Histoire de Senlis

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Blason de Senlis

L'histoire de la ville de Senlis, dans le département de l'Oise, en région Hauts-de-France, commence à la préhistoire mais, la première mention écrite nommant le lieu date du Ier siècle, pendant l'époque romaine. Résidence royale à l'époque carolingienne (751-987), siège d'un évêché jusqu'à la Révolution française, Senlis n'est plus aujourd'hui qu'un modeste chef-lieu d'arrondissement.

Les menhirs des Indrolles dans la forêt domaniale d'Halatte, parcelle 296 non loin de la D 1017.
Arènes gallo-romaines du Ier siècle ap. J.-C., situées au bout d'une impasse partant de la place des Arènes, entre l'avenue de Chantilly au nord et la rue de la Fontaine des arènes au sud.
Vestiges du château royal, vue depuis le parc.

La Préhistoire a laissé des vestiges sur le territoire communal de Senlis, des outils en pierre et les deux menhirs des Indrolles, découvertes par Amédée Margry en été 1869 sur la parcelle 296 de la forêt d'Halatte. Non loin de la route du Chêne à l'image, se trouve une autre roche, la Pierre qui corne percée de nombreux trous, qui pourrait être un menhir. À Chamant, existait une allée couverte disparue de nos jours[1].

Antiquité

Les origines de Senlis en tant que ville sont incertaines, mais remontent apparemment après le début de notre ère, les premières mentions écrites datant du Ier siècle[2]. Senlis aurait été alors le chef-lieu d'une tribu celte, les Silvanectes, mais c'est à peu près tout ce que l'on sait, et les seuls témoignages qui en restent sont de différentes monnaies gauloises autrefois attribuées à tort aux Sulbanectes (en fait, des monnaies suessiones) et des traces d'occupations rurales tout autour de Senlis[3]. Rien ne prouve toutefois l'existence d'une agglomération gauloise à l'emplacement de l'actuelle ville de Senlis, qui reste une hypothèse[4].

Vraisemblablement une fondation romaine, la ville est appelée Augustomagus, le marché d'Auguste ; comme de nombreuses cités, elle est dédiée à un empereur romain, mais est dotée d'un nom celtique (magus, magos : champ, marché en gaulois). Les habitants s'arrangent avec la domination romaine et respectent le peuple romain ; aussi sont-ils récompensés en obtenant le droit de se gouverner eux-mêmes sous la surveillance d'un représentant de Rome, et ne payent le tribut que directement à l'empereur. Au IIe siècle, Augustomagus est donc l'une des dix villes dites libres ou municipes de la Gaule romaine, et la civitas se développe[5]. L'on y trouve sans doute les monuments qui caractérisent les villes romaines : temples, arc triomphal, acropole, palais, arènes, thermes etc[6]. Seules l'amphithéâtre a survécu ; l'existence des autres monuments n'est supposée que grâce à des trouvailles archéologiques. Au IIIe siècle, Augustomagus devient une place militaire importante et s'entoure d'une muraille épaisse de quatre mètres et haute de sept à huit mètres, dotée de vingt-huit tours, pour faire face aux invasions barbares. La superficie enclose est de 6,38 ha[7], mais la ville s'étend bien au-delà de cette enceinte, comme le démontre, par exemple, le plan urbain orthogonal conservé, en dehors de la cité. Au milieu du IVe siècle, saint Rieul évangélise la contrée et devient le premier évêque de Senlis. Les sources écrites sur Senlis sont extrêmement rares jusqu'au Ve siècle, et nous ignorons à ce jour ce que fut la ville exactement jusqu'à la genèse des royaumes francs.

Le Moyen Âge

Le Haut Moyen Âge

Jusqu'à la fin du Xe siècle, Senlis fait l'objet d'un petit nombre de mentions dans les documents historiques et nous connaissons certains faits et événements de son histoire, mais il ne s'agit que de rudiments, laissant dans l'ombre ce que fut Senlis entre la fin de l'Antiquité et l'élection de Hugues Capet. - Sous Childebert Ier, la partie de la ville où se trouvait la chapelle dédiée à saint Rieul aurait été incluse dans l'enceinte vers 530. Cette chapelle avait probablement précédé l'église Saint-Rieul, au nord de la ville, à l'emplacement de l'actuelle école Notre-Dame.

Après l'assassinat du roi Chilpéric Ier en septembre 584, c'est l'évêque de Senlis, Maculfe, qui prend soin de le faire enterrer dignement à Paris. Peu de temps après, une chapelle est construite pour honorer le prédécesseur de Maculfe, saint Sanctin : elle donna plus tard son nom à une porte de la ville, près de Saint-Rieul, et ses fondations ont été découvertes en 1831 lors de la démolition des remparts. Avec le traité d'Andelot en 587, Senlis est partagé entre Gontran Ier roi de Burgondie et son neveu Childebert II roi d'Austrasie, ce dernier gardant les deux tiers.

Pour les deux siècles qui suivent, les sources font défaut. En 795, le roi Charlemagne aurait fondé l'abbaye Saint-Rémi dans la faubourg Saint-Martin, mais cette fondation date plus vraisemblablement de l'an 1040. La première mention d'un comté de Senlis date de 823. Plusieurs indices montrent que le château royal existe au plus tard vers le milieu du IXe siècle : en 854, le trésor royal se trouve à Senlis, et à partir de 864, le roi déchu Pépin II d'Aquitaine est enfermé au château de Senlis par Charles le Chauve, ainsi que l'évêque Hincmar de Laon en 870. Charles le Chauve est également le premier roi dont le séjour fréquent à Senlis ne fait aucun doute, puisqu'il a daté de nombreuses chartes de Senlis[8],[9],[10]. Le premier concile de Senlis a lieu en 861.

Bernard est le premier comte de Senlis dont nous connaissons des éléments précis de biographie. C'était l'oncle de Richard Ier de Normandie, qui l'accueillit à Senlis en 944 après qu'il avait été libéré de sa captivité chez Louis d'Outremer à Laon par son gouverneur, Osmond de Conteville. Sur ce fait, le roi Louis, avec le secours du roi allemand Othon Ier, fait assiéger Senlis en 946 et en 948 ou 949, mais sans succès : les remparts et le courage des habitants furent plus forts, et beaucoup de soldats furent tués. En 978, Senlis tout comme Soissons et Laon est victime des brigandages des Normands sous Bernard le Danois. Le comte Bernard de Senlis n'ayant pas d'héritier, la ville entre dans les possessions d'Hugues Capet au plus tard en 981, alors qu'il n'est que comte et duc des Francs : il expédie du château de Senlis un diplôme en faveur de l'abbaye d'Umblières. À Senlis, Hugues Capet aurait été élu roi par ses barons en 987 avant d'être sacré à Noyon. En 991, il emprisonne le duc Charles de Basse-Lotharingie à Senlis pour avoir pris la ville de Reims avec la complicité de l'archevêque de Reims, Arnoul de France. La construction de la première cathédrale de Senlis commence à la fin du Xe siècle [11],[12][13]. Sous les Capétiens, Senlis est une ville royale, demeure des rois de France, d’Hugues Capet à Charles X.

Le Moyen Âge central

Au XIe siècle, Senlis semble être une ville d'une certaine importance, avec son château royal, le siège d'un diocèse, une cathédrale, au moins trois autres églises paroissiales (Saint-Rieul et Saint-Pierre, reconstruits sous le roi Robert Ier de France à partir de 1029, ainsi que Saint-Aignan), trois abbayes (Saint-Vincent, Saint-Michel, fondée vers l'an 1000 et disparue vers la fin du XIIe siècle, et Saint-Rémi, abbaye de Bénédictines fondée vers 1040 au faubourg Saint-Martin et rasée en 1589 pour des raisons militaires) et la collégiale Saint-Frambourg. Après le décès du roi Robert II en 1031, sa veuve Constance est soutenue par la ville de Senlis dans son dessein de vouloir placer son fils cadet Robert au trône, au lieu de l'aîné, Henri Ier de France. Ce dernier fit apparemment assiéger Senlis, mais sans suite et sans combats importants. Trente ans plus tard, sa veuve Anne de Kiev refonde l'abbaye Saint-Vincent et fait construire son église en 1065.

Vers le milieu du XIIe siècle, la nouvelle paroisse Sainte-Geneviève est instaurée, avec son église dans la rue qui porte toujours son nom. Sinon, aucun fait marquant n'intervient jusqu'en 1154 quand le roi Louis VII entreprend des démarches en faveur de la collecte de fonds pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, donnant naissance à l'édifice actuel[14],[15],[16]. En 1170, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem établit une commanderie, un hôpital et une église à Senlis, désignée comme temple (entre la rue Saint-Jean et l'actuelle rue de la République, au nord de l'église Sainte-Geneviève). Cet ordre était un gros propriétaire immobilier dans la ville, avec jusqu'à cent-trente maisons dans son actif, qui en partie existent toujours[17],[18]. L'hôpital Saint-Martin est créé en 1170 également, situé au faubourg du même nom ; il ferme en 1223 pour être remplacé par l'Hôtel-dieu de Gallande. Les paroisses Saint-Martin (supprimée en 1791) et Saint-Hilaire (rue Saint-Hilaire, supprimée en 1706) existent déjà à cette époque, sans que l'on puisse déterminer l'année exacte de leur création[19],[20],[21].

La charte communale de 1173

Le Beffroi de Senlis entre 1170 et 1724. Ce dessin est une reconstruction, des représentations d'après nature n'existant plus.

Une charte communale est accordée à la ville en 1173 par le roi Louis VII, selon le modèle de celle de Compiègne, qui, elle, dérivait de Soissons. Cette charte affranchit les habitants de la ville et les soumet à la justice de cette dernière, qui n'a plus de comptes à rendre qu'au roi directement. Toutefois, le roi ne possédant pas la totalité de la ville, la commune doit conclure des accords avec les autres seigneurs, qu'ils soient laïques ou ecclésiastiques, et surtout racheter leurs droits de prélever des redevances et de rendre justice. Le seigneur le plus influent après le roi est alors Guy le Bouteiller, dont la famille avait reçu cette charge par Louis VI en 1130, abandonnant alors le patronyme initial de la Tour. Guy le Bouteiller ayant lui-même sollicité la charte communale, il ne fait pas obstacle, contrairement aux seigneurs ecclésiastiques. L'évêque Henri affranchit ses hommes dès 1177, moyennant une rente conséquente ; les abbayes et les chapitres hésitent plus longtemps et ce n'est qu'en 1225 que le chapitre de Saint-Rieul rejoint finalement la charte communale. Ceci n'empêche pas la commune d'entretenir de bonnes relations avec les autorités religieuses. Tous les habitants de la ville et de ses faubourgs doivent être membres de la commune ; statut avantageux qui incite des habitants de localités voisines de s'installer à Senlis où ils sont admis volontiers, car la commune est soucieuse de s'agrandir pour avoir davantage d'influence politique. Les affaires de la ville sont réglées par le maire et les magistrats municipaux, qui étaient en même temps les juges du tribunal municipal. Certains arrêtés importants ont besoin de la confirmation du roi, mais les attributions législatives de la commune vont assez loin. Les maires de Senlis sont par ailleurs connus depuis 1184 en continu. Au début, certains privilèges du clergé et des seigneurs subsistent, que la commune parvient à effacer de fur et à mesure[22],[23].

Quelque temps après la constitution de la commune, sous le roi Philippe-Auguste, la construction d'une nouvelle enceinte est entamée, qui entoure les principaux quartiers de la ville sauf les faubourgs, tout en laissant encore du terrain libre à l'intérieur. Le périmètre des fortifications est corrigé plusieurs fois et la construction ne s'achève qu'en 1287[24],[25]. Des Senlisiens assurent un rôle important à proximité du roi : les Bouteiller de Senlis ou le chancelier Guérin, évêque de Senlis et conseiller de Philippe Auguste. Ce dernier participe à la bataille de Bouvines. C'est en l'honneur de cette bataille qu'il fonde en 1222 l'abbaye de la Victoire en périphérie de la ville[26]. Deux autres couvents sont instaurés à l'intérieur de la ville peu de temps après : le couvent des Cordeliers en 1228 (complètement disparu, au sud de la ville, à l'est du couvent des Carmes) et le prieuré Saint-Maurice en 1239, portant ainsi le nombre des établissements religieux à cinq, sans compter les hôpitaux et chapitres. En 1232, la chapelle Saint-Étienne, au faubourg du même nom, est érigée en paroisse : Senlis en compte désormais huit, situation qui perdure jusqu'en 1706. Bâtisse sans caractère, avec chœur pentagonal[27],[28], les murs de l'église Saint-Étienne subsistent toujours, les ruines ayant été reconstruites en maison d'habitation vers la fin du XIXe siècle.

Comme symbole de sa liberté, Senlis dispose d'un beffroi, construction mince et élancée, haute de quatre-vingts pieds, soit environ vingt-six mètres, implantée à l'angle de la place de la Halle avec la rue Saint-Jean. Aussi appelée bancloque ou bancloche, sa cloche annonce la fermeture des portes de la ville, les assemblées publiques, les marchés, les incendies, les émeutes, l'apparition de l'ennemi, etc. Ce beffroi est encore remplacé en 1724 par un nouvel édifice, démoli toutefois en 1802[29],[30],[31] : les habitants en voient une gêne pour la circulation et le jugent comme inutile, car il ne dominait plus l'ensemble de la ville[32].

La vie économique aux XIIe et XIIIe siècles

Senlis connaît son apogée aux XIIe et XIIIe siècles. Elle vit du commerce de la laine, du cuir et de la fourrure. Une comparaison des plans de Senlis et de Paris au XIIIe siècle suggère que Senlis est alors plus grande que la capitale[33]. Plusieurs halles spécialisées témoignent d'une intense activité marchande : halles au blé, aux bouchers, aux drapiers, aux merciers et chapeliers, aux pelletiers, aux fourreurs, au vin et aux poissons : la harenguerie. En outre, des marchés dédiés existent pour les gâteaux, les fromages, les boisseaux, le cuir, les veaux, les porcs et les autres bestiaux. Une foire se tenait chaque mois de septembre, de la nativité de Marie (le 8) pendant toute une semaine, près de la maladrerie Saint-Lazare (actuel emplacement du centre hospitalier) et dans le faubourg Saint-Martin. Une deuxième foire est instaurée en 1307, pendant une semaine en novembre[34].

Le moulin des Carmes, ou des Bonshommes, ou Billebaut (selon le nom du locataire du moulin en 1470), démoli après les destructions lors de la bataille de Senlis, le 2 septembre 1914.

Les moulins à eau se multiplient sur la Nonette, avec une dizaine de l'abbaye de la Victoire jusqu'à Saint-Nicolas-d'Acy : moulin de la Victoire, moulin de Villemétrie (toujours existant), moulin de Saint-Étienne (récemment restauré), moulin de la Porte de Meaux (vestiges), moulin Jumel, moulin à la poterne, moulin des Carmes (détruit en 1914), moulin du Roi (aujourd'hui ferme équestre), moulin neuf ou Choisel au confluent d'Aunette et Nonette, et le Petit moulin sur le ruisseau Saint-Urbain. Trois moulins tournent sur l'Aunette, dont deux sur l'ancien chemin de Pont : le moulin Saint-Rieul du prieuré Saint-Maurice (toujours existant) et le moulin Saintron, et un sur la route de Chantilly, le moulin de la Gatellière[35][36].

La viticulture se développe, le sol sablonneux autour de la ville lui étant jugé favorable. Il paraît même que cette culture était la plus importante dans les environs immédiats de Senlis. Les noms et la situation des différents vignobles ainsi que leurs propriétaires sont toujours connus ; même le roi possède un clos. Le vin se négocie place de l'Étape aux vins. La ville offre du vin à toutes les personnalités importantes, à commencer par le roi et sa cour. La qualité du vin senlisien semble donc être équivalente aux autres vins de la région parisienne, au moins pour le moment ; au XVIe siècle, l'on consomme plutôt de l'hypocras, vin agrémenté d'épices aromatiques et de miel[37],[38].

Vers 1265, le bailliage de Senlis est créé, son territoire très vaste recouvre le Beauvaisis et le Vexin français. Avant, Senlis dépendait du bailliage du Vermandois qui tenait parfois ses assises à Senlis[39],[40]. - Depuis la fin du XIIIe siècle au plus tard, des banquiers officient à Senlis, désignés sous le nom de « Lombards » et donnant son nom à la rue des Lombards (rue Saint-Hilaire). Ils vendaient aussi des bijoux et des objets précieux et étaient parfois des faux-monnayeurs. Les Lombards usuriers font plusieurs fois l'objet de poursuites[41].

La fin de la commune

La commune doit faire face à des charges financières conséquentes, avec les rentes qu'elle doit verser aux différents seigneurs pour avoir consenti d'affranchir leurs serfs et vassaux habitant Senlis, et pour avoir renoncé de prélever des taxes et impôts. Jusqu'au milieu du XIIe siècle au moins, cette charge ne pèse pas trop lourdement puisque la commune continue de percevoir les mêmes taxes et impôts tels qu'ils existaient auparavant. S'y ajoutent cependant des frais de justice toujours croissants. D'une part, le clergé garde sa propension d'usurper des droits, et les litiges avec la commune sont nombreux. Le diocèse, les chapitres et monastères disposent souvent de titres établis par le roi pour appuyer leur position, et le plus souvent c'est eux qui remportent les procès. D'autre part, la juridiction du bailli en tant qu'instance d'appel casse souvent les jugements prononcés par la commune, jalouse de son indépendance. Alors que l'appelant n'a pas de frais à engager, la commune doit verser une importante amende à chaque fois que l'un de ses jugements est invalidé par une instance supérieure.

Dès la fin du XIIe siècle, la situation financière de la commune devient préoccupante[42]. Les retards de paiements d'impôts envers la commune, les taux d'intérêt élevés pour les emprunts et les malversations des maires en leur propre faveur n'y sont pas innocents non plus. En 1319, la commune criblée de dettes est supprimée sur la demande de la majorité des habitants, et après une enquête comptable minutieuse, des attournés remplacent le maire. Ces dignitaires, officiant sous l'autorité du bailli ou de l'un de ses prévôts sont toutefois élus annuellement par les habitants en assemblée générale. Plus tard, la fonction s'appelle gouverneur, et à la fin du XVIe siècle, échevin. Dans les faits, fort peu de choses changent, sauf que la ville ne s'autogouverne plus que grâce à la tolérance du bailli qui ne veut pas s'occuper directement des affaires de la ville[43].

Entretemps, Senlis se transforme de plus en plus d'une ville commerçante vers une agglomération d'établissements religieux. Avec la fondation du couvent des Bonshommes (futur couvent des Carmes) en 1303, avec son hôpital Saint-Louis[44], le nombre des monastères atteint maintenant les six ; auxquels l'on peut ajouter l'Hôtel-dieu et la maladrerie Saint-Lazare étant de fait aussi des couvents ; les chapitres de Notre-Dame, de Saint-Rieul et de Saint-Frambourg ; ainsi que les maisons de ville d'abbayes extérieures à Senlis, comme l'abbaye de Chaalis. Ces établissements occupent beaucoup de place et rachètent des maisons de particuliers pour s'agrandir[45]. En 1310, un concile a lieu à Senlis, décidant de la persécution des templiers, et neuf d'entre eux y sont exécutés directement. Mais ce n'est qu'un début ; le 12 mai, cinquante-quatre templiers sont brûlés à Paris, et d'autres ensuite[46].

Senlis dans la Guerre de Cent Ans

La Guerre de Cent Ans commence à se ressentir à Senlis avec la grande Jacquerie, réaction des paysans contre les privations qu'ils doivent subir et dues à la guerre, au niveau élevé des contributions, à la mévente de leurs produits et à la conduite des nobles, guerroyant entre familles ou rançonnant le pays. Dans ce contexte, la ville est attaquée par les nobles le 11 juin 1358, mais les habitants ne sont pas pris au dépourvu et se défendent avec succès[47],[48].

Senlis reste toujours fidèle au roi et reste loin des conflits. Or, en septembre 1417, le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, tente de retourner la situation en sa faveur : il envoie des messagers, promet aux villes picardes de les protéger et aux habitants de les libérer des impôts. C'est ainsi que Senlis change de camp, comme toutes les villes picardes. Fin 1417, les Bourguignons prennent aisément possession de Senlis, la garnison royale étant petite et la population bien disposée à leur égard. Le bailli se plaint devant le parlement, mais il n'est pas écouté. L'année suivante, le roi Charles VI confie à Bernard VII d'Armagnac la mission de reconquérir la ville rebelle avec 20 000 soldats de son armée et des lourds engins de siège, depuis son château de Creil. Les fortifications de Senlis n'étant pas encore perfectionnées, les assiégeants n'arrivent toutefois pas à s'emparer de la ville rapidement, car toute la population contribue à la défense. À un moment critique, quand une brèche est ouverte dans l'enceinte entre la porte de Paris et la porte de Meaux, il est négocié que Senlis se rende le 28 avril si la ville n'est pas secourue avant : les deux partis ne savent pas comment la situation va évoluer avec la potentielle arrivée de troupes de renfort de l'un ou de l'autre parti, et préfèrent ainsi sauver leur mise. Bernard d'Armagnac exige toutefois que Senlis lui livre six otages pour cesser ses attaques. Six hommes se déclarent volontaires. Mais le secours arrive à la dernière minute. En colère, d'Armagnac fait décapiter quatre otages, et les Bourguignons font de même avec vingt soldats coiffés des couleurs des Armagnacs. Les armées se retirent. Les capitaines des Bourguignons rejoignent le camp du roi, clamant que s'ils ont combattu les Armagnacs, ils seraient toujours fidèles au roi ; tournant donc le dos à leur ancien chef Jean sans Peur qui de toute façon n'était pas présent lors des combats[49].

Le monument qui commémore la bataille de Montépilloy et le succès des troupes de Jeanne d'Arc contre les Anglais, le 15 et 16 août 1429, selon la tradition.

Ainsi, la paix peut s'installer à Senlis, toute relative, car autour de la ville, les troubles continuent. Pour fuir les impôts prélevés afin de financer sa reconstruction, de nombreux citoyens s'installent ailleurs. L'économie est ruinée, et les champs ne sont plus labourés. Début 1425, les Anglais s'emparent du château royal de Creil et s'y installent, ayant évidemment des vues sur Senlis. Au lieu d'attaquer la ville, ils demandent aux habitants le versement de rançons, ce qu'ils acceptent : c'est encore le moindre mal comparé aux exactions commises par les seigneurs voisins, contre lesquels les Anglais les protègent désormais[50]. Les capitaines qui d'abord avaient combattu pour les Bourguignons, et qui étaient ensuite revenus dans le camp du roi, avaient maintenant rejoint l'armée du duc de Bedford, à l'instar des Picards. Au début du mois d'août 1429, cette armée s'apprête à attaquer les troupes royales dans les plaines entre Senlis et Montépilloy. La bataille est violente. Senlis n'est pas touché, les Picards se défendant courageusement la première journée. De ce fait, le duc de Bedford rentre aussitôt à Paris. Le lendemain, le roi Charles VII se rend à Compiègne, qui se soumet aussitôt à lui, ainsi que Beauvais. Les habitants de Senlis profitent de l'occasion pour informer le roi de leur soumission, et peuvent accueillir le roi dignement à Senlis : ainsi, la domination anglaise prend fin dans la région. Il paraît que les villes picardes ne l'avaient accepté qu'en raison de l'éloignement du pouvoir royal français qui leur était alors d'aucun secours. Ce revirement final de la situation est traditionnellement attribué à la participation de Jeanne d'Arc[51],[52].


. La trêve entre Charles VII et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, est signée en 1431 lors d'états généraux convoqués à Senlis[53].

En 1475, le traité de Senlis, appelé également « Paix de Senlis », est conclu par François II de Bretagne avec le roi de France Louis XI à l'abbaye royale Notre-Dame-de-la-Victoire près de Senlis.

En 1483, les contrées de Beauvais et Clermont de l'Oise sont soustraites au bailliage de Senlis. Il faut attendre la fin du XVe siècle pour observer un essor relatif, durant lequel plusieurs édifices sont construits ou restaurés. Par exemple, la reconstruction de l'hôtel de ville, menaçant ruine, est décidée le 2 février 1495[54]. En 1493, le roi Charles VIII, fils de Louis XI, signe le traité de Senlis avec le duc de Bourgogne Maximilien d'Autriche[55].

L'époque moderne

La fin du Moyen Âge et le début des troubles religieux

Durant le XVe siècle, de nombreuses traditions relatives à la vie quotidienne et au mode de vie doivent être abandonnées sous le signe d'une austérité religieuse dominant désormais davantage les mœurs. Sur le plan des fêtes, on avait l'habitude d'élire chaque année un pape des fous, de célébrer la fête des prêtres, de désigner un petit évêque le jour des Innocents, et de venir en masses danser et s'amuser sur la butte d'Aumont le dimanche des brandons. L'évêque essaie de défendre cette manifestation en 1413, et il y a d'autres tentatives d'y mettre fin, mais ce n'est que deux siècles plus tard qu'un arrêté du parlement de Paris la fait cesser définitivement[56]. Les étuves, dans la tradition des thermes romains, tombent en mauvaise réputation pour être devenus des lieux de débauche. À la fin du siècle, elles sont fortement réglementées pour éviter les excès[57]. La maison des filles publiques, le bordel rue des Bordeaux, appelée lors orde'ruelle, ruelle des ordures, est démolie fin 1555 par décision de la ville[58]. Les divertissements ayant leur utilité pour la société sont bien sûr encouragés ; il s'agit de jeux tenant lieu d'entraînement militaire : le jeu d'arbalète dès 1414 et le jeu d'arc[59].

Buste de Henri IV sur la façade nord de l'Hôtel de ville.

Après la fin du Moyen Âge, l'enseignement commence à occuper une place plus importante : le collège de Senlis est officiellement créé en 1523, bien qu'il ait déjà existé auparavant. Deux régents y enseignent sous la direction d'un principal. Ce dernier est désigné conjointement par la ville et par le chapitre de la cathédrale, qui paie également le traitement d'un régent. L'objectif de l'enseignement est d'ordre religieux essentiellement : protéger la jeunesse contre les dangers de la hérésie[60]. En effet, les huguenots sont relativement nombreux à Senlis ; leur nombre étant évalué à cinq cents en 1560. Les persécutions ne touchent que quelques-uns parmi eux, les Senlisiens faisant généralement preuve de tolérance religieuse[61].

Au XVIe siècle, Senlis assure un rôle judiciaire important, accueillant plusieurs juridictions, bailliage, élection, grenier à sel ou eaux et forêts[62]. Mais en 1582, la création du bailliage et présidial de Beauvais, puis les Guerres de Religion donnent un nouveau coup d'arrêt à son redressement. Les épidémies de peste à répétition - en 1564, 1580, 1582, 1583, 1584 et 1585 - mettent la ville à l'épreuve ; pendant le Moyen Âge, il n'y avait eu qu'une seule épidémie, en 1334 - 38[63],[64]. Durant les troubles religieux, Senlis fait figure de modèle de concorde[65] malgré la présence de protestants et des voisins qui succombent à la violence (massacres à Paris et à Meaux en 1572). En 1567, la ville échappe de peu à une attaque par une armée composée de réformistes français et allemands qui campent à Saint-Denis, Creil et Beaumont-sur-Oise. Par mesure de précaution, une garnison de trois cents hommes est stationnée à Senlis[66]. En 1577, la ville est l'une des premières cités d'Île-de-France à se rallier au futur roi Henri IV[réf. nécessaire].

La guerre de la Ligue et ses conséquences

Lors de la huitième guerre de religion (1585–1598), Senlis veut garder la neutralité, mais à la suite de l'assassinat du duc de Guise le 23 décembre 1588, les principales villes des alentours (dont Pont-Sainte-Maxence et Crépy-en-Valois) rejoignent la Ligue (ou Sainte Union), et l'évêque de Senlis, de leur côté, tente de remonter la ville contre le roi Henri III. Il gagne la plupart des bourgeois pour la cause de la Ligue, mais le pacte conclu par Henri III avec le roi de Navarre, Henri IV (son cousin et beau-frère, qui allait lui succéder sur le trône de France) décida la noblesse de rallier le camp des royalistes. Ils demandèrent à Montmorency-Thoré, habitant Chantilly, de s'installer à Senlis et d'y finir avec la Ligue, et c'est le 26 avril 1589 que Montmorency-Thoré entra dans la ville, sans affrontements. Il fit emprisonner le gouverneur de Senlis, le sire de Rasse de Saint-Simon, démonstration de force qui suffit pour persuader les habitants de revenir parmi les rangs des royalistes.

La bastion de la porte de Meaux, ajoutée aux remparts médiévaux en 1544, et reconstruite après la guerre de la Ligue.

Ce que la noblesse locale n'avait apparemment pas prévu fut la réchignance de la Ligue d'abandonner Senlis, car la ville était pour eux une place stratégique importante. Ils assiégèrent donc Senlis dès le début du mois de mai, sous la commande du duc de Mayenne et le duc d'Aumale (tous les deux issus de la maison de Guise, le dernier étant le frère du duc de Guise assassiné). Pendant deux semaines, ils firent tirer des coups de canon sur les remparts, mais ce ne furent que les préliminaires ; le plan étant de prendre la ville rapidement de force, ce qui nécessita un certain temps de préparation. Les assiégeants disposaient de trente mille soldats, et la ville de Senlis de six cents soldats et de quinze cents habitants en état de prendre les armes, soutenus par nombre de paysans qui s'étaient réfugiés à l'intérieur de la ville. Le principal assaut eut lieu les 15 et 16 mai, avec un total de neuf cent quatre-vingts coups de canon, avec une concentration des forces sur la Porte de Paris, où les assaillants réussirent à pratiquer une brèche dans l'enceinte, pour pénétrer ainsi dans la ville. La résistance de la part des Senlisiens dépassait leur attente, mais ils tentèrent de persuader Senlis de capituler. La ville accepta de négocier afin de gagner du temps, en attendant l'arrivée des troupes de renfort allant à son secours. Avec leur approche, un deuxième front s'ouvrit pour les Ligueurs, et ce fut entre l'abbaye de la Victoire et Montépilloy qu'ils se livrèrent une bataille. Les troupes du duc de Longueville et du sieur de la Noue, fortes de deux mille cinq cents hommes, y remportèrent une victoire contre les ligueurs, le 17 mai, entre 16 h 00 et 18 h 00. Senlis fut ainsi sauvé, atout majeur pour le roi, qui à ce moment n'avait plus que six villes qui le soutenaient encore.

Restait à éliminer les traitres parmi les habitants, dont trente-neuf furent arrêtés pendant les semaines qui suivirent. Henri IV, succédant à Henri III tué le 1er août de cette même année, parvint progressivement à rallier la plupart des villes derrière lui, à plus forte raison depuis son abjuration du protestantisme le 25 juillet 1593, et vida la Ligue de sa substance ; la paix avec l'Espagne et l'Édit de Nantes du 13 avril 1598 permirent de rétablir la paix en France. Par ailleurs, Henri IV séjourna à Senlis le 20 mai 1591 et y revint de nombreuses fois pour se reposer, lors du siège de Paris. C'est à Senlis que le roi se sentit en sécurité, disant aux habitants « C'est ici que mon heur a commencé »[67][68].

Le déclin de la ville au XVIIe siècle

Senlis sur la Carte de Cassini.
Plan de Senlis en 1772, sans les faubourgs.
Le chanoine Charles-François Afforty (1706-1786).

Durant trois siècles, jusqu'au dernier quart du XIXe siècle, Senlis subit un lent déclin, perdant son rayonnement économique et une part de sa population. Les derniers états généraux avant ceux de 1789 ont lieu à Senlis le 21 juillet 1614. Le nombre de marchands drapiers se trouve réduit à sept ou huit en 1623, par rapport à deux cents, trente ans auparavant, faisant vivre alors trois à quatre mille personnes dans l'industrie drapière[69]. Les rois n'y séjournent plus après Henri IV, le château est tombé en ruines faute d'entretien[70], mais les établissements religieux deviennent toujours plus présents dans la ville, avec l'installation de plusieurs congrégations (1628/29 couvent N.D. de la Présentation[71], 1642 couvent des Capucins à l'intérieur de la ville[72],[73], 1670 Charité, 1695 Filles de la Croix[74],[75] et d'un séminaire (1664). Cette expansion religieuse[76] qui devient prépondérante inquiète d'ailleurs la municipalité et les habitants : d'une part, les ordres font des quêtes et récoltent des fonds, ce qui va au détriment des pauvres qui auraient davantage besoin de cet argent. D'autre part, les congrégations occupent plus de 30 % de la superficie de la ville, ce qui va au détriment de l'artisanat et du commerce. Rien que les deux couvents de la Présentation et des Capucins auraient absorbé environ deux cents maisons, où avaient vécu jadis les ouvriers de l'industrie drapière[77],[78],[61].

Il ne faut pas négliger non plus l'influence néfaste des épidémies de peste sur le développement et la prospérité de la ville ; ces épidémies se poursuivent depuis 1564 jusqu'à la fin du XVIIe siècle et éclatent en 1624-26, 1629-30 ainsi qu'en 1694 et 1695. Le mal ne peut être endigué que par des mesures de quarantaine strictes et par des interdictions de se rendre à des villes où la peste sévit. Hormis ces taches d'ombre, les XVIIe et XVIIIe siècles sont une longue période de tranquillité et de paix, et jusqu'à la Révolution, aucun événement d'envergure ne se produit[79] ,[63].

Senlis à la fin de l'Ancien Régime

À partir de 1753, la rue Royale (actuelle rue de la République) est percée dans le cadre de la rectification de la route de Flandre[80] (la future RN 17, actuelle D 1017) et traverse la ville à l'est[81]. C'est le début du démantèlement des fortifications, car les brèches ouvertes dans l'enceinte par la nouvelle route ne sont pas refermées. La porte Saint-Rieul est également démolie, et les esplanades du futur cours Thoré-Montmorency sont aménagées comme promenades pour les habitants[82]. Des XVIIe et XVIIIe siècles, la ville a hérité un certain nombre d'hôtels particuliers, mais avec l'exception de la rue Royale, aucun aménagement urbain d'envergure n'est entrepris. À ce titre, le besoin d'une nouvelle place du marché se fait ressentir depuis le transfert du marché franc, se tenant le dernier mercredi de chaque mois, du faubourg Saint-Martin vers le centre-ville, en 1611 : aucune place assez grande n'existe au centre[83].

Le nombre d'habitants stagne autour des 4 672 recensés en 1765[84]. Le bailliage de Senlis comprend encore les châtellenies royales de Senlis, Compiègne, Creil, Pontoise, Chaumont-en-Vexin et la majeure partie du Vexin français[62]. Même si Senlis n'est plus une ville importante à la fin de l'Ancien Régîme, elle est décrite comme très propre, avec des vastes maisons, presque toutes dotées d'un jardin. L'aisance y serait générale, on y mangerait des aliments d'une bonne qualité et l'on y jouirait d'une bonne santé, avec beaucoup de personnes atteignant un âge avancé[82]. Nous connaissons la composition de la population en 1765 selon différents critères : 499 personnes appartiennent au clergé (congrégationnistes et chanoines notamment), soit 10,7 % de la population totale. Les nobles ne sont qu'au nombre de 94, réparties sur dix-neuf familles ; aucun noble ne porte un titre, ils ne sont que chevaliers ou écuyers. Parmi le tiers état, fort de 3 514 personnes sans les fonctionnaires et assimilés, 529 sont des domestiques vivants dans la maison de leurs employeurs, soit 11,32 %. Les 915 foyers de cette catégorie d'habitants sont composés de 3,83 personnes en moyenne, y inclus les domestiques. Il y a 119 célibataires et 143 familles sans enfants, mais 66 familles avec cinq enfants ou plus. Les trois familles les plus grandes comportent neuf et dix enfants. Parmi les cent-trente métiers recensés[85], les professions libérales sont représentées par deux médecins et quatre notaires[86].

Nos connaissances actuelles de l'histoire de Senlis jusqu'au XVIIe siècle sont en grande partie dues aux recherches fastidieuses réalisées par le chanoine Charles-François Afforty (1706-1786) qui entre 1740 et sa mort, y consacre tout son temps libre. En 1750, il termine ses Collectanea en douze gros volumes manuscrits, contenant les transcriptions de l'ensemble de documents anciens qu'il avait pu trouver, situés dans leur contexte thématique et annotés. Ayant jusque-là travaillé pour son propre plaisir, il est officiellement mandaté par Pierre Nicolas Grenier, commissaire du Comité des chartes, pour retrouver les documents intéressants dans les archives du pays, en 1770 ; ce sera le Tabularium Silvanectense. Il en reste aujourd'hui treize volumes. Au total vingt-cinq volumes écrits par Afforty ont été achetés par la bibliothèque municipale de Senlis au XIXe siècle[87].

L'époque contemporaine

Compléments

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