Littérature estonienne
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La littérature estonienne, en estonien ou en Estonie, diasporas et minorités comprises, est une part de la culture de l'Estonie (1 228 000 Estoniens en 2020). Une langue littéraire et une littérature estoniennes proprement dites apparaissent assez tard, aux XVIe et XVIIe siècles, mais prennent leur essor au XIXe siècle alors qu'une identité nationale apparaît peu à peu et que la région aspire à l'indépendance politique : en témoigne la rédaction de l'épopée nationale, le Kalevipoeg, par Kreutzwald. Bien qu'en partie entravée par l'histoire politique troublée du pays, qui connaît plusieurs occupations totalitaires (nazie puis soviétique) peu propices à l'épanouissement de sa culture, la littérature d'Estonie poursuit son développement et devient d'autant plus vivace après le retour à l'indépendance politique et l'entrée dans l'Union européenne.
L'estonien, langue non indo-européenne, est finno-ougrienne, de même que le finnois et le hongrois.
L'estonien existe d'abord en littérature orale : contes, légendes, chansons, récits, discussions, sermons.
Dès le Moyen-Âge, la minorité dominante est constituée de Germano-Baltes.
L’estonien écrit naît tardivement, entre les 16e et 17e siècles. Il est surtout utilisé par des pasteurs allemands pour transmettre la littérature religieuse. Le plus ancien livre en estonien est le catéchisme de Wanradt et Köll, publié en 1535 à Wittenberg, donc inspiré par la Réforme protestante.
XVIIIe siècle
Le XVIIIe siècle voit la naissance de la littérature nationale. La langue écrite se répand par les almanachs colportés jusqu’au fond des campagnes. La littérature est alors composée de récits imités d’œuvres allemandes.
Le premier texte littéraire écrit par un Estonien (au sens ethnique) est attribué à Käsu Hans (en), un sacristain, et date de 1708. Il s'agit d'un poème en vers intitulé Oh, ma vaene Tarto liin sur la destruction de Tartu par l'Empire russe lors de la grande guerre du Nord[1]. Ce poème est écrit en sud-estonien et s'inspire d'un texte en prose plus ancien écrit aussi en sud-estonien par le Germano-Balte Adrian Virginius (en) en 1691[2].
L'estonien écrit se répand peu à peu avec des œuvres, adaptées de l'allemand, comme les adaptations de Friedrich Wilhelm Willmann (et) (1746-1819), dont le Juttud ja teggud, kui ka Monningad Öppetused mis majapiddamisse pärrast tarwis lähtwad, un almanach, date de 1782[1].
- Heinrich Stahl (de) (1600-1657), pasteur
- Reiner Brockmann (de) (1609-1647)
- Johann Hornung (de) (1660-1715)
- Bengt Gottfried Forselius (de) (1660-1688)
- Anton Thor Helle (de) (1683-1748)
- Friedrich Gustav Arvelius (de) (1753-1806)
XIXe siècle
À partir de 1820, Kristjan Jaak Peterson (1801-1822) est à l'origine de la poésie estonienne moderne. Il n'est toutefois pas reconnu à l'époque[1].
Les premiers journaux en estonien sont fondés au début des années 1820 par Otto Wilhelm Masing (en), un Germano-Balte estophile : le Tallorahwa Kulutaja et le Marahwa Näddala-Leht[3]. Le Leiwakorwikenne (et) parait entre 1847 et 1849 à Pärnu, le Perno Postimees ehk Näddalileht (en) est publié à Pärnu à partir de 1857 par Johann Voldemar Jannsen (1819-1890), un Estonien ethnique. C'est le premier journal en estonien publié régulièrement[4],[1]. Le Missioni-Leht (et), un journal écrit par les missionnaires, est fondé en 1858 à Tallinn[4].
Dans les années 1830 et 1840, les ouvrages du Germano-Balte Peter August Friedrich von Manteuffel (de) (1768-1842) sont très populaires. Von Mateuffel, un estophile dont Masing est le tuteur, écrit en estonien avec un style plaisant et avec humour. Son Aiawite peergo walgussel (1838) décrit la vie et les souffrances des paysans estoniens sans toutefois dénoncer le système féodal dont fait partie von Manteuffel en tant que comte et grand propriétaire[1],[5].
Toutefois, l'estonien reste une langue principalement orale jusqu'en 1860 et les locuteurs vivent principalement dans les campagnes. Les villes du pays sont peuplées majoritairement de germanophones[6].
Dans les années 1850, à la suite des mouvements nationaux et romantiques allemands, la littérature connaît un véritable essor, avec notamment la redécouverte du folklore national, principalement grâce au travail de collecte de Friedrich Robert Faehlmann (1798-1850), à l'origine de la rédaction de l’épopée nationale, le Kalevipoeg, composée par Friedrich Reinhold Kreutzwald (1803-1882), publiée entre 1857 et 1861 (voir L'Homme de Bois et la Femme d'Écorce, un conte typiquement estonien) dans les publications de la Société savante estonienne. L'édition populaire a été publiée en 1862 en Finlande.
À cette période, entre 1860 et 1885 (L'Ére du Réveil), la nation estonienne prend conscience d’elle-même (chorales, théâtres, associations), et la littérature se développe rapidement. La poésie est un genre particulièrement vivace (et le reste aujourd’hui), symbolisée à cette époque par l’une des grandes poétesses de ce pays, Lydia Koidula (1843-1886).
Comme dans le reste de l’Europe, la fin du XIXe siècle voit le développement d’une littérature réaliste, en particulier avec Eduard Vilde (1865-1933) : Vers les terres froides (1895), La guerre de Mahtra (1902), Le prophète Maltsvet (1905), Le laitier de Mäeküla (1916).
D'autres écrivains animent cette fin de siècle :
- August Kitzberg (en) (1855-1927), dramaturge
- Karl Eduard Sööt (en) (1862-1950), poète
- Anna Haava (1864-1957), poétesse
- Juhan Liiv (1864-1913), journaliste, poète, Vari (L'ombre, 1894)
- Ernst Peterson-Särgava (de) (1868-1958), romancier, nouvelliste
- Eduard Vilde (1911)
XXe siècle
Peu après, la littérature s’ouvre de plus en plus aux courants occidentaux, avec le groupe des Jeunes Estoniens (Noor-Eesti).
Dans ce contexte émerge l’une des figures estoniennes les plus connues à l’étranger, celle de la poétesse Marie Under. Les années vingt voient le retour du réalisme, avec Anton Hansen Tammsaare. La période de l’entre-deux-guerres, celle de l’indépendance, contraste fortement avec la suivante, celle de l’exil pour les uns, de la déportation en Sibérie pour les autres. La littérature estonienne en exil demeure très vivace, pour preuve les 2 600 volumes en estonien qui sont parus entre 1945 et nos jours.
En Estonie devenue soviétique, la littérature « bourgeoise » est interdite. Le régime soviétique laisse toutefois un espace de liberté pour la culture rurale et « ruraliste » estonienne (excluant donc la culture des villes, influencée par les idées allemandes) qui promeut une culture décrite comme traditionnelle avec costumes régionaux, festivals de chant… La littérature nationaliste estonienne de la période de l'Estonie indépendante est en partie autorisée. Cette culture « ruraliste » estonienne qui reinvente une tradition nationale (il s'agit d'une adaptation du romantisme allemand, transmise via les germanophones des villes estoniennes), glorifie la terre (les locuteurs estoniens restant majoritairement ruraux et attachés à la terre) et promeut la nostalgie de ce passé devient donc le refuge de ceux qui refusent la culture prolétarienne promue par le régime. Cette culture va servir de creuset idéologique à la génération suivante d'écrivains[6].
Un certain renouveau se déclare après la mort de Staline, avec les débuts de grands auteurs comme Viivi Luik et Jaan Kaplinski, mais surtout Jaan Kross. Il est l'auteur notamment du Fou du Tzar (1978), prix du meilleur livre étranger 1989. « Ses romans, aujourd'hui traduits en de nombreuses langues, font revivre pour la plupart des figures importantes de l'Histoire estonienne ou des Estoniens ayant atteint dans leur domaine une certaine notoriété internationale »[7] comme le baron balte Timotheus von Bock du Fou du Tzar.
- Anton Hansen Tammsaare (1878-1940), romancier, Vérité et Justice
- Mait Metsanurk (en) (1879-1957), romancier
- Hugo Raudsepp (1883-1952), journaliste, éditorialiste, écrivain, dramaturge
- Gustav Suits (1883-1956), poète
- Marie Under (1883-1980)
- Oskar Luts (1886-1953), romancier, littérature pour enfants
- Karl Ast (en) ou Karl Rumor (1886-1971)
- Friedebert Tuglas (1886-1971), nouvelliste, critique, romancier
- Henrik Visnapuu (1890-1951), poète, dramaturge, critique
- Johannes Vares Barbarus (1890-1946), poète, médecin
- August Gailit (1891-1960), nouvelliste, romancier
- Johannes Semper (1892-1970), poète, prosateur, traducteur
- Peet Vallak (de) (1893-1959)
- Mouvement littéraire Siuru (1917-)
- Mouvement littéraire Tarapita (en) (1921-1922)
- Eesti Kirjanike Liit (EKL, 1922), Union professionnelle des Écrivains et Critiques littéraires estoniens
- Revue littéraire Looming (1923-)
- August Mälk (1900-1987), romancier, nouvelliste, dramaturge
- Heiti Talvik (de) (1904-1947)
- Betti Alver (1906-1989), poétesse
- Aadu Hint (de) (1910-1989), romancier, Tuuline rand (Les côtes venteuses, 1951)
- Bernard Kangro (en) (1910-1994)
- Karl Ristikivi (de) (1912-1977), romancier, Hingede öö (1953)
- Kersti Merilaas (1913-1986), poétesse, traductrice
- August Sang (en) (1914-1969), poète, traducteur
- Minni Nurme (1917-1994)
- Kalju Lepik (1920-1999), poète, journaliste
- Jaan Kross (1920-2007), romancier, nouvelliste
- Ilmar Laaban (1921-2000), poète
- Arved Viirlaid (de) (1922-2015), romancier
- Juhan Smuul (1922-1971), prosateur
- Artur Alliksaar (1923-1966), poète
- Ilmar Jaks (de) (1923-), nouvelliste
- Ain Kaalep (1926-), poète, traducteur
- Ivar Ivask (de) (1927-1992), poète
- Helga Nõu (1934-), romancière, Paha poiss (Un vilain garçon, 1973)
- Mats Traat (de) (1936-), poète
- Hando Runnel (de) (1938-), poète
- Andres Ehin (de) (1940-2011), poète, traducteur, nouvelliste
- Jaan Kaplinski (1941-), intellectuel, romancier, poète, traducteur, essayiste
- Paul-Eerik Rummo (1942-), poète, dramaturge, traducteur
- Viivi Luik (1946-), poétesse, romancière, essayiste
Fin du XXe au début du XXIe siècle
Après le retour à l’indépendance, l’Estonie libre retrouve une vitalité littéraire, marquée par l’émergence de nombreux jeunes auteurs, comme Tõnu Õnnepalu (1962-), en particulier grâce aux généreuses subventions de la Fondation pour la culture.
- Jaan Kross (1920-2007), romancier, Le Fou du Tsar (1978)
- Raimond Kaugver (de) (1926-1992), romancier, nouvelliste, dramaturge
- Heino Kiik (de) (1927-2013), romancier
- Arvo Valton (de) (1935-), prosateur, nouvelliste
- Mats Traat (de) (1936-), romancier
- Enn Vetemaa (1936-2017), poète
- Nikolai Baturin (de) (1936-), poète, romancier
- Rein Saluri (de) (1939-), nouvelliste, dramaturge
- Vaino Vahing (de) (1940-2008), nouvelliste, psychiatre
- Jaan Kruusvall (de) (1940-2012), nouvelliste
- Mati Unt (de) (1944-2005), romancier, Sügisball (Bal d'automne, 1979)
- Ene Mihkelson (de) (1944-2017), poétesse, traductrice
- Toomas Vint (de) (1944-), nouvelliste, peintre
- Viivi Luik (1946-), poétesse, romancière, essayiste
- Juhan Viiding (de) (1948-1995), poétesse, comédienne
- Indrek Hirv (de) (1956-), poète, traducteur, artiste
- Ülo Mattheus (de) (1956-), romancier, journaliste
- Doris Kareva (1958-) poétesse, traductrice
- Rein Raud (de) (1961-)
- Tõnu Õnnepalu Emile Tode (1962-), Piiririik (Pays frontière, 1993)
- Hasso Krull (1964-), poète, traducteur, essayiste
- Andrus Kivirähk (1970-), L'Homme qui savait la langue des serpents, Les Groseilles de novembre, Le Papillon
- Indrek Hargla (1970-)
- Kaur Kender (en) (1971-)
- Sass Henno (en) (1982-)
Nouvelles
La nouvelle est sans doute le genre le plus réputé en Estonie, pour des raisons autant esthétiques qu'historiques. Le Prix Friedebert-Tuglas est réservé aux nouvelles.
- 1870 : Lydia Koidula (1843-1886)
- 1880 : Eduard Bornhöhe (1862-1923), Andres Saal (1861-1931)
- 1890 : Juhan Liiv (1864-1913), Eduard Vilde (1865-1933)
- 1900 : Ernst Särgava (1868-1958), August Kitzberg (1855-1927)
- 1910 : Friedebert Tuglas (1886-1971)
- 1920-1940 : August Gailit (1891-1960)
- 1950 : Elmar Jaks (1923-), Juhan Smuul (1922-1971), Lilli Promet (1922-)
- 1960 : Mati Unt, Arvo Valton (1935), Mats Traat (1936), Vaino Vahing (1940), Toomas Vint (1944), Mari Saat (1947), Rein Saluri, Jaan Kruusvall
- 1970 : Jan Kroos (1920), Jüri Tuulik (1940), Jaan Kaplinsky (1941), Teet Kallas (1943), Mati Unt (1944), Eeva Park (1950)
- 1980 : Mikhel Mutt (1953), Ülo Matthews, Toomas Raudam, Maimu Berg (1945)
- 1990 : Peeter Sauter, Kerttu Rakke (1971), Jüri Ehlvest (1967), Andrus Kivirähk (1970), Ervin Öunapuu (1956), Mehis Heinsaar (1973), Indrek Hargla (1970), Matt Barker…
Théâtre
Le théâtre en Estonie (en), pour l'essentiel, aurait comme origine la création à Tallinn en 1784 par August von Kotzebue d'une troupe de théâtre amateur à destination du public germano-balte, puis en 1795 la création de la première compagnie théâtrale professionnelle (avec sa salle), le Reval German Theatre (en) (Théâtre allemand de Tallinn, devenu Tallinna saksa teater de 1910 à 1939), à la place de l'actuel Théâtre dramatique d'Estonie. Le public est alors progressivement allemand, letton, russe, tout comme le répertoire. Honte à ceux qui veulent tromper est la première pièce à être présentée, en 1819.
La poétesse Lydia Koidula (1843-1886) est considérée comme la « fondatrice du théâtre estonien » à travers ses activités théâtrales à la Société culturelle Vanemuine (en) (en estonien : Selts Vanemuise), une société fondée par les Jannsen à Tartu en 1865 pour promouvoir la culture estonienne. Lydia Koidula est la première à écrire des pièces originales en estonien et à aborder les aspects pratiques de la mise en scène et la production. Le premier succès serait Saaremaa Onupoeg (le cousin de Saaremaa) en 1870. La compagnie se professionnalise, et un nouveau bâtiment est érigé en 1906 : Théâtre de Vanemuine.
Le premier théâtre à la campagne date de 1882 à Toila, sous la direction d'Abram Simon.
La Société estonienne de musique et de théâtre de Tallinn (1906), devenue l'Académie estonienne de musique et de théâtre en 1918. L'Opéra national estonien (1865) est hébergé par le Théâtre d'Estonie (1913).
Dans les années 1920, fonctionnent un théâtre ouvrier (amateur) à Tallinn, ainsi qu'un théâtre expressionniste (amateur, autour d'August Bachmann), et des théâtres s'ouvrent à Viljandi et Narva. Jusqu'aux années 1930, le théâtre se professionnalise.
À l'époque soviétique, sont créés le théâtre Rakvere (en), le théâtre russe de Tallinn (Vene Teater) théâtre dramatique russe, le Théâtre de marionnettes (NUKU) et le théâtre de la jeunesse (devenu Théâtre de la ville de Tallinn). Voldemar Panso (en) (1920-1977) est pendant 20 ans une figure remarquable du théâtre estonien, comme acteur, metteur en scène, directeur et formateur.
Un Lexique biographique du théâtre estonien (et) (ETBL) est publié en 2000.
Œuvres
- Monumenta Estoniae Antiquae (en), recueil de chants populaires estoniens
- Calendrier des premières publications estoniennes (en)
- Archives du folklore estonien (en)
- Le Garde forestier (conte)
Institutions
- Société savante estonienne (en) (depuis 1838)
- Eesti Kirjameeste Selts (en) (1871-1893)
- Musée de la littérature estonienne (1940)
- Eesti Kirjanike Liit (EKL, Union des écrivains estoniens, 1922-1941, puis depuis 1991)
- Bibliothèque nationale d'Estonie (1918)
- Archives nationales d'Estonie (en) (1999)
- Institut estonien
- Estonica, encyclopédie en estonien, russe et anglais
- Prix littéraires

