Histoire militaire de l'Union soviétique

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Комбат (commandant de bataillon) : une photographie de Max Alpert emblématique de la Grande Guerre patriotique, représentant Aleksei Gordeyevich Yeryomenko, officier politique du 220e régiment de fusiliers (de la 4e division de fusiliers, dépendant de la 18e armée) quelques minutes avant sa mort le , près du village de Khoroshee (dans l'oblast de Vorochilovgrad) en Ukraine.
Soldats soviétiques lors de leur retrait de l'Afghanistan en février 1989.

L'histoire militaire de l'Union soviétique a commencé avec la révolution d'Octobre de 1917 qui a porté les bolcheviques au pouvoir. Le nouveau gouvernement de la RSFS de Russie a créé l'Armée rouge des ouvriers et paysans, sous le contrôle très étroit du Parti communiste, pour défendre la révolution au cours de la guerre civile russe (1917-1923), se terminant par la proclamation de l'URSS en .

À la fin des années 1930, l'Armée rouge a combattu (avec son allié mongol) lors d'une brève guerre frontalière contre le Japon (de juillet à , puis de mai à ), a envahi la Carélie finlandaise lors de la guerre d'Hiver (de à ), elle a envahi la moitié de la Pologne (en ), annexant également les pays baltes (en ), la Bessarabie et la Bucovine du Nord roumaines (de juin à ), le tout en application du pacte germano-soviétique.

Durant les combats sur le front de l'Est (de à ) de la Seconde Guerre mondiale, que les Soviétiques ont appelé la Grande Guerre patriotique, l'Armée rouge affronte essentiellement les forces armées allemandes. Les troupes soviétiques, qui fournissent la force militaire la plus nombreuse du conflit, subissent des pertes considérables (de l'ordre de dix millions de morts et 14 millions de blessés), mais finissent par écraser l'Armée allemande et prendre Berlin. En conséquence, l'Armée rouge occupe après le conflit la partie orientale de l'Allemagne, mais également beaucoup d'autres nations du centre et de l'est de l'Europe, qui sont de fait converties en satellites du bloc soviétique.

En 1946, l'Armée rouge prend le nom d'Armée soviétique. Pendant la période de la guerre froide, l'URSS est alliée avec la Chine (1950-1963) et surtout avec les pays d'Europe de l'Est réunis au sein du pacte de Varsovie (1955-1991), faisant face aux forces armées des États-Unis et de leurs alliés de l'OTAN de part et d'autre du rideau de fer. La course aux armements entraîne le développement d'une puissante marine soviétique et d'un énorme arsenal nucléaire, maintenant l'Armée de terre soviétique comme la principale force militaire de la planète. Elle est envoyée intervenir en Allemagne de l'Est (1953), en Hongrie (1956), à Cuba (1962), en Tchécoslovaquie (1968), à la frontière sino-soviétique (1969) et en Afghanistan (1979-1989). Son attitude lors du putsch de Moscou en favorisa la dislocation de l'URSS en .

Dissolution de l'Armée russe

Conflits Lieux Effets
1918-1920 Guerre civile russe Russie, Ukraine, Biélorussie, Turkestan et Transcaucasie La nouvelle Armée rouge a vaincu les armées blanches et ses alliés étrangers.
1918-1920 Guerres d'indépendance de l'Estonie, de la Lettonie et lituaniennes Pays baltes Indépendance des pays baltes, les premiers à reconnaître la RSFS de Russie (traité de Tartu).
1919-1921 Guerre soviéto-polonaise Biélorussie, Pologne et Ukraine Les Soviétiques sont repoussés et doivent céder l'Ouest de la Biélorussie et le Nord-Ouest de l'Ukraine[1] à la Pologne (paix de Riga).
1921 Révolte de Kronstadt Russie Mutinerie contre-révolutionnaire de la base navale, réprimée par l'Armée rouge et la Tchéka.
1922-1931 Révolte basmatchi Asie centrale (Turkestan russe) Répression des troubles anti-soviétiques au Turkestan (renommé « Asie centrale »).
1929 Conflit sino-soviétique Nord de la Mongolie-Intérieure Défaite de la clique du Fengtian (une faction chinoise), ce qui va favoriser l'invasion japonaise de la Mandchourie.
1932-1939 Conflits frontaliers soviéto-japonais :
batailles du lac Khassan puis de Khalkhin Gol
Frontière entre la Mandchourie, l'URSS et la Mongolie Signature du pacte nippo-soviétique de non-agression.
1934 Invasion du Xinjiang chinois Xinjiang (Turkestan oriental) Soutien soviétique à Sheng Shicai, ce qui fait du Xinjiang un territoire satellite de l'URSS jusqu'en 1949 (invasion/libération par l'APL).
1939-1940 Invasions de la Pologne orientale, des pays baltes, de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord (Seconde Guerre mondiale) La Biélorussie, la Pologne, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, l'Ukraine et la Moldavie L'Allemagne nazie et l'Union soviétique se partagent l'Europe de l'Est selon les termes du pacte Molotov-Ribbentrop.
1939-1940 Guerre d'Hiver (Seconde Guerre mondiale) Finlande L'Union soviétique est expulsée de la Société des Nations et conquiert la Carélie.
1941-1945 Grande Guerre patriotique (Seconde Guerre mondiale) Union soviétique, puis Europe de l'Est Dans un combat titanesque contre l'Allemagne nazie, l'Armée rouge défait la Wehrmacht, annexe l'oblast de Kaliningrad et occupe toute l'Europe de l'Est.
1941-1944 Guerre de Continuation (Seconde Guerre mondiale) Finlande Les forces soviétiques vainquent les forces de défense finlandaises et annexent définitivement la Carélie.
1945 Guerre soviéto-japonaise :
campagne de Mandchourie (Seconde Guerre mondiale)
Mandchourie, Corée du Nord, Sakhaline et îles Kouriles Destruction de l'Armée japonaise du Guandong, poussant l'empire du Japon à la capitulation ; annexion de Sakhaline et des Kouriles.

La révolution de Février (en du calendrier grégorien)[2] a remplacé l'Empire russe de Nicolas II par la République russe dirigé par le Gouvernement provisoire d'Alexandre Kerenski, qui a été à son tour renversé lors de la révolution d'Octobre (en ) pour laisser la place à la République soviétique de Russie. Le Comité militaire révolutionnaire (Военревком, Milrevcom) du soviet de Petrograd est d'abord dominant, remplacé en par le Comité militaire du Conseil des commissaires du peuple (Совнарком, Sovnarkom, présidé par Lénine) où siègent Vladimir Antonov-Ovseïenko (qui a mené l'assaut contre le palais d'Hiver), l'enseigne[3] Nikolaï Krylenko (le commissaire du peuple à la Guerre) et le marin Pavel Dybenko (commissaire du peuple aux Affaires navales)[4].

Une arrestation d'officiers-généraux de l'Armée russe après la révolution de Février.

L'« Armée révolutionnaire de la Russie libre » (Революционную армию свободной России), le nouveau nom de l'Armée impériale russe en 1917, est exsangue après trois ans de participation à la Première Guerre mondiale : elle est au bord de l'effondrement, manquant cruellement de ravitaillement, minée par la désertion massive (deux millions de déserteurs estimés en )[5] et l'indiscipline (causée notamment par l'ordre no 1 du soviet de Petrograd du /)[6]. Malgré une forte influence des bolcheviks dans l'Armée russe (au sein des soviets de soldats), de nombreux chefs militaires étaient de farouches opposants au communisme (pas forcément au nom du monarchisme tsariste). De leur côté, les bolcheviks percevaient l'armée comme l'un des piliers de l'ancien régime ; surtout, les auteurs marxistes (notamment Lénine dans L'État et la Révolution) préféraient par principe une milice populaire plutôt qu'une armée professionnelle[7] au nom de la crainte du bonapartisme (confirmé par la révolte Kornilov, ce dernier étant tenté par la dictature militaire).

Le /, Krylenko débarque à Moguilev avec un groupe de gardes rouges pour remplacer le général Nikolaï Doukhonine (celui-ci est tué le jour même par des soldats) au commandement de l'Armée russe[8]. En conséquence du décret sur la paix voté par le Congrès des Soviets le /, des négociations sont rapidement engagées, donnant un armistice entre les armées russe et allemande le /, complété par un second armistice avec toutes les puissances centrales (Empire allemand, Autriche-Hongrie, royaume de Bulgarie et Empire ottoman) signé le / et entré en vigueur le /, permettant la négociation à Brest-Litovsk d'une paix séparée (la Russie lâchant ses alliés). Quant à l'ancienne Armée russe, elle termine de se dissoudre, les désertions se poursuivant, accompagnées par des mutineries, des centaines de démissions, de meurtres ou de suicides d'officier, jusqu'à démobilisation totale.

Fondation de l'Armée rouge

L'emblème de l'Armée rouge des ouvriers et paysans, de 1918 à 1921.

Dès leur coup d'État du 25 octobre (le selon le calendrier grégorien), les bolcheviks sont entourés d'adversaires. Les premiers jours, Kerenski et le général Krasnov tentent de reprendre la ville, mais leurs cosaques sont repoussés à Poulkovo. Le /, les élèves-officiers des écoles militaires de Petrograd se mutinent et prennent le contrôle du central téléphonique et de la forteresse Pierre-et-Paul avant d'être mis en fuite par la garnison et les gardes rouges (Красная гвардия : une milice ouvrière). Ce contexte favorise la création de nouvelles forces armées pleinement ralliées à la cause marxiste-léniniste : l'Armée rouge des ouvriers et paysans (Рабоче-крестьянская Красная армия : РККА) qui comprend la Force navale (Морские силы, appelée aussi Flotte rouge des ouvriers et paysans, Рабоче-Крестьянский Красный флот : RKKF). Elle est fondée par le décret du Sovnarkom du /[9], composée dans un premier temps de volontaires, notamment des anciens gardes rouges, des marins de la base de Kronstadt et des fusiliers lettons.

Défilé des détachements de volontaires l'Armée rouge sur la place Rouge de Moscou, le .

Dès , le nouveau commissaire du peuple à la Guerre et président du Conseil militaire révolutionnaire (Революционный военный совет, abrégé en Реввоенсовет, créé le ), Léon Trotski, favorisa le recrutement de « spécialistes militaires », les voenspetsy, c'est-à-dire des dizaines de milliers d'officiers de l'ancienne armée impériale (sur la base du volontariat, devenant obligatoire à partir de )[10], y compris de nombreux généraux : Chapochnikov, Svetchine, Altfater, Bagration (en), Balouïev, Broussilov, Nadiojny, Nemitz, Parski, Polivanov, Samoïlo, Selivatchiov ou Chouvaïev. Les officiers étaient surveillés/épaulés par des commissaires politiques (политру́к, politruk), membres du Parti communiste, chargés du moral et de l'endoctrinement, qui contresigne tous les ordres du commandant. Les volontaires étant trop peu nombreux, le gouvernement soviétique décrète le le rétablissement du service militaire obligatoire, faisant passer les effectifs totaux de 360 000 hommes en à 800 000 en novembre, 1,5 million en et à 5,5 millions à la fin de 1920[11]. Ces chiffres sont un peu trompeurs : « pour chaque baïonnette au front il y avait une dizaine de bouches à nourrir à l'arrière. Une telle armée engloutissait des ressources colossales ; son efficacité était des plus nulles »[12]. Le Conseil de Défense des travailleurs et paysans (Совет Рабочей и Крестьянской Обороны), établi en , est chargé de la mobilisation économique, l'Armée rouge ponctionnant la majorité des ressources.

Un commandement-en-chef est institué le , confié au komandarm (командарм : commandant d'armée) Jukums Vācietis (Letton, il était colonel en 1917), remplacé en par le komandarm Sergueï Kamenev (un ancien officier d'état-major) jusqu'en 1924. La structure militaire fut renforcée avec la mise en place de deux états-majors, d'une part le quartier-général de toute la Russie (Всероссийский главный штаб, abrégé en Всероглавштаб) chargé des tâches administratives, du recrutement, de la formation et de l'organisation, d'autre part le quartier-général du Conseil militaire de la République (Полевой штаб Реввоенсовета Республики) chargé du commandement opérationnel, les deux fusionnant le .

Guerre civile russe

L'armistice avec les puissances centrales n'ayant pas été renouvelé au bout de deux mois[13], les combats reprennent le , les troupes allemandes et austro-hongroises fonçant par chemin de fer et prenant le contrôle des pays baltes, de la Biélorussie et de l'Ukraine (opération Faustschlag : « coup de poing »). Le , des détachements de volontaires de l'Armée rouge arrêtent les troupes allemandes à Pskov et à Narva ; le devient par la suite la journée de l'Armée rouge. Devant cette menace, le gouvernement russe déménage de Petrograd à Moscou les 10 et et surtout signe le traité de Brest-Litovsk le . Ce traité est finalement dénoncé par la Russie le , profitant de la révolution allemande du . La guerre civile russe prend rapidement de l'ampleur, avec l'affrontement entre les troupes de l'Armée rouge, des armées blanches (dirigées par d'anciens officiers tsaristes), des SR de gauche, des armées vertes (des paysans révoltés), des forces nationalistes (ukrainiennes, baltes, géorgiennes, etc.) et des anarchistes (notamment l'Armée noire, la Makhnovchtchina). Les Blancs bénéficient de l'aide intermittente de forces étrangères (britanniques, grecques, japonaises, françaises, des États-Unis, canadiennes, etc.).

L'émiettement politique des territoires de l'ancien Empire russe, en septembre 1918.

Les différentes unités (corps, divisions et régiments) de l'Armée rouge furent réparties entre des fronts, ces derniers correspondant chacun à un théâtre d'opérations : le front de l'Est (ru) (Восточный фронт : Oural, Volga et Sibérie), le front du Nord (ru) (Северный фронт : Nord de la Russie, jusqu'en 1919) et le front du Sud (ru) (Южный фронт : Ukraine). S'y rajoutèrent ensuite le front de l'Ouest (ru) (Западный фронт : de Mourmansk jusqu'à la Biélorussie, à partir de 1919, puis en Pologne en 1920), le front du Sud-Ouest (ru) (Юго-Западный фронт : Polésie, Galicie et Crimée), le front du Sud-Est (ru) (Юго-Восточный фронт) renommé front du Caucase (ru) (Кавказский фронт), un éphémère front caspien-caucasien (ru) (Каспийско-Кавказский фронт) et le front du Turkestan (ru) (Туркестанский фронт : Turkestan, c'est-à-dire l'Asie centrale). D'autres fronts furent beaucoup plus modestes, tels que le front du Transbaïkal oriental (en) (Восточно-Забайкальский фронт : Transbaïkalie) et le front de l'Amour (ru) (Амурский фронт : Extrême-Orient russe, bordant le fleuve Amour). Ses adversaires étant divisés, l'Armée rouge put les réduire les uns après les autres, les opérations se terminant progressivement entre 1921 et 1923.

Deux évènements, parmi les nombreuses opérations de la guerre civile, eurent des conséquences plus tard, car liés au culte stalinien. D'une part, en , l'armée du Caucase (blanche) commandée par Wrangel prit Tsaritsyne ; la ville est reprise en par les forces bolcheviques de Timochenko et Vorochilov (rouges), qui ont pour commissaire politique Staline : c'est ensuite monté en épingle à tel point que la ville est renommée « Stalingrad » en 1925. D'autre part, vis-à-vis de la jeune République polonaise, l'absence de frontières avec la Russie entraîne des combats dès 1919, qui tournent à une guerre ouverte en 1920 : pour les bolcheviks, il faut reprendre ces territoires russes depuis 1795, tout en exportant la révolution dans le reste de l'Europe en profitant des révolutions berlinoise, bavaroise et hongroise. L'opération Kiev, qui voit les troupes polonaises s'avancer jusqu'au cœur de l'Ukraine en , entraîne une contre-offensive rouge en , qui les repousse. Le front de l'Ouest de Toukhatchevski traverse alors la Biélorussie et entre en Pologne, mais subit une défaite lors de la bataille de Varsovie d'. Toukhatchevski accusa Iegorov (chef du front du Sud-Ouest), Boudienny (chef de la 1re armée de cavalerie, la Кона́рмия, Konarmia) et Staline (son chef politique) de ne pas l'avoir soutenu, préférant conquérir la Galicie et Lvov. L'amitié de Staline avec la « clique des cavaliers » offrit plus tard des postes influents à Timochenko, Vorochilov et Boudienny, mais mena Toukhatchevski et tous ses amis devant un peloton d'exécution.

Entre-deux-guerres

Le nouvel emblème de l'Armée rouge des ouvriers et paysans à partir de 1922 : une étoile rouge frappée du marteau et de la faucille.

À partir de 1922, le retour de la paix a pour conséquence la démobilisation partielle de l'Armée rouge des ouvriers et paysans (RKKA), qui de 4,4 millions d'hommes en , passe à 1,4 million en puis 562 000 en 1923[14]. Selon le futur maréchal Gueorgui Joukov, alors commandant de régiment (Комполка, Kompolka, équivalent à un colonel), les casernes sont alors souvent en ruine, les soldats clochardisés et la discipline s'est effondrée[15]. Le , Léon Trotski démissionne de son poste de commissaire aux Affaires militaires et navales, remplacé par Mikhaïl Frounze[16] qui lance plusieurs réformes, mais meurt accidentellement le , laissant sa place au stalinien Kliment Vorochilov (en poste jusqu'en 1934). Une collaboration se met en place avec la Reichswehr à partir de 1921, quelques officiers soviétiques allant étudier en Allemagne, de modestes partenariats industriels sont mis en place avec Junker, Krupp et Rheinmetall, tandis que de petites écoles communes ouvrent à Kazan (tactique blindée), Lipetsk (guerre aérienne) et Saratov (armes chimiques)[17], fonctionnant de 1929 à 1933.

Au cours des années 1930, en prévision d'une « seconde guerre impérialiste » entre les « puissances bourgeoises » qui serait une occasion en or pour « libérer le prolétariat européen », les effectifs progressent lentement, d'abord essentiellement basés sur une sorte de milice territoriale[18] avec des soldats à mi-temps. En 1935, en réaction au réarmement des puissances européennes, Staline accepte la transformation progressive de l'Armée rouge en un corps de cadres professionnels destiné à encadrer une mobilisation ; l'État-Major général (le Генштаб, Genchtab) se développe pour assurer la planification de cette mobilisation de masse. En 1935, l'effectif total est de 930 000 hommes, en 1936 1,1 million, en 1,5 million, à la fin 1939 2 millions, capable de passer à 6,5 millions selon le plan de mobilisation de 1938 (MP 38) applicable en 1939[19]. Le , le commissariat de la Marine est créé, prenant le contrôle de la modeste Flotte rouge et lançant un programme de construction (comprenant les cuirassés de la classe Sovetski Soyouz) : l'objectif est de la développer pour en faire une force océanique.

De 1929 à 1933, le premier plan quinquennal intègre tout particulièrement le lancement d'une production de masse de camions, de petits chars d'assaut et d'avions. Les deux premiers corps mécanisés sont créés en 1932 ; ils sont 29 au printemps 1941. Pour gagner du temps, le T-27 s'inspire de la chenillette Carden-Loyd, le T-26 du char léger Vickers et la série des BT utilise la suspension de John Christie[20]. Les troupes aéroportées sont développées en parallèle, formant des brigades puis des corps aéroportés. Côté théorie, les officiers de l'État-Major général et de l'Académie militaire, notamment Toukhatchevski et Triandafillov, se basant sur la double expérience de la Première Guerre mondiale (mobilisation générale débouchant sur une guerre totale) et de la guerre civile russe (mobilité sur un vaste théâtre d'opérations), cherchant à faire table rase des pratiques antérieures, développent les doctrines de l'art opératif et des opérations en profondeur[21].

Le , la Pravda et les radios annoncent que huit des principaux chefs militaires, notamment le maréchal Toukhatchevski et le Komkor Ouborevitch, ont été jugés pour « trahison et espionnage » et condamnés à mort (ils sont fusillés le même jour). C'est le début du volet militaire des Grandes Purges (la Iejovchtchina) marqué par de très nombreuses dénonciations, arrestations, tortures et exécutions des cadres : en deux ans disparaissent trois maréchaux sur cinq, les onze commissaires adjoints à la Défense, 14 komandarm (commandant d'armée) sur 16, huit amiraux sur neuf, 60 Komkor (chefs d'un corps) sur 67, 136 Komdiv (dirigeant une division) sur 199, les deux-tiers des kombrig (à la tête d'une brigade) et 35 000 officiers sur 80 000[22].

À partir de 1938, dans un contexte d'inquiétude du Conseil militaire (composé de Staline, Molotov, Kaganovich et Voroshilov), les districts militaires qui couvrent la Biélorussie et l'Ukraine prennent chacun le nom de « district militaire spécial » et sont organisés pour être très rapidement opérationnels, disposant de la majorité des corps mécanisés, des régiments d'artillerie lourde et de ceux d'aviation[23], même si les effectifs restent encore très inférieurs à leur dotation théorique. La signature du pacte germano-soviétique offre un répits temporaire, tandis que la possibilité d'un conflit sur deux fronts devient plus hypothétique après deux batailles frontalières contre le Japon (de juillet à , puis de mai à ). Les années 1939 et 1940 sont consacrées à l'invasion et l'annexion d'une série de territoires formant un glacis protecteur : la moitié orientale de la Pologne (en ), la Carélie finlandaise (guerre d'Hiver, de à ), les pays baltes (en ), ainsi que la Bessarabie et la Bucovine du Nord roumaines (de juin à ). La ligne Staline, qui longue l'ancienne frontière, est abandonnée, au profit de la ligne Molotov, à construire, avec déménagement de nombreux dépôts plus à l'ouest et mise à l'écartement russe des voies ferrées.

Grande Guerre patriotique

Le centre-ville de Stalingrad après sa libération, le . À droite, les ruines de la Maison des cheminots.

La « Grande Guerre patriotique » est l'appellation soviétique pour la guerre entre d'une part l'Allemagne nazie et ses alliés (les royaumes de Roumanie, d'Italie et de Hongrie, ainsi que la République slovaque) et d'autre part l'Union soviétique, du jusqu'au  ; elle correspond dans les autres pays au front de l'Est de la Seconde Guerre mondiale. Pour l'historiographie soviétique puis russe, elle est subdivisée entre trois périodes[24] :

Une colonne de T-34/85 (armé d'un canon de 85 mm) au début de 1944. Il fut le chars le plus construit, avec un total de 35 120 T-34/76 puis de 48 950 T-34/85 furent produits[25].

À ce conflit de dimensions gigantesques, se rajoutent la guerre de Continuation contre la Finlande, qui se termina notamment avec l'offensive Vyborg–Petrozavodsk, ainsi que la guerre soviéto-japonaise, avec essentiellement l'offensive de Mandchourie. Si la Marine soviétique eu un rôle limité, les Forces aériennes soviétiques (VVS) finirent par dominer la Luftwaffe. Plus discrets encore furent le GRU (renseignement militaire) et le SMERSH (contre-espionnage militaire), épaulés par le NKVD. Les forces armées soviétiques firent un large usage de la diversion (maskirovka).

L'industrie soviétique, massivement réimplantée à l'est de l'Oural (notamment à Sverdlovsk, Tcheliabinsk, Nijni Taguil et Omsk), produisit des dizaines de milliers de chars (surtout des T-34), de pièces d'artillerie, de canons automoteurs (SU-76, SU-85, etc.), de chasseurs (notamment les La-7 et Yak-3) et d'avions d'assaut (Sturmovik), aidée par les livraisons américaines (via le Transsibérien, l'Iran et les convois de l'Arctique) dans le cadre du programme Prêt-Bail (Lend-Lease) : des camions Studebaker, des jeeps Willys, des chars, quelques voitures blindées, des semi-chenillés (notamment les SU-57), des motos, des avions, des pièces de DCA, des tracteurs (pour remorquer les chars), des locomotives, des wagons plats (pour le transport ferroviaire), des rails, des radios, des téléphones de campagne, des câbles téléphoniques, des munitions, des explosifs, du carburants, des pneumatiques, des machines-outils, des métaux non-ferreux (cuivre et aluminium), du tissu, des bottes, des rations, du sucre et des boîtes de corned-beef[26] (ces dernières surnommées ironiquement « second front »).

Sur les 34,4 millions de soldats soviétiques mobilisés de 1941 à 1945, 8 668 400 ont été officiellement tués au combat ou par accident, 14 685 593 blessés, 4 059 000 prisonniers (dont 1 103 300 sont morts en captivité) et 157 000 exécutés (après cour martiale). S'y rajoutent les 400 000 partisans (des civils) morts et les 500 000 conscrits (pas encore inscrits comme soldats) morts de 1941, ainsi que les 136 945 morts et 205 924 blessés en 1939-1940 contre le Japon, la Pologne et la Finlande[27]. Les destructions matérielles furent considérables, les deux camps appliquant la politique de la terre brûlée en cas de retraite. Plusieurs grandes agglomérations furent assiégées, pilonnées et prises d'assaut (notamment Odessa, Sébastopol, Léningrad et Stalingrad), recevant ultérieurement le titre de « ville héros » pour leurs sacrifices.

Armée soviétique (1946-1991)

Notes et références

Voir aussi

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