Isâ ibn Jâbir
Juriste, traducteur et théologien médujar du XVe siècle
From Wikipedia, the free encyclopedia
Ice de Gebir, Iça Gidelli
عيسى بن جابر
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
عيسى بن جابر |
| Autres noms |
Ice de Gebir, Iça Gibelli, Yça de Ségovie |
| Activité |
| Religion | |
|---|---|
| Idéologie | |
| Membre de |
|
Isâ ibn Jâbir[n 1] (en arabe : عيسى بن جابر, ʿĪsā ibn Ǧābir[n 2] [ʕiː.saː bnu ʒaːbir][n 3]) est un ʿālim et traducteur mudéjar actif entre 1454 et 1462 à Ségovie, dans le royaume de Castille. Auteur d'expression arabe et castillane ancienne, il est aussi couramment appelé par ses noms hispanisés Ice de Gebir et Iça Gidelli (عيسى الشاذلي, ʿĪsā aš-Šāḏilī [ʕiː.saː‿ʃʃaːðiˈliː]).
Né autour de 1420 en Castille, Ibn Jâbir est un important imām, qāḍī, faqīh et muftī de l'aljama des Maures de Ségovie. Ḥāfiẓ, il connaît entièrement le Coran. En 1454, son concitoyen catholique Jean de Ségovie le persuade de venir au monastère savoyard d'Aiton, afin de traduire le Coran de l'arabe vers le castillan. Son entreprise dure de à , puis Jean termine de traduire du castillan au latin. La préface latine de l'Alkorani trilinguis en est longtemps le seul vestige connu, avant la découverte de quelques fragments latins au début du XXIe siècle.
Ibn Jâbir est un auteur prolifique. En 1462, il rédige le Breviario sunní, compendium juridique et religieux, destiné à une communauté musulmane minoritaire et dont la connaissance est en déclin. Très prisé à son époque, l'ouvrage sert à la fois de guide pratique pour les musulmans et de source d’information pour les chrétiens souhaitant connaître leurs croyances. Parti d'Ávila en 1491 pour rejoindre La Mecque, le pèlerin Omar Paṭōn traverse Tunis et rapporte qu'Ibn Jâbir y est mort et enterré, à une date et pour des raisons inconnues.
L'importance littéraire d'Ibn Jâbir est d'avoir donné une traduction du Coran et une somme de la loi musulmane en castillan, alors que l'arabe se perdait à la fois comme langue vernaculaire et comme langue religieuse.
Sources biographiques
Le pseudo-cardinal et théologien catholique Jean de Ségovie (mort en 1458) est la source principale d'informations sur Isâ ibn Jâbir : il le mentionne dans plusieurs documents rassemblés dans le codex Vaticanus Latinus 2923, conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane. Le corpus a notamment une lettre d'Ibn Jâbir adressée à Jean de Ségovie, datée du [S 1]. Plusieurs éléments biographiques peuvent être déduits du Breviario sunní (« Bréviaire sunnite »), résumé de l'éthique et de la loi islamique écrit en castillan ancien, daté de 1462.
Nom
Sa kunya (surnom) aurait été Abou el-Hassan[n 4],[W 2] (« père de Hassan »), son ism (prénom) est Isâ et sa nasab (filiation) est Ibn Jabir (« fils de Jabir »). Sa nisba (origine) pourrait être aš-Šāḏilī[W 2] (« le Chadhilien ») ou aš-Šaqūbī [1] (« le Ségovien »).
Le nom d'Isâ et de son père Jabir ont de nombreuses orthographes en espagnol[n 5]. Se présentant à Jean de Ségovie comme Yça Gidelli[n 6], cela est interprété comme une déformation de l'arabe ʿĪsā aš-Šāḏilī (عيسى الشاذلي), indiquant une possible appartenance à la tarīqa soufie Chadhiliyya[W 3]. En , examinant les différents manuscrits du Breviario sunní, Gerard Albert Wiegers interprète de Gebir et ses variantes comme le résultat de corruptions successives d’aš-Šāḏilī. Par exemple, il note que le colophon du MS J 1 porte comme nom d'auteur Ika Shadil, avec l'apocope du -ī final. Wiegers est conscience que son hypothèse est à contre-courant du consensus[W 1].
Contexte
Statut des musulmans en Espagne chrétienne
Les musulmans sont couramment appelés « maures » ou « sarrasins » dans les documents de l'époque. Pour désigner ceux des territoires ibériques reconquis par les chrétiens, l'adjectif « mudéjar » (de l'arabe : مدجّن, mudaǧǧan, « soumis, apprivoisé ») se généralise durant le XVe siècle[W 4].

Les populations mudéjars et juives vivent dans des aljamas (al-jāmiʿa, « réunion, assemblée, communauté »), quartiers disposants de structures propres et fonctionnant en sociétés autonomes. Les aljamas musulmanes ont leurs imām-s (guides de prière), leurs muʾadhdhin-s (chantres appelant à la prière), leurs qāḍī-s (juges ; en espagnol : alcalde, -s) et leurs faqīh-s (juristes et docteurs de la loi ; en espagnol : alfaqui, -s), ces derniers possédant souvent l'autorité religieuse réelle[3]. Les musulmans des aljamas ont aussi des mosquées, des écoles (madrasa-s) et des cimetières. Ils produisent principalement des traités polémiques en arabe et en aljamía (al-ʿaǧamiyyah, « non-Arabe »), de l'espagnol écrit avec l'alphabet arabe, afin de maintenir leur identité, défendre leurs croyances et répondre aux critiques des chrétiens et des juifs. Cela leur permet de développer une culture intellectuelle et littéraire riche, renforçant leur cohésion sociale dans un contexte tendu[3].
Le faqīh sert souvent d'imām et de qāḍī, magistrat appointé par le pouvoir royal, d'une aljama[S 2]. Les autorités chrétiennes peuvent intervenir dans l'application du droit islamique, ainsi que dans les relations avec les Juifs. Les minorités religieuses ont un statut fiscal et juridique particulier. Celui-ci varie selon les régions, les périodes, la classe sociale, ainsi que les bonnes relations avec nobles chrétiens ou des prélats. Certains mudéjars et juifs participent activement à l’administration chrétienne, servant de relais politiques entre leurs communautés et le pouvoir royal. Une ségrégation religieuse plus stricte émerge à partir du XIIIe siècle, séparant un peu plus les chrétiens des autres croyants[3].
Ségovie au temps d'Ibn Jâbir
La population musulmane semble absente durant la période islamique à Ségovie, les premières attestations datent du début du XIVe siècle. On ne sait pas si la ville a une madrasa pour les musulmans. Deux almidrasim sont connues : une première appelée « madrasa des juifs », située rue du Fossé (calle de Rehoyo), et une seconde, dans le cour du Cayón (corral del Cayón). Cette dernière étant indiquée dans le quartier juif en 1412, il est peu probable qu'il s'agisse une école musulmane. Beaucoup de mudéjars vivent dans le quartier dit Almuzara, nom peut-être dérivé de l'arabe al-muṣallā, désignant un lieu en dehors d'une ville dédié aux prières pour l'aïd el-Fitr et l'aïd el-Adha, et servant certains fois à l'exécution de peines capitales. Au début du siècle, ils vivent dans l'axe Almuzara-Plaza Mayor, avant de se déplacer progressivement vers la porte Saint-Martin, où se trouve une mosquée[W 5].
Les musulmans sont plus souvent mentionnés durant le XVe siècle, occupant des métiers artisanaux : charpentiers, chaudronniers, couteliers ou encore épiciers. Malgré les lois ségrégationnistes passées progressivement par le pouvoir chrétien, juifs et musulmans ségoviens vivent encore dans les murs de la ville en 1474. Almuzara est connue comme « la vieille maurerie » (la morería vieja) en 1480 : une nouvelle est attestée hors les murs, dans le quartier Saint-Millán. Les musulmans ont leur propre cimetière, lui aussi hors de la ville, et leur propre abattoir. La vieille mosquée de la porte Saint-Martin finira détruite, les chrétiens se plaignant qu'elle soit trop proche de leurs habitations et de voir les musulmans continuer de s'y rendre[W 5].
L’aljama musulmane de Ségovie est plus petite que l’aljama juive. Les mudéjars et les juifs doivent assister à la messe chaque mercredi, à l'église Saint-Michel. Au début du XVe siècle, Jean de Ségovie compte une cinquantaine de conversos, ce qui est un nombre assez élevée pour une population d'environ deux cent mudéjars. Les rapports avec les chrétiens sont plutôt cordiaux et les groupes se mélangent assez facilement. Les mudéjars paient plus d'impôts et de taxes réservés à leur communauté que les juifs[W 6].
Biographie
Famille
G. A. Wiegers estime qu'Isâ ibn Jâbir naît vers 1420 dans le royaume de Castille. Il est issu d'une famille mudéjare. Jean de Ségovie dit qu'il a un frère, faqīh comme lui et célibataire en [W 7]. Ana Echevarría Arsuaga propose que ce soit un faqīh nommé Omar : en 1480, il reçoit un sauf-conduit des monarques catholiques pour ramener à Ségovie sa famille, leurs domestiques et des proches. Ces derniers s'étaient réfugiés à Grenade durant les troubles suivant la mort de Henri IV de Castille, entre 1475 et 1479[W 8].
Carrière
Juriste et théologien influent
Dans la lettre d', Ibn Jâbir se présente à Jean comme « le faqīh Yca Gidelli, interprète (muftī et/ou qāḍī) et récitateur (muqriʾ) du saint Coran en la ville de Ségovie »[n 7]. En dehors de ce témoignage direct, il est difficile de connaître précisément la position sociale d'Ibn Jâbir, bien qu'il fût une personnalité d'importance. En 1462, Ibn Jâbir affirme que ses amis du conseil des répartiteurs[n 8] l'on incité à écrire son Breviario sunní : « il a pu apparaître aux yeux du public mudéjar comme un proche de ce conseil et de la hiérarchie officielle », mais n'a pas été retenu comme tel par la suite[W 10].
Ibn Jâbir est peut-être mentionnée dans une lettre de don Mahomad[n 9] au conseil de Sepúlveda, dont la rédaction est située entre 1414 et 1440. Le grand qāḍī des aljamas des Maures de Castille[n 10] leur demande de considérer la nomination d'Alí de Montejo en tant que grand qāḍī de Sepúlveda comme nulle et non avenue. Alí avait été nommé grâce à ses importantes relations, parmi lesquelles don Iça, faqīh et qāḍī de Ségovie. Pour régler les problèmes relatifs à la nomination d'un nouveau grand qāḍī, don Mahomad (agissant au nom du roi) accorde le privilège aux musulmans sepúlvediens de soumettre leurs procès à la justice ordinaire d'un dénommé « don Iça, qui pour moi se trouve dans la ville de Ségovie »[4],[W 10].
Un inventaire des manuscrits de Leonor Pimentel y Zúñiga, duchesse d'Arévalo et de Plasence, est réalisé en 1468. Elle possède deux ouvrages d'Ibn Jâbir avec une reliure violette, sans donner les titres. L'auteur est qualifié de muftī des Maures de Ségovie, mais il n'a émis aucune fatwā connue. Les colophons du Breviario sunní désignent Ibn Jâbir comme faqīh et grand muftī des Maures de Castille (MSS N 1 et J 1), des musulmans de Castille (MSS N 2 et S 3) ou des musulmans de Ségovie (MS J 60). Cependant, il n'y a aucune preuve d'une hiérarchie religieuse en Castille, ni d'une séparation judiciaire des mudéjars castillans de ceux d'Aragon et de Navarre. Il pourrait s'agir d'un titre honorifique, influencée par la fonction officielle de grand qāḍī de Castille[W 10]. La lettre d' et les colophons suggèrent qu'Ibn Jâbir est vraisemblablement faqīh et imām de l'aljama de Ségovie entre 1455 et 1462. La mention de qāḍī est cependant absente[W 10], mais vraisemblable[S 2].
Ibn Jâbir, maître d'œuvre ?
Il est courant que les membres du conseil des répartiteurs et les grands qāḍī trouvaient leur subsistance dans d'autres fonctions et professions. Les mudéjars étaient en majorité des artisans, travaillant essentiellement dans les métiers du bâtiment[W 11]. À l'Alcazar de Ségovie, dans la salle du trône d'Henri IV, le plafond de style mudéjar porte l'inscription suivante, en castillan ancien[W 10] :
« Esta cuadra mandо́ faser el muy alto e muy poderoso ilustre senor el rrey don Enrique el quarto, la qual se acabо́ de obrar en el anno del nascimiento de nuesto senor Jesu Cxpto. de mill e quatrocientos e cinquenra e seis annos, estando el senor rrey en la guerra de los moros, cuando gano a Ximena, la qual obra fiso por su mandado Francisco de Avila mayordomo de la obra, seyendo alcaide Pero de Muncharas criado del rrey: la qual obra ordenо́ maestro Xadel alcalde. »
« Ce bloc fut commandé par le très haut et très puissant seigneur l'illustre roi Henri le quatrième, et fut achevé l'année de la naissance de notre seigneur Jésus Christ, mil quatre cent cinquante-six, alors que le seigneur roi était en guerre contre les Maures, lorsqu'il gagna Jimena. Cet ouvrage fut réalisé sur son ordre par Francisco d'Ávila, maître d'œuvre, avec le gouverneur Pero de Muncharas, serviteur du roi ; lequel ouvrage avait été ordonné par maître Xadel, qāḍī. »
L'inscription énumère divers noms et fonctions, dont celui de maître Xadel, qāḍī. Wiegers pense qu'il s'agit d'une probable corruption d'aš-Šāḏilī, une nisba possible d'Ibn Jâbir. La mention aussi visible d'un mudéjar serait, à la connaissance de Wiegers, « sans équivalent dans l'Espagne chrétienne ». Le roi aurait fait symboliquement inscrire le nom d'Ibn Jâbir, leur principal responsable à Ségovie, en témoignage des bonnes relations entre la communauté mudéjare et le pouvoir[W 10]. Selon Ana Echevarría Arsuaga, le maître d'œuvre de l'Alcázar est maître Yuça de Ségovie, identifié au maître Xadel. Le prénom Yuça est une variante de Yça, commune chez les mudéjars castillans. Yuça de Ségovie est mentionné dans la nomination de son fils Lope Yuça, résidant à Madrid, au poste de maître d'œuvre des forteresses de Ségovie et de Madrid. Cependant, l'historienne trouve l'identification de maître Yuça / Xadel avec Ibn Jâbir « quelque peu hasardeuse ». Elle estime que des recherches complémentaires devraient être faites, afin de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse[5].
- Salle du trône de l'Alcazar de Ségovie, XVe siècle.
- Vue du trône et d'une partie du plafond.
Voyage en Savoie
Jean de Ségovie est créé cardinal par Amédée VIII, duc de Savoie et antipape sous le nom de Félix V entre 1439 et 1449. Après la mort de celui-ci en 1451, Jean veut approfondir ce qu'il sait de l'islam pour favoriser la conversion au christianisme des musulmans. Désirant connaître le Coran, le théologien délaisse la très libre et mauvaise traduction réalisée sous la direction de Robert de Ketton, en 1143. N'ayant que des rudiments en arabe, Jean ne peut pas le traduire lui-même. De plus, il n'arrive pas à trouver un exemplaire arabe du Coran ni d'interprète chrétien. Jean profite de ses liens en Espagne, afin de trouver et convaincre un ḥāfiẓ musulman de l'aider. Jean II de Castille ordonne alors à Isâ ibn Jâbir d'accomplir cette tâche[W 12],[H 2].
Le pseudo-cardinal a une opinion positive d'Ibn Jâbir, qu'il décrit comme l'« un des plus grands (ou anciens) fuqahāʾ du royaume de Castille » (uni ex alphaquinis maioribus regni Castelle). Malgré sa célébrité déjà établie, Ibn Jâbir se juge trop occupé et refuse dans un premier temps. Jean mobilise activement ses relations familiales et amicales comme garants d'Ibn Jâbir, qui finit par accepter après de longues négociations[W 12]. Il arrive au monastère d'Aiton le (24 ḏū-l-ḥijja 859)[W 13], accompagné d'un autre musulman dont le nom est inconnu[S 3]. Jean raconte qu'Ibn Jâbir amène plusieurs livres écrits sans voyelles, parmi lesquels des tafāsīr, et qu'il en profite pour approfondir son arabe avec le faqīh[H 2].
La traduction dure jusqu'en . Selon Jean, Ibn Jâbir désire vivement quitter la Savoie pour retrouver son épouse, mariée avec lui peu de temps avant son départ. Avant de retourner en Espagne, il promet à Jean d'essayer de faire venir son frère à Aiton, pour le remplacer comme professeur d'arabe[W 7]. Cependant, le frère d'Ibn Jâbir n'est jamais venu à Aiton. La préface de l'Alkorani trilinguis relate que Jean continue ses recherches infructueuses pour trouver quelqu'un, afin de l'aider à mieux comprendre l'arabe et le Coran, ainsi que de discuter des différences religieuses[6].
Fin de vie
On perd la trace d'Ibn Jâbir après 1462, date à laquelle il termine de rédiger le Breviario sunní, compendium juridique et religieux pour les musulmans de la péninsule. Dans l'introduction de certains manuscrits, Ibn Jâbir mentionne que « ce n'est pas sans raison importante que j'ai quitté ma nation pour le Levant » plusieurs années auparavant. Cette « raison importante » pourrait être son voyage en Savoie[W 14] ou une véritable expédition vers le Levant réalisée à une date inconnue, possiblement le Grand pèlerinage vers La Mecque[7].
Parti d'Ávila dans l'automne 1491 pour La Mecque, le pèlerin mudéjar ʿOmar Paṭōn rapporte qu'Ibn Jâbir termine sa vie à Tunis. La reconstruction du texte fragmentaire dit : « et, pour me mettre en garde contre ce que j’ai lu dans sa lettre (?) du faqīh de Ségovie, nous n’avons pas osé nous aventurer dans les déserts entre Alexandrie et le désert de Libye, où son compagnon, don ʿĪsā, est mort ; il est mort à Tunis, et je me suis rendu sur sa tombe »[7]. Plusieurs hypothèses ont été formulées pour connaître les raisons de son décès et de son enterrement en ce lieu. Pablo Roza Candás pense que son décès à Tunis aurait eu lieu sur le retour d'une seconde expédition vers l'Orient, entreprise après 1462[7]. Wiegers reprend l'hypothèse qu'il pouvait être sur la route ou au retour du ḥajj[8].
Spiritualité

Le soufisme (courant mystique de l'islam) est très répandu dans la société à l'époque d'Ibn Jâbir. Lui-même semble être membre de la tarīqa Chadhiliyya, connue pour la considération qu'elle place dans la récitation du Coran et dans le respect de la célébration de la Nativité de Mahomet. Le Breviario sunní accorde une certaine importance aux larmes comme signe de véritable repentir, ce que Wiegers interprète comme un indice supplémentaire de son adhésion au soufisme[W 3]. En outre, le livre témoigne qu'Ibn Jâbir appartient à l'école juridique malikite (maḏhab maliki), fondée au VIIIe siècle par l'imām Mālik ibn ʾAnas[9].
En lisant la lettre d', Wiegers remarque qu'Ibn Jâbir répète à trois reprises le terme d'illuminatio : en expliquant qu'étudier permet l'illumination de son âme ; en indiquant écrire sa lettre à la lumière d'une bougie, mais surtout éclairé par Dieu ; en parlant d'un moment décisif où Dieu l'aurait éclairé dans sa compréhension du Coran. Malgré les limites de la traduction latine, l'historien croit déceler qu'Ibn Jâbir a vécu une expérience mystique. Cette révélation divine lui aurait permis de saisir le sens profond et ésotérique du Coran, caché par les limites humaines qui l'enchaînaient. Ibn Jâbir décrit le monde comme contrôlé par deux pôles (axibus). Cela renvoie vraisemblablement à la mystique islamique, dans laquelle il existe un pôle cosmique, sommet d'une hiérarchie de saints, et un pôle temporel (qutb al-waqt, aussi dit qutb al-ġawṯ, « pôle du secours »), manifestation physique du premier à travers la figure de l'« homme parfait »[W 15].
Dans une lettre du , Jean se souvient du respect marqué qu'a Ibn Jâbir pour la loi islamique : « comme je l'avais entendu à son sujet, il était d'une modestie exemplaire, si bien que durant toutes les périodes d'abstinence et les jours de jeûne que les siens observaient[n 11], il ne but jamais de vin, comme il l'avait toujours fait. Alors qu'un jour on lui servit une purée de pois, [saucée] avec un peu de vin comme c'était la coutume, il s'en aperçut le lendemain et ne mangea que du pain le soir, comme pénitence »[W 13].
Ibn Jâbir nourrit des attentes apocalyptiques qui ont influencé son travail, notamment dans la rédaction du Breviario sunní et dans sa décision de traduire le Coran en espagnol. Dans le Breviario sunní, il mentionne « le bref terme de ce siècle présent » et décrit les signes de la fin des temps, tels que l'hypocrisie, la dépravation morale, la négligence des devoirs religieux, ainsi que des événements eschatologiques futurs comme le lever du soleil à l'ouest, l'apparition de la bête de la terre, de l'Antéchrist (al-Masih ad-Dajjal, « le Messie trompeur ») et du retour de Jésus fils de Marie. Ces croyances apocalyptiques sont issues de la tradition chrétienne, par laquelle Ibn Jâbir est influencée. Elles sont renforcées par des événements historiques, comme la conquête de Constantinople en 1453, qu'Ibn Jâbir interprétait comme un signe de l'accomplissement des prophéties. Il cherche à préparer les croyants à affronter les épreuves du Jour du Jugement, tout en les encourageant à se conformer aux préceptes de l'islam pour s'y préparer[W 16].
Œuvres littéraires
Treize Articles de la foi

Écrit avant 1454, l'ouvrage est une profession de foi en treize points, appelés « articles », courts et résumant l'essentiel de la foi musulmane. Ibn Jâbir n'est pas très explicite sur l'origine des Treize Articles. Dans le Breviario sunní, en 1462, il fait référence à cet écrit qu'il a traslado, pouvant être comprit comme « traduit » depuis l'arabe vers l'espagnol, ou bien un texte espagnol « transcrit » depuis l'aljamía vers l'alphabet latin. L'article 5 répète une partie de l'article 3, de même que l'article 12 pour l'article 8, donnant l'impression que sa rédaction fut négligée[W 17]. Dans la préface de l'Alkorani trilinguis, Jean de Ségovie dit qu'Ibn Jâbir lui a donné une copie des « treize articles de la foi mahométane, accompagnés d'arguments détaillés, conformes à leur interprétation, pour en attester leur validité » (articulos XIII fidei mahumetice, rationibus, iuxta intellectum ipsorum, ad illorum probationem exaratis habunde)[W 18].
Les Treize Articles reflètent l'orthodoxie malikite, l'insistance sur le fait que les œuvres doivent être en conformité avec la foi est typique de l'Europe du xve siècle. Harvey décèle aussi « de nombreux aspects du monde intellectuel européen de l'époque » dans la description de l'Enfer. Très répandus du vivant d'Ibn Jâbir et après lui, les Treize Articles n'ont aucun équivalent en arabe. Cependant, ils présentent de nombreuses similitudes avec Le Livre du Gentil et des trois Sages (الكتاب الكافر والحكماء الثلاثة, Al-kitāb al-kāfir wa ʾl-ḥukamāʾ aṯ-ṯalāṯa), écrit vers 1272 par le chrétien majorquin Raymond Lulle. À moins qu'Ibn Jâbir ne se soit inspiré de Lulle, les deux auteurs reproduisent une profession de foi circulant en Espagne à l'époque[H 3].
Des passages des Treize Articles sont assez proches de textes préexistants en arabe et en langues romanes. Si tant est qu'elle exista, la source commune de Lulle et d'Ibn Jâbir n'a pas été identifiée. Des indices suggèrent une origine maghrébine voire tunisienne, en raison de sa proximité avec la doctrine almohade. Le rabbin cordouan Moïse Maïmonide (mort en 1204) avait aussi écrit une profession de foi en treize articles. Sans que la genèse des Treize Articles d'Ibn Jâbir puisse être établie, ils pourraient répondre à la volonté de démarquer plus explicitement la foi musulmane de la doctrine juive, dans un contexte où la question des conversions était particulièrement sensible[W 19].
Epistola ad Iohannem de Segobia
Le corpus du codex Vaticanus Latinus 2923 (fos 178v–180r) a une lettre d'Ibn Jâbir, écrite le , adressée à Jean de Ségovie[S 1]. Il s'agit d'une traduction latine d'un original probablement en castillan ancien[W 20], mais les différentes phrases se terminant par « etc. » indiquent que le traducteur anonyme (peut-être un clerc) n'a pas recopié la lettre entièrement[W 21].
La lettre est l'un des premiers échanges entre Jean et Ibn Jâbir. Ce dernier indique qu'un élève (alumpnus [sic]) de Jean lui « a fait entendre votre désir sincère de tout connaître et fonder sur des bases solides », en particulier une traduction littérale (de pe a pa[n 12]) du Coran en langue romane, afin que Jean puisse le comprendre par l'intermédiaire d'Ibn Jâbir. Il a négocié sa traduction, son enseignement de l'arabe et son voyage vers Aiton pour le salaire minimum de 20 doblas. Mais cela reste insuffisant pour les frais supplémentaires pouvant s'ajouter, telle que la rémunération du copiste. S'il ne semble pas riche, Ibn Jâbir est conscient de la valeur de son travail, ainsi que la sienne. Il demande ironiquement : « [comment tout] cela ne coûte[-t-il] pas plus cher que d'engager un mineur (ou un fossoyeur)[n 13] » ? N'ayant personne pour le remplacer à son poste à Ségovie, Ibn Jâbir ne viendra en Savoie que si Jean ne trouve personne d'autre pour assurer la traduction. Il juge bon ajouter un livre de gloses pour saisir le sens de l'Écriture, imparfaitement traduisible et difficilement compréhensible pour les personnes ne connaissant pas l'arabe[W 15],[S 4].
Summarium super quolibet psalmorum alchurani
Dans la préface de l'Alkorani trilinguis, Jean de Ségovie dit avoir reçu d'Ibn Jâbir un abrégé explicatif de chaque sourate du Coran (psalmorum Alchurani), qu'il avait commencé à lui écrire en Espagne. L'ouvrage est terminé peu avant le , date à laquelle Jean adresse une lettre à Jean Germain, évêque de Chalon-sur-Saône, indiquant avoir lu le summarium omnium azoararum[n 14], ainsi que les Treize Articles. Jean trouve que l'ouvrage d'Ibn Jâbir fait une louange excessive de l'islam[W 18].
Ibn Jâbir fait mention de cette suma dans le Breviario sunní, lorsqu'il rappelle ses autres ouvrages, afin que son collaborateur connaisse les principaux éléments de l'islam et de la Sunna. Wiegers formule l'hypothèse qu'Ibn Jâbir et Jean de Ségovie décrivent erronément ce qui pourrait être identique au premier et court chapitre du Breviario sunní ou à une partie du Tratado y declaración y guía. Si les deux œuvres traitent d'éthique musulmane, aucune ne traite uniquement du Coran[W 22].
Le Summarium pourrait être une sorte de tafsīr en espagnol, servant d'appendice à la traduction du Coran réalisée avec Jean. En revanche, rien n'indique si Ibn Jâbir écrit ce complément avant ou pendant le voyage vers Aiton, ou durant la traduction[S 5]. En 1994, Wiegers estimait que la théorie d'un tafsīr en espagnol demeurait incertaine, mais la plus probable. Selon lui, il pourrait autrement s'agir du livre glosant les passages du Coran, mentionné dans la lettre d'. Ibn Jâbir indique compter l'écrire, « bien que Dieu les plaça d'une manière parfaite dans la bouche de ce grand, piétissime prophète Mahomet »[W 23]. Toutefois, ce livre de gloses est difficilement identifiable, de nombreux ouvrages pouvant convenir à la description connue[W 24].
Alkorani trilinguis
Méthode de travail
Dans la préface latine, Jean de Ségovie raconte qu'Ibn Jâbir travaille douze heures par jour[W 12],[H 2]. Il ne s'arrête que pour la Nativité de Mahomet, célébrée le (12 rabīʿ al-ʾawwal 860)[W 13]. Ibn Jâbir écrit le texte consonantique le premier mois, ajoute les signes phonétiques avec une encre différente le second, traduit le texte en castillan ancien le troisième, avant de vérifier la traduction le quatrième. Ibn Jâbir copie le texte arabe dans une première colonne, avant de rédiger la traduction en castillan dans une colonne parallèle. Jean écrit la traduction latine à partir du castillan dans une troisième colonne[H 2].
Selon L. P. Harvey, le déroulement que donne Jean ne doit pas correspondre à ce qui s'est passé : ajouter les signes phonétiques ne put prendre autant de temps, alors que traduire le texte arabe en un mois est « absurdement court ». Il est possible qu'Ibn Jâbir apporta un exemplaire du Coran, s'il ne l'a pas retranscrit de mémoire. Dans tous les cas, les tafāsīr avaient des passages commentés, de sorte qu'Ibn Jâbir pouvait avoir le texte intégral sous les yeux. Jean indique qu'Ibn Jâbir calquait autant que possible le style linguistique de l'arabe en castillan, et que lui-même suivait la structure arabe en latin. Harvey juge que cette traduction aurait été difficilement compréhensible : si Jean l'a jamais terminée, il semble normal qu'aucun exemplaire ne survécu[H 4].
Motivations et buts de la traduction
Ibn Jâbir ne considère pas son travail comme une traduction du Coran en castillan, mais comme une explication pour les personnes non-arabophones, à la manière d'un exégèse. Jean et Ibn Jâbir se mettent d'accord sur le fait que les traductions suivent scrupuleusement l'original arabe. Ibn Jâbir s'autorise quelques marginalia pour expliquer le sens du texte coranique[S 6]. Conscient des préoccupations théologiques relatives à l'inimitabilité du Coran et au risque que les traductions dénaturent son message divin[W 25], Ibn Jâbir s'assure que sa traduction soit conforme au texte arabe et à son sens éternel, en consultant des ouvrages d'exégèse faisant autorité et en y incluant des gloses[W 26].
Jean de Ségovie voit en ce Coran polyglotte — premier du genre — un atout « pour ceux qui souhaitent, par la paix et la doctrine, obtenir la conversion des Sarrasins aux sacrement de la foi catholique »[1]. Ibn Jâbir accepte de répondre à la demande de Jean uniquement pour servir Dieu, pour l'admiration qu'il a pour le théologien et parce qu'il se sent redevable envers son élève anonyme[S 7]. Dans sa lettre, Ibn Jâbir semble considérer cela comme une mission divine, la décrivant comme une « cause décisive et angélique » et « l'une des sept œuvres dites angéliques ». Il veut y participer afin de réaliser le dessein divin, probablement en référence à la tâche des anges d'apporter des messages divins à l'humanité[W 14]. Ibn Jâbir veut rendre le Coran accessible à la communauté musulmane hispanophone, qui perd progressivement la connaissance de l'arabe et une éducation islamique[W 27]. Il cherche à préserver ce savoir, à réfuter les idées fausses concernant le Coran et à inspirer un renouveau religieux parmi les mudéjars, notamment au regard de ses attentes apocalyptiques[W 28].
Breviario sunní

Titre et contenu
En 1462, Ibn Jâbir achève le Breviario sunní (« Bréviaire sunnite »). L'ouvrage est aussi connu sous les titres officieux de Suma de los principales mandamientos y devedamientos de la Ley y Çunna (« Somme des principaux commandements et interdictions de la Loi [musulmane] et de la Sunna ») et de Libro segoviano (« Livre ségovien »)[n 15],[H 5].
L'auteur synthétise sa vision des fondements de la foi religieuse (ʿaqīda) en soixante chapitres, abordant les normes éthiques selon les enseignements de l'école malikite, dominante en al-Andalus et au Maghreb. Ibn Jâbir aborde plusieurs points théologiques, notamment eschatologiques, croyant en l'imminence du Jour du Jugement. Wiegers rapproche le style simple du Breviario sunní à celui du Traité de jurisprudence (Xe siècle) d'Ibn Abî Zayd Al-Qayrawânî, autre ouvrage de fiqh malikite[9].
Succès et utilisation de l'ouvrage
Un des deux ouvrages pourrait être le Breviario sunní dans l'inventaire de 1468, suggérant que les œuvres d'Ibn Jâbir circulaient en castillan. Plusieurs versions du Breviario sunní sont connues en aljamía, mais il n'est pas certain en quelle langue dans laquelle Ibn Jâbir rédigea premièrement son ouvrage. Cela démontre que s'il est destiné à un auditoire musulman, le Breviario sunní est connu des chrétiens[9],[10]. Plusieurs exemplaires du Breviario sunní sont retrouvés à Séville, ville importante dans les liens entre la péninsule Ibérique et la vice-royauté de Nouvelle-Espagne. Des mudéjars purent l'emporter avec eux : un exemplaire trouvé aux Archives générales de la Nation, au Mexique, est proche du manuscrit de la Bibliothèque royale de Madrid. Cependant, il pourrait avoir servit à l'Inquisition espagnole pour identifier et condamner les pratiques mauresques liées à l'islam[11].
Ana Echevarría Arsuaga distingue deux grandes familles parmi les manuscrits connus : les plus anciens, probablement rattachés au manuscrit original d'Yça de Ségovie, et les plus récents, datés de la seconde moitié du XVIe siècle. Elle qualifie la première famille d'« étape musulmane », car la première famille est copiée à une époque où l'islam est pratiqué librement. La seconde famille de manuscrit est développée par les morisques, musulmans espagnols contraints de se convertir au catholicisme dès 1500. Dans le contexte de la conquête espagnole, l'historienne souligne que l'Inquisition cherche à comprendre et à juger les pratiques religieuses des Autochtones américains. À cette fin, elle fait recopier les manuscrits, dans lesquels « les mots arabes perdent de leur sens dans beaucoup de cas et sont transcrits de façon incorrecte, étant donnée l’ignorance que les copistes avaient de cette langue »[12].
Traité contre la foi chrétienne
Le manuscrit de Salamanque
L'inventaire de 1468 liste un livre qu'Ibn Jâbir « réalisa contre la foi [chrétienne] » (que hiso contra la fe), en indiquant qu'il fut réfuté par le frère dominicain Juan López de Salamanque (1385–1479)[9], confesseur du duc de Plasence[W 29]. Gil González Dávila décrit cet ouvrage dans son Teatro eclesiástico[W 30] : « en l'an 1616, je lus un traité en la bibliothèque du couvent Saint-Augustin de Salamanque par frère Iuan Lopez, contre un autre traité d'un Maure faqīh, habitant de Ségovie, qui s'appelait Cidili : le maître prétendait faire de lui un fils de la lumière et il n'y réussit pas, Cidili persévérant dans l'obscurité et la cécité de sa secte. »
Occasion et nature du traité

Le règne de Henri IV est favorable aux mudéjars. Ceux de Valladolid prennent parti pour lui lorsque la Ligue nobiliaire tente de le renverser et d'introniser son demi-frère, le prince Alphonse de Castille (1465-1468). Ses ennemis, parmi lesquels le duc de Plasence et Juan López, colportent des rumeurs malveillantes, faisant du roi un hérétique favorisant les musulmans plutôt que les chrétiens. Un musulman pouvait être facilement condamné pour prosélytisme s'il avait écrit un ouvrage traitant de l'islam et réfutant le christianisme. Aussi, la présence des livres d'Ibn Jâbir dans la bibliothèque du duc de Plasence et la réfutation de l'un d'eux par López est vraisemblablement en lien avec la rébellion[W 31].
Le couvent Saint-Augustin est détruit durant la guerre d'indépendance espagnole (1808-1814) et aucun autre manuscrit n'est connu. La description qu'en donne González Dávila suggère un ouvrage tripartite : le traité contre la foi chrétienne d'abord, suivi par la réfutation de López, terminé par la réponse d'Ibn Jâbir à ses arguments. Il évoque de nouveau l'ouvrage d'« iza ghidilhi [sic] » dans une lettre à Diego de Colmenares, toujours sans préciser le titre. Dans cette description, la réponse finale d'Ibn Jâbir semble absente, ce qui est plus plausible s'il figurait dans la bibliothèque d'un membre de la noblesse chrétienne[W 32].
Le seul traité antichrétien connu d'Ibn Jâbir est une lettre adressée à Jean de Ségovie entre 1454 et 1456, à son retour d'Aiton, dans laquelle il soulève douze points sur la doctrine chrétienne. La réponse de Jean se trouve parmi les livres donnés à la bibliothèque de Salamanque, aussi López aurait-il eut l'occasion de la développer et de la compléter. Toutefois, Wiegers penche pour un autre ouvrage ayant un contenu antichrétien (peut-être le Breviario sunní) et se demande s'il pourrait s'agir de la mise par écrit d'une disputatio entre Ibn Jâbir et López. L'ouvrage doit avoir été écrit après 1455, sinon Jean aurait fait mention de la polémique[W 33].
Influence littéraire
G. A. Wiegers pense que l'anonyme Tratado y declaración y guía para seguir y mantener el addín del alislam (« Traité, déclaration et guide pour suivre et maintenir la religion de l'islam ») est écrit par Ibn Jâbir, mais cette attribution est contestée[13].
Hommages
À Ségovie, la rue Yza Gidelli est nommée en mémoire d'Isâ ibn Jâbir.