La Chasse au tigre (Rubens)

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Date
entre 1615 et 1617[1].
Type
La Chasse au tigre
La Chasse au tigre au musée des beaux-arts de Rennes
Artiste
Date
entre 1615 et 1617[1].
Type
Technique
Dimensions (H × L)
256,2 × 324,5[1] cm
Inspiration
Mouvement
Propriétaire
No d’inventaire
INV 811.1.10
Localisation

La Chasse au tigre est un tableau de Pierre Paul Rubens réalisé entre 1615 et 1617[1].

Le tableau représente plusieurs hommes vêtus de façon hétéroclite (deux cavaliers en armures type conquistador, trois cavaliers de type ottomans, deux hommes en tuniques) en train de chasser quatre fauves : deux tigres, un Lion et un léopard. Le tableau est parfois appelé La Chasse au tigre, au lion et au léopard ou Chasse aux tigres et aux lions[2].

La composition reprend celle de La Bataille d'Anghiari par Léonard de Vinci.

Rubens dans les années 1610

Autoportrait de Rubens
Pierre Paul Rubens, autoportrait de 1623.

Né à Siegen en 1577, Pierre Paul Rubens a eu une influence considérable dans l'art européen du XVIIe siècle, considéré comme l'instigateur avec Rembrandt du style baroque[3],[4]. En 1587, il entre en formation dans l'atelier anversois d'Adam van Noort[5]. De 1600 à 1608[5], Rubens part en Italie où il reçoit l'influence des peintres italiens de la Renaissance, notamment de Titien, Le Tintoret, Le Caravage et Michel-Ange[6], mais également de Giulio Romano[4].

Rubens retourne et travaille dans son propre atelier d'Anvers de la fin de l'année 1608[5] à 1621[4],[6]. Dans les années 1610 et 1620, époque correspondant à la mise en œuvre de La Chasse au tigre, l'art de Rubens est imprégné de thèmes dramatiques et passionnels[4]. Dès son retour d'Italie, deux séries de tableaux peuvent être distinguées : la première se caractérise par un échelonnement des personnages en profondeur, comme dans La Défaite de Sennacherib, alors que dans la seconde, la majorité des figures sont placées au premier plan, comme La Chasse au tigre[7]. Le style de Rubens, antérieurement plus influencé par Le Caravage et Michel-Ange, devient plus classique, avec une structure harmonieuse, des personnages plus sculpturaux et des couleurs saturées, marqués par des œuvres comme La Descente de croix de la cathédrale Notre-Dame d'Anvers[6].

La commande

La Chasse au tigre fait partie d'un ensemble décoratif de quatre tableaux avec La Chasse au sanglier, La Chasse à l'hippopotame et au crocodile et La Chasse au lion commandés par Maximilien Ier de Bavière[8],[9],[Note 1] entre 1615 et 1616[10]. Une version de La Chasse au tigre apparaît dans L'Allégorie de la vue réalisée par Rubens en collaboration avec Jan Brueghel l'Ancien[11], datée de 1617[12],[13], et il est probable que la peinture ait été réalisée peu de temps après L'Histoire de Decius Mus (commandée le ) puisqu'elle en reprend certains motifs. La Chasse au tigre a donc probablement été réalisée en 1617[14]. Un paiement de 1 400 florins de la cour de Munich en 1619 pour des peintures d'Anvers pourrait être relié aux toiles de la suite décorative[14].

Une lettre du à sir Dudley Carleton confirme que Rubens a peint une « Chasse au lion » pour le duc de Bavière. Une autre lettre, de Toby Matthew à Dudley Carleton, datée du , spécifie qu'une Chasse au tigre a également été vendue au duc[14] pour 100 livres sterling[15]. Cette abondante correspondance est cependant assez floue. La lettre du décrit une chasse au lion et au tigre, avec seulement trois cavaliers, tandis que d'autres écrits décrivent simplement une chasse au lion. Jacob Burchard a émis l'hypothèse que l’œuvre dont est l'objet les diverses lettres est en fait une chasse au lion telle que le tableau perdu de Bordeaux. Selon Arnout Balis, cela pourrait également être la copie du Palazzo Corsini (copie n°4 du catalogue raisonné du Corpus Rubenianum)[15].

Les quatre chasses ont vraisemblablement été peintes peu de temps après La Chasse au loup et au renard. Maximilien de Bavière connait probablement ce tableau grâce à ses contacts à la cour de l'archiduché de Bruxelles. On ignore si les sujets de ces quatre tableaux ont été suggérés par le commanditaire ou par Rubens lui-même[16]. Arnout Balis suggère que Rubens a pu peindre de sa propre initiative certains tableaux de l'ensemble décoratif, puis recevoir des directives spécifiques des représentants de Maximilien de Bavière[14].

L'ensemble des quatre tableaux est exposé dans l’Altes Schloss du château de Schleissheim, dont la décoration est dominée par les thèmes agricoles et pastoraux[16]. En 1637, la série de quatre tableaux est bien inventoriée au château[17], partagé entre l'Abclaidtzimer (le vestiaire) et le Taflzimer (la salle à manger)[14], où se situe La Chasse au tigre[18]. En 1706, le duc de Marlborough John Churchill demande à l'empereur du Saint-Empire Joseph Ier de les lui remettre pour le récompenser de ses succès militaires, mais sa requête est rejetée[14]. Au cours du XVIIIe siècle, l'ensemble décoratif est transféré au Neues Schloss[14].

Dispersion de l'ensemble décoratif

Le 12 fructidor an VIII (), les quatre tableaux sont envoyés par Étienne Neveu depuis Munich parmi 72 œuvres[10],[14]. Une lettre du 27 fructidor an VIII () signée par Napoléon Bonaparte signale qu'il s'agit de dons et que les quatre tableaux sont « un témoignage de l'estime qu'inspire le gouvernement »[19]. Considérés comme des copies de Rubens, les quatre tableaux arrivent le 18 brumaire an IX () au musée central des Arts, actuellement musée du Louvre[19], où ils seront exposés brièvement[10]. En 1811, La Chasse au tigre est envoyée au musée des beaux-arts de Rennes[10], lors du 2e envoi du musée des Arts de Paris[19].

Les autres tableaux sont dispersés : La Chasse au sanglier au musée des beaux-arts de Marseille[20],[21], La Chasse à l'hippopotame et au crocodile à l'Alte Pinakothek à Munich[Note 2] et La Chasse au lion à Bordeaux. La Chasse au lion est détruite lors d'un incendie en 1870, et seule une réplique d'une collection privée anglaise est parvenue jusqu'à nous[22].

Histoire moderne

Tableau au musée
La Chasse au tigre au musée des Beaux-Arts de Rennes en 2015, après sa restauration.

Le tableau a été restauré en 1963[1]. Il a été utilisé lors des expositions Le siècle de Rubens dans les collections publiques françaises au Grand Palais à Paris en 1977 (no 119), pour laquelle une seconde restauration est effectuée[23], et « Wittelsbach et Bavière » à Munich en 1980 (no 499)[1].

Une restauration est réalisée en 2014 par le Centre de recherche et de restauration des musées de France[24]. Dans le cadre de l'exposition Sensation et sensualité. Rubens et son héritage, l’œuvre est ensuite transférée au Bozar à Bruxelles du au [25], puis du au à la Royal Academy à Londres[26]. Le tableau figure sur la couverture du catalogue de l'exposition en anglais[27].

Popularité

Accueil de l'œuvre

Allégorie de la Vue, Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens (1617).

Les quatre scènes de chasse de Maximilien de Bavière sont considérées comme les meilleurs exemples de l'habileté de Rubens à dépeindre des animaux sauvages dans des postures héroïques[28]. Toutefois, La Chasse au tigre occupe une place à part : il s'agit en effet du seul tableau qui ne soit pas issu d'une eau-forte de Soutman[15] ; par ailleurs les copies sont les plus nombreuses et des éléments de la composition ont été fréquemment réutilisés par l'atelier de Rubens[15].

Peint en 1617 par Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens, l’Allégorie de la Vue, faisant partie de la série des Cinq sens visible au musée du Prado, représente un cabinet de collectionneur d'art où de nombreuses œuvres de Rubens sont reconnaissables[5] : La Chasse au tigre se trouve au centre en arrière-plan[17].

Rubens introduit dans ses chasses de violentes émotions et des détails horribles, qui, à son époque, n'a jamais été poussée aussi loin, hormis peut-être dans la Bataille d'Anghiari de Léonard de Vinci. Le réalisme des émotions violentes des personnages et la violence des scènes constitue une nouveauté à cette époque. Ainsi, le prince de Galles Charles, qui a reçu une copie de La Chasse au tigre, trouve que le tableau est trop cruel et violent à son goût et qu'il préfèrerait une peinture avec des bêtes dociles[29].

La popularité européenne des scènes de chasse de Rubens est notamment acquise grâce aux diffusions aux générations futures des gravures de Schelte Adams Bolswert, aux eaux-fortes de Pieter Claesz Soutman[30] et notamment à La Chasse au lion et au léopard de Jonas Suyderhoef et Soutman[31]. La Chasse au tigre a fait l'objet de nombreuses copies d'atelier, ce qui laisse à penser que Rubens l'appréciait[32].

Dans l'édition de 1843 du Magasin pittoresque, le tableau est considéré comme une des œuvres les plus remarquables du musée des beaux-arts de Rennes, bien qu'il soit envisagé que le tableau soit une copie de Rubens[33]. En 1859, Louis Clément de Ris juge la Chasse au tigre comme « une œuvre ordinaire quoique belle », qu'il attribue à Frans Snyders[34]. Selon Guillaume Kazerouni, conservateur du musée des Beaux-Arts de Rennes, il s'agit du tableau préféré de nombreux visiteurs[24]. Jeff Koons choisit le tableau pour faire partie de sa série « Gazing Ball »[35] ; il déclare à cette occasion qu'il s'agit d'« une œuvre chargée de puissance et d’émotion »[36].

Dans la culture populaire

Une réplique du tableau apparait dans l'épisode no 17 de la troisième saison de la série Mentalist[37].

En 2017, La Chasse au tigre est imprimé sur des sacs et petite maroquinerie Louis Vuitton dans le cadre de la collection « Masters », elle-même inspirée de la série de Jeff Koons[36].

En 2018, le tableau est présent sur l’affiche de la première saison de la série Succession[38].

Description

La version de Rennes

Huit hommes et cinq félins sont engagés dans un combat. Un cheval gris pommelé se cabre au milieu de la composition. Il est monté par un chasseur portant un turban, habillé en vert et tiré en arrière par un tigre. Deux cavaliers habillés en armure antique sur la droite se préparent à attaquer le félin central. À droite, au pied du cheval, une tigresse essaie de transporter ses petits à l'abri. Un léopard git en bas à droite du tableau, deux javelots plantés dans le corps[39].

Au premier plan à gauche, un homme, ressemblant à Samson, ouvre la gueule d'un lion. Ce dernier maintient un homme à terre de ses pattes avant. Derrière eux, trois cavaliers menacent un second lion, dont seuls le museau et les pattes avant sont visibles à gauche du tableau. Monté sur un cheval qui rue, un Maure, portant un turban et vêtu de rouge, est, des trois cavaliers armés de piques, celui qui est peint avec le plus de précision. Les deux autres sont beaucoup moins visibles[15].

Le paysage est une simple ligne d'horizon, et seul un palmier en partie effacé permet de dire qu'il s'agit d'un paysage terrestre[7].

Copies

Photo en noir et blanc de la copie n°2
Modello du Wadsworth Atheneum : il s'agit peut-être de la copie refusée par le prince de Galles.

Les copies de La Chasse au tigre sont très nombreuses et certaines ont probablement été perdues[40]. Arnout Balis en dénombre 21 dans le Corpus Rubenianum. Nombre d'entre elles ont été réalisées par Rubens ou par son atelier[41]. Les copies n°13, 14 et 15 sont de qualité plus médiocre et ne sont pas considérées comme relevant de l'atelier de Rubens. Les numéros 9, 10, 11 et 12 font partie de séries de copies de l'ensemble de Schleissheim et ont manifestement été peintes après leur départ vers le château. Ce sont par ailleurs des copies fidèles de la toile de Rennes[40] tout comme les numéros 7 et 8. Les autres copies sont si hétérogènes qu'elles peuvent quasiment être considérées comme des variantes[42]. Par exemple, La Chasse au lion et au léopard[Note 3] de la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde peut être considérée comme une variante de La Chasse au tigre, réalisée par l'atelier de Rubens et retouchée par le maître[41].

Il est difficile de classer les copies par composition, toutefois, trois types de variations sont notées par Arnout Balis. La composition est souvent étirée horizontalement. Pour d'autres copies, il manque un personnage sur la gauche. Enfin, le personnage de Samson peut prendre une pose différente[40].

L'une des copies de La Chasse au tigre, généralement attribué au n°3 du Corpus Rubenianum, est connue pour être la source d'un désagrément pour Rubens : Dudley Carleton et le peintre ont décidé d'échanger une œuvre de Jacopo Bassano contre une peinture de Rubens. Toutefois, le Jacopo Bassano livré à Anvers est très abîmé et Rubens envoie en retour une copie de piètre qualité de La Chasse au tigre. Dudley Carleton accepte malgré tout ce tableau qu'il envoie à son ami Lord Danvers, qui le destinait au prince de Galles, futur Charles Ier d'Angleterre. Le destinataire final refusa l’œuvre, ce qui fut désagréable pour l'ensemble des protagonistes[41],[43].

Copies de La Chasse au tigre répertoriées dans le Corpus Rubenianum.
no TypeDimensionsHistoriqueRéf.
1Peinture, support inconnuinconnuesTableau commandé par Albert d'Autriche et Isabelle-Claire-Eugénie en 1617 et perdu dans l'incendie du palais du Coudenberg en 1731[12],[41]. L'Allégorie de la vue et L'Allégorie de la vue et de l'odorat par Jan Brueghel l'Ancien et Rubens représentent cette copie, de façon très fidèle[12].[18]
2Peinture sur toile125 × 170 cmRéplique d'atelier, provenant de Barcelone.[18]
3Peinture sur bois99 × 125 cmModello du Wadsworth Atheneum, Collection Sumner. Inv. No.1952.52. Cette réplique d'abord attribuée à Rubens[19] puis à Pieter Claesz Soutman est détenue au Wadsworth Atheneum à Hartford[1] : il s'agit peut-être de la copie refusée par le prince de Galles[19].[44]
4Peinture sur toile119 × 152 cmTableau retouché par Rubens. Galerie d'Art antique à Rome déposée au ministère des Affaires étrangères[19].[45]
5Peinture sur bois120 × 140 cmCopie d'atelier, vendue en 1905 à l'Hôtel Drouot lors de la vente Bercioux. Il s'agit peut-être de celle de la collection Herbert Cook à Richmond[19].[18]
6Peinture sur toile176 × 231 cmDe provenance inconnue, vente à Bruxelles le , puis le par Jorez, toujours à Bruxelles et enfin à Londres par Christie's le . Elle a d'abord été attribuée comme une copie d'après Rubens, puis à Rubens lui-même.[18]
7PeintureinconnuesCopie par Balthazar Beschey du XVIIIe siècle vendue par Christie's à Madrid entre le 16 et le .[18]
8Peinture sur toile109 × 147,5 cmVente à Londres par Sotheby's le , puis à Bradford par Alfred H. Dobson le .[46]
9Peinture sur toile198 × 266,5 cmCopie de la série de Schleissheim, possiblement identique au no 10. Propriété de John Calvert Wombwell, vente à Londres par Christie's, le  ; propriété de Sir Cuthbert Quilter, don au County Council of Sudbury vers 1897 qui le présente aux administrateurs du Trustees of the Gainsborough’s House National Appeal Fund qui le vendra à Londres par Christie's le . Achat par De Crescenzo.[46]
10Peinture, support inconnuinconnuesCopie de la série de Schleissheim, possiblement identique au no 9. Collection privée romaine. Signalée en 1963 par A. Porcella puis en 1977 par D. Bodart[19].[46]
11Peinture sur toile250 × 300 cm environCopie de la série de Schleissheim, possiblement identique à l'un des tableaux listés ici. Marché d'Art de Cannes, 1983.[46]
12Peinture sur bois98 × 125 cmDeutsches Jagdmuseum, Inv.N0.5008[46]
13Peinture sur toile117 × 157,5 cmCollection privée suisse.[46]
14Peinture sur toile136 × 190 cmPropriété de Hafner à Linz. Après sa mort, le tableau est acheté par Anton Heiser, toujours à Linz. Propriété de Toni Heiser en 1953 à Ulm.[46]
15Peinture sur toile101 × 120 cmVente par Sotheby's à Londres le .[46]
16Peinture sur toile144 × 208 cmLes dimensions de ce tableau ont varié. Présent dans la collection de Franz et Bernhard Imstenraedt (84 × 105 cm environ), il est mis en loterie, mais non vendu le . Acheté par l'évêque Karl von Liechtenstein en 1763 aux Imstenraedt. Gardé alternativement à Kremsier et Olomouc. En 1930, le tableau est signalé comme étant de dimensions 144 × 208 cm et attribué à l'atelier de Rubens.[46]
17Peinture, support inconnuinconnuesSignalé par Jacob Burchard en 1925 dans la galerie de Mme Gruter-Van der Linden à Anvers.[39]
18Peinture sur toile158 × 231 cmAppartenant peut-être à Eugène Delacroix, vente à l'Hôtel Drouot le , attribué à l'atelier de Rubens.[39]
19Peinture, support inconnuinconnuesVente par le palais des Beaux-Arts de Bruxelles le .[39]
20Peinture, support inconnuinconnuesSignalé par Nicodème Tessin le Jeune à Bruxelles en 1687.[39]
21Dessin165 × 178 mmPorte une inscription au recto : « Iunius 15 1619 ». Leo C. Collins, New York, 1952.[39]

Analyse

Notes et références

Annexes

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