie allemande, évaluées à plus de 15 000 hommes, se présentent de front au Bourget, appuyées par une nombreuse artillerie, pendant que d'autres colonnes, venant de Dugny et du Blanc-Mesnil, contournent le village du Bourget. Les troupes françaises postées dans la partie nord du Bourget sont coupées du corps principal et, encerclées, sont faites prisonnières. Le village de Drancy est évacué afin de ne pas subir le même sort. «Le village du Bourget ne faisant pas partie du système général de notre défense, son occupation était d'une importance très secondaire, et les bruits qui attribuent de la gravité aux incidents qui viennent d'être exposés sont sans aucun fondement.»[note 35]
Paris: L'envoi d'Adolphe Thiers à Versailles pour négocier avec Bismarck alimente la rumeur selon laquelle le gouvernement français demanderait l'Armistice. L'exaspération des Parisiens est telle qu'une manifestation populaire, orchestrée par Charles Delescluze a lieu contre Trochu et son gouvernement. Les manifestants occupent pacifiquement l'Hôtel de Ville, siège du gouvernement et des discussions ont lieu. Trochu réussit à se maintenir et proclame: «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas.» En fin de journée, la manifestation tourne à l'émeute et les membres du gouvernement se retrouvent prisonniers des partisans de la Commune, mais ils sont délivrés par le 106ebataillon de la garde nationale.
Yvelines: Des mobiles de l'Eure et de l'Ardèche, accompagnés de francs-tireurs de Mantes, font une reconnaissance dans la forêt de Rosny, Les Guinets, La Villeneuve-en-Chevrie et lancent une pointe sur Mantes. Les paysans ayant averti les Prussiens de cette attaque, ceux-ci se retirent sur les hauteurs de Magnanville et sur la rive droite de la Seine, incendiant Limetz et menaçant de tirer au canon sur la capitale du Mantois.
Paris: Deux ballons montés, le Ville de Châteaudun et un Ballon non dénommé n°3 ou Piper n°2 s'envolent de la gare du Nord et l'usine à gaz de La Villette[42]. Le premier termine sa course à Réclainville en Eure-et-Loir après avoir parcouru 106 kilomètres[104]. Le second sera capturé par les Prussiens vers Brie-Comte-Robert après avoir parcouru 36 kilomètres[105]. Le sergent Ignace Hoff, du 107erégiment d’infanterie, se distingue de nouveau par un acte de la plus grande vigueur. Accompagné d'un garde mobile, il s'approche à vingt pas d'une sentinelle prussienne, la tue, et tue également un soldat accouru au secours de son camarade. Le sergent Hoff, qui a déjà tué environ trente Prussiens, reçoit la croix de la Légion d'honneur des mains du général d'Exéa, en raison de ses nombreux actes de courage[106],[91]. Le général Trochu créé trois armées pour la défense de Paris.
Ruptures des négociations concernant l'armistice[107]. «Les quatre grandes puissances neutres, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et l'Italie, avaient pris l'initiative d'une proposition d'armistice à l'effet de faire élire une assemblée nationale. Le gouvernement de la Défense nationale avait posé ses conditions, qui étaient: le ravitaillement de Paris et le vote pour l'assemblée nationale par toutes les populations françaises. La Prusse a expressément repoussé la condition du ravitaillement; elle n'a d'ailleurs admis qu'avec des réserves le vote de l'Alsace et de la Lorraine. Le gouvernement de la Défense nationale a décidé à l'unanimité, que l'armistice ainsi compris devait être repoussé.»
Seine-Saint-Denis: Des renseignements font connaître que le feu concentré des forts de l'Est, d'Aubervilliers, de Romainville et de Noisy a causé aux Allemands, en un seul jour, dans le village du Bourget, une perte de 36 officiers, dont 2 colonels, et de 400 hommes. Ordre a été donné de concentrer de nouveau les feux sur ce point.
L'ensemble des forts continue, sur toute la ligne de défense, à canonner les travaux et les positions des Allemands. Le tir reprend la nuit, par intervalles, de façon à causer des alertes fréquentes aux postes prussiens et à les tenir constamment en haleine.
Paris: Un boucher du boulevard Rochechouart se met à vendre des chiens et des chats, des rats et des brochettes de moineaux. Rapidement, un marché aux rats s'ouvre place de l’Hôtel-de-Ville. Les rats étaient présentés dans de grandes cages, le client en choisissait un, qui était étranglé par un dogue, puis le client emportait son rat mort et emballé.
Val-de-Marne: Les Allemands abattent une partie du mur du cimetière de Choisy-le-Roi et démasquent une batterie.
Le feu de l'ensemble des forts continue, sur toute la ligne de défense pendant le jour et pendant la nuit.
Val-de-Marne: La redoute de Gravelle tire sur les ouvrages de Montmesly avec succès. Les troupes françaises occupent définitivement Créteil, qu'elles mettent immédiatement en état de défense.
Val-de-Marne: Le capitaine Lavigne, à la tête des tirailleurs parisiens, lance une reconnaissance sur Champigny; il refoule les postes prussiens, anéantit leurs approvisionnements et fait subir à aux Prussiens des pertes réelles. Sur toute la ligne, l'ensemble des forts ou ouvrages avancés français bombarde les avant-postes et positions fortifiés allemands. Une canonnade très vive, de la part de la redoute du Moulin Saquet et de l'ouvrage des Hautes Bruyères appuyés par les forts de Charenton, d'Ivry et de Montrouge, se fait contre les postes prussiens situés au sud de Paris.
Seine-Saint-Denis: Une reconnaissance conduite par le commandant Poulizac, du 1errégiment des éclaireurs de la Seine à cheval[39], chasse les Allemands de leurs postes avancés du côté de Drancy, et fait plusieurs prisonniers.
Val-de-Marne: L'armée allemande tente de reprendre pied dans Champigny. Elle en est débusquée par le feu des mitrailleuses françaises, et se réfugie dans les tranchées, au milieu desquelles des obus du fort de Nogent viennent tomber et l'oblige à battre en retraite. Les canons de la Faisanderie dispersent un détachement d'une cinquantaine de Prussiens réunis derrière la barricade de Champigny. Un obus tiré sur la maison Cazenave, au-dessous et à droite[pasclair] de Chennevières, utilisée comme pension par les officiers prussiens, tombe au milieu de la cour, entre deux ailes du bâtiment au moment où un certain nombre de ces officiers s’y trouvent réunis. Les observateurs remarquent un grand désordre, puis un grand mouvement de va-et-vient dans les cours, ce qui laisse à penser qu'il y a plusieurs morts et blessés parmi les Prussiens. Le fort de Charenton canonne les positions prussiennes de Choisy.
«Malgré les ordres les plus formellement exprimés par la voie des journaux et par celle de l'affichage, pour que les avant-postes ne soient dans aucun cas dépassés, des habitants de Paris sortent de la ville, se répandant par masses de tous les côtés à la fois dans la campagne. Ils s'avancent ainsi jusqu'à la portée la plus rapprochée des lignes prussiennes, encouragés par l'attitude de l'ennemi, qui les avait rarement inquiétés. Celui-ci, au mépris de tout sentiment d'humanité, tire maintenant d'une manière continue sur des hommes sans armes, même sur des femmes et des enfants. Il y a eu des morts et des blessés. Le gouverneur de Paris, profondément ému d'une situation à laquelle les avant-postes sont impuissants à remédier, en raison de l'étendue de nos lignes extérieures, porte ces faits à la connaissance de tous les habitants et les adjure, de ne plus enfreindre des ordres dont l'inexécution a de si douloureuses conséquences.»
Vendredi 18 novembre
Paris: Le ballon montéGénéral-Uhrich s'envole de nuit de la gare du Nord et termine sa course au petit matin à Luzarches, sous occupation prussienne, après avoir parcouru 36 kilomètres en 8h45 de vol[114],[115],[70]. C'est le premier vol de nuit. La chasse aux rats est une bonne affaire: ils se vendent 2 francs pièce.
Seine-Saint-Denis: À huit heures du matin des Prussiens, vêtus de blouses et de pantalons de toile dissimulant leurs armes et favorisés par la foule des maraudeurs qui couvrent la plaine de Bondy, se glissent le long de la berge du canal de l'Ourcq, et tirent presque à bout portant sur une sentinelle avancée du 1errégiment d'éclaireurs, sur les premiers retranchements français. Des combats d'avant postes ont lieu à Villetaneuse.
«Le général Gouverneur de Paris,
Considérant que l'affichage, les placards ou tous autres moyens analogues de publication de journaux, feuilles publiques ou écrits politiques, constituent une violation des lois sur l'affichage; Que ces infractions sont fréquentes; Considérant que, d'autre part, les lois de l'état de siège imposent aux chefs militaires le devoir d'interdire les publications de nature à exercer sur l'armée et les citoyens une influence pernicieuse.
ARRÊTE
Article 1er: Sont interdits tous affichage et placards de journaux, feuilles publiques ou écrits politiques de même nature.
Article 2: Le préfet de police, les commandants militaires et les officiers de la garde nationale sont chargés de faire arracher, détruire et supprimer les publications affichées en violation de l'interdiction ci-dessus.
Article 3: Les contrevenants seront poursuivis conformément aux lois. Ils pourront être déférés à la justice militaire.
Article 4: Le préfet de police est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Fait à Paris, le 20 novembre 1870.»
Seine-Saint-Denis: Le feu de l'artillerie française est très vif pendant une partie de la nuit contre les positions prussiennes du Bourget. Le gouverneur de Paris, ému des tristes événements qui se sont passés dans les journées des 18 et 19 novembre dans la plaine de Bondy, demande des rapports circonstanciés aux commandants des avant-postes les plus rapprochés de l'ennemi.
Val-de-Marne - Hauts-de-Seine: Pendant la nuit, une vive fusillade a lieu sur le front des lignes françaises au sud. Elle est appuyée par le canon des forts.
La pluie arrête sur tous les points les travaux allemands. Les forts tirent avec la plus grande modération.
Paris: Réquisition est faite de toutes les pommes de terre existant à Paris et dans la banlieue. Les détenteurs de pommes de terre à Paris et dans les communes situées en deçà de la ligne d'investissement, sont tenus de déclarer les quantités qu'ils possèdent en dehors des provisions de ménage.
Val-de-Marne: Plusieurs combats d'avant-postes ont lieu sur la Marne, se terminant tous à l'avantage des Français. Des mouvements de troupes attirent l'attention des Allemands. Deux bataillons de garde nationale mobilisée, commandés par les chefs de bataillon Queveauvilliers et de Brancion, sont sur le point de partir pour prendre les positions avancées.
Hauts-de-Seine: Les forts continuent les bombardements contre les travaux allemands, principalement à l'ouest et vers les positions de Meudon et de Châtillon. À onze heures et demie du soir, une reconnaissance est tentée par les Allemands, dans la presqu'ile de Gennevilliers[note 9]. Une barque, montée par plusieurs hommes, cherche à passer la Seine du côté du pont des Anglais. Cette reconnaissance échoue, grâce à la surveillance des postes français avancés qui tirent à bout portant sur la barque, dans laquelle plusieurs hommes sont blessés ou tués. La 2ecompagnie du corps franc des carabiniers parisiens, sous le commandement du capitaine Baquey, s'établit à Courbevoie.
Mercredi 23 novembre
Paris: Les moulins qui fonctionnent pour le compte de l'État doivent vendre le son au prix maximum de 30 francs les 100 kilogrammes. Interdiction est faite aux journaux de publier les mouvements des troupes, les travaux de fortification et les mesures militaires prises par la défense. Le ballon montéÉgalité s'envole de l'usine à gaz de Vaugirard et termine sa course à Louvain en Belgique, après avoir parcouru 225 kilomètres[117],[32].
Seine-Saint-Denis: Le 72ebataillon de guerre de la garde nationale, conjointement avec le 4ebataillon des éclaireurs de la Seine, et sous le commandement supérieur du capitaine de frégate Massion, occupent le village de Bondy. Après avoir franchi les barricades de Bondy, le 72ebataillon refoule les soldats allemands d'arbre en arbre sur la route de Metz et le long du canal de l'Ourcq. Le 72ecompte 4 blessés, dont le capitaine Massion, qui est transporté à l'ambulance du ministère de la Marine. En fin d'après-midi, le 72ebataillon de guerre du commandant de Brancion se replie. Quelques obus du fort de Noisy, envoyés sur le pont de la Poudrette[57] et sur les maisons bordant la lisière du bois, réussissent à faire retraiter à découvert un grand nombre de troupes allemandes.
Vendredi 25 novembre
Ordre de ne plus sortir de la ville
Des espions prussiens font parvenir des messages indiquant qu'une sortie va être effectuée. Les assiégeants commencent à prendre ses dispositions[13].
Dimanche 27 novembre
Seine-Saint-Denis: Dans la nuit du 27 au 28 novembre, les Français réunissent à gauche du fort de Rosny la division d'Hugues avec son artillerie divisionnaire:
En avant du fort, 3 000 marins, 200 sapeurs du génie ou auxiliaires;
À droite du fort, la division Bellemare avec son artillerie divisionnaire et 3 batteries de 12, tirées de la réserve du 3e corps d’armée;
La division d'Hugues est suivie de deux batteries de 12, 6 pièces de 24 courts, 6 pièces de 7 et sur des voitures bien attelées: 1 500 pelles, 1 500 pioches, 200 haches, 20 scies (dites passe-partout), 20 masses, 50 dames, 8 sacs de poudre de 15 kg chacun, 20 000 sacs de terre[13].
Hauts-de-Seine: Au lever du jour, une forte reconnaissance est faite sur les positions prussiennes de Buzenval et sur les hauteurs de Boispréau. Les opérations projetées par les Français dans la presqu'ile de Gennevilliers[note 9] commencent à six heures du soir par le tir de nombreuses batterie de mortiers, de fusées et d'artillerie, établies à proximité des ponts d'Argenteuil et de Bezons, qui jettent le trouble dans les positions que les Allemands occupe fortement. Les tirs allument un incendie qui se développe sur plusieurs points. Les troupes françaises sont logées dans l'île Marante à Colombes et au Pont des Anglais, où elles établissent des retranchements. Pendant une partie de la soirée, puis à minuit, il y a un violent échange de feu de mousqueterie.
Proclamations
Les proclamations suivantes sont adressées à la population et à l'armée de Paris.
«Citoyens de Paris,
Soldats de la garde nationale et de l'armée,
La politique d'envahissement et de conquête entend achever son œuvre. Elle introduit en Europe et prétend fonder en France le droit de la force. L'Europe peut subir cet outrage, mais la France veut combattre, et nos frères nous appellent au dehors pour la lutte suprême.
Après tant de sang versé, le sang va couler de nouveau. Que la responsabilité en retombe sur ceux dont la détestable ambition foule aux pieds les lois de la civilisation moderne et de la justice. Mettant notre confiance en Dieu, marchons en avant pour la patrie.»
«Soldats de la 2earmée de Paris,
Le moment est venu de rompre le cercle de fer qui nous enserre depuis trop longtemps et menace de nous étouffer dans une lente et douloureuse agonie! A vous est dévolu l'honneur de tenter cette entreprise: vous vous en montrerez dignes j'en ai la certitude.
Sans doute nos débuts seront difficiles; nous aurons à surmonter de sérieux obstacles; il faut les envisager avec calme et résolution, sans exagération et sans faiblesse.
La vérité, la voici: dès nos premiers pas, touchant nos avant-postes, nous trouverons d'implacables ennemis, rendus audacieux et confiants par de trop nombreux succès. Il y aura donc là à faire un vigoureux effort, mais il n'est pas au-dessus de vos forces: pour préparer votre action, la prévoyance de celui qui nous commande en chef a accumulé plus de 400 bouches à feu, dont deux tiers au moins du plus gros calibre; aucun obstacle matériel ne saurait y résister, et, pour vous élancer dans cette trouée, vous serez plus de 150 000, tous bien armés, bien équipés, abondamment pourvus de munitions, et, j'en ai l'espoir, tous animés d'une ardeur irrésistible.
Vainqueurs dans cette première période de la lutte, votre succès est assuré, car l'ennemi a envoyé sur les bords de la Loire ses plus nombreux et ses meilleurs soldats; les efforts héroïques et heureux de nos frères les y retiennent.
Courage donc et confiance! Songez que, dans cette lutte suprême, nous combattrons pour notre honneur, pour notre liberté, pour le salut de notre chère et malheureuse patrie et, si ce mobile n'est pas suffisant pour enflammer vos cœurs, pensez à vos champs dévastés, à vos familles ruinées, à vos sœurs, à vos femmes, à vos mères désolées!
Puisse cette pensée vous faire partager la soif de vengeance, la sourde rage qui m'animent, et vous inspirer le mépris du danger.
Pour moi, j'y suis bien résolu j'en fais le serment devant vous, devant la nation tout entière je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux; vous pourrez me voir tomber, mais vous ne me verrez pas reculer. Alors, ne vous arrêtez pas, mais vengez-moi.
En avant donc! En avant, et que Dieu nous protège!»
—Le général en chef de la 2earmée de Paris, Auguste Ducrot.
Troupes d'artillerie de campagne prussiennes stationnées à Torcy. Photo prise sur la route de Croissy.
Seine-Saint-Denis: Les mouvements exécutés depuis deux jours par les Français ont garni de forces importantes la plaine d'Aubervilliers, et réuni les trois corps de la 2earmée aux ordres du général Ducrot sur les bords de la Marne. Le plateau d'Avron[121] est occupé dès le point du jour par les marins de l'amiral Saisset, soutenus par la division d'Hugues. Une artillerie de pièces à longue portée est installé sur ce plateau, afin de menacer les positions de l'armée allemande et les routes suivies par ses convois à Gagny, Chelles et Gournay.
Val-de-Marne: Pour redonner espoir aux habitants de la capitale, le général Louis Trochu, gouverneur de Paris, décide d'organiser une sortie générale afin d'effectuer une percée des lignes allemandes. C'est ainsi qu'au point du jour, sous les ordres du général Vinoy, deux attaques sont lancées, appuyées par une artillerie considérable.
La seconde, sous les ordres du général Valentin, commandant une brigade de la division de Maud'huy, attaque le village de l'Haÿ avec les 109e et 110e de ligne et les 2e et 4ebataillons de la garde nationale mobile du Finistère. Les troupes françaises pénètrent dans les premières lignes qu'elles ont conquises. Au moment où ils se retirent face aux réserves prussiennes qui arrivent dans le village en quantité considérable, un tir formidable d'artillerie partant des Hautes-Bruyères et des batteries environnantes, couvre et écrase de feux L'Haÿ, ainsi que les colonnes qui cherchent à l'aborder. Au même moment, les canonnières du capitaine de vaisseau Thomasset, en amont du Port-à-l'Anglais, des pièces de gros calibres montées sur wagons blindés, en station sur la voie du chemin de fer, les batteries environnant Vitry celles du Moulin-Saquet, et enfin une partie de l'artillerie du fort de Charenton, dirigent leurs feux, avec la plus grande intensité, sur le terrain occupé par les Allemands et leur font éprouver les plus grandes pertes. Le chiffre des blessés français s'éleve à environ 500 hommes, parmi lesquels on signale le lieutenant-colonel Mimerel du 110e de ligne, atteint grièvement, et le chef de bataillon de Réals, commandant du 4ebataillon du Finistère, également blessé. Le chef de bataillon Cristiani de Ravaran, du 110e a été tué. À l'aube, les troupes de la 3earmée, aux ordres du général Vinoy, opèrent une sortie de diversion sur Thiais, L'Haÿ, la Gare-aux-Bœufs[123] et Choisy-le-Roi, et le feu des forts est dirigé sur ces divers points, signalés comme servant au rassemblement des troupes de l'ennemi. Toutefois, à 8h35 une dépêche télégraphique du gouverneur de Paris arrive au général Schmitz; elle indique: «Prévenez Vinoy, La Roncière, Beaufort et Liniers que la grande opération est ajournée par suite de la crue de la Marne et rupture du barrage. La suite de leur opération doit se mesurer sur cet incident. Ils seront juges». À 9h40 une seconde dépêche télégraphique indique: «Opération transformée. Par suite de l'impossibilité de faire parvenir des instructions coordonnées à la masse des troupes réunies sur la Marne, nous restons dans nos positions prêts à agir du côté d'Avron où la présence d'une nombreuse artillerie peut nous engager». Avec l'ajournement de la grande opération, l'armée allemande a ainsi le temps de prendre ses dispositions pour sa défense et d'appeler en grand nombre des renforts sur les points menacés.
Début de la bataille de Champigny Dans la nuit du 29 au 30 novembre, le vent tourne brusquement; à une brise tiède et molle succéde un froid vif et pénétrant. C'est dans ces conditions que l'armée du général Ducrot passe la Marne au petit matin, sur des ponts de bateaux, dont l'établissement a été retardé, la veille, par une crue subite et imprévue de la rivière. Cette grande opération s'engage sur un vaste périmètre soutenue par les forts et les batteries de position qui, depuis la veille, canonnent les forces allemandes. Le lieutenant-colonel Adrien Prévault[125] du 42e de ligne est tué lors des combats, particulièrement violents sur le plateau de Cœuilly[note 39]. À la fin de la journée, le rapport du gouverneur de Paris au gouvernement indique: «La droite a gardé les positions qu'elle avait brillamment conquises. La gauche, après avoir un peu fléchi, a tenu ferme et l'ennemi, dont les pertes sont considérables et qui nous a laissé 2 canons, a été obligé de se replier en arrière des crêtes. La situation est bonne grâce au soutien de l'artillerie, aux ordres du général Charles Frébault qui a magnifiquement combattu. Je passe la nuit sur le lieu de l'action qui continuera demain.»
Combat de Choisy-le-Roi En diversion à l'attaque principale, la division Susbielle, soutenue par une importante réserve des bataillons de marche de la garde nationale, se porte en avant de Créteil, et enlève à l'armée allemande les positions de Montmesly, qu'elle occupe jusqu'au soir avant de l'évacuer, ne pouvant plus tenir la position devant des forces supérieures; elle se replie sur Créteil. Toutefois cette diversion, sur la droite des opérations, fort utile pour l'attaque principale de la 2earmée, est soutenue par de nouvelles sorties opérées sur la rive gauche de la Seine, vers Choisy-le-Roi et Thiais, par des troupes du général Vinoy. L'artillerie de la redoute des Hautes-Bruyères démonte 2 des 8 pièces d'artillerie que les Allemands ont placées entre L'Haÿ et Chevilly. Le général Ladreit de Lacharrière est mortellement blessé au Mont-Mesly[125].
Combat d'Épinay-sur-Seine La brigade Lavoignet, à laquelle sont adjoints les mobiles de l'Hérault et de Saône-et-Loire, et soutenue par la division de cavalerie Bertin de Vaux, s'avance dans la plaine d'Aubervilliers, occupe Drancy et continue son opération jusqu'à la ferme du Groslay[note 25]. Les Allemands se concentrent, avec une nombreuse artillerie, dans leurs retranchements, en arrière du ruisseau de la Morée, et ne sortent pas de leurs positions situées en arrière du pont Yblon. Dans l'après-midi, avec une vive canonnade des forts, de la batterie flottante no4 et des batteries de la presqu'île de Gennevilliers[note 9], l'amiral La Roncière et la brigade Hanrion, composée du 135erégiment d'infanterie, de deux compagnies de fusiliers marins et des 1er, 2e et 3ebataillons des mobiles de la Seine enlève le village, s'empare du village retranché d'Épinay et fait 72 prisonniers, dont un aide de camp; les Français capturent également des munitions et 2 pièces d'artillerie d'un nouveau modèle. Le commandant du 1er bataillon de la Garde mobile de la Seine, Ernest Édouard Saillard, est mortellement blessé, dans l'actuelle rue de Paris, en montant à l'attaque de la redoute d'Épinay-sur-Seine, qu'il doit abandonner accablé par le nombre, en protégeant la retraite du bataillon dont il avait été nommé chef à l'unanimité.. Il meurt le des suites de ses blessures[126].
Bataille de Champigny: Les troupes françaises restent le matin sur les positions solidement établies qu'elles ont conquises la veille et occupées dans la nuit. L'enlèvement des blessés prussiens, abandonnés sur le champ de bataille, par leurs camarades, et l'ensevelissement des morts, ainsi les que blessés français, dont le général Pierre Renault[note 41] relevés par les ambulances, prend une partie de la journée. L'artillerie, placée sur le plateau d'Avron, ne cesse de couvrir les forces allemandes de ses feux. Toutefois la journée du 1er décembre s'est écoulée dans des conditions de calme que ne faisaient pas pressentir les luttes de la veille. Le Commandant des éclaireurs à cheval de la Seine Léon Franchetti est frappé par un éclat d'obus à la cuisse durant cette bataille[128].
Vers 6 heures du soir, il est télégraphié la dépêche officielle suivante:
«Grande victoire sous Paris!
Sortie du général Ducrot, qui occupe la Marne.»
Bataille de Champigny: Précédées d'une courte canonnade, les troupes françaises sont attaquées à la pointe du jour par de fortes forces allemandes, formées des réserves et de troupes fraîches. Les Français, fatigués des combats d'avant-veille, avec un matériel incomplet, ont été glacés par des nuits d'hiver qu'ils ont passées sans couvertures à −14°C, car, pour alléger les troupes, elles ont été laissées à Paris. Après avoir combattu durant 3 heures pour conserver leurs positions, les troupes françaises poursuivent l’assaillant et combattent durant 5 heures pour enlever les positions prussiennes. Le calme revient ensuite sur les positions de la Marne. Les Prussiens tirent sur Bernard Bauer qui conduit les ambulances de la Presse venues relever les blessés de la bataille de la veille[130].
Samedi 3 décembre
Paris: Un appel est lancé aux habitants afin d'obtenir des lits en faveur des blessés. 15 000 lits sont mis à la disposition de l'autorité militaire dans les 48 heures par les habitants de Paris.
Fin de la bataille de Champigny: Dès le point du jour, les Prussiens commencent une série d'attaques d'avant-postes précédées d'une courte canonnade, puis le calme revient sur les positions de la Marne. L'artillerie française située sur le plateau d'Avron continue son feu pour inquiéter les convois allemands incessants dans la direction de Chelles. Les vigies françaises signalent de nombreux convois de blessés prussiens quittant dès midi le champ de bataille. D'après des renseignements émanant des prisonniers, des régiments entiers auraient été écrasés. La journée du 3 décembre est consacrée à améliorer la situation des troupes françaises par ce temps, déjà rigoureux, qu'elles supportent avec un grand courage. L'armée du général Ducrot bivouaque à la nuit dans le bois de Vincennes, ayant repassé la Marne dans la journée. Environ 400 prisonniers prussiens, dont un groupe d'officiers, sontamenés dans Paris.
Dimanche 4 décembre
Le 4 décembre, à minuit, le thermomètre centigrade de l'ingénieur Ducray-Chevalier, marque, au Pont-Neuf, 6 degrés 3 dixièmes au-dessous de zéro.
Paris: Le quotidien Les Nouvelles publie un menu de circonstance, utilisant toutes les ressources alimentaires dont les Parisiens peuvent encore disposer:
«Soldats!
Après deux journées de glorieux combats, je vous ai fait repasser la Marne, parce que j'étais convaincu que de nouveaux efforts, dans une direction où l'ennemi avait eu le temps de concentrer ses forces et de préparer tous ses moyens d'action, seraient stériles.
En nous obstinant dans cette voie, je sacrifiais inutilement des milliers de braves, et, loin de servir l’œuvre de la délivrance, je la compromettais sérieusement, et je pouvais même vous conduire à un désastre irréparable.
Mais, vous l'avez compris, la lutte n'est suspendue que pour un instant; nous allons la reprendre avec résolution: soyez donc prêts, complétez en toute hâte vos munitions, vos vivres, et surtout élevez vos cœurs à la hauteur des sacrifices qu'exige la sainte cause pour laquelle nous ne devons pas hésiter à donner notre vie.»
Val-de-Marne: Le nombre des prisonniers allemands amenés du champ de bataille est, à 11 heures du matin, de 800. Le commandant Poulizac, à la tête des éclaireurs de la Seine, rentre d'une reconnaissance poussée vers Aulnay avec succès, où sept Prussiens ont été mis hors de combat. Ses troupes ont enlevé trois postes du chemin de fer de Soissons et ramènent 30 sacs, 40 casques, 2 fusils, des marmites, des couvertures, etc.
Mardi 6 décembre
Communications du gouvernement au sujet de la défaite d'Orléans
«Le gouvernement de la Défense nationale porte à la connaissance de la population les faits suivants: Hier au soir le gouverneur a reçu une lettre dont voici le texte: «Versailles, ce . «Il pourrait être utile d'informer Votre Excellence que l'armée de la Loire a été défaite hier près d'Orléans et que cette ville est réoccupée par les troupes allemandes. Si toutefois Votre Excellence jugera à propos de s'en convaincre par un de ses officiers, je ne manquerai pas de le munir d'un sauf-conduit pour aller et venir. Agréez, mon général, l'expression de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.»
«Le gouverneur a répondu «Votre Excellence a pensé qu'il pourrait être utile de m'informer que l'armée de la Loire a été défaite près d'Orléans et que cette ville est réoccupée par les troupes allemandes. «J'ai l'honneur de vous accuser réception de cette communication, que je ne crois pas devoir faire vérifier par les moyens que Votre Excellence m'indique. «Agréez, mon général, l'expression de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.»
«Cette nouvelle qui nous vient par l'ennemi, en la supposant exacte, ne nous ôte pas le droit de compter sur le grand mouvement de la France accourant à notre secours. Elle ne change rien ni à nos résolutions ni à nos devoirs. Un seul mot les résume: Combattre! Vive la France! Vive la République!»
Val-de-Marne: Le général Schmitz, chef d'état-major général des forces françaises, indique les pertes dans les divers journées de la bataille de Champigny: 1 008 tués (72 officiers et 936 hommes de troupe) et 5 022 blessés (342 officiers et4 680 hommes de troupe). Il indique également que les pertes allemandes ont été des plus considérables, étant en rapport avec les efforts qu'il a fait pour enlever les positions françaises. Écrasé par l'artillerie des forts qui canonnait sur tous les points où il se présentait, des officiers prisonniers ont en outre déclaré que plusieurs régiments avaient été détruits par le feu d'infanterie en avant de Champigny. Le commandant des éclaireurs à cheval de la Seine, Léon Franchetti, frappé par un éclat d'obus à la cuisse durant cette bataille meurt de ses blessures.
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
«Aux habitants de Paris.
Hier, des bruits inquiétants répandus dans la population ont fait affluer les consommateurs dans certaines boulangeries.
On craignait le rationnement du pain.
Cette crainte était absolument dénuée de fondement.
La consommation du pain ne sera pas rationnée.
Le Gouvernement a le devoir de veiller à la subsistance de la population; c'est un devoir qu'il remplit avec la plus grande vigilance. Nous sommes encore fort éloignés du terme où les approvisionnements deviendraient insuffisants.
La plupart des sièges ont été troublés par des paniques. La population de Paris est trop intelligente pour que ce fléau ne nous soit pas épargné.
Paris, le 12 décembre 1870.»
Val-de-Marne: Vers 1 heure du matin, les Prussiens tentent d'occuper le plateau d'Avron par surprise en avançant à travers la forêt de Bondy, avant de prendre position dans le village de Villemomble et d'attaquer les positions françaises. Après un combat acharné et une fusillade nourrie, les Prussiens sont contraints de se replier.
Hauts-de-Seine: On fait des expériences de tir au Mont-Valérien, avec la «Valérie», énorme pièce de marine de calibre 24 et d'un poids de 16 tonnes, capable de tirer des boulets de 100 kilos. On affirme qu'elle portera jusque sur la terrasse de Saint-Germain[137].
Le canon «La Valérie», situé dans le fort du Mont-Valérien qui tira sur plusieurs positions prussiennes.
Paris: Le ballon montéVille-de-Paris s'envole de la gare du Nord et termine sa course près de Wetzlar[note 43], après avoir parcouru 510 kilomètres; il y est capturé, ainsi que les plans secrets du général Trochu destinés à Gambetta pour coordonner leurs actions[138],[32]. Par décret, le gouvernement fait réquisition de tous les chevaux, ânes et mulets. Les détenteurs deviennent de simples gardiens. Les animaux seront pesés vivants et payés comptant à raison de 1,75 franc le kilogramme au maximum et de 1,25 franc au minimum. Tout propriétaire de cheval, d'âne et mulet qui voudra devancer l'injonction de livrer à la faculté de faire conduire tous les jours ces animaux au marché aux chevaux[pasclair] situé au 6 boulevard d'Enfer. Les prix de faveur suivants seront appliqués aux animaux spontanément amenés à raison de 2 francs le kilogramme au maximum et 1,50 franc au minimum. En outre il sera attribué une commission d'amenage de 10 francs par tête. Tout animal non déclaré sera confisqué. Après les pertes subies par divers corps de la 2e armée, notamment par la division de Malroy (du Ier corps), qui a été très énergiquement engagée, les bases de la constitution des armées de la défense de Paris sont modifiées. Le Ier corps, commandé par le général Blanchard, est dissous. La division de Malroy est en partie dirigée sur la 3e armée.
Paris: Le ballonDavy s'envole de la gare d'Orléans, et termine sa course à Fussey, en Côte-d'Or, après avoir parcouru 331 kilomètres[141],[32]. Circulaire de Jean-Baptiste de Chaudordy dénonçant les abominations commises par les Prussiens dans la guerre actuelle. Le général Trochu fait placarder une proclamation annonçant une prochaine sortie des troupes françaises, prévenant ainsi l'ennemi qui organise tranquillement sa défense[réf.nécessaire].
Paris: Décret soumettant les nominations des chefs de la garde mobile au choix du gouvernement. Par ordre du gouverneur de Paris, à partir de midi, toutes les portes de Paris seront fermées[143]
Mardi 20 décembre
Paris: Le ballonGénéral-Chanzy, qui s'envole de la gare du Nord, termine sa course à Auspach, en Bavière, où il est capturé avec ses occupants par les Prussiens, après avoir parcouru 760 kilomètres[144],[32]. Le soir, le gouverneur part pour se mettre à la tête de l'armée, des opérations de guerre importantes devant commencer demain au point du jour. Des mouvements de troupes sont donc exécutés, portant à plus de 100 bataillons de garde nationale mobilisés en dehors de Paris. La garde nationale mobilisée s'établit sur les positions qui s'étendent des bords de la Marne, en avant du plateau d'Avron, jusqu'à Saint-Denis. Cette concentration, bien que partiellement opérée par le chemin de fer de ceinture, a été fatigante pour les troupes.
Hauts-de-Seine: Du côté du Mont Valérien, vers 7 heures du matin, le général Noël lance une forte attaque à gauche sur la redoute de Montretout, au centre sur Buzenval et Longboyau; dans le même temps, sur sa droite, le chef de bataillon Faure, commandant du génie du Mont Valérien, s'empare de l'île du Chiard. Au moment où cet officier y pénètre à la tête d'une compagnie de francs-tireurs de Paris, il est blessé très grièvement tandis que le capitaine Haas, qui commande la compagnie, est tué net. Parmi les troupes figurent les 8e et 18e régiments de la garde nationale mobilisée de Paris.
Val-de-Marne: Les généraux de Malroy et Blaise sous les ordres du général Vinoy occupent Neuilly-sur-Marne, Ville-Evrard[note 44] et Maison Blanche[note 18], et en font créneler les murs. L'artillerie du plateau d'Avron et du fort de Nogent, qui appuie l'opération, a un combat très vif avec l'artillerie allemande qui établit des batteries pour arrêter l'action des troupes françaises. Le général Idelphonse Favé, commandant l'artillerie de la 3e armée, est blessé. Le temps s'est mis au froid, et un vent glacial pendant toute la journée contrarie les efforts des troupes françaises qui travaillent activement à s'abriter contre les coups allemands à Neuilly-sur-Marne, Ville-Evrard, Maison Blanche, Bondy, la ferme de Groslay[note 25] et Drancy. Toutefois les tranchées ouvertes ne sont pas terminées aussi promptement qu'attendu, à cause d'une gelée intense qui durcit la terre et rend le maniement des outils plus difficile. Dans la nuit du 21 au 22 décembre, des soldats allemands restés dans les caves de Ville-Evrard attaquent les postes occupés par les troupes françaises. Les soldats français ayant riposté vigoureusement, tuent ou font prisonniers la plus grande partie des assaillants. Le général Blaise, qui s'est porté en toute hâte à la tête de ses troupes, est mortellement atteint. Les prisonniers qui ont été faits sur les différents points ont confirmé que les pertes allemandes ont été des plus sérieuses.
Seine-Saint-Denis: Dès le matin, par une température de -14°, les troupes de l'amiral de La Roncière attaquent le Bourget. Elles sont composées de marins, des 134e et 138e régiment d'infanterie de ligne et de gardes mobiles de la Seine. La première colonne, composée du bataillon des marins et du 138e de ligne, sous les ordres du capitaine de frégate Lamothe Tenet, enlève la partie nord du village. Une seconde colonne, sous les ordres du général Lavoignet, qui attaque la partie sud du village, est arrêtée par de fortes barricades et des murs crénelés qui l'empêchent de dépasser les premières maisons dont ses hommes se sont emparés malgré des efforts acharnés. Simultanément une diversion importante est effectuée par les 10e, 12e, 13e et 14e bataillons des gardes mobiles de la Seine et une partie du 62e bataillon de la garde nationale de Saint Denis, sous le commandement du colonel Dautremon. Dans le même temps, le 68e bataillon de la garde nationale de Saint-Denis attaque Épinay, tandis que les deux batteries flottantes numéros 3 et 4 canonnent ce village ainsi qu'Orgemont[note 45] et le Cygne d'Enghien[note 46], dont les postes ripostent vigoureusement. L'artillerie de la Double-Couronne appuie, par son feu à longue portée, les opérations de l'armée. Après s'être maintenu 3 heures dans le nord du Bourget, jusqu'au-delà de l'église, luttant pour conquérir les maisons une à une, sous les feux tirés des caves et des fenêtres et sous une grêle de projectiles qui dure jusqu'à la fin du jour, les troupes françaises doivent se retirer. Le général Ducrot fait alors avancer une partie de son artillerie, qui engage une action très violente contre les batteries de Pont Iblon et du Blanc-Mesnil. Il occupe au soir Maison Blanche, Bondy, la ferme de Groslay et Drancy. À la nuit, les troupes françaises stationnées au Bourget effectuent leur retraite avec calme, après avoir ramené une centaine de prisonniers qui sont dirigés sur Paris. Ces troupes sont repliées en arrière dans les tranchées qui formaient les points d'appui du champ de bataille préparé. Toutefois, les unes et les autres, à peu d'exceptions près, sont sans abri, et cette première nuit de bivouac, par une gelée intense, éprouve très péniblement les soldats - il y a quelques cas de congélation.
Val-de-Marne-Seine-Saint-Denis: Les Allemands ayant fait sur leurs positions des concentrations considérables, qui semblent indiquer des intentions offensives et pouvant offrir un engagement général, le commandement français fait également venir des troupes, à marche forcée, pour reprendre leurs postes de combat, malgré l'intensité du froid qui ne fait que s'accroitre. À dater de ce moment, la santé des soldats est sérieusement atteinte. Les cas de congélation, contre lesquels l'activité des travaux entrepris ne peuvent rien, se multiplient dans une proportion menaçante. Les travaux eux-mêmes sont ralentis par suite de la dureté du sol, et dès le 24 ils deviennent impossibles.
Seine-Saint-Denis: Le commandant Zéler, à la tête de l'artillerie de la Double-Couronne, constate sur le haut de la butte Pinson des signaux lumineux auxquels il est immédiatement répondu, par des feux analogues, d'une maison de la rue de Paris, à Saint-Denis. Cet échange de signaux est surpris à différentes dates. Il prévient que, chaque fois qu'une sortie des troupes françaises doit s'effectuer le soir, des feux de signaux partent de Saint-Denis[147].
Membres de la garde mobile entassés dans une tranchée peu profonde pendant la guerre franco-prussienne de 1870-71 (Alphonse de Neuville, 1874).
Samedi 24 décembre
Le 24 décembre, à minuit, le thermomètre centigrade de l'ingénieur Ducray-Chevallier, au Pont-Neuf, marque 9 degrés 5 dixièmes au-dessous de zéro; à six heures du matin, le thermomètre indique 9 degrés 1 dixième au-dessous de zéro; à midi, il indique 6 degrés 0 dixièmes au-dessous de zéro. Le baromètre indique 758 mm 2, sans correction.
Val-de-Marne: Les troupes continuent les travaux de terrassement en voie d'exécution et ont beaucoup à souffrir pendant la nuit précédente des rigueurs de la température, qui descend à 11 degrés au-dessous de zéro sur le plateau d'Avron.
Seine-Saint-Denis: Deux bataillons mobilisés de la garde nationale font une reconnaissance sur le Raincy et ont quelques hommes blessés après avoir échangé un bon nombre de coups de fusil avec les Allemands. L'artillerie des forts, ainsi que celles de Bondy et du plateau d'Avron, tirent fréquemment sur les travaux des Prussiens, qui déploient de leur côté une grande activité. Malgré une remontée des températures, la terre est toujours rebelle au maniement de la pioche, néanmoins les abris se consolident.
Dimanche 25 décembre
Le 25 décembre, à six heures du matin, le thermomètre indique 12 degrés au-dessous de zéro et à midi, 8 degrés 7 dixièmes au-dessous de zéro. Le baromètre indique 754 mm 7, sans correction.
Paris: Le froid est atroce. Il devient impossible de se chauffer car le bois est rare et vert[149].
Val-de-Marne: Sur l'ordre du général Vinoy, 3 bataillons de la garde nationale, conduits par le colonel Valette, sont chargés le matin, d'occuper le parc de Maison Blanche[note 18], afin de renverser totalement le mur crénelé qui le ferme au sud-ouest. Les tirailleurs français débusquent le poste allemand du 106e régiment d'infanterie de ligne saxon(pl)[note 48], qui occupe le parc et la tranchée du chemin de fer. Lors de cet engagement, les Français font six prisonniers et perdent un tué et huit blessés, dont un officier. Après avoir chassé les Allemands, ils travaillent à abattre le mur, en laissant des postes de surveillances afin de se prévenir contre un retour offensif. Le général d'Hugues, pour éviter des imprudences, se porte lui-même auprès des troupes de soutien. L'artillerie du plateau d'Avron tire seule pour appuyer l'opération.
Hauts-de-Seine: Le commandant Delclos, du 5e bataillon de la Seine, opère une reconnaissance sur le Bas Meudon et le Val et Fleury, à la tête de 12 compagnies des 4e et 5e bataillons de la Seine et du 3e de la Somme.
Mardi 27 décembre
100e jour du siège. Début du bombardement de Paris dans certains quartiers.
Val-de-Marne: Au petit jour, l'armée allemande fait sauter la Gare-aux-Bœufs de Choisy.
Seine-Saint-Denis: Les Allemands démasquent au matin des batteries de siège à longue portée, et effectuent un feu très vif contre les forts de l’Est, de Noisy et de Nogent, et contre la partie nord du plateau d’Avron, qui répondent énergiquement. Cette canonnade pouvant être le prélude d’un bombardement général des forts français, puis d'une attaque générale, toutes les dispositions sont prises côté Français dans le but de repousser les attaques et de protéger les défenseurs. Dans la journée, les observateurs indiquent que les Allemands ont établi 3 batteries de gros calibre au-dessus de la redoute de l'Ermitage, au Raincy, 3 batteries à Gagny, 3 batteries à Noisy-le-Grand et 3 batteries au pont de Gournay. Ce combat d'artillerie, qui dure jusqu'à cinq heures, coûte environ 8 tués et 50 blessés, dont 4 officiers de marine, aux troupes françaises. Les pertes allemandes sont inconnues, mais elles sont supposées sérieuses sur les points les plus à portée du plateau. Les dépêches allemandes indiquent que 17 officiers français auraient été tués ou blessés lors de cette affaire. «En résumé, cette première journée de bombardement partiel contre nos avancées et nos forts, avec des moyens dont la puissance est considérable, n'a pas répondu à l'attente de l'ennemi[151].»
Hauts-de-Seine: Dans la nuit, on entend du Mont Valérien deux fortes détonations, qui donnent à penser que les forces allemandes ont fait sauter le pont du chemin de ferde Rouen. Le commandant Delclos fait fouiller les villages où porte sa reconnaissance entamée la veille, et où restent encore quelques habitants. Les postes prussiens s'enfuient à approche des troupes françaises, laissant quelques prisonniers. Une fusillade assez vive s'engage au moment où la reconnaissance regagne le fort d'Issy. Les Allemands sont repoussés et contraints de se retraiter précipitamment dans ses retranchements du Haut Meudon. Les pertes françaises s'élèvent à 2 tués et 6 blessés.
Seine-Saint-Denis: L'artillerie à longue portée allemande continue le bombardement qu'elle a commencé la veille contre les positions d'Avron. Le matin, les tirs modérés deviennent très vifs dans l'après-midi et la soirée. De nouvelles batteries appuient celles qui avaient été précédemment établies. Les pièces françaises, moins puissantes que les canons Krupp, doivent renoncer à faire feu. Le plateau devient alors tout à fait intenable pour l'infanterie[152]. Le gouverneur fait soustraire l'artillerie et les troupes à cette situation, que l'intensité croissante du feu allemand ne peut qu'aggraver, en ordonnant la rentrée des pièces en arrière des forts. Cette opération difficile et laborieuse s'effectue pendant la nuit et dans la matinée du 29. Les batteries françaises de Bondy fouillent les bois avec précision et inquiètent les Allemands.
Seine-Saint-Denis: Le bombardement redouble d'intensité. Ses effets sur le plateau d'Avron, qui n'a cessé d'être canonné, ont démontré l'opportunité de l'évacuation opérée la nuit dernière. Les 74 pièces d'artillerie qui ont été retirées à peu près intactes, auraient été complètement désorganisées par le feu violent de la journée. Les tirs sont désormais plus particulièrement dirigé contre les forts de Rosny, Nogent et Noisy, qui font bonne contenance sous une pluie d'obus d'une dimension extraordinaire, lancés à grande distance. Des dispositions sont prises pour que cette artillerie soit contre-battue par les plus gros canons dont dispose la défense. Il y a au fort de Nogent 14 blessés, au fort de Rosny 3 tués et 9 blessés, et au fort de Noisy seulement quelques contusionnés. Les Allemands ouvrent le feu sur Bondy; 2 tués, 6 blessés. Dans la soirée, les tirs allemands passent par-dessus le plateau d'Avron, atteignant la route stratégique et, par moments, les villages environnants[154].
Paris: Fin décembre, le beurre atteint 30 francs le kilo; la livre de chien vaut 4 francs. Un chat se vend 20 francs, un corbeau5 francs, un rat3 francs, un moineau1,25 franc. Les artisans et les ouvriers qui sont également gardes nationaux, ne travaillant plus, ne disposent que de leur solde, soit 1,50 franc par jour, plus 0,75 à la femme légitime.
Val-de-Marne: Le feu allemand recommence, et le fort de Nogent, sur lequel se portent principalement ses efforts, est bombardé de 8 heures du matin à 4h30 du soir; on y déplore 3 blessés.
Seine-Saint-Denis: Le feu allemand recommence le matin, et il est vif pendant une partie de la journée, mais n'occasionnant que 2 blessés au fort de Rosny. Sur le plateau d'Avron, les Allemands prennent une grande quantité de munitions d'artillerie et deux pièces de 24 enclouées. Ils envoient ensuite deux compagnies jusqu'au village de Rosny.
Un obus sur le boulevard (L'Illustration européenne, 1870).
Samedi 31 décembre
Seine-Saint-Denis: L'armée allemande augmente ses batteries de gros calibre, et rapproche plusieurs d'entre elles des points d'attaque. Ses projectiles arrivent en assez grand nombre à la ferme de Groslay[note 25], à Drancy, Bobigny, Bondy, et quelques-uns même sont parvenus jusqu'à la Folie[note 49] et Noisy-le-Sec. Le bombardement sur les forts de Rosny et de Noisy continue, mais ne fait que quelques dégâts matériels et un très petit nombre de blessés. À 11h du soir, une assez forte reconnaissance prussienne s’approche de Bondy. Les soldats français laissent venir les Prussiens à bonne portée et les reçoivent par une vive fusillade qui les font rentrer dans leurs lignes après avoir essuyé des pertes.
Val-de-Marne: Le feu allemand continue sur le fort de Nogent, ou il n'y a que quelques dégàts matériels et un très petit nombre de blessés.
Du mardi 27 décembre au dimanche 1er janvier, le bombardement allemand envoie 25 000 projectiles sur les défenses parisiennes.
Seine-Saint-Denis: L'artillerie allemande tire pendant une grande partie de la nuit. Le bombardement de Bondy redouble d'intensité pendant la nuit; celui du fort de Rosny est régulier, sans accident ni incident. Au matin, l'attaque est plus vive, les coups se succèdent presque sans interruption.
Lundi 2 janvier
Batterie de la Tour des Anglais (Léon Leymonnerye, 1871).
L'artillerie allemande envoie 6 000bombes par jour.
Hauts-de-Seine: Deux ou trois explosions se font entendre sur le plateau de Chatillon. La batterie de la Tour des Anglais[note 32] saute. Une forte patrouille française pénètre de nuit dans Rueil, et se retire d'Issy sans avoir essuyé le feu des postes avancés prussiens.
Seine-Saint-Denis: Le bombardement des forts de Nogent, Rosny et Noisy, et des villages environnants continue au matin sans causer de dommages bien sérieux. Le feu est cependant très vif sur Nogent, sur lequel l'artillerie allemande lance 600 obus, sans effet flagrant: un seul homme légèrement blessé et pas de dégâts.
Mardi 3 janvier
Le 3 janvier à minuit, le thermomètre centigrade de l'ingénieur Ducray-Chevalier, au Pont-Neuf, marque 4 degrés 2 dixièmes au-dessous de zéro.
Seine-Saint-Denis: Le bataillon Poulizac, des éclaireurs de la Seine, fait une petite expédition en avant de la ferme de Groslay[note 25]. Quelques Prussiens sont tués, six sont ramenés prisonniers: ils appartiennent à la garde. Les Français déplorent trois blessés, dont un officier. La canonnade sur les forts recommence au matin.
Mercredi 4 janvier
Le 4 janvier à six heures du matin, le thermomètre indique 3 degrés 3 dixièmes au-dessous de zéro et à midi, 0 degré. Le baromètre, indique 766 mm 4, sans correction.
Seine-Saint-Denis: L'artillerie allemande canonne Montreuil pendant une partie de la nuit et Saint-Denis toute la nuit. Elle tire également sur Bondy très vivement, mais sans résultat évident. Le feu contre les forts français reprend dès le matin, et est extrêmement violent (plus de 1 200 obus) jusqu'à 5 heures du soir sur le fort de Nogent, où il n'y a qu'un seul blessé sans gravité. Sur Bondy, le feu continue à raison de trois coups par minute. Au fort de Rosny, le feu est assez actif: trois hommes sont légèrement atteints par des éclats.
Val-de-Marne: Le matin vers 4h, un détachement allemand s'avance devant la ferme des Mèches[note 17] pour la surprendre; il est reçu par une vive fusillade, et ses hommes se sauvent au pas de course, en enlevant plusieurs blessés. Une demi heure plus tard, une patrouille allemande est surprise par les éclaireurs français du 139erégiment d'infanterie de ligne, qui font trois prisonniers.
Paris: Quelques obus sont parviennent jusque dans le quartier Saint-Jacques, sans jeter aucun trouble dans la population. Dès que les habitants de la rive gauche de la Seine en voient tomber, ils s'empressent de prendre leurs dispositions pour échapper aux obus aveugles. Les uns viennent chercher un abri sur la rive droite, les autres, ne voulant pas quitter leurs habitations, persistent à séjourner sous les coups allemands, mais en cherchant un abri dans leurs caves. Un troisième groupe s'obstine à braver le bombardement, sans vouloir quitter les maisons et les appartements.
Seine-Saint-Denis: Une forte reconnaissance, dirigée par le général Fournès, est opérée dans la nuit sur le plateau d'Avron. Après avoir chassé les postes prussiens qui s'y trouvent, Fournès s'installe près du château et fait démolir à la pioche et au pétard un grand mur derrière lequel les Allemands s'abritent dans la journée. Il quitte le plateau au jour, ramenant 3 prisonniers saxons. Le feu continue pendant la nuit sur le fort de Nogent sans résultats. Au petit matin, les Allemands attaquent Bondy: leurs tirailleurs sont repoussés, laissant sur le terrain une quinzaine de cadavres. De 8h du matin à 4h30 du soir, Bondy est bombardé, ainsi que les forts de l'Est de Paris, sans résultats.
Hauts-de-Seine: L'artillerie allemande bombarde, toute la journée et avec la plus grande violence, les forts de Montrouge, de Vanves et d'Issy, avec ses batteries placées sur le plateau de Châtillon, des pièces de gros et de petit calibre. Des obus qui n'ont pas éclaté, et recueillis, mesurent 0,22 m de diamètre et 0,55 m de hauteur. Les forts français répondent vigoureusement. La dépêche allemande du jour indique: «Depuis 9h, les forts du Sud de Paris sont bombardés par une superbe journée d'hiver; pas de vent ni de neige, mais neuf degrés de froid. Les batteries établies contre le front Sud de Paris ont bombardé pendant la journée les forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge, les retranchements de Villejuif, le Point-du-Jour et les canonnières. Le bombardement du front du Nord et de l'Est était en même temps énergiquement poursuivi avec des résultats très favorables. Nos pertes sont de quatre tués, quatre officiers et onze soldats blessés.»
«Le bombardement de Paris est commencé.
L'ennemi ne se contente pas de tirer sur nos forts, il lance ses projectiles sur nos maisons, il menace nos foyers et nos familles.
Sa violence redoublera la résolution de la cité qui veut combattre et vaincre.
Les défenseurs des forts couverts de feux incessants ne perdent rien de leur calme, et sauront infliger à l'assaillant de terribles représailles.
La population de Paris accepte vaillamment cette nouvelle épreuve. L'ennemi croit l'intimider, il ne fera que rendre son élan plus vigoureux. Elle se montrera digne de l'armée de la Loire qui a fait reculer l'ennemi, de l'armée du Nord qui marche à notre secours.
Vive la France! Vive la République!»
—Les membres du gouvernement.
Vendredi 6 janvier
Paris: À partir de 8h du matin, le bombardement recommence sur toute la ligne, ne causant aucun dommage sérieux. Les batteries extérieures et l'enceinte ripostent vigoureusement aux attaques de l'artillerie allemande. Les projectiles qui sont tombés dans la ville de Paris en assez grand nombre ne causent aucune émotion. Publication de la seconde Affiche Rouge, qui demande la création d'une Commune à Paris.
Hauts-de-Seine: Le fort de Montrouge est bombardé, pendant toute la nuit précédente; le feu allemand était d'environ trente coups à l'heure.
Val-de-Marne: Le fort de Bicêtre est bombardé, pendant toute la nuit précédente, avec la même intensité que celui de Montrouge. Du côté de Nogent, le bombardement cesse à partir de trois heures du matin pour reprendre très vivement à huit heures.
Le gouverneur de Paris a adressé la proclamation suivante aux habitants de Paris:
«Au moment où l'ennemi redouble ses efforts d'intimidation, on cherche à égarer les citoyens de Paris, par la tromperie et la calomnie. On exploite contre la défense nos souffrances et nos sacrifices.
Rien ne fera tomber les armes de nos mains. Courage, confiance, patriotisme!
Le gouverneur de Paris ne capitulera pas.
Paris, le .»
Paris: Début janvier, la livre de kangourou vaut 18 francs, le porc-épic10 francs, les singes commencent à être vendus.
Val-de-Marne: Le fort de Noisy ouvre le feu sur toutes les batteries prussiennes et entretient un tir soutenu et efficace. Ses obus éclatent en pleins retranchements, faisant des morts et des blessés.
Seine-Saint-Denis: Au matin, le bombardement reprend par intermittence sur la Courneuve; trois hommes sont blessés, un fusilier marin est tué.
Hauts-de-Seine: Les forts de Montrouge, de Vanves et d'Issy subissent toute la journée un bombardement qui, à certains moments est d'une violence extrême. Les batteries prussiennes de Meudon continuent à tirer sur les 6e et 7e secteurs[note 28][note 51]. Quelques civils sont blessés au Point du Jour et à Boulogne. Les avant postes du sud signalent qu'une concentration considérable de troupes s'est faite cette nuit sur le plateau de Châtillon.
Val-de-Marne: Le feu est moins nourri que la veille sur les redoutes des Hautes Bruyères et du Moulin Saquet. Quelques obus sont arrivés dans le fort de Bicêtre. Les batteries prussiennes établies à Thiais tirent également sans résultat sur les batteries françaises établies près de Vitry, et sur les bords de la rive gauche de la Seine.
«Après un investissement de plus de trois mois, l'ennemi a commencé le bombardement de nos forts le 30 décembre, et, six jours après, celui de la ville. Une pluie de projectiles, dont quelques uns pesant 94 kilogrammes, apparaissant pour la première fois dans l'histoire des sièges, a été lancée sur la partie de Paris qui s'étend depuis les Invalides jusqu'au Muséum. Le feu a continué jour et nuit, sans interruption, avec une telle violence, que, dans la nuit du 8 au 9 janvier, la partie de la ville située entre Saint Sulpice et l'Odéon recevait un obus par chaque intervalle de deux minutes.
Tout a été atteint: nos hôpitaux regorgent de blessés, nos ambulances, nos écoles; les musées et les bibliothèques, les prisons, l'église Saint-Sulpice, celles de la Sorbonne et du Val-de-Grâce, un certain nombre de maisons particulières. Des femmes ont été tuées dans la rue, d'autres dans leur lit; des enfants ont été saisis par des boulets dans les bras de leur mère. Une école de la rue de Vaugirard a eu quatre enfants tués et cinq blessés par un seul projectile.
Le musée du Luxembourg, qui contient les chefs-d'œuvre de l'art moderne, et le jardin où se trouvait une ambulance qu'il a fallu faire évacuer à la hâte, ont reçu vingt obus dans l'espace quelques heures. Les fameuses serres du Muséum, qui n'avaient point de rivales dans le monde, sont détruites. Au Val-de-Grâce, pendant la nuit, deux blessés, dont un garde national, ont été tués dans leur lit. Cet hôpital, reconnaissable à la distance de plusieurs lieues par son dôme que tout le monde connaît, porte les traces du bombardement dans ses cours, dans ses salles de malades, dans son église, dont la corniche a été enlevée.
Aucun avertissement n'a précédé cette furieuse attaque. Paris s'est trouvé tout à coup transformé en champ de bataille, et nous déclarons avec orgueil que les femmes s'y sont montrées aussi intrépides que les citoyens. Tout le monde a été envahi par la colère, mais personne n'a senti la peur.
Tels sont les actes de l'armée prussienne et de son roi, présent au milieu d'elle. Le gouvernement les constate pour la France, pour l'Europe et pour l'histoire.»
Paris: Le ballon montéDuquesne s'envole de la gare d'Orléans et termine sa course à Berzieux dans la Marne, après avoir parcouru 167 kilomètres[159],[32]. Les abords du Panthéon et le 9esecteur[note 52] de défense de Paris reçoivent beaucoup d'obus. Une trentaine de projectiles du plus gros calibre atteignent l'hospice de la Pitié et le Val-de-Grâce. Les Allemands semblent prendre pour objectif les établissements hospitaliers de Paris. «Par ces procédés odieux, il montre une fois de plus son mépris des lois de la guerre et de l'humanité[160]». Le contre amiral de Montaignac fait connaître que pendant la nuit, les Prussiens tirent à toute volée sur la ville. Les obus, passant par-dessus les remparts, tombent dans les quartiers éloignés de l'enceinte.
Hauts-de-Seine: Le matin, en plein jour, l'armée allemande renouvelle une attaque qu'elle a déjà tentée de nuit contre la maison Crochard et sur le poste des carrières, à gauche de Rueil. C'est la quatrième tentative que les Prussiens font sur cette position. Les francs-tireurs de la mobile de la Loire Inférieure et les tirailleurs de l'Aisne ont laissé approcher les soldats prussiens et les ont repoussés après leur avoir fait éprouver des pertes. Le bombardement continue sur les forts du sud pendant la journée, avec moins de violence que les jours précédents.
Seine-Saint-Denis: Le colonel Comte, avec les francs-tireurs Poulizac, 30 cavaliers de la République[note 54], les francs-tireurs de la division Faron et la compagnie de volontaires du capitaine de Luxer, lancent à 11 heures du soir une reconnaissance sur les positions occupées par les Allemands le long du chemin de fer de Strasbourg, avec pour objectif de détruire les maisons qui abritent ces troupes. Assailli par une vive fusillade, le colonel Comte fait charger à la baïonnette les soldats allemands, qui lâchent pied devant cette vigoureuse attaque. Les maisons sont immédiatement minées, et quelques Prussiens qui refusent de se rendre, et continuent à tirer du toit de l'une des maisons, sautent avec cette dernière. L'opération terminée, la colonne rentre dans ses lignes avec 7 blessés et ramenant 2 prisonniers, un grand nombre de casques, de fusils, de couvertures et d'objets de campement.
Hauts-de-Seine: Le colonel Porion avec un détachement de marins, 150 gardes nationaux mobilisés, des détachements de gardiens de la paix, de mobiles du 5e bataillon de la Somme, du 5e bataillon de la Seine, et une compagnie du génie, lancent à 3 heures du matin une attaque afin de détruire les ouvrages entrepris par les Allemands au moulin de Pierre[note 8],[19],[20], en avant du fort d'Issy. L'attaque ayant surpris les postes prussiens chargés de défendre les travailleurs, la position est abordée sans tirer un coup de fusil. Le capitaine Saint Vincent et ses sapeurs s'occupent alors immédiatement de détruire les travaux existants pendant que les marins, poussant en avant, découvrent une batterie en construction. Les postes allemands de Clamart ouvrent un feu nourri sur les marins français que les troupes de soutien viennent appuyer. Les travaux de destruction n'en continuent pas moins et la colonne du colonel Porion, l'opération terminée, rentre dans ses lignes avec 1 tué et 3 blessés, ramenant 21 prisonniers. Dans la presqu'île de Gennevilliers[note 9], les Prussiens renouvellent des tentatives de conversations avec les militaires français. Ils sont reçus par des coups de fusil. Le bombardement des forts de Vanves et de Montrouge continue aujourd'hui avec moins de vivacité que d'habitude, mais l'artillerie allemande concentre ses efforts sur le fort d'Issy, canonné violemment. Les batteries des différents forts ripostent avec une égale vigueur.
Val-de-Marne: Dans la nuit, une compagnie du 4e bataillon de la garde nationale mobilisée sous les ordres du capitaine Arnauld de Vresse fait une reconnaissance en direction de Vitry.
Croquis de la batterie Prussienne du Moulin de Pierre et de la batterie des Châlets sur la route de Clamart
«Considérant que les devoirs de la République sont les mêmes à l'égard des victimes du bombardement de Paris qu'à l'égard de ceux qui succombent les armes à la main pour la défense de la patrie,
DÉCRÈTE
Tout Français atteint par les bombes prussiennes est assimilé au soldat frappé par l'ennemi.
Les veuves de ceux qui auront péri par l'effet du bombardement de Paris, les orphelins de pères ou de mères qui auront péri de même, sont assimilés aux veuves et aux orphelins des soldats tués à l'ennemi.»
Hauts-de-Seine: Dans la journée, le feu reprend avec une violence extrême contre les forts du sud, principalement contre le fort d'Issy, qui parait être le principal objectif des batteries prussiennes. Des dispositifs considérables d'artillerie sont en route pour combattre efficacement les nouvelles batteries démasquées par les Prussiens.
Paris: Le bombardement continue pendant la nuit précédente, sur la ville et les établissements déjà signalés. De minuit à deux heures du matin, il tombe environ un projectile par minute dans le quartier Saint Sulpice. «Par un arrêté du maire de Paris, en date du 12 janvier, il est interdit aux boulangers de fabriquer ou de mettre en vente du pain dit pains de luxe. Il leur est interdit de bluter ou de trier, par un procédé quelconque, les farines qui leur sont livrées par la caisse de la boulangerie».
Seine-Saint-Denis: Dans la nuit, le commandant Blanc, avec une compagnie de zouaves et une compagnie de mobiles du Morbihan, fait une reconnaissance sur le plateau d'Avron. Les postes prussiens sont vigoureusement chassés, et la petite colonne rentre avant le jour, après avoir enlevé six prisonniers. Les forts tirent, pendant la nuit, sur toute la ligne des positions prussiennes.
Val-de-Marne: La boucle de la Marne est également bombardée pendant la nuit par l'artillerie prussienne. Les forts répliquent sur toute la ligne des positions prussiennes.
Hauts-de-Seine: Les forts de Vanves, d'Issy et de Montrouge sont canonnés avec violence, mais les batteries extérieures et celles des forts ouvre un feu nourri qui paraît avoir causé d'assez grands ravages dans les batteries prussiennes.
Val-de-Marne: Dans la boucle de la Marne, les Allemands effectuent un bombardement violent et persistant, sans plus d'effet que les jours précédents. Toute la journée, l'armée allemande tire lentement sur les villages de Nogent et de Plaisance. Le contre amiralPothuau exécute une reconnaissance entre la Gare aux Bœufs de Choisy-le-Roi et la Seine sur des positions allemandes. Un peu plus tard, les Prussiens prennent l'offensive en assez grand nombre; ils sont accueillis à coups de fusil qui les obligent à se replier rapidement.
Hauts-de-Seine: Les forts du sud sont canonnés moins violemment. Les Prussiens font pendant la nuit plusieurs tentatives sur divers points des tranchées qui relient les forts entre eux. Ils sont repoussés partout. Sur l'ordre du gouverneur, le général Vinoy, une sortie contre le moulin de Pierre[note 8],[19],[20] est menée par les généraux Blanchard et Corréard[165]. La tête de colonne avant été accueillie par un feu des plus vifs, les troupes françaises rentrent dans leurs lignes.
Seine-Saint-Denis: Vers 10h, une reconnaissance prussienne s'avance pour inquiéter les travaux en voie d’exécution près de la suiferie du Bourget[166], sur la route de Flandre. Les Prussiens doivent se replier, à la suite d'un feu de mousqueterie très violent provenant d'un bataillon du 119e de ligne, d'une compagnie du 12e et du 213ebataillon mobilisé de la Seine, qui occupent le Bourget. Dans la soirée, l'armée allemande lance une attaque contre les positions avancées françaises de Drancy. Une fusillade s'engage, ne se terminant définitivement qu'à une heure du matin.
Réquisition: Les blés et farines sont réquisitionnés dans l'ensemble du département de la Seine et dans les parties des départements voisins dont les habitants sont en communication avec Paris.
Chevaux: «Dans chacun des 20 arrondissements de Paris et dans chacune des communes suburbaines actuellement habitées, il sera dressé une liste des chevaux dont la conservation est indispensable pour les transports privés impossibles à effectuer à l'aide de voiture à bras. Le nombre de chevaux épargnés en vertu de cette disposition sera de 2 000 pour Paris et la banlieue».
Blé, seigle et orge: «Toute personne qui découvrira du blé, de l'orge ou de l'avoine soustraits aux réquisitions, et qui en fera connaitre l'existence, recevra, après vérification, une récompense de 25 francs pour chaque quintal métrique, soit en grain, soit en farine.»
Dépècement d'un cheval sur la voie publique pendant le siège de Paris.
Val-de-Marne: Le commandant de Mirandol, à la tête des francs-tireurs des troupes de ligne, des marins, des sapeurs du Génie, des artilleurs, des mobiles de l'Hérault du lieutenant Laurent, des mobiles du colonel Reille et des éclaireurs du commandant Poulizac, effectue une reconnaissance au pont de Champigny dans laquelle cinq Prussiens, dont un officier, sont tués, et dix blessés.
Lundi 16 janvier
Paris: Le ballon montéSteenackers s'envole de la gare du Nord et termine sa course à Hynd près d'Harderwijk en Hollande, après avoir parcouru 552 kilomètres[168],[32]. «Un décret du 16 janvier décide que la réquisition mise sur les pommes de terre par le décret du 21 novembre 1870 est levé. En conséquence le commerce de la pomme de terre est libre à partir de la promulgation de ce nouveau décret.»
Val-de-Marne: Les troupes françaises repoussent une attaque faite sur la maison Millaud. Le fort de Montrouge peut tirer à bonne distance sur les soldats sortis de Bagneux pour concourir à cette attaque. La boucle de la Marne et le fort de Nogent sont canonnés constamment par l'artillerie prussienne.
Hauts-de-Seine: Pendant la journée, l'horizon étant beaucoup moins brumeux que précédemment, l'artillerie de l'enceinte peut bien distinguer les batteries de allemandes, et les contrebat. Elle peut ainsi soulager avec une grande efficacité les forts de Montrouge, Vanves et d'Issy. Les batteries prussiennes de Châtillon tirent contre les Français beaucoup moins vivement que d'habitude.
Mardi 17 janvier
Paris: L'enceinte reprend son tir ce matin; le combat d'artillerie se continue sur tous les points.
Hauts-de-Seine: Le matin, à huit heures, le fort de Vanves ouvre le feu sur la batterie de la Plâtrière, qui ne répond que par quelques coups. Les batteries de Châtillon recommencent à tirer sans causer de dommage réel.
Seine-Saint-Denis: L'armée allemande tente une attaque contre Bondy pendant la nuit; elle est repoussée.
Val-de-Marne: Les Allemands ayant massé des troupes en avant de Créteil, ne peuvent attaquer les tranchées françaises, la pluie ayant rendu la plaine impraticable. Le tir sur les Hautes Bruyères est assez vif. La redoute du Moulin Saquet est canonnée par une batterie de campagne; l'artillerie de position française fait éprouver, en hommes et en chevaux, des pertes tellement sérieuses que le feu est éteint en quelques instants, et la batterie démontée, laissant hommes et chevaux sur le terrain. Les Allemands continuent à tirer lentement sur Nogent et sur le fort, mais sans aucun résultat.
«Citoyens, L'ennemi tue nos femmes et nos enfants; il nous bombarde jour et nuit; il couvre d'obus nos hôpitaux. Un cri: Aux armes! est sorti de toutes les poitrines. Ceux d'entre nous qui peuvent donner leur vie sur le champ de bataille marcheront à l'ennemi; ceux qui restent, jaloux de se montrer dignes de l'héroïsme de leurs frères, accepteront au besoin les plus durs sacrifices comme un autre moyen de se dévouer pour la patrie. Souffrir et mourir, s'il le faut, mais vaincre. Vive la république!»
—Les membres du gouvernement.
Hauts-de-Seine: Le feu des batteries prussiennes, dans le sud, reste continu, mais beaucoup moins nourri que les jours précédents. Les forts, les batteries de Vaugirard et du Point‑du‑Jour, et surtout le fort de Vanves canonnent sans relâche et avec succès les positions prussiennes. Le 6e secteur[note 28] a même complètement éteint le feu de la batterie des Chalets.
La population parisienne apprend que le général Chanzy, commandant de l'armée de la Loire dont on espère l'aide pour briser l'encerclement de Paris, doit se replier derrière la Mayenne.
Seconde bataille de Buzenval: Au petit matin, dans un brouillard intense, 3 colonnes françaises, commandées par les généraux Vinoy, de Bellemare et Ducrot, attaquent les positions prussiennes situées sur les hauteurs de Rueil et enlèvent la redoute de Montretout et d'autres objectifs. Dans l'après-midi, les troupes prussiennes effectuent, avec une violence extrême, un retour offensif entre le centre et la gauche des positions françaises, faisant en reculer les troupes, qui, cependant, regagnent une partie du terrain vers la fin de la journée. À 7h du soir, le général Trochu ordonne la retraite. Les Français se retirent alors en arrière, dans les tranchées, entre les maisons Crochard et le Mont Valérien, dans un grand désordre par l'unique chemin qui mène au rond-point des Bergères. Cette sortie, totalement inutile et mal préparée, avait été imaginée par Trochu, gouverneur militaire de Paris et président du gouvernement provisoire, pour «calmer» les Parisiens les plus bellicistes.
Hauts-de-Seine: Le brouillard est épais, et les Allemands n'attaquent pas. La plupart des masses pouvant être canonnées des hauteurs sont dirigées vers l'arrière, quelques-unes dans leurs anciens cantonnements. Des parlementaires français sont envoyés à Sèvres afin d'obtenir un armistice de deux jours, pour permettre l'enlèvement des blessés et l'enterrement des morts.
Ordre du jour
«C'est avec fierté que le commandant supérieur de la Garde nationale rend hommage, par la voie de l'ordre, au courage dont ont fait preuve les régiments de Paris engagés dans la bataille du 19 janvier. Il a eu la satisfaction de l'entendre louer, sur le terrain même, par les divers chefs de l'armée sous les ordres desquels ces régiments ont combattu.
Engagés dès le point du jour, ils ont soutenu avec ardeur une lutte que l'état de l'atmosphère rendait plus difficile, jusqu'à une heure avancée de la nuit qui seule a mis fin au combat.
N'ayant pas encore reçu des chefs de corps les renseignements nécessaires, le commandant supérieur ne peut faire connaître, aujourd'hui les noms des officiers, sous‑officiers et gardes qui ont succombé, ou de ceux qui se sont particulierement distingués. Mais, dès aujourd'hui, il ne craint pas de dire ce mot qui sera répété par la France entière: «Dans la journée du 19 janvier, la garde nationale de Paris, comme l'armée et comme la mobile, a fait dignement son devoir.»»
Paris: Le gouvernement de la Défense nationale décide que le commandement en chef de l'armée de Paris est désormais séparé de la présidence du gouvernement. En conséquence:
Le général Vinoy est nommé commandant en chef de l'armée de Paris.
Ordre du jour du général Vinoy à l'Armée de Paris.
«Le gouvernement de la Défense nationale vient de me placer à votre tête. Il fait appel à mon patriotisme et à mon dévouement; je n'ai pas le droit de me soustraire. C'est une charge bien lourde, je n'en veux accepter que la péril, et il ne faut pas se faire d'illusions.
Après un siège de plus de quatre mois, glorieusement soutenu par l’armée et par la garde nationale, virilement supporté par la population de Paris, nous voici arrivés au moment critique.
Refuser le dangereux honneur du commandement dans une semblable circonstance, serait ne pas répondre à la confiance qu'on a mise en moi. Je suis soldat et ne sais pas reculer devant les dangers que peut entraîner cette grande responsabilité.
À l'intérieur, le parti du désordre s'agite et cependant le canon gronde. Je veux être soldat jusqu’au bout, j'accepte ce danger, bien convaincu que le concours des bons citoyens, celui de l'armée et de la garde nationale ne me feront pas défaut pour le maintien de l'ordre et le salut commun.»
—Général Vinoy.
Seine-Saint-Denis: À 8h45, le bombardement commence sur les forts de la Double-Couronne, de l'Est, de la Briche et sur la ville de Saint Denis. Le fort de la Double-Couronne est battu de front par les batteries allemandes de la butte Pinson et de Pierrefitte. Ses courtines sont enfilées par les batteries de Stains et du Bourget, à l'est, et par celles d'Enghien, d'Épinay et de Montmorency, à l'ouest, dans un ensemble de neuf feux croisés. À sept heures du soir, le fort de la Double-Couronne a échangé 900 projectiles contre 1 100 pour ses attaquants. Profitant de l'obscurité, les Allemands prennent possession des retranchements abandonnés par les postes avancés. Ils y établissent des batteries volantes qui tirent sur les embrasures avec des boites à balles.
Plan de la ville de Saint Denis. On y voit bien également l'hydrographie de la ville, bordée par la Seine, traversée par le Canal Saint-Denis, et avec la zone marécageuse du nord de la ville, drainée par le Croult et le Rouillon. la ville est protégée au nord par le Fort de la Double-Couronne, dont les murailles rejoignent, hors du plan, les Forts de l'Est et de la Briche. Les trois routes qui traversent ces fortifications se rejoignent au Barrage de Saint Denis. On voit également la ligne de chemin de fer Paris - Lille par Creil, d'où se sépare la ligne Paris - Pontoise.
Seine-Saint-Denis: Le bombardement de Saint Denis est d'une grande violence. Des batteries nouvelles sont établies. Des travaux sont signalés reliant Pont Yblon aux batteries du Blanc-Mesnil. Le fort de la Briche, a à supporter, toute la journée, les feux croisés de six batteries: deux au‑dessous d'Enghien, une à Deuil, une à Montmorency, deux à la Butte-Pinson[62]. Les Allemands commencent à établir des batteries dans les tranchées de Villetaneuse et d'Épinay; ils poussent une reconnaissance jusqu'à 300 mètres environ du fort. Les Prussiens se sont montrés en grand nombre du côté de Pierrefitte, où ils font des tranchées. Les feux de la Double Couronne détruisent en partie un moulin, en arrière des batteries de la butte-Pinson, dans lequel les Prussiens se sont établis avec une tranchée qui communique avec les batteries, afin de le rendre inhabitable à l'ennemi. Le fort de la Double-Couronne reçoit quant à lui 3 500 obus, ne pouvant répondre que par 50 coups en raison des dégâts subis[23].
Lundi 23 janvier
L'activité de l'armée assiégeante se remarque sur tous les points de la ligne d'investissement.
Paris: Le 6esecteur[note 28] subit un feu continu toute la journée, provenant des batteries de Breteuil et de Meudon.
Hauts-de-Seine: Le fort de Montrouge a réparé les dégâts qu'il a subis. Malgré la pluie, les travaux allemands continuent entre Châtillon et Bagneux. Le fort d'Issy signale l'établissement d'une batterie allemande à la maison à clochetons, près de la gare de Meudon. À l'Ouest, les Allemands installent de nouvelles batteries en arrière de la gorge de Montretout, comme pour augmenter leurs défenses contre un nouveau retour offensif sur le terrain où s'est produit l'engagement du 19 janvier. Les travaux de tranchées en avant du fort de Vanves sont contrariés par la pluie.
Seine-Saint-Denis: Les forts de Rosny et de Noisy, la redoute de la Boissière et les batteries de la route stratégique reçoivent quelques obus envoyés par les batteries du Raincy. Au Nord, des mouvements de troupes assez considérables sont observés entre Aulnay, Gonesse, le Bourget et Pont Yblon. À Saint‑Denis, le bombardement continue avec violence. Les forts souffrent peu. Le fort de la Double-Couronne, a à supporter le feu de huit batteries allemandes. Les pièces françaises ripostent avec succès et réussissent à éteindre ou à déplacer successivement plusieurs des pièces qui les battent. Il reste dans ce fort 32 officiers et 850 soldats[23].
Soldats prussiens sur les bords de la Seine près de Bougival.
Mardi 24 janvier
Paris: Le ballonTorricelli s'envole de la gare de l'Est et termine sa course à Fumechon dans l'Oise, après avoir parcouru 193 kilomètres[173],[32]. Le 6e secteur[note 28] subit comme le jour précédent un feu continu, provenant des batteries de Breteuil et de Meudon. Les 7e[note 51] et 8e secteurs[note 53], qui ont reçu une vingtaine d'obus, ripostent avec succès. L'activité des travailleurs de la garde nationale aux remparts, et des compagnies du génie auxiliaire aux batteries extérieures, permet de réparer les dégâts produits et de créer de nouveaux moyens de défense. Les forces allemandes réparent également, avec rapidité, les dommages sérieux que lui cause le tir français, notamment à Breteuil.
Paris: Deux incendies éclatent dans la nuit, par suite du bombardement dans le 8esecteur[note 53]. Des obus tombent sur La Chapelle.
Hauts-de-Seine: Au sud, les Allemands continuent à organiser chaque jour de nouveaux emplacements de batteries, dépassant celles qui sont battues par l'artillerie française. On signale des travaux au viaduc de Fleury, et des tirs d'artillerie très violents contre le fort d'Issy. Après avoir réparé les brèches des murs des parcs, les Prussiens mettent en batterie de quelques pièces volantes entre la maison Crochard et les avant-postes Français, en particulier en face de Longboyau. Les incendies du village de Saint-Cloud brûlent toujours.
Seine-Saint-Denis: Du côté de Saint-Denis, 500 obus atteignent le fort de la Briche, sans faire de victime. Un bombardement violent sur le fort de la Double-Couronne fait 3 tués et 5 blessés, et 3 blessés au fort de l'Est. Des obus tombent sur Saint-Denis. Les Prussiens installent une nouvelle batterie à Villetaneuse. Le fort de la Briche continue à se défendre avec vigueur, malgré le feu qui le couvre depuis deux jours. Le fort de la Double-Couronne tire à mitraille sur les tranchées du chemin de fer, désormais au pouvoir des Allemands, et détruit la barricade de la route de Pierrefite. Pour sa 30ejournée de bombardement, le fort de Rosny reçoit 45 obus.
Une brume épaisse règne toute la matinée, avec quelques éclaircies dans l'après-midi. Le gouvernement fait pressentir l'armistice.
Hauts-de-Seine: Les batteries françaises profitant de quelques éclaircies tirent sur les travaux allemands à Saint-Cloud, Garches et Moutretout, où les obus ont allumé plusieurs incendies.
Seine-Saint-Denis: Les batteries françaises bombardent les travaux effectués sur Drancy, et les travailleurs allemands doivent s'enfuir précipitamment. Le fort de la Double-Couronne démolit la barricade prussienne située sur la route de Pierrefitte. Les forts situés à l'Est effectuent un violent combat d'artillerie toute la matinée. Au Nord, de Drancy jusqu'au fort de la Briche, le front fait l'objet d'un bombardement très actif.
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
«Tant que le gouvernement a pu compter sur l’arrivée d'une armée de secours, il était de son devoir de ne rien négliger pour prolonger la défense de Paris.
En ce moment, quoique nos armées soient encore debout, les chances de la guerre les ont refoulées, l'une sous les murs de Lille, l'autre au-delà de Laval; la troisième opère sur les frontières de l'est. Nous avons dès lors perdu tout espoir qu'elles puissent se rapprocher de nous, et l'état de nos subsistances ne nous permet plus d'attendre.
Dans cette situation, le gouvernement avait le devoir absolu de négocier. Les négociations ont lieu en ce moment. Tout le monde comprendra que nous ne pouvons en indiquer les détails sans de graves inconvénients. Nous espérons pouvoir les publier demain. Nous pouvons cependant dire dès aujourd'hui que le principe de la souveraineté nationale sera sauvegardé par la réunion immédiate d'une assemblée; que l’armistice a pour but la convocation de cette assemblée; que, pendant cet armistice, l'armée allemande occupera les forts, mais n'entrera pas dans l'enceinte de Paris; que nous conserverons notre garde nationale intacte et une division de l'armée, et qu'aucun de nos soldats ne sera emmené hors du territoire.
Paris, .»
Le général Vinoy aux Commandants de tous les forts. 26 janvier, 9 h 35 du soir. Suspension d'armes à minuit. Cessez le feu sur toute la ligne. Exécutez rigoureusement cet ordre.
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
«Citoyens,
La convention qui met fin à la résistance de Paris n'est pas encore signée, mais ce n'est qu'un retard de quelques heures. Les bases en demeurent fixées telles que nous les avons annoncées hier: L'ennemi n'entrera pas dans l'enceinte de Paris. La garde nationale conservera son organisation et ses armes. Une division de douze mille hommes demeure intacte; quant aux autres troupes, elles resteront dans Paris, au milieu de nous, au lieu d'être, comme on l'avait d'abord proposé, cantonnées dans la banlieue. Les officiers garderont leur épée. Nous publierons les articles de la convention aussitôt que les signatures auront été échangées, et nous ferons en même temps connaître, l'état exact de nos subsistances. Paris veut être sûr que la résistance a duré jusqu'aux dernières limites du possible. Les chiffres que nous donnerons en seront la preuve irréfragable, et nous mettrons qui que ce soit au défi de les contester. Nous montrerons qu'il nous reste tout juste assez de pain pour attendre le ravitaillement, et que nous ne pouvions prolonger la lutte sans condamner a une mort certaine deux millions d'hommes, de femmes et d'enfants. Le siège de Paris a duré quatre mois et douze jours. Le bombardement, un mois entier. Depuis le 15 janvier, la ration de pain est réduite à 300 grammes; la ration de viande de cheval, depuis le 15 décembre, n'est que de 30 grammes. La mortalité a plus que triplé. Au milieu de tant de désastres, il n'y a pas eu un seul jour de découragement. L'ennemi est le premier à rendre hommage à l'énergie morale et au courage dont la population parisienne tout entière vient de donner l'exemple. Paris a beaucoup souffert; mais la République profitera de ses longues souffrances, si noblement supportées. Nous sortons de la lutte qui finit, retrempés pour la lutte à venir. Nous en sortons avec tout notre honneur, avec toutes nos espérances, malgré les douleurs de l'heure présente; plus que jamais nous avons foi dans les destinées de la patrie. Paris, 28 janvier 1871.»
Un armistice général, sur toute la ligne des opérations militaires eu cours d'exécution entre les armées allemandes et les armées françaises, commencera pour Paris aujourd'hui même, pour les départements dans un délai de trois jours; la durée de l'armistice sera de vingt et un jours, à dater d'aujourd'hui, de manière que, sauf le cas où il serait renouvelé, l'armistice se terminera partout le 19 février, à midi.
Les armées belligérantes conserveront leurs positions respectives, qui seront séparées par une ligne de démarcation. Cette ligne partira de Pont I'Ëvèque, sur les côtes du département du Calvados, se dirigera sur Lignières, dans le Nord-Est du département de la Mayenne, en passant outre Briouze et Fromentel en touchant au département de la Mayenne à Lignières, elle suivra la limite qui sépare ce département de celui de l'Orne et de la Sarthe, jusqu'au nord de Morannes, et sera continuée de manière à laisser à l'occupation allemande les départements de la Sarthe, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, du Loiret, de l'Yonne, jusqu'au point où, à l'Est de Quarré-les-Tombes, se touchent les départements de la Côte-d'Or, de la Nièvre et de l'Yonne. À partir de ce point, le tracé de la ligne sera réservé à une entente qui aura lieu aussitôt que les parties contractantes seront renseignées sur la situation actuelle des opérations militaires en exécution dans les départements de la Côte-d'Or, du Doubs et du Jura. Dans tous les cas, elle traversera le territoire composé de ces trois départements, en laissant à l'occupation allemande les départements situés au Nord, à l'armée française ceux situés au Midi de ce territoire.
Les départements du Nord et du Pas de Calais, les forteresses de Givet et de Langres, avec le terrain qui les entoure à une distance de dix kilomètres, et la péninsule du Havre jusqu'à une ligne à tirer d'Étretat, dans la direction, de Saint Romain, resteront en dehors de l'occupation allemande.
Les deux armées belligérantes, et leurs avant postes de part et d'autre, se tiendront à une distance de dix kilomètres au moins des lignes tracées pour séparer leurs positions.
Chacune des deux armées se réserve le droit de maintenir son autorité dans le territoire qu'elle occupe, et d'employer les moyens que ses commandants jugeront nécessaires pour arriver à ce but.
L'armistice s'applique également aux forces navales des deux pays, en adoptant le méridien de Dunkerque comme ligne de démarcation, à l'Ouest de laquelle se tiendra la flotte française, et à l'est de laquelle se retireront, aussitôt qu'ils pourront être avertis, les bâtiments de guerre allemands qui se trouvent dans les eaux occidentales. Les captures qui seraient faites après la conclusion et avant la notification de l'armistice, seront restituées, de même que les prisonniers qui pourraient être faits de part et d'autre, dans des engagements qui auraient en lieu dans l'intervalle indiqué.
Les opérations militaires sur le terrain des départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or, ainsi que le siège de Belfort, se continueront indépendamment de l'armistice, jusqu'au moment ou l'on se sera mis d'accord sur la ligne de démarcation dont le tracé à travers les trois départements mentionnés a été réservé à une entente ultérieure.
ARTICLE 2.
L'armistice ainsi convenu a pour but de permettre au gouvernement de la Défense nationale de convoquer une Assemblée librement élue qui se prononcera sur la question de savoir: si la guerre doit être continuée, ou à quelles conditions a paix doit être faite.
L'Assemblée se réunira dans la ville de Bordeaux.
Toutes les facilités seront données par les commandants des armées allemandes pour l'élection et la réunion des députés qui la composeront.
ARTICLE 3.
Il sera fait immédiatement remise à l'armée allemande, par l'autorité militaire française, de tous les forts formant le périmètre de la défense extérieure de Paris, ainsi que de leur matériel de guerre. Les communes et les maisons situées en dehors de ce périmètre ou entre les forts pourront être occupées par les troupes allemandes, jusqu'à une ligne à tracer par des commissaires militaires. Le terrain restant entre cette ligne et l'enceinte fortifiée de la ville de Paris sera interdit aux forces armées des deux parties. La manière de rendre les forts, et le tracé de la ligne mentionnée formeront l'objet d'un protocole à annexer à la présente convention.
ARTICLE 4.
Pendant la durée de l'armistice, l'armée allemande n'entrera pas dans la ville de Paris.
ARTICLE 5.
L'enceinte sera désarmée de ses canons, dont les affûts seront transportés dans les forts à désigner par le commissaire de l'armée allemande (*).
(*) Dans le protocole, cette condition du transport des affûts dans les forts a été abandonnée par les commissaires allemands, sur la demande des commissaires français.
ARTICLE 6
Les garnisons (armée de ligne, garde mobile et marins) des forts de Paris seront prisonnières de guerre, sauf une division de douze mille hommes que l'autorité militaire dans Paris conservera pour le service intérieur.
Les troupes prisonnières de guerre déposeront leurs armes, qui seront réunies dans des lieux désignés et livrées suivant règlement par des commissaires suivant l'usage. Ces troupes resteront dans l'intérieur de la ville, dont elles ne pourront pas franchir l'enceinte pendant l'armistice. Les autorités françaises s'engagent à veiller à ce que tout individu appartenant à l'armée et à la garde mobile reste consigné dans l'intérieur de la ville. Les officiers des troupes prisonnières seront désignés par une liste à remettre aux autorités allemandes.
À l'expiration de l'armistice, tous les militaires appartenant à l'armée consignée dans Paris, auront à se constituer prisonniers de guerre de l'armée allemande, si la paix n'est pas conclue jusque-là.
Les officiers prisonniers conserveront leurs armes.
ARTICLE 7.
La garde nationale conservera ses armes. Elle sera chargée de la garde de Paris et du maintien de l'ordre. Il en sera de même de la gendarmerie et des troupes assimilées, employées dans le service municipal, telles que la garde républicaine, les douaniers et les pompiers; la totalité de cette catégorie n'excède pas trois mille cinq cents hommes[note 57],[35].
Tous les corps de francs-tireurs seront dissous par une ordonnance du gouvernement français.
ARTICLE 8.
Aussitôt après les signatures des présentes et avant la prise de possession des forts, le commandant en chef des armées allemandes donnera toutes facilités aux commissaires que le gouvernement français enverra, tant dans les départements qu'à l'étranger, pour préparer le ravitaillement et faire approcher de la ville les marchandises qui y sont destinées.
ARTICLE 9.
Après la remise des forts et après le désarmement de l'enceinte et de la garnison, stipulés dans les articles 5 et 6, le ravitaillement de Paris s'opérera librement par la circulation sur les voies ferrées et fluviales. Les provisions destinées à ce ravitaillement ne pourront être puisées dans le terrain occupé par les troupes allemandes, et le gouvernement français s'engage à en faire l'acquisition en dehors de la ligne de démarcation qui entoure les positions des armées allemandes, à moins d'autorisation contraire donnée par les commandants de ces dernières.
ARTICLE 10.
Toute personne qui voudra quitter la ville de Paris devra être munie de permis réguliers délivrés par l'autorité militaire française, et soumis au visa des avant postes allemands. Ces permis et visas seront accordés de droit aux candidats à la députation en province et aux députés à l'Assemblée.
La circulation des personnes qui auront obtenu l'autorisation indiquée, ne sera admise qu'entre six heures du matin et six heures du soir.
ARTICLE 11.
La ville de Paris payera une contribution municipale de guerre, de la somme de deux cents millions de francs. Ce payement devra être effectué avant le quinzième jour de l'armistice. Le mode de payement sera déterminé par une commission mixte, allemande et française.
ARTICLE 12
Pendant la durée de l'armistice, il ne sera rien distrait des valeurs publiques pouvant servir de gages au recouvrement des contributions de guerre.
ARTICLE 13.
L'importation dans Paris d'armes, de munitions ou de matières servant à leur fabrication, sera interdite pendant la durée de l'armistice.
ARTICLE 14.
Il sera procédé immédiatement à l'échange de tous les prisonniers de guerre qui ont été faits par l'armée française depuis le commencement de la guerre. Dans ce but, les autorités françaises remettront, dans le plus bref délai, des listes nominatives des prisonniers de guerre allemands aux autorités militaires allemandes à Amiens, au Mans, à Orléans et à Vesoul. La mise en liberté des prisonniers de guerre allemands s'effectuera sur les points les plus rapprochés de la frontière. Les autorités allemandes remettront en échange, sur les mêmes points, et dans le plus bref délai possible, un nombre pareil de prisonniers français, de grades correspondants, aux autorités militaires françaises.
L'échange s'étendra aux prisonniers de condition bourgeoise, tels que les capitaines de navires de la marine marchande allemande, et les prisonniers français civils qui ont été internés en Allemagne.
ARTICLE 15
Un service postal pour des lettres non cachetées sera organisé entre Paris et les départements, par l'intermédiaire du quartier général de Versailles.
En foi de quoi les soussignés ont revêtu de leurs signatures et de leur sceau les présentes conventions.
Paris: À la suite de rumeurs et d'agitations, le gouvernement de la Défense nationale fait une troisième déclaration, indiquant que la résistance de Paris a été poussée jusqu'aux extrêmes limites possibles et que la convention relative à l'armistice est signée. Les Prussiens prennent possession de la totalité des forts.
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
«Le gouvernement a annoncé qu'il donnerait la preuve irréfragable que Paris a poussé la résistance jusqu'aux extrêmes limites du possible. Hier encore il y avait inconvénient grave à publier des informations de ce genre. Aujourd'hui que la convention relative à l'armistice est signée, le gouvernement a pu remplir sa promesse.
Il faut d'abord se remettre en mémoire ce que trop de personnes semblent avoir oublié: c'est qu'au début de l'investissement les plus optimistes n'osaient pas croire à un siège de plus de six ou sept semaines.
Lorsque, le 8 septembre, le Journal officiel répétant une déclaration affichée sur les murailles par M. Magnin, ministre du commerce, affirmait que les approvisionnements en viandes, liquides et objets alimentaires de toute espèce, seraient largement suffisant pour assurer l'alimentation d'une population de deux millions d'âmes pendant deux mois, cette assertion était généralement accueillie par un sourire d'incrédulité. Or, quatre mois et vingt jours se sont écoulés depuis le 8 septembre.
Au milieu des plus dures privations, devenues, pendant ces dernières semaines, de cruelles souffrances, Paris a résisté aussi longtemps qu'il a pu raisonnablement espérer le secours des armées extérieures, aussi longtemps qu'un morceau de pain lui est resté pour nourrir ses habitants et ses défenseurs. Il ne s'est arrêté que lorsque les nouvelles venues de province lui ont arraché tout espoir; en même temps que l'état de ses subsistances lui montrait la famine imminente et inévitable.
Le 27 janvier, c'est-à-dire huit jours après la dernière bataille livrée sous nos murs et presque au moment où nous apprenions les insuccès de Chanzy et de Faidherbe, il restait en magasin 42 000 quintaux métriques de blé, orge, seigle, riz et avoine, ce qui, réduit en farine, représente, à cause du faible rendement de l'avoine, 35 000 quintaux métriques de farine panifiable. Dans cette quantité sont compris 41 000 quintaux de blé et 6 000 quintaux de riz, cédés par l'administration de la guerre, laquelle ne possède plus que dix jours de vivres pour les troupes, si on les traite comme des troupes en campagne savoir, 12 000 quintaux de riz, blé et farine et 20 000 quintaux d'avoine. Telle était la situation de nos approvisionnements en céréales à l'heure de l'ouverture des négociations.
En temps ordinaire, Paris emploie à sa subsistance 8 000 quintaux de farine par jour, c'est-à-dire 2 000 000 de livres de pain; mais, du 22 septembre au 18 janvier, sa consommation a été réduite à une moyenne de 6 360 quintaux de farine par jour, et depuis le 18 janvier, c'est-à-dire depuis le rationnement, cette consommation est descendue à 5 300 quintaux soit un sixième de moins environ que la quantité habituelle, nous pourrions dire nécessaire.
En partant de ce chiffre de 5 300 quintaux, le total de nos approvisionnements représente une durée de sept jours.
À ces sept jours, on peut ajouter un jour d'alimentation fournie par la farine actuellement distribuée aux boulangers; trois ou quatre jours auxquels subviendront les quantités de blé enlevées aux détenteurs par tous les moyens qu'il a été possible d'imaginer, et l'on arrive ainsi à reconnaître "que nous avons du pain pour huit jours au moins, pour douze jours au plus".
Il n'est pas inutile de dire que depuis trois semaines, il n'existe plus de provision en farine. Nos moulins ne fournissent chaque jour que la farine nécessaire au lendemain. Il eût suffi de quelques obus, tombant sur l'usine Cail[178], pour mettre instantanément en danger l'alimentation de toute la ville.
En ce qui concerne la viande, la situation peut se caractériser par un seul mot. Depuis l'épuisement de nos réserves de boucherie, nous avons vécu en mangeant du cheval. Il y avait 400 000 chevaux à Paris. Il n'en reste plus que 33 000, en comprenant dans ce chiffre les chevaux de la guerre.
Ces 33 000 chevaux, d'ailleurs, ne sauraient être tous abattus sans les plus graves inconvénients. Plusieurs services, indispensables à la vie, seraient suspendus: ambulances, transport des grains, des farines et des combustibles; services de l'éclairage et des vidanges, pompes funèbres, etc. Il nous faudra, d'autre part, beaucoup de chevaux pour le camionnage, quand la ravitaillement commencera. En réalité, une fois ces diverses nécessités satisfaites, le nombre des animaux disponibles pour la boucherie ne dépassera pas 22 000 environ.
En ce moment nous consommons, avec l'armée, 650 chevaux par jour, soit 25 à 30 grammes par habitant, après le prélèvement des hôpitaux, des ambulances et des fourneaux. Vingt cinq grammes de viande de cheval, trois cents grammes de pain, voilà la nourriture dont Paris se contente à l'heure qu'il est. Dans dix jours, quand nous n'aurons plus de pain, nous aurons consommé 6 509 chevaux de plus, et il ne nous en restera que 26 500. Nous pouvons, il est vrai, y joindre 3 000 vaches réservées pour le dernier moment, parce qu'elles fournissent du lait aux malades et aux nouveau-nés. Mais, alors, comme il faudra remplacer le pain absent, la ration de la viande devra être quadruplée, et nous serons obligés de tuer 3 000 chevaux par jour. Nous vivrions ainsi pendant une semaine environ.
Mais nous n'en viendrons pas à cette extrémité, précisément parce que le gouvernement de la Défense nationale s'est décidé à négocier. On dira peut-être: Pourquoi avoir tant tardé? Pourquoi n'avoir pas révélé plus tôt ces vérités terribles?» A cette question, il y a à répondre que le devoir était, de prolonger la résistance jusqu'aux dernières limites, et que la révélation de semblables détails eût été la fin de toute résistance.
Mais le ravitaillement marchera assez vite pour que nous ne restions pas un seul jour sans pain. Toutes les mesures que la prudence pouvait suggérer ont été prises, et, pourvu que, chacun comprenne son devoir, pourvu que les agitations intérieures ne viennent pas troubler la reprise de l'activité industrielle et commerciale, de nouveaux approvisionnements nous arriveront juste au moment où nous aurons épuisé ceux qui nous restent.
Nous avons le ferme espoir, nous avons la certitude que la famine sera épargnée à deux millions d'hommes, de femmes, de vieillards et d'enfants. Le devoir sacré de pousser la résistance aussi loin que les forces humaines le comportent, nous a obligés de tenir tant que nous avons eu un reste de pain. Nous avons cédé, non pas à l'avant dernière heure, mais à la dernière.
Paris, 29 janvier 1871.»
«Soldats, marins et gardes mobiles,
Tant qu'une bouchée de pain a été assurée à Parts, vous avez défendu cette grande cité, qui a été, pendant cinq mois, le boulevard de la France. Vous l'avez défendue au prix de votre sang, qui a coulé à pleins bords.
Aujourd'hui que des malheurs inouïs, que votre courage et vos sacrifices n'ont pu conjurer, vous ramènent dans son enceinte, de nouveau devoirs, non moins sacrés que ceux que vous avez accomplis déjà, vous sont imposés. À tout prix vous devez donner à tous l'exemple de la discipline, de la bonne tenue, de l'obéissance. Vous le devez par respect de vous mêmes, par respect pour notre patrie en deuil, dans l'intérêt de la sécurité publique.
Vous ne faillirez pas, j'espère, à cette obligation sacrée. Y manquer serait plus qu'une faute, ce serait un crime.
Officiers, sous-officiers et soldats, restez unis dans un sentiment commun de patriotisme passionné soutenez vous, fortifiez vous les uns les autres, alors qu'après avoir versé tant de sang pour l'honneur de Paris et les plus grands intérêts de la patrie, vous méritiez qu'on dise de vous: Ils ne sont pas seulement de braves soldats, ils sont aussi de bons citoyens.
Paris, le 30 janvier 1871.»
Paris: Une nouvelle fois, les membres du gouvernement de la Défense nationale s'adressent aux Français, justifiant leur acceptation de l'armistice par le manque de provisions alimentaires.
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
Déclaration du Gouvernement de la Défense nationale
«Français,
Paris a déposé les armes à la veille de mourir de faim.
On lui avait dit: Tenez quelques semaines, et nous vous délivrerons. Il a résisté cinq mois, et, malgré d'héroïques efforts, les départements n'ont pu le secourir.
Il s'est résigné aux privations les plus cruelles. Il a accepté la ruine, la maladie, l'épuisement. Pendant un mois, les bombes l'ont accablé, tuant les femmes, les enfants. Depuis plus de six semaines, les quelques grammes de mauvais pain qu'on distribue, à chaque habitant suffisent à peine à l'empêcher de mourir.
Et quand, ainsi vaincue par la plus inexorable nécessité, la grande cité s'arrête pour ne pas condamner deux millions de citoyens à la plus horrible catastrophe; quand, profitant de son reste de forces, elle traite avec l'ennemi au lieu de subir une reddition à merci, au dehors, on accuse le gouvernement de la Défense nationale de coupable légèreté, on le dénonce, on le rejette.
Que la France nous juge, nous et ceux qui nous comblaient hier de témoignages d'amitié et de respect, et qui aujourd'hui nous insultent:
Nous ne relèverions pas leurs attaques si le devoir ne nous commandait de tenir jusqu'à la dernière heure, d'une main ferme, le gouvernail que le peuple de Paris nous a confié au milieu de la tempête. Ce devoir, nous l'accomplirons.
Lorsqu'à la fin de janvier, nous nous sommes résignés à essayer de traiter, il était bien tard. Nous n'avions plus de farine que pour dix jours, et nous savions que la dévastation du pays rendait le ravitaillement tout à fait incertain. Ceux qui se lèvent aujourd'hui contre nous ne connaîtront jamais les angoisses qui nous agitaient.
Il fallait cependant les cacher, aborder l'ennemi avec résolution, paraître encore prêts à combattre et munis de vivres.
Ce que nous voulions, le voici:
Avant tout, n'usurper aucun droit. À la France seule appartient celui de disposer d'elle-même. Nous avons voulu le lui réserver. Il a fallu de longues luttes pour obtenir la reconnaissance de sa souveraineté. Elle est le point le plus important de notre traité.
Nous avons conservé à la garde nationale sa liberté et ses armes.
Si, malgré nos efforts, nous n'avons pu soustraire l'armée et la garde mobile aux lois rigoureuses de la guerre, an moins les avons nous sauvées de la captivité en Allemagne et de l'internement dans un camp retranché, sous les fusils prussiens.
On nous reproche de n'avoir pas consulté la délégation de Bordeaux! On oublie que nous étions enfermés dans un cercle de fer que nous ne pouvions briser.
On oublie d'ailleurs, que chaque jour rendait plus probable la terrible catastrophe de la famine, et, cependant, nous avons disputé le terrain pied à pied, pendant six jours, alors que la population de Paris ignorait et devait ignorer sa situation véritable, et qu'entrainée par une généreuse ardeur elle demandait à combattre.
Nous avons donc cédé à une nécessité fatale.
Nous avons, pour la convocation de l'Assemblée, stipulé un armistice, alors que les armées qui pouvaient nous venir en aide étaient refoulé loin de nous.
Une seule tenait encore, nous le croyions du moins. La Prusse a exigé la reddition de Belfort. Nous l'avons refusée, et, par là même, pour protéger la place, nous avons pour quelques jours réservé la liberté d'action de son armée de secours. Mais, ce que nous ignorions, il était trop tard. Coupé en deux par les armées allemandes, Bourbaki, malgré son héroïsme, ne pouvait plus résister, et, après l'acte de généreux désespoir auquel il s'abandonnait, sa troupe était forcée de passer la frontière.
La convention du 28 janvier n'a donc compromis aucun intérêt, et Paris seul a été sacrifié.
Il ne murmure pas. Il rend hommage à la vaillance de ceux qui ont combattu loin de lui pour le secourir. Il n'accuse pas même celui qui est aujourd'hui si injuste et si téméraire M. le ministre de la guerre, qui a arrêté le général Chanzy voulant marcher au secours de Paris, et lui a donné l'ordre de se retirer derrière la Mayenne.
Non! Tout était inutile, et nous devions succomber. Mais notre honneur est debout, et nous ne souffrirons pas qu'on y touche.
Nous avons appelé la France à élire librement une Assemblée qui, dans cette crise suprême, fera connaître sa volonté.
Nous ne reconnaissons à personne le droit de lui en imposer une, ni pour la paix ni pour la guerre.
Une nation attaquée par un ennemi puissant lutte jusqu'à la dernière extrémité; mais elle est toujours juge de l'heure à laquelle la résistance cesse d'être possible.
C'est ce que dira le pays consulté sur son sort.
Pour que son vœu s'impose à tous comme une loi respectée, il faut qu'il soit l'expression souveraine du libre suffrage de tous. Or, nous n'admettons pas qu'on puisse imposer à ce suffrage des restrictions arbitraires.
Nous avons combattu l'empire et ses pratiques. Nous n'entendons pas les recommencer en instituant des candidatures officielles par voie d'élimination.
Que de grandes fautes aient été commises, que de lourdes responsabilités en dérivent, rien n'est plus vrai. Mais le malheur de la patrie efface tout sous son niveau, et, d'ailleurs, en nous rabaissant au rôle d'hommes de parti pour proscrire nos anciens adversaires, nous aurions la douleur et la honte de frapper ceux qui combattent et versent leur sang à nos côtés.
Se souvenir des dissensions passées quand l'ennemi foule notre sol ensanglanté, c'est rapetisser par ses rancunes la grande œuvre de la délivrance de la patrie. Nous mettons les principes au-dessus de ces expédients.
Nous ne voulons pas que le premier décret de la convocation de l'Assemblée républicaine en 1871 soit un acte de défiance contre les électeurs.
A eux appartient la souveraineté; qu'ils l'exercent sans faiblesse, et la patrie pourra être sauvée.
Le gouvernement de la Défense nationale repousse donc et annule au besoin le décret illégalement pendu par là délégation de Bordeaux, et il appelle tous les Français à voter, sans catégories, pour les représentants qui leur paraîtront les plus dignes de défendre là France.
Vive la République! Vive la France
Paris, le 4 février 1871.»
À Bordeaux, Léon Gambetta démissionne de ses fonctions.
Lettre de démission de Léon Gambetta
«Ma conscience me fait un devoir de résigner mes fonctions de membre du gouvernement avec lequel je ne suis plus en communion d'idées ni d'espérance.
J'ai l'honneur de vous informer que j'ai remis ma démission aujourd'hui même, en vous remerciant du concours patriotique et dévoué que j'ai toujours trouvé en vous pour mener à bonne fin l'œuvre que j'avais entreprise.
Je vous prie de me laisser vous dire que mon opinion profondément réfléchie est qu'à raison de la brièveté des délais et des graves intérêts qui sont en jeu, vous rendrez un suprême service à la République en faisant procéder aux élections du 8 février, et vous réservant, après ce délai, de prendre telles déterminations qui vous conviendront. Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments fraternels. Bordeaux, le , 3 heures.»
—Léon Gambetta.
Mardi 7 février
Paris: Par décrets, le gouvernement lève les réquisitions sur les farines, les chevaux, les ânes, les mulets, et en général sur tous les animaux de boucherie. Le marché aux bestiaux de la Villette est de nouveau ouvert quotidiennement. La vente de la viande redevient désormais libre dans tous les étals de boucherie. Toutefois les boucheries municipales établies, fonctionnant par les soins des maires, sont maintenues. Les réquisitions sont abolies. Concernant le courrier, les lettres peuvent désormais être closes; le service de la censure est dissous.
Mercredi 8 février
La population parisienne apprend la démission de Léon Gambetta.
Paris: Aux élections pour l'Assemblée nationale, 4 députés socialistes révolutionnaires sont élus à Paris (sur 43 au total). Le maire de Paris prend un arrêté qui indique la fin du rationnement du pain et son prix.
Arrêté du Maire de Paris
Arrêté du Maire de Paris
«Le membre du gouvernement, maire de Paris,
ARRÊTE:
Art.1er: A dater du 10 février, le rationnement du pain cessera d'avoir lieu.
En conséquence, l'arrêté du 18 janvier est rapporté.
Art 2: Sont également rapportés les arrêtés du maire de Paris, du 3 décembre 1870, limitant les livraisons de la caisse de la boulangerie; du 12 décembre, défendant la vente des farines; du 5 janvier 1871 défendant la sortie du pain du 12 janvier, interdisant la fabrication et la vente de pain de luxe, et le blutage des farines par les boulangers.
Le commerce des farines, la fabrication et le colportage du pain, sous quelque forme que ce soit, ne seront désormais soumis à aucune restriction, sauf la taxe municipale, qui est maintenue jusqu'à nouvel ordre.
Art. 3. Le pain sera désormais taxé au prix de 47 centimes 1/2 le kilogramme, comme avant l'arreté du 18 janvier dernier.
Fait à Paris, le 8 février 1871»
Paris: «Le gouvernement de la Défense nationale, considérant que les journauxLe Réveil et Le Combat[note 58] contiennent chaque jour des excitations à la guerre civile. Que leur publication devient, en présence des crimes qui viennent d'être commis contre la sûreté de l'Etat, un danger public auquel la cité et la défense ne peuvent plus longtemps être exposées. Que la situation actuelle de Paris fait au gouvernement un devoir de recourir aux mesures que l'état de siège comporte. Décrète: Le journal Le Réveil et le journal Le Combat sont supprimés».
Mercredi 15 février
Paris: Les Prussiens ajoutent 5 articles additionnels à la Convention d'armistice. D'autre part l'armistice, qui devait expirer le 19 février à midi, est prorogé au 24, «avec faculté de renouveler cette prorogation, si les circonstances l'exigent».
Articles additionnels à la Convention d'armistice
Articles additionnels à la Convention d'armistice
«Les soussignés, munis de pouvoirs en vertu desquels ils ont conclu la convention du 28 janvier, considérant que par ladite convention il était réservé à une entente ultérieure de faire cesser les opérations militaires dans les départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or, et devant Belfort, et de tracer la ligne de démarcation entre l'occupation allemande et les positions de l'armée française à partir de Quarré-les-Tombes, dans le département de l'Yonne, ont conclu la convention additionnelle suivante:
Art. 1er La forteresse de Belfort sera rendue au commandant de l'armée de siège avec le matériel de guerre faisant partie de l'armement de la place.
La garnison de Belfort sortira de la place avec les honneurs de la guerre, en conservant ses armes, ses équipages et le matériel de guerre appartenant à la troupe, ainsi que les archives militaires.
Les commandants de Belfort et de l'armée de siège se mettront d'accord sur l'exécution des stipulations qui précèdent, ainsi que sur les détails qui n'y sont pas prévus, et sur la direction et sur les étapes dans lesquelles la garnison de Belfort rejoindra l'armée française au-delà de la ligne de démarcation.
Art. 2. Les prisonniers allemands se trouvant à Belfort seront mis en liberté.
Art 3. La ligne de démarcation, arrêtée jusqu'au point où se touchent les trois départements de l'Yonne, de la Nièvre et de la Côte-d'Or, sera continuée le long de la limite méridionale du département de la Côte-d'Or jusqu'au point où le chemin de fer qui, de Nevers, par Autun et Chagny, conduit à Chalon-sur-Saône, franchit la limite dudit département. Ce chemin de fer restera en dehors de l'occupation allemande, de manière que la ligne de démarcation, en se tenant à la distance d'un kilomètre de la ligne ferrée, rejoindra la limite méridionale du département de la Cote-d’Or à l'Est de Chagny, et suivra la limite qui sépare le département de Saône-et-Loire des départements de la Côte-d'Or et du Jura.
Après avoir traversé la route qui conduit de Louhans à Lons-le-Saunier, elle quittera la limite départementale à la hauteur du village de Melleret, d'où elle se continuera de manière à couper le chemin de fer de Lons-le-Saunier à Bourg, à une distance de onze kilomètres sud de Lons-le-Saunier, se dirigeant de là sur le pont de l'Ain, sur la route de Clairveaux, d'où elle suivra la limite nord de l'arrondissement de Saint-Claude jusqu'à la frontière suisse.
Art. 4. La forteresse de Besançon conservera un rayon de dix kilomètres à la disposition de sa garnison.
La place forte d'Auxonne sera entourée d'un terrain neutre de trois kilomètres, à l'intérieur duquel la circulation sur les chemins de fer qui, de Dijon conduisent à Gray et à Dôle, sera libre pour les trains militaires et d'administration allemands.
Les commandants de troupes, de part et d'autre, regleront le ravitaillement des deux forteresses et des forts qui, dans les départements du Doubs et du Jura, se trouvent en possession de troupes françaises et la délimitation des rayons de ces forts, qui seront de trois kilomètres chacun. La circulation sur les routes ou chemins de fer qui traversent ces rayons sera libre.
Art. 5 Les départements du Jura, du Doubs et de la Côte-d'Or seront compris dès à présent dans l'armistice conclu le 28 janvier, en y appliquant, pour la durée de l'armistice et pour les autres conditions, la totalité des stipulations consignées dans la convention du 28 janvier dernier.
Versailles le 15 février 1871.»
Chiffres comparatifs de la mortalité constatée à Paris, chaque semaine, pendant la période du début du siège (soit le 18 septembre 1870) jusqu'au 25 février 1871. Cette colonne est suivie des chiffres de la semaine correspondante relevés l'année précédente[54],[179].
Davantage d’informations Semaine, Décès constatés à Paris du 18 septembre 1870 au 25 février 1871 ...
Tableau comparatif de la mortalité à Paris durant le siège et l'année précédente.
Semaine
Décès constatés à Paris du 18 septembre 1870 au 25 février 1871
Décès de la semaine correspondante de l'année précédente
Du au
1 272
820
Du au
1 344
713
Du au
1 483
747
Du au
1 610
752
Du au
1 746
825
Du au
1 878
880
Du au
1 762
921
Du au
1 885
877
Du au
2 064
900
Du au
1 927
933
Du au
2 023
846
Du au
2 455
882
Du au
2 728
955
Du au
2 728
980
Du au
3 280
921
Du au
3 680
1108
Du au
3 982
998
Du au
4 465
980
Du au
4 376
1 044
Du au
4 671
1 005
Du au
4 451
1 139
Du au
4 103
1 292
Du au
3 941
1 362
Total
64 154
21 978
Fermer
Dimanche 26 février
Paris: Les préliminaires de paix sont signés. Les négociateurs allemands proposent de renoncer à toute entrée dans Paris, si la place de Belfort leur est concédée. Comme cette dernière reste française, les Prussiens indiquent que leur entrée aura lieu mercredi , à dix heures du matin. L'armée allemande occupera l'espace compris entre la Seine et la rue du Faubourg-Saint-Honoré (rive droite), à partir de la place de la Concorde jusqu'au quartier des Ternes. L'effectif des troupes introduites ne dépassera pas 30 000 hommes. L'évacuation aura lieu immédiatement après la ratification des préliminaires de paix par l'Assemblée nationale. L'armée française occupera la rive gauche de la Seine. Le mécontentement de la population grandit en apprenant l'entrée des Prussiens dans Paris. Les canons de la Garde nationale, sans leurs gargousses, sont rassemblés à Belleville et à Montmartre.
Afin de prévenir tout débordement, et de tenter de calmer les esprits et les ardeurs, Adolphe Thiers et son gouvernement adressent aux habitants de Paris la proclamation suivante:
Proclamation du gouvernement d'Adolphe Thiers
«Le gouvernement fait appel à votre patriotisme et à votre sagesse; vous avez dans les mains le sort de Paris et de la France elle-même. Il dépend de vous de les sauver ou de les perdre.
Après une résistance héroïque, la faim vous a contraints de livrer vos forts à l'ennemi victorieux; les armées qui pouvaient venir à votre secours ont été rejetées derrière la Loire. Ces faits incontestables ont obligé le gouvernement et l'Assemblée nationale à ouvrir des négociations de paix.
Pendant six jours, vos négociateurs ont disputé le terrain pied à pied. Ils ont fait tout ce qui était humainement possible pour obtenir les conditions les moins dommageables. Ils ont signé des préliminaires de paix qui vont être soumis à l'Assemblée nationale.
Pendant le temps nécessaire à l'examen et à la discussion de ces préliminaires, les hostilités auraient recommencé et le sang aurait inutilement coulé sans une prolongation d'armistice.
Cette prolongation n'a pu être obtenue qu'à la condition d'une occupation partielle et très momentanée d'un quartier de Paris. Cette occupation sera limitée au quartier des Champs-Élysées. Il ne pourra entrer dans Paris que 30 000 hommes, et ils devront se retirer dès que les préliminaires de paix auront été ratifiés, ce qui ne peut exiger qu'un petit nombre de jours.
Si cette convention n'était pas respectée, l'armistice serait rompu: l'ennemi, déjà maître des forts, occuperait de vive force la cité tout entière. Vos propriétés, vos chefs-d'œuvre, vos monuments, garantis aujourd'hui par la convention cesseraient de l'être.
Ce malheur atteindrait toute la France. Les affreux ravages de la guerre, qui n'ont pas encore dépassé la Loire, s'étendraient jusqu'aux Pyrénées.
Il est donc absolument vrai de dire qu'il s'agit du salut de Paris et de la France. N'imitez pas la faute de ceux qui n'ont pas voulu nous croire, lorsqu'il y a huit mois nous les adjurions de ne pas entreprendre une guerre qui devait être si funeste.
L'armée française qui a défendu Paris avec tant de courage occupera la gauche de la Seine pour assurer la loyale exécution du nouvel armistice. C'est à la garde nationale à s'unir à elle pour maintenir l'ordre dans le reste de la cité.
Que tous les bons citoyens qui se sont honorés à sa tête et se sont montrés si braves devant l'ennerni reprennent leur ascendant, et cette cruelle situation d'aujourd'hui se terminera par la paix et le retour de la prospérité publique.
Paris, le 27 février 1871.»
—Adolphe Thiers chef du pouvoir exécutif de la République française. Jules Favre, ministre des affaires étrangères Ernest Picard, ministre de l'intérieur.
Base préliminaire à la paix définitive à conclure ultérieurement
Base préliminaire à la paix définitive à conclure ultérieurement
«Teneur des préliminaires de paix, dont lecture été faite à l'Assemblée nationale et dont l'instrument authentique reste déposé aux archives du ministère des affaires étrangéres.
Entre le chef du pouvoir exécutif de la République française, M. Thiers, et le ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, représentant la France, d'un côté,
Et de l'autre, le chancelier de l'empire germanique, M. le comte Otto de Bismarck Schonhauson, muni des pleins pouvoirs de S. M. l'empereur d'Allemagne, roi de Prusse; Le ministre d'Etat et des affaires étrangères de S. M. le roi de Bavière, M. le comte Otto von Bray-Steinburg
Le ministre des affaires étrangères de S. M. le roi de Wurtemberg, M. le baron August von Wächter(de); Le ministre d'Etat, président du conseil des ministres de S. A. R. Mgr le grand-duc de Bade, M. Jules Jolly; Représentant l'Empire germanique.
Les pleins pouvoirs des deux parties contractantes ayant été trouvés en bonne et due forme, il a été convenu ce qui suit pour servir de base préliminaire à la paix définitive à conclure ultérieurement.
ARTICLE PREMIER.
La France renonce en faveur de l'Empire allemand à tous ses droits et titres sur les territoires situés à l'est de la frontière ci-après désignée:
La ligne de démarcation entre la France et l'Empire Allemand qui deviendra la nouvelle frontière imposée par le traité de Francfort
La ligne de démarcation commence à la frontière Nord-Ouest du canton de Cattenom, vers le Grand-Duché de Luxembourg, suit, vers le sud, les frontières occidentales des cantons de Cattenom et Thionville, passe par le canton de Briey en longeant les frontières occidentales des communes de Montois-la-Montagne et Roncourt, ainsi que les frontières orientales des communes de Sainte-Marie-aux-Chênes, Saint-Ail, atteint la frontière du canton de Gorze qu'elle traverse le long des frontières communales de Vionville, Chambley et Onville, suit la frontière sud-ouest et sud de l'arrondissement de Metz, la frontière occidentale de l'arrondissement de Château-Salins jusqu'à la commune de Pettoncourt dont elle embrasse les frontières occidentale et méridionale, pour suivre la crête des montagnes entre la Seille et Moncel, jusqu'à la frontière de l'arrondissement de Sarrebourg au sud de Lagarde.
La démarcation coïncide ensuite avec la frontière de cet arrondissement jusqu'à la commune de Tanconville dont elle atteint la frontière au Nord. De là elle suit la crête des montagnes entre les sources de la Sarre blanche et de la Vezouze jusqu'à la frontière du canton de Schirmeck, longe la frontière occidentale de ce canton, embrasse les communes de Saales, Bourg-Bruche, Colroy-la-Roche, Plaine, Ranrupt, Saulxures et Saint-Blaise-la-Roche du canton de Saales, et coïncide avec la frontière occidentale des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin jusqu'au canton de Belfort dont elle quitte la frontière méridionale non loin de Vourvenans pour traverser le canton de Delle, aux limites méridionales des communes de Bourogne et Froidefontaine, et atteindre la frontière Suisse, en longeant les frontières orientales des communes de Joncherey et Delle.
L'empire allemand possédera ces territoires à perpétuité en toute souveraineté et propriété. Une commission internationale, composée de représentants des hautes parties contractantes, en nombre égal des deux côtés, sera chargée, immédiatement après l'échange des ratifications du présent traité, d'exécuter sur le terrain le tracé de la nouvelle frontière, conformément aux stipulations précédentes.
Cette commission présidera au partage des biens fonds et capitaux qui jusqu'ici ont appartenu en commun à des districts ou des communes séparés par la nouvelle frontière. En cas de désaccord sur le tracé et les mesures d'exécution les membres de la commission en référeront à leurs gouvernements respectifs.
La frontière, telle qu'elle vient d'être décrite, se trouve marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte du territoire formant le gouvernement général d'Alsace publiée, à Berlin, en septembre 1870, par la division géographique et statistique de l'état-major général, et dont un exemplaire sera joint à chacune des deux expéditions du présent traité.
Toutefois, le tracé indiqué a subi les modifications suivantes, de l'accord des deux parties contractantes:
Dans l'ancien département de la Moselle, le village de Sainte-Marie-aux-Mines, près de Saint-Privat-la-Montagne, et de Vionville, à l'ouest de Rezonville, seront cédés à l'Allemagne.
Par contre la ville et les fortifications de Belfort resteront à la France avec un rayon qui sera déterminé ultérieurement.
ARTICLE 2
La France payera à S. M. l'empereur d'Allemagne la somme de cinq milliards de francs. Le payement d'au moins un milliard de francs aura lieu dans le courant de l'année 1871, et celui de tout le reste de la dette, dans un espace de trois années, à partir de la ratification des présentes.
ARTICLE 3
L'évacuation des territoires français occupés par les troupes allemandes commencera après la ratification du présent traité par l'Assemblée nationale, siégeant à Bordeaux. Immédiatement après cette ratification, les troupes allemandes quitteront l'intérieur de la ville de Paris, ainsi que les forts situés sur la rive gauche de la Seine, et, dans le plus bref délai possible fixé par une entente entre les autorités militaires des deux pays, elles évacueront entièrement les départements du Calvados, de l'Orne, de la Sarthe, d'Eure-et-Loir, du Loiret, de Loir-et-Cher, d'Indre-et-Loire, de l'Yonne, et, de plus, les départements de la Seine-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de l'Aube et de la Côte-d'Or, jusqu'à la rive gauche de la Seine. Les troupes françaises se retireront en même temps derrière la Loire qu'elles ne pourront dépasser avant la signature du traité de paix définitif.
Sont exceptées de cette disposition, la garnison de Paris dont le nombre ne pourra pas dépasse quarante mille hommes, et les garnisons indispensables à la sûreté des places fortes. L'évacuation des départements situés entre la rive droite de la Seine et la frontière de l'est par les troupes allemandes, s'opérera graduellement après la ratification du traité de paix définitif, et le payement du premier demi-milliard de la contribution stipulée par l'article 2, en commençant par les départements les plus rapprochés de Paris, et se continuera au fur et à mesure que les versements de la contribution seront effectués.
Après le premier versement d'un demi-milliard, cette évacuation aura lieu dans les départements suivants: Somme, Oise, et les parties des départements de la Seine-Inférieure, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, situés sur la rive droite de la Seine, ainsi que la partie du département de la Seine et les forts situés sur la rive droite.
Après le payement de deux milliards, l'occupation allemande ne comprendra plus que les départements de la Marne, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe ainsi que la forteresse de Belfort avec son territoire, qui serviront de gage pour les trois milliards restants, et où le nombre des troupes allemandes ne dépassera pas cinquante mille hommes. Sa Majesté l'empereur sera disposée à substituer à la garantie territoriale, consistant dans l'occupation partielle du territoire français, une garantie financière si elle est offerte par le gouvernement français dans des conditions reconnues suffisantes par Sa Majesté l'empereur et roi pour les intérêts de l'Allemagne. Les trois milliards dont l'acquittement aura été différé porteront intérêt à cinq pour cent à partir de la ratification de la présente convention.
ARTICLE 4
Les troupes allemandes s'abstiendront de faire des réquisitions, soit en argent, soit en nature, dans les départements occupés. Par contre, l'alimentation des troupes allemandes qui resteront en France aura lieu aux frais du gouvernement français, dans la mesure convenue par une entente avec l'intendance militaire allemande.
ARTICLE 5
Les intérêts des habitants des territoires cédés, par la France, en tout ce qui concerne leur commerce et leurs droits civils, seront réglés aussi favorablement que possible lorsque seront arrêtées les conditions de la paix définitive. Il sera fixé à cet effet un espace de temps pendant lequel ils jouiront de facilités particulières pour la circulation de leurs produits. Le gouvernement allemand n'apportera aucun obstacle à la libre émigration des habitants des territoires cédés, et ne pourra prendre contre eux aucune mesure atteignant leurs personnes ou leurs propriétés.
ARTICLE 6
Les prisonniers de guerre qui n'auront pas déjà été mis en liberté par voie d'échange seront rendus immédiatement après la ratification des présents préliminaires. Afin d'accélérer le transport des prisonniers français, le gouvernement français mettra à la disposition des autorités allemandes, à l'intérieur du territoire allemand, une partie du matériel roulant de ses chemins de fer, dans une mesure qui sera déterminée par des arrangements spéciaux, et aux prix payés en France par le gouvernement français pour les transports militaires.
ARTICLE 8
Après la conclusion et la ratification du traité de paix définitif l'administration des départements devant encore rester occupés par les troupes allemandes sera remise aux autorités françaises, mais ces dernières seront tenues de se conformer aux ordres que le commandant des troupes allemandes croirait devoir donner dans l'intérêt de la sûreté, de l'entretien et de la distribution des troupes.
Dans les départements occupés, la perception des impôts, après la ratification du présent traité, s'opérera pour le compte du gouvernement français et par le moyen de ses employés.
ARTICLE 9
Il est bien entendu que les présentes ne peuvent donner à l'autorité militaire allemande aucun droit sur les parties du territoire qu'elles n’occupent point actuellement.
Paris: La Commission provisoire de la Garde nationale fait regrouper ses canons à Montmartre et Belleville en raison de l'entrée des soldats allemands dans Paris. Elle fait placarder l'Affiche noire qui recommande aux Parisiens de ne pas manifester contre les troupes allemandes qui occupent les XVIe et XVIIe arrondissements.
Mars
Mercredi 1er mars
Paris: À 10 heures du matin, aux termes des stipulations arrêtées dans la convention d'armistice, des détachements de l'armée allemande entrent dans Paris. Les premières colonnes débouchent par l'avenue de la Grande-Armée et l'avenue de l'Impératrice et arrivent jusqu'à l'Arc de Triomphe, barricadé; de là, elles descendent l'avenue des Champs-Élysées jusqu'à la place de la Concorde, dont les abords sont gardés par la troupe et les bataillons de la garde nationale, puis occupent l'espace expressément déterminé par la convention[181]. Les officiers et les soldats de ces détachements sont logés dans le Palais de l'Industrie, dans le cirque d'Été, dans la rotonde du Panorama, et dans des maisons particulières du quartier des Champs-Élysées et du faubourg Saint-Honoré. Un cordon des troupes françaises marque la limite dans laquelle les troupes allemandes sont tenues de se renfermer. L'accès des points occupés par les troupes occupantes ne sont pas interdites, mais la population presque tout entière s'est imposé la loi de ne pas user de la liberté de circulation qui lui a été laissée. Les fenêtres sont closes, les tentures noires sur posées sur les façades, les rues sont désertes. La Bourse n'a pas ouvert ses portes; sur les quais, sur les boulevards, dans les quartiers les plus reculés, les magasins et les boutiques également sont fermés. Paris a volontairement suspendu sa vie.
Dans la soirée, le gouvernement reçoit, en provenance de Bordeaux, la dépêche relative à la ratification des préliminaires de la paix: Pour la ratification: 546 voix. Contre la ratification: 107 voix. L'Assemblée nationale a ratifié les préliminaires de paix. L'Assemblée confirme également la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie.
Paris est calme.
Entrée triomphale des troupes allemandes dans Paris.
Entrée triomphale des troupes allemandes dans Paris.
Jeudi 2 mars
Paris: La population de Paris s'étonne de voir un certain nombre de soldats allemands pénétrer dans les bâtiments du Louvre. Cette visite est stipulée dans la convention: les soldats allemands peuvent visiter uniquement deux des monuments de Paris, le Louvre et l'Hôtel des Invalides, mais qu'ils ne peuvent le faire que par escouades sans armes, et sous la conduite d'officiers. Le général en chef a pris toutes les mesures nécessaires pour l'exécution de ces conditions, et la convention à cet égard a été strictement appliquée. L'émotion douloureuse de la population s'explique par les cruelles épreuves traversées, mais elle a cru, à tort, à une violation des conventions. Sur l'insistance du général Vinoy, les chefs de l'armée allemande ont même renoncé à visiter les Invalides.
Paris - Yvelines: À 6 heures du matin, Jules Favre, ministre des affaires étrangères part pour Versailles porteur de la dépêche annonçant le vote de l'Assemblée. Conformément au traité des préliminaires de paix, il a demandé l'évacuation immédiate de l’intérieur de Paris et des forts de la rive gauche.
Proclamation d'Ernest Picard aux habitants de Paris
Proclamation d'Ernest Picard aux habitants de Paris
«L'armée allemande a évacué ce matin, à 11 heures, les quartiers où elle avait pénétré. Pendant son séjour, la tenue de Paris a été au-dessus de tout éloge; partout, les lieux publics, les établissements industriels, les magasins des commerçants se sont fermés spontanément.
Des cordons de ligne et de garde de nationale, soigneusement disposés, ont formé, entre les troupes allemandes et la population, des frontières provisoires qu'ils ont fait respecter.
Les occupants, laissés à eux-mêmes, ont pu comprendre que si le droit succombe parfois devant la force, il n'est pas si facile de dompter les âmes, et que la torture de la guerre ne domine pas seule le monde.
Nous devons un juste tribut de reconnaissance aux habitants des arrondissements qui ont supporté la présence de l'étranger, ils ont racheté leurs concitoyens, préservé la cité de malheurs imminents et conservé Belfort à la France.
Les municipalités des 8e, 16e et 17e arrondissement ont fait leur devoir avec autant de zêle que d'abnégation. Paris n'aura jamais assez de respect pour ces magistrats dévoués qu'il trouve auprès de lui à toutes les heures de danger et de douleur.
Le gouvernement de la République les remercie, comme il comptera toujours sur eux, comme il compte sur la population pour faire que Paris reste l'une des premières villes du monde.
Paris le 3 mars 1871.»
Paris: Echec de la tentative gouvernementale d'enlever les canons de la place Vendôme.
Vendredi 10 mars
Yvelines: L'Assemblée nationale décide de se transférer de Bordeaux à Versailles, ce qui rappelle de très mauvais souvenirs aux Parisiens. Elle vote la fin du moratoire des dettes, des effets de commerce et des loyers, accablant ainsi la population parisienne sans le sou. Par le Pacte de Bordeaux, les députés ne tranchent pas sur la nature du régime créé.
Paris: Sur ordre du gouvernement et d'Adolphe Thiers, l'armée se met en marche à partir de 3 heures du matin et cerne les quartiers où sont entreposés les canons pour les récupérer. Du côté de Montmartre, le point le plus important, sur les boulevards de Clichy, de Rochechouart et les rues Houdon, Lepic, Germain-Pilon, des Martyrs, place Pigalle… des mitrailleuses sont braquées du côté de Montmartre et occupés des piquets d'infanterie des 45e, 46e et 137e de ligne. Vers 6h du matin, d'anciens sergents de ville costumés en gardes nationaux surprennent les détachements qui campent sur la butte Montmartre, et s'emparent des parcs d'artillerie. À 6h30, 3 coups de canons, tirés à blanc, annoncent à la troupe qu'ils peuvent venir prendre les canons. Quelques pièces sont descendues, mais des gardes nationaux du Comité Central accompagnés d'un grand nombre femmes s'opposent à leur enlèvement, et les remontent à leur parc. À 9h, des coups de feu sont tirés, la foule se replie, puis on aperçoit des gendarmes à pied[note 57],[35] et des soldats des 46e et 88e de ligne portant crosse en l'air. Le général Lecomte aurait donné l'ordre aux gendarmes de repousser les gardes nationaux; un coup de feu aurait été tiré sans que l'on sache par qui; des gendarmes, des gardes nationaux et des soldats de la ligne se seraient tirés dessus mutuellement; les régiments de ligne auraient refusé de marcher contre la garde nationale et se seraient débandés, tandis que la cavalerie et la gendarmerie avaient été contraint de se replier. Durant toute cette confusion, le général Lecomte est enlevé de son cheval par les gardes nationaux et conduit au Château-Rouge, où se réunissent des commandants de bataillons de Montmartre et des membres du comité directeur de la Butte. Le général Clément Thomas ayant appris que le général Lecomte avait été saisi par les insurgés, il se met à sa recherche. C'est ainsi qu'il arrive vers 17h sur la place Pigalle, habillé en bourgeois. L'un des fédérés l'ayant reconnu à sa grande barbe blanche, il est emmené vers la rue des Rosiers. Le général Clément Thomas est amené en premier dans le jardinet où il est abattu. Le général Lecomte est ensuite passé par les armes par les soldats du 88e de marche. Adolphe Thiers et les autres ministres présents quittent Paris pour Versailles. C'est le début de la Commune de Paris.
Barricade du passage Raoul, boulevard Richard-Lenoir, le 18 mars 1871.
La défense de Paris
Au moment où le siège de Paris semble inéluctable, le gouvernement engage un immense effort de travaux de défense qui fait, en quelques semaines, d'une ville jugée hors d'état de se défendre une place apparemment imprenable. Le génie militaire, l'artillerie, le ministère des Travaux publics, auxiliaire du génie et de l'artillerie, y concourent[183].
Le périmètre donné ainsi atteint 70 kilomètres et on ne suppose pas alors qu'il soit possible de l'investir. Les travaux sont terminés en 1844; à cette époque, les portées ordinaires sont de 1 600 mètres pour l'artillerie de siège, de 800 mètres pour l'artillerie de campagne et de 400 mètres pour le fusil. Mais ce qui, en 1840, peut paraître suffisant pour protéger la ville contre un investissement ou un bombardement, cesse trente ans après de présenter les mêmes garanties devant les perfectionnement considérables de l'artillerie et la masse des armées envahissantes. La portée maximale d'un fusil comme le Chassepot modèle 1866 a atteint celle de l'artillerie de 1840, tandis que le canon Krupp de 15 cm atteint les 6 kilomètres[184], tandis que les pièces les plus imposantes vont jusqu'à 8 kilomètres[185].
Le général de Palikao, président du Conseil et ministre de la Guerre dans les derniers jours de la guerre, et comprenant la dangerosité de la situation, fait faire des travaux d'aménagement et garnit les forts d'artillerie. Des appareils destinés à éclairer le terrain au moyen de la lumière électrique ont été installés dans tous les forts, qui sont désormais, ainsi que tous les établissements militaires, reliés par un réseau télégraphique. En même temps, Palikao donne des ordres pour que soient construits, en hâte, des ouvrages destinés à combler les vides existant entre les forts, et à prendre pied sur les positions qui sont dangereuses pour la défense. C'est ainsi que la redoute de Gennevilliers[note 64], complétée par des batteries annexes à Colombes, au Petit-Nanterre[note 65], à Charlebourg[note 66], à Saint-Ouen[note 67], à Villeneuve-la-Garenne, etc. doit boucher la trouée couverte seulement par la boucle de la Seine, qui se trouve entre Saint-Denis et le Mont-Valérien. Sur le plateau du Sud-Ouest ou les hauteurs très rapprochées des forts et particulièrement menaçantes, des redoutes à Montretout, aux Brosses, dans le parc de Saint-Cloud, au Brimborion au-dessus de Sèvres, à Meudon sont ébauchées. Un fort est commencé à la pointe Nord-Est du plateau de Châtillon, devant être flanqué de deux ouvrages au Moulin-de-pierre[note 8],[19],[20] et au sud de Bagneux. Des redoutes au Hautes-Bruyères et au Moulin de Saquet sont également établies, afin de prendre pied sur le plateau de Villejuif. Du côté de Saint-Denis, les trois forts de la Briche, de la Double-Couronne et de l'Est sont reliés par des parapets en terre. Le secteur Est allant de Romainville à Nogent, et naturellement plus protégé, est laissé tel quel.
La défense de Paris est alors composée de 94 bastions, 6 forts sur la rive gauche, 8 forts sur la rive droite ainsi que 3 forts à Saint-Denis[186]. Mais la nature des travaux à exécuter n'est pas en corrélation avec les moyens disponibles. Le général Ducrot indique à ce sujet: «La plupart de ces ouvrages (Montretout, Gennevilliers, Châtillon, Hautes-Bruyères) devaient dans le principe avoir deux étages de pièces de gros calibre avec casemate. Pour cela il aurait fallu du temps et des hommes. Mais après Sedan, nous ne trouvions plus d'ouvriers, et d'heure en heure, l'ennemi était attendu. Il aurait donc fallu sur le champ ne plus songer aux ouvrages de grande fortification et se consacrer entièrement à établir de solides ouvrages de campagne[note 68]. Laissant de côté les voûtes et les traverses en pierre on auraient dû faire les plafonds, les abris, avec de la terre, des troncs d'arbres, des rails. Il n'en fut pas ainsi; l'état-major du génie voulut continuer à élever de majestueux ouvrages réguliers et permanents. Le 16 septembre, la veille de l'arrivée des Allemands on travaillait encore dans les redoutes de Montretout et de Châtillon à faire des traverses en maçonnerie». Le 19 septembre, constatant leur état précaire, le général Trochu donne l'ordre d'abandonner tous les ouvrages avancés du secteur Sud; quelques jours plus tard, lorsque la nécessité s'impose de donner de l'air à la défense qui étouffe dans les étroites limites où elle est confinée, il faut reprendre de vive force les redoutes des Hautes-Bruyères et du Moulin Saquet.
Après les désastres de l'armée du Rhin, l'immense enceinte de la capitale est non seulement dépourvue de tout armement, mais également d'abris, de magasins à poudre, et de traverses. Sa zone militaire est couverte de constructions innombrables, et 69 avenues, dont quelques-unes atteignent jusqu'à 80 m de largeur, la traversent de part en part. Quant aux forts, ils ne sont pas non plus en état de défense, et les ouvrages extérieurs sont, pour la plupart, déjà effacés par le temps.
La nécessité de mettre Paris en état de défense n'est jamais apparue au précédent gouvernement[Information douteuse], même après les premiers revers, qu'à une échéance plus ou moins lointaine. Aussi pour compléter la défense extérieure, les stratèges proposent d'établir 4 forts permanents en maçonnerie à Gennevilliers, à Montretout, aux Hautes-Bruyères et à Châtillon. Mais à peine l'exécution a-t-elle commencé, qu il faut, par suite de la rapidité des événements, y renoncer et substituer des redoutes enterré aux travaux maçonnés. L'investissement de la place, au 18 septembre, ne permet d'achever que les redoutes des Hautes-Bruyères et du Moulin-Saquet.
Dans les forts, il n'y a ni abris, ni plates formes, ni magasins, ni casemates, ni embrasures, ni aucune des défenses aux abords des ouvrages. Dans les six forts occupés par la marine[note 69], les travaux d'armement et de terrassement sont exécutés par les marins eux-mêmes. 11 000 ouvriers ferment les 69 portes de l'enceinte de Paris, établissent des pont-levis, barrent les quatre canaux et placent des estacades dans la Seine.
Les bois de Boulogne et de Vincennes sont abattus en partie[187] et 3 nouvelles batteries sont créées à Saint-Ouen, à Montmartre et aux buttes Chaumont. Sur les remparts et dans les forts, le génie militaire construit des traverses, des abris, 70 magasins voûtés destinés à recevoir les poudres et le matériel de la défense, et installe 2 millions de sacs à terre pour couronner les parapets.
La partie de l'enceinte correspondant au Point du Jour, totalement ouverte en août 1870, est l'objet d'énormes travaux exécutés en avant dans le village de Billancourt, avec deux retranchements intérieurs, devenant l'un des points les plus forts de la place en octobre. «Ces travaux ont été complétés par l'exploration des nombreuses carrières qui se développent en tous sens sur notre front et que les dispositions les plus sages, appuyées de la surveillance la plus vigilante, mettent désormais à l'abri de toute tentative de l'ennemi, par la transformation des égouts en fourneaux de mines sous le sol de Boulogne, de Billancourt, de Neuilly, Clichy, etc., par la construction d'appareils électriques d'une grande puissance dans tous les forts, et d'un systeme d'observatoires militaires qui se complète de jour en jour, par la construction de barrages destinés à maintenir le niveau de l'eau dans la ville, à assurer en amont et en aval l'action des canonnières blindées de la marine et le fonctionnement de la pompe de Chaillot, enfin par l'occupation très solide des villages qui avoisinent l'enceinte.»[183]
«De Vitry à Issy d'une part, entre Saint-Denis et le canal de l'Ourcq d'autre part, les maisons ont été crénelées, les rues barricadéesn; une ligne continue relie maintenant les redoutes de Gravelle et de la Faisanderie aux forts qui se succèdent jusqu'à Saint-Denis.
En avant de cette ligne, les villages de Noisy, Rosny, Nogent, ont été également retranchés. On travaille à une ligne nouvelle qui s'étendra de la Seine (au point correspondant au barrage de Port-à-l'Anglais) à la Marne, en passant par Maisons-Alfort.
Plus de 80 000 travailleurs ont coopéré à cette œuvre immense, qui représente des mouvements de terre incalculables.
En même temps que la place se renforçait, le rayon de la défense s'étendait de jour en jour.
Ainsi, tandis que le 19 septembre, après l'affaire de Châtillon, nous étions réduits à la ligne des forts, nous avons aujourd'hui reconquis sur l'ennemi, en avant de nos ouvrages, Vitry, Villejuif, Arcueil, Cachan, Issy (dont l’ennemi occupait le parc au 19 septembre et où nous avons aujourd'hui des défenses formidables), Suresnes, Puteaux, Courbevoie, désormais à l'abri de ses incursions, Asnières, repris depuis trois jours, Villetaneuse, une partie de Pierrefitte, Stains, La Courneuve, Fontenay-sous-Bois et Nogent-sur-Marne, où les assiégeants pénétraient à leur aise et que nous avons couverts de barricades.
Enfin, nous possédons vers l'est une tête de pont à Joinville et à l'ouest nous disposons, dans sa totalité, de la presqu'île de Gennevilliers.»[183],[note 9]
L'artillerie lors du siège de Paris
D'après les règles établies en 1867, l'armement des forts et de l'enceinte doit se composer de 7 pièces par bastion. Au début de la guerre, le matériel de l'artillerie n'est, pour les forts, que de 3 pièces par bastion, et il n'existe pas une seule pièce en batterie sur les remparts de l'enceinte. Il n'y a pas non plus de bouches à feu de réserve de Paris, celles-ci ayant été envoyées à Metz et à Strasbourg. Jusqu'au 8 août, on se borne à y placer quelques canons, plutôt pour satisfaire l'opinion publique qu'en prévision d'un siège qui semble impossible.
Avant le début du siège, les munitions ne représentent que dix coups par pièce. Les boites à mitraille manquent à peu près complètement, et l'approvisionnement en poudre à canon n'est que de 540 000 kg. Le personnel de l’artillerie est composé d'une dizaine d'officiers qui sont répartis sur l'étendue de l'enceinte. Dans quelques forts, le service de l'artillerie est représenté par un simple gardien de batterie. En octobre, les officiers retraités ou démissionnaires sont rappelés à l'activité; des artilleurs de la garde mobile de la Seine, de Seine-et-Oise, de la Drôme, du Rhône, de la Loire-Inférieure et du Pas-de-Calais, sont mobilisés et des compagnies de canonniers auxiliaires recrutés parmi les anciens militaires sont créés. La marine fournit ses amiraux, ses officiers, ses artilleurs, en même temps que 7 000 marins. Le personnel de l'artillerie de la place arrive alors au chiffre de 13 000 officiers, sous-officiers et soldats.
À la mi-octobre, l'artillerie dispose, sur l'enceinte ou dans les forts, de 2 140 bouches à feu. De 10 coups par pièce, l'approvisionnement a été porté à 400 coups, et jusqu'à 500 pour les canons des forts. Le service de l'artillerie qui s'occupe de la fabrication des cartouches d'infanterie porte la dotation individuelle des fantassins de 390 cartouches par homme à 2 millions de cartouches par semaine.
On doit encore à cette commission l'organisation d'un service spécial d'inspection des secours à prendre contre l'incendie, et, dans le voisinage des musées et des établissements publics, l'établissement des appareils permettant de dominer, à l'origine, tous les sinistres.
pour la Garde nationale sédentaire: 55 850 objets;
pour différents services: 17 885 objets;
formant un total de 637 471 objets.
Pendant cette période de temps, l'administration de la guerre, de son côté, délivre directement aux gardes mobiles un grand nombre d'effets d'habillement et d'équipement, et tous les objets de campement, tels que demi-couvertures, tentes, ustensiles, etc.
Les troupes de défense
Les troupes dont dispose la défense se composaient d'éléments assez hétérogènes, autant par leur provenance que par leur expérience et leur solidité, formant un total supérieur aux troupes allemandes.
Grâce aux grosses pièces amenées des arsenaux de Brest de Cherbourg et de Lorient, et aux canonniers expérimentés qui les servent, les forts peuvent lutter jusqu'à la fin. Aucun d'eux n'est jamais réduit, ni même entouré, malgré la position désavantageuse où ils se trouvent pour la plupart, leurs courtines démodées et leurs larges terre-pleins qui en font de vrais «nids à obus».
Dans le même temps, le chemin de fer amène à Paris le régiment d'artillerie de marine, les troupes d'infanterie restées dans les dépôts, une partie de la gendarmerie maritime et un nombreux personnel composé d'ingénieurs, de commissaires, de médecins, etc. Huit officiers généraux de la marine sous les ordres de l'amiral de la Roncière de Noury se partagent le commandement de ces forces et prennent chacun la direction d'un des secteurs qui formait l'enceinte de la place.
Quant à la flottille de la Seine, placée sous le commandement du capitaine de vaisseau Thomasset, elle comprend:
sept chaloupes à vapeur pontées dites vedettes, de la classe Arbalète (la «Baïonnette», la «Caronade», l'«Escopette», l'«Estoc», le «Pierrier», la «Rapière», le «Sabre»)[192];
Quant aux fusiliers de la marine, ils sont, après le 10 novembre, groupés en trois bataillons de 600 à 700 hommes de manière à être disponibles pour toutes les expéditions.
Armée active
Infanterie de ligne
Les troupes d'infanterie de l'armée de ligne sont représentées à Paris par les 13e et 14e corps d'armée.
Le 13e corps d'armée, ramené de Mézières par le général Vinoy, comprend deux régiments, les 35e et 42e régiments d'infanterie de ligne, qui, seuls de l'ancienne infanterie française, subsistent dans leur état intégral. Les autres régiments sont des régiments de marche, formés de 3 bataillons de dépôt appartenant à des régiments différents et constitués avec des recrues ou d'anciens soldats rappelés. Le 13e corps compte environ 25 000 hommes.
Le 14e corps d'armée, placé sous les ordres du général Renault, a une composition plus hétérogène. La plupart des régiments sont formés de plusieurs demi-compagnies de dépôt, de régiments différents. Chaque régiment nouveau du 14e contient ainsi 18 compagnies de corps différents. Malgré les défectuosités de leur constitution, qui leur enlève toute cohésion et tout esprit de corps, ces troupes ne tardent pas à s'aguerrir et à acquérir une solidité suffisante. Le 14e corps compte, comme le 13e, environ 25 000 hommes.
En dehors de ces deux corps d'armée, on forme avec des éléments divers:
Ce dernier ensemble donne un effectif de 12 000 hommes.
On arriva ainsi à mettre sur pied environ 80 000[Information douteuse] hommes d'infanterie de ligne, parmi lesquels, selon Ducrot, on ne peut compter que sur un quart ou au plus un tiers de véritables soldats[193].
Cavalerie
La cavalerie se compose de la division Champéron, soit trois brigades formées de régiments de marche et de régiments de gendarmes à cheval[35]. Elle comprend environ 5 000 cavaliers.
Artillerie
L'artillerie ne compte au début du siège que les 30 batteries des 13e et 14e corps, dont 7 seulement sont d'ancienne formation.
Génie
Le génie compte 9 compagnies, auxquelles il faut adjoindre 2 compagnies de pontonniers-artilleurs et un détachement de pontonniers de marine.
Telle était la composition de l'armée active. À côté de celle-ci se trouvent d'autres forces qui, mieux employées, auraient certainement pu donner des résultats plus satisfaisants que ceux qui ont été atteints[réf.nécessaire]: la garde mobile, la garde nationale et les corps francs.
La garde nationale mobile n'existe, en juillet 1870, que sur le papier. Ses soldats sont appelés familièrement Mobiles ou Moblots.
Grâce à l'activité déployée par Henri Chevreau, les hommes de 14 divisions militaires, qui un mois avant ne sont ni enrégimentés, ni équipés, sont pourvus du nécessaire minimum. Ils représentent 100 000 hommes motivés mais peu entraînés et instruits, qui arrivent pour renforcer l'armée de ligne.
À côté d'eux se trouvent 15 000 gardes mobiles du département de la Seine, que le général Trochu a fait rappeler du camp de Châlons, et qui ne brillent ni par la discipline ni par l'esprit de combat. Ramenés au camp de Saint-Maur, ils refusent, le 12 septembre, d'aller aux avant-postes, leur position leur paraissant trop exposée. Le 20 septembre, ils évacuent le Mont-Valérien et laissent la forteresse sans défenseurs, au risque de la voir tomber aux mains de l'ennemi.
115 000 hommes de cette garde nationale mobile sont, dans le principe, réunis en régiments de trois bataillons. Ces régiments sont répartis en quatre groupes sous les ordres des généraux de Liniers, Berthaut, Corréard et de Beaufort. Mais le 6 novembre, cette organisation est modifiée, et les bataillons de mobile incorporés dans les divisions actives qui constituent les deux armées de la défense de Paris. Leurs pertes sont peu considérables selon Vinoy: au moment de l'armistice il en reste encore 102 000 sous les armes[194].
Liste des départements ayant fourni des gardes nationaux mobiles à la défense de Paris[note 70],[195]:
La garde nationale sédentaire est une milice citoyenne, qui comme le disait avec humour Henry Monnier«est fait autant pour protéger nos institutions que pour les combattre». Elle se monte au moment de la déclaration de la guerre, le , à 60 000 hommes. C'est plus qu'il n'en faut pour assurer le service des remparts et la police intérieure de la ville. Mais on créa tout de même 60 nouveaux bataillons, puis encore 60 autres[note 71], en raison du manque de confiance de l'opposition envers l'armée active, d'obédience impériale. Si bien qu'on en vint à donner un fusil, un équipement et 1,50 franc par jour à tout homme qui se présentait (et 75 centimes pour sa femme), quels que fussent ses antécédents et ses références; on recrute notamment des étrangers, des enfants, des vieillards, des vagabonds et des repris de justice[note 72]. La garde nationale finit par compter 350 000 hommes. Quant aux officiers, nommés à l'élection, Trochu indique en avoir fait destituer, pendant la durée du siège, 495 seulement[197].
Selon le général Thoumas, délégué à la guerre dans le gouvernement de la Défense nationale, cette force pseudo-militaire est plus gênante que redoutable pour la défense de la France. Vers la mi-novembre 1870, on forme dans chaque bataillon à l'aide de volontaires, célibataires ou veufs sans enfants, des compagnies de guerre destinées à coopérer aux opérations extérieures et à monter la garde hors des remparts[198].
Les bataillons doivent être formés par les arrondissements ci-après:
Les gardes sortent pour la première fois du 20 au 25 novembre. Le général Ducrot écrit dans ses mémoires: «Nous ne pouvons nous rappeler sans tristesse le désordre qui régnait dans leurs rangs. Nous ne parlerons que pour mémoire du fameux bataillon de Belleville, qui dût être licencié pour avoir abandonné son poste devant l'ennemi aux tranchées de Maisons-Alfort[199]» Selon le chef d'état-major de la garde nationale, le bataillon de Belleville commandé par Flourens s'est en effet débandé jusqu'à six fois devant l'ennemi[200]. D'autres exigent qu'on les relève des avant-postes avant même d'y avoir reçu un coup de fusil[201].
Le général Thoumas indique toutefois: «La Commune et le second siège de Paris ont prouvé incontestablement que ces mêmes fédérés qui, pendant le premier siège, n'avaient fait que troubler la défense étaient capables de bien se battre au dehors. Si durant le premier siège, les compagnies soldées servant de garde prétorienne à Pyat, Delescluzes, Flourens, Blanqui et consorts, le général Trochu les avaient mises camper en dehors des remparts et accoutumées peu à peu à de petites rencontres à la vue de l'ennemi on aurait eu des troupes aussi bonnes que les autres»[198].
Outre les 266[réf.nécessaire] bataillons mobilisés et constituant la première armée, aux ordres du général Clément Thomas, la garde nationale compte une légion d'artillerie sous les ordres du colonel Schœlcher, qui rend quelques services aux remparts, et une légion de cavalerie sous les ordres du colonel Quiclet, qui n'en rend aucun[réf.nécessaire].
Corps francs
Les corps francs, troisième et dernière incarnation des forces improvisées au moment de la guerre, absorbent à Paris comme en province un effectif considérable. Pour l'infanterie, 33 corps de francs-tireurs s'équipent eux-mêmes à leur guise. Selon Léonce Rousset, les corps francs ne jouent généralement aucun rôle militaire que celui que leur assigne leur bon plaisir[202].
Plusieurs exceptions doivent cependant être faites en faveur de corps francs qui se sont imposés une mission spéciale et qui, grâce au recrutement, à leur organisation, à leurs chefs et à l'esprit qui les anime, sont pour l'armée active des auxiliaires précieux:
Les Éclaireurs à cheval de la Seine, également connu plus simplement sous le nom des Éclaireurs de la Seine, sous les ordres du commandant Léon Franchetti, se signalent en plusieurs circonstances par un courage et une intelligence de vieille troupe aguerrie, et rendent de tels services que le général Ducrot le reconnaît solennellement;
Le corps d'artillerie des mitrailleuses sous les ordres du commandant Pothier;
Le corps auxiliaire du génie sous les ordres de l'ingénieur en chef Alphand;
Les ouvriers auxiliaires du génie sous les ordres de l'ingénieur Ducros;
Les Francs-tireurs de la Presse;
Les Éclaireurs de Poulizac.
Récapitulatif des forces françaises en septembre 1870
En septembre 1870, assignés à la défense de Paris, on décompte[203]:
La ferme de Trivaux, également appelée ferme du Petit Trivaux, était une ferme située sur la commune de Meudon. Elle est après 1960 lors de la construction de Meudon-la-Forêt.
La Pointe de Trivaux était une ferme située au sud du bois de Meudon et à l'ouest du Plessis-Piquet. Elle était également située sur la commune de Meudon.
L'ouvrage du Moulin de Pierre, était à l'origine un moulin à grain construit en pierre au XVIIesiècle. Situé dans le hameau de Fleury sur la commune de Clamart, cette bâtisse très imposante est aménagée en redoute pour contrecarrer les attaques prussiennes durant le siège. De nombreux combats auront lieu autour de ce point que les troupes allemandes finissent par prendre. Lors de la Commune, cette redoute occupée par les communards est prise fin avril 1871 par les Versaillais. Après tous ces combats, le moulin, devenu une ruine, est démoli. Une rue de Clamart porte son nom.
Le château de Maison Blanche et son parc, qui s'étendait jusqu'à la Marne, sont désormais partagés entre les communes de Gagny et de Neuilly-sur-Marne.
Achille Prosper Mocquery est un lieutenant-colonel d'infanterie en retraite, qui est rappelé et nommé colonel pour le temps de la guerre afin de prendre le commandement d'un régiment de marche.
Jean-Baptiste Lavoignet est un colonel d'infanterie en retraite, qui est rappelé et nommé colonel pour le temps de la guerre afin de prendre le commandement d'un régiment de marche.
Cette tour a été construite en 1815 par les soldats britanniques, lors du siège de Paris de la même année. Construite à partir des fondations d'une précédente tour faisant partie des fortifications, elle est plus tard transformée en moulin[96].
La légende du document original indique: «En vain, le quartier général [prussien] essaya-t-il de s'installer au château de Stains, dans cette belle résidence de la famille de Vatry qu'on voit trouée et démolie en partie: force fut aux Prussiens, devant les obus de nos forts, de le transférer à Enghien. [Le 15 janvier 1871] seulement, l'ennemi réussit à implanter une batterie à la butte-Pinson, sur le flanc de la colline voisine de Stains. C'est de là que commença le bombardement de Saint-Denis. Jusque-là, l'artillerie du général de Bellemare avait pu paralyser le feu de l'ennemi».
En 1870, l'armée saxonne avait 8 régiments de ligne numérotés de 100 à 107, 2 bataillons de chasseurs (jägers) (no12 et 13) et 1 régiment de Schützen (no108(de)).
Un Décret impérial en date du 11 août 1870, prescrit l'organisation immédiate, dans la gendarmerie, d'un régiment à pied et d'un régiment à cheval destinés à intervenir dans les opérations contre les armées allemandes.
Les bataillons appelés à Paris devaient tous avoir un effectif de 1 200 hommes, répartis en sept compagnies, la 8ecompagnie restant comme dépôt en province, avec les hommes en excédent de ce chiffre maximum. Un assez grand nombre de bataillons ne se conformèrent pas à cet ordre et amenèrent leur 8ecompagnie; les compagnies de dépôt de ces bataillons furent alors formées à Paris.
chap.XVIII «Les pigeongrammes: Dagron et la microphotographie», dans Louis Figuier, Merveilles de la science ou Description populaire des inventions modernes, Jouvet, , Page 124-129
«Le Second Empire et la Commune», sur Société nationale de l’histoire et du patrimoine de la gendarmerie - Société des amis du musée de la gendarmerie (consulté le )
Adrien Maquet, «Histoire de Saint-Nom-la-Bretèche», dans Mémoires de la Société des sciences morales, des lettres et des arts de Seine-et-Oise, t.XVII, Versailles, Marpon et Flammarion, (lire en ligne), p.253
Compte-rendu de Léon Gambetta, cité dans Ermete Pierotti, Rapports militaires officiels du siége de Paris de 1870 - 1871: suivis du dictionnaire historique, de la carte des environs et fortifications de Paris par le Dr. E. Pierotti, commandant du génie militaire italien, témoin oculaire du siége. Ce livre contient une carte de France et un plan général du siége de Paris en 1814 - 1815, En vente chez l'auteur & chez Joël Charbaliez, (lire en ligne), p.27-28
Marcel Ducasse, «La mise à terre des canonniers de la Marine au XIXe siècle», Revue historique des Armées, vol.190, no1, , p.121 (DOI10.3406/rharm.1993.4226, lire en ligne, consulté le )
Edgard Rodrigues, Blocus de Paris: Opérations militaires de la 2e armée de Paris et marches de l'escadron Franchetti, Paris, E. Dentu, , 262p. (lire en ligne), p.8
Recueil général des lois, décrets et arrêtés depuis le 4 septembre 1870: avec des notes et deux tables annuelles, l'une chronologique et l'autre analytique et alphabétique, t.I, Paris, Administration du Journal des notaires et du Recueil général des lois., (lire en ligne), p.38
Ermete Pierotti, «Dictionnaire historique des environs de Paris», dans Rapports militaires officiels du siége de Paris de 1870 - 1871, Paris, Joël Cherbuliez, (lire en ligne), p.30
Prudent René-Patrice Dagron, La poste par pigeons voyageurs: souvenir du siège de Paris: Notice sur le voyage du ballon "Le Niepce" emportant M. Dagron et ses collaborateurs et détails sur la mission qu'ils avaient à remplir, Tours - Bordeaux, 1870-1871 (lire en ligne)
Wilfrid de Fonvielle, «La Chute d’un ballon à Luzarches en 1870», Mémoires de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, vol.XVIII, , p.101-109 (lire en ligne)
François Faverot de Kerbrech, Zadoc Kahn, Gabriel Benoît-Champy et Lazare Isidor, A la mémoire de Léon Franchetti: discours prononcés à l'inauguration du monument élevé à sa mémoire, à Brie-sur-Marne, le 2 décembre 1871, par MM. le commandant Bon Faverot de Kerbrech et G. Benoît-Champy, et discours prononcés au service religieux célébré en mémoire du commandant Franchetti, au Temple israélite, le 6 décembre 1871, par MM. Zadoc Kahn et L. Isidor, Paris, Imprimerie J. Claye, , 31p. (lire en ligne)
Les Ambulances de la presse: annexes du ministère de la guerre pendant le siège et sous la Commune. 1870-1871, Paris, Marc / Baillère et fils, (lire en ligne), p.276
Michel Mathys, «Le quartier de La Folie à Nanterre du 17ème siècle à nos jours», Bulletin de la société d'histoire de Nanterre, no63, , p.18 (lire en ligne)
Jules Lermina, Dictionnaire universel illustré biographique et bibliographique de la France contemporaine, Paris, L. Boulanger, , 1397p. (lire en ligne), p.381
Christophe Pommier, «L’artillerie dans les sièges de la guerre de 1870-1871: rôle, effets matériels et influences culturelles», dans Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme et Laurent Jalabert, La guerre de siège en 1870-1871, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 480p. (ISBN978-2-7535-9911-6, lire en ligne), p.71-84
Christophe Pommier, «Le siège de Paris: aspects poliorcétiques», dans Gloria Victis: L’Île-de-France assiégée, 1870-1871, Illustria, (lire en ligne), p.72-75
Jean-Baptiste Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances règlements et avis du Conseil d'État, t.LXX, Paris, Société du Recueil Sirey, (lire en ligne).
Lieutenant Jules Théodore Burkard (ill.Paul de Sémant), L'Épopée des Zouaves, vol.II: Le 4e Zouaves et les zouaves de la Garde, Flammarion, (lire en ligne[PDF]).
c. 1890
Louis Jezierski, Combats et batailles du siège de Paris: septembre 1870 à janvier 1871, Garnier frères, (lire en ligne)
Charles Zeller, La Dernière Bordée du fort de la Double-Couronne: Souvenirs et anecdotes du siège de Paris, Paris, E. Lachaud, (lire en ligne).
Jérôme Baconin, Paris 1870-1871: l'année terrible, Alan Sutton, coll.«Mémoire en images», (ISBN978-2-84910-705-8).
ouvrage illustré faisant une synthèse chronologique des événements du siège
Gustave Desjardins, Tableau de la guerre des Allemands dans le département de Seine-et-Oise 1870-1871, Versailles, (lire en ligne), p.20-21.
Bernard Giovanangeli et alii., 1870, Les soldats et leurs batailles, coédition Bernard Giovanangeli éditeur – ministère de la Défense, 2006 (ISBN2-909034-95-X) .
Georges d'Heylli, Journal du siège de Paris: décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers, officiels et autres (6 juillet - 1er octobre 1870), t.I, Paris, Librairie générale, 1871-1873 (lire en ligne)
Georges d'Heylli, Journal du siège de Paris: décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers, officiels et autres (1er octobre au 1er décembre 1870), t.II, Paris, Librairie générale, 1871-1873 (lire en ligne)
Georges d'Heylli, Journal du siège de Paris: décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers, officiels et autres (1er décembre 1870 au 1er février 1871), t.III, Paris, Librairie générale, (lire en ligne)
Damase Jouaust, Lettre-journal de Paris: gazette des absents.
Ernest Lavisse, L'Invasion dans le département de l'Aisne.
Christian Lebrument, La guerre de 1870 et la Commune: Vie quotidienne à Colombes .
Jean Claude Lettré, La fabuleuse histoire des Boules et Ballons de la délivrance Les transmissions du courrier pendant le siège de Paris guerre de 1870-1871 - Éditions Aramis 2006, 20 bis chemin du Pessay 74940 Annecy-le-vieux .
Jean Claude Lettré, Mémoire d'une Guerre Oubliée et de son Histoire Postale - Siège de Paris 1870-1871 - Éditions Aramis 2010, 20 bis chemin du Pessay 74940 Annecy-le-vieux .
Adrien Mentienne, Souvenirs du Siège de Paris et des Batailles de la Marne en 1870.
Edmond Mouillefarine (préf.Philippe Alasseur (septembre 2007)), Journal du siège de Paris – , (lire en ligne)..
Jacques-Henry Paradis, Journal du Siège par un bourgeois de Paris: 1870-1871, Paris, E. Dentu, (lire en ligne).
Un riche témoignage d'un «bourgeois de Paris» comme il s'appelle lui-même, au jour le jour, des événements du siège.
Napoléon Peyrat: Journal du siège de Paris par les Allemands - 1870.
Louis-Paul Rollin: La guerre dans l'ouest: campagne de 1870-1871.
François Roth, La Guerre de 70, Fayard, Paris 1990. (réédition en poche) .
Abbé Brugalé, Ma captivité en Prusse, Paris, (lire en ligne)
Curé de Bezons
Barthelémy-Edmond Palat, Siège de Paris: Châtillon, Chevilly, La Malmaison, Paris / Nancy, Berger-Levrault et Cie, (lire en ligne)
Barthelémy-Edmond Palat, Siège de Paris: Le Bourget - Champigny (28 octobre - 3 décembre 1870), Paris / Nancy, Berger-Levrault et Cie, (lire en ligne)
Barthelémy-Edmond Palat, Siège de Paris: Buzenval - La Capitulation, Paris / Nancy, Berger-Levrault et Cie, (lire en ligne)
Georges Guillaume, Souvenirs d'un garde national pendant le siège de Paris et pendant la Commune par un volontaire suisse.: Première partie: la capitulation (nov. déc. 1870, janv. 1871), Neuchâtel, Jules Sandos, (lire en ligne)
Georges Guillaume, Souvenirs d'un garde national pendant le siège de Paris et pendant la Commune par un volontaire suisse.: Deuxième partie: l'insurrection (février, mars, avril, mai 1871), Neuchâtel, Jules Sandoz, (lire en ligne)
Henri Froment, «Une compagnie de Francs Tireurs en forêt de Fontainebleau pendant la guerre de 1870», La voix de la forêt, Association des amis de la forêt de Fontainbleau «Francs tireurs en 1870», , p.20-25 (lire en ligne[PDF])