La littérature irakienne désigne l'ensemble des pratiques et productions textuelles, orales et écrites, à toute époque, en toute langue, en tout lieu (diasporas comprises(en), estimées à 5 000 000 personnes), par des Irakiens de tout statut (citoyenneté, résidence, clandestinité, autre) et/ou toute personne revendiquant, au moins partiellement, son appartenance à la culture irakienne. Il s’agit d’abord de littérature contemporaine, essentiellement en arabe ou en kurde, les deux langues officielles depuis la constitution de 2005.
La population, en millions d’habitants, est estimée à 1 (années 1-600), 1.5-2.5 (700-1200), 1 (1300-1800), 2,4 (1900), 3 (1920), 31 (2009), 40 (2018 et 2020), avec une diaspora, surtout depuis 1990 et 2003, qui serait de 5 millions.
L’Irak demeure une mosaïque de peuples et de langues. Les deux grands groupes ethniques en Irak sont arabes (>70%, environ 25 millions) et kurdes (>20%, environ 9 millions).
L’arabe mésopotamien (irakien), en raison de multiculturalisme inhérent de l’Irak ainsi que de son histoire, comporte de vastes emprunts dans son lexique de l’araméen, de l’akkadien, du persan, du kurde et du turc.
Les populations kurdes ne sont pas uniformes, se composent de différents groupes, dont les Jaf, les Kakaï… Les dialectes kurdes sont surtout le gurani, le kurmandji, le sorani.
Diverses minorités, bilingues ou trilingues, parlent leur propre langue: arménien, mandéen moderne, néo-araméen oriental ou soureth, syriaque, persan (farsi), turc, azéri , avec des particularités mésopotamiennes/irakiennes. Chacune de ces langues est susceptible de porter une littérature, orale, radiophonique, télévisuelle, écrite, imprimée, traduite…
Contexte politique
Dès 1900, l'Irak redevient un champ de bataille entre les empires du Moyen-Orient, jusqu'à la conquête britannique en 1918, qui en fait un État souverain sous mandat anglais.
1900-1920 : fin de l’empire ottoman
Le début du siècle amplifie certaines dérives ottomanes, dont les Tueries de masse ottomanes: génocide assyrien (1914-1920), génocide arménien (1915-1923), génocide grec pontique (1916-1923). Une partie des rescapés trouvent refuge d’abord dans la région du nord de la Syrie-Irak, dans les camps de Deir ez-Zor. Les témoignages présentent une certaine image des populations des deux pays.
Mandat britannique de Mésopotamie (1920-1932) : Irak mandataire
Le , la Turquie, qui émerge d'un empire ottoman démantelé, nouvellement créée sur les ruines de l'Empire Ottoman, signe le traité de Sèvres qui l'oblige à reconnaître la perte de ses possessions arabes. Un Kurdistan autonome est également créé entre l'Est de l'Anatolie et le vilayet de Mossoul. La résistance de Mustapha Kemal empêche l'application du traité de Sèvres. Le traité de Lausanne accorde à la Turquie des frontières élargies vers l'Anatolie.
Un mandat de la Société des Nations est établi, avec ou sans concertation sérieuse avec le personnel politique irakien.
Fayçal Ier (Fayçal ben Hussein al-Hachimi, 1883-1933), arabe du Hedjaz, hachémite, député au parlement ottoman (1912), chassé de Syrie par les Français, devient le premier roi d’Irak, de 1921 à 1933, et développe les aspirations nationales irakiennes, s’oppose aux soulèvements religieux et nationaux (chiites, kurdes, autres).
Le régime, de parti unique Baas, est dirigé par Saddam Hussein, au pouvoir de 1979 à 2003, et dont reste également l’épisode de son Coran de sang, exemplaire unique déclaré haram.
Avec la nahda (renaissance arabe, à partir de 1830-1850), les discours politiques existent, en Irak aussi, au moins depuis 1900 et surtout 1920: politique en Irak, nationalisme arabe , panarabisme, socialisme arabe, pas forcément strictement irakiens. La littérature politique kurde est plus centrée sur le nationalisme kurde, pas seulement irakien.
La littérature religieuse (de toute tendance ou obédience), surtout littérature musulmane (dignitaires ou non, religieux sunnites, chiites, autres) est généralement plus traditionaliste, et dans le meilleur des cas éthique et/ou spirituelle, mais aussi islamiste: religion en Irak(en), avec une liberté de religion en Irak(en) très réduite. Parmi les discours religieux, restent ceux des quatorze années (1965-1978) d’exil irakien de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeini (1902-1989), qui montrent l’influence possible de tels discours (du moins en Iran).
La littérature kurde s’imprime au Liban ou en Égypte. La poésie et les vers restent une forme d'art majeure dans l'Irak moderne. La référence demeure la littérature des XV-XVIe siècles, quand l'Irak est encore le centre du monde arabe.
La plus grande partie de la littérature irakienne, contemporaine d’abord, est méconnue du lectorat francophone, car peu traduite et/ou peu diffusée.
Une bonne recension de la riche production littéraire irakienne en prose et en poésie est fournie dans les revues littéraires publiées à Bagdad, dont al-Aqlām (La plume, 1964), al-Mawrid (La source, 1971), al-Kātib al-'arabī (L'écrivain arabe, 1982), ou à l’étranger, comme al-Badīl (L'alternative, 1980), Aswāt (Voix, Paris).
Avant 1940, les écrivains reconnus sont:
Jamil Sidqi al-Zahawi(en) (1863-1936), d’origine kurde, enseignant, directeur de l'imprimerie d'État, journaliste, membre de la Cour d'appel, professeur (philosophie islamique, littérature arabe), poète (arabe, persan, turc, kurde), La véritable aube pour réfuter ceux qui nient la recherche de l'intercession et les miracles des saints (1905),
Maruf al Rusafi(en) (1875-1945), poète, enseignant (arabe), érudit, député en 1912 et 1914 à la Chambre des députés turque, puis en Irak,
De manière plus générale, le monde est marqué par la rhétorique de l’État islamique (organisation) (Daesh). Le livre, Gestion de la barbarie (2004, ou management de la sauvagerie) d’Abou Jihad al-Masri (1961-2008) se réalise: guerre civile, tuerie de masse, dictature théologique, exaction, destruction, élimination, torture.
Devant cela, la littérature (autre que de témoignage) semble impuissante. Et pourtant!
Un cas particulier: Saddam Hussein (1937-2006), politique, présumé romancier, auteur supposé de Zabiba et le Roi (2000), Forteresse fortifiée (2002), Les Hommes et la ville (2002), Partez, démons (2003)
Le Levant (en arabe: المشرق ou بلاد الشام, en hébreu: לבנט, en araméen: ܐܬܪܘܬܐ ܕܫܐܡ) désigne traditionnellement en français les pays bordant la côte orientale de la mer Méditerranée: en premier lieu la Syrie, ainsi que le Liban (les États du Levant au sens français); mais la région du Levant inclut également la Palestine, Israël, la Jordanie, l'Anatolie (Turquie d’Asie), la Mésopotamie et l'Égypte.
De ces générations de paysans, éleveurs, cueilleurs, de tradition orale (aussi apte à la description du monde, à l'expression de soi, à la persuasion d'autrui, etc.), le vécu est globalement perdu: labeurs, souffrances, joies, parlers, chants, musiques, danses.
Ce patrimoine, matériel et immatériel, subsiste parfois à l’état de traces dans la langue de la minorité dirigeante (administration, armée, religion, commerce), par et pour laquelle sont inventés des systèmes d'écriture. Les textes parlent des princes, des héros et des dieux.
À l'époque pré-islamique, la région, un temps province de l'empire Sassanide, porte le nom de Khvarvaran. Le nom d’Irak dérive du terme persan Erak (bas-Iran).
L’expansion du christianisme est plus large.
L’Arménie voisine, avec Grégoire Ier l'Illuminateur (vers 240-326), se convertit en 300-313, avec catholicossat de tous les Arméniens (301)
La Géorgie voisine se convertit en 317, avec église orthodoxe géorgienne (devenue autocéphale en 484).
Après 313, les persécutions anti-chrétiennes en Perse contre cette minorité réputée subversive et déloyale, manifestent une présence chrétienne militante et motivent en partie des mouvements religieux dont le christianisme oriental, particulièrement le nestorianisme (Nestorius, (381-451)), vite présent sur les routes commerciales maritimes (Golfe persique, Océan indien) et caravanières, diffusant le christianisme nestorien, tout comme ces routes servent aussi à propager bouddhisme et islam.
La littérature reconnue est surtout (latine ou) grecque. Les ouvrages (en grec) de Flavius Josèphe, l’historiographeromainjuif d'origine judéenne du Iersiècle, fournissent un éclairage nécessaire sur la période en proche Judée romaine.
Ces précisions sont importantes, dans la mesure où toute une richesse culturelle, chrétienne ou non, de cette période, a été balayée puis occultée avec l’arrivée de l’Islam, qui cherche à gagner, pacifiquement ou non, l’adhésion des populations. Le christianisme en Irak, en 2000-2005, est estimé à 636 000 fidèles, et Tarek Aziz (1936-2015), d'origine assyrienne, est longtemps ministre des Affaires Étrangères de Saddam Hussein.
Irak médiéval, terre d'islam, à dominante arabo-kurde, puis turco-mongole (638-1534)
Environnement en 600Empire sassanide en 621Expansion de l’islam
Ilkhanat de Perse (1256-1335), dynastie mongole des Houlagides, de Houlagou Khan (1217-1265, petit-fils de Gengis Khan), de religion tengriste et bouddhiste, de langue persane
Djalayirides (1336-1432), dynastie musulmane mongole, avec pour capitale Bagdad puis Bassorah,
Mozaffarides (1336-1393), dynastie musulmane mongole en Iran,
Qara Qoyunlu (1375–1469, Moutons noirs), fédération tribale, dynastie turkmène, avec Tabriz pour capitale, et qui s’empare de Bagdad en 1410, art turkmène
Aq Qoyunlu (1378–1508, Moutons blancs), fédération tribale, dynastie turkmène, azéri et persan de langue, avec pour capitale Tabriz puis Bagdad,
La zone de l’actuel Irak-Mésopotamie, globalement arabe ou fortement arabisée, devient rapidement musulmane, mais sans exclusive.
Dans des États sous gouvernance musulmane, le système juridique islamique peut accorder le statut de dhimmi à certaines communautés (juive, chrétienne, etc.), leur permettant de participer à la vie collective et à son épanouissement, même si des difficultés socio-économiques peuvent transformer cette tolérance en stigmatisation et persécution, comme dans des États sous gouvernance non musulmane: persécution des Juifs pendant la première croisade, expulsion des Juifs, pogrom, antijudaïsme, persécution des chrétiens dans la Rome antique.
La littérature et la culture arabo-musulmanes, dans le monde musulman, unifié, ou désireux de l’être, ne sont pas limitées au monde arabe: lettrés, érudits, théologiens, philosophes, juristes, artistes, écrivains, et autres, circulent à l’intérieur d’un monde de plus en plus vaste, multiethnique, multilinguistique.
La littérature arabophone est le fait d’auteurs de toute ethnie et/ou langue maternelle.
Et les auteurs sont souvent multilingues: l’arabe et le persan, langues valorisées dans la littérature classique (avant 1800), coexistent, par exemple avec le grec, puis avec le turkmène, et le turc ottoman: littérature arabophone, littérature persane, poésie arabe, métrique arabe.
L’adab correspond à une littérature en prose de personnes de qualité (mais ni philosophique ni religieuse): miroir, conte, fable, apologue, proverbe, généalogie, géographie, anthologie, compilation, encyclopédie, manuel, maqâma (ou Séance, court récit de fiction)…
Les Mille et Une Nuits, un des sommets de la littérature indo-perso-arabe, non spécifiquement irakienne, souvent classé dans la littérature arabe épique, relève plutôt d’une remarquable imbrication de ces petites fictions populaires.
Les Radhanites seraient une corporation, en partie juive, participant au commerce international, particulièrement au IXesiècle, entre Europe et Extrême-Orient, selon le Livre des Routes et des Royaumes de Ibn Khordadbeh (vers 820-885), particulièrement par la route de la soie, éventuellement en relation avec les Khazars, facilitant pacifiquement les brassages culturels.
Dès 1258, et la fin des Abbassides, par époque et par région, les élites dirigeantes (de la Mésopotamie au sens large) usent de plusieurs langues: l’arabe, le persan moderne, en alphabet perso-arabe), le kurde, le tchaghataï, le turc ottoman, et éventuellement l’azéri.
Les populations kurdes, quelles qu’en soient les origines, ou kurdophones, évoluent sur un territoire qu’on peut nommer Kurdistan, quelles qu’en soient les définitions, en partie identifiable aux contreforts des Monts Zagros, au haut-plateau arménien et à la Haute Mésopotamie.
Le passé incertain renvoie pour partie à des satrapies mèdes: (Gordyène (Corduène), Sophène, Osroène, Atropatène, Matiène(en), Moxoène, Arzanène, Adiabène (Arbèles, Erbil)).
Le territoire au XXIesiècle est transfrontalier: Irak (nord), Iran (façade ouest), Syrie (nord-est), Turquie (sud-est).
L’histoire du peuple kurde est celle méconnue de tribus kurdes, en rivalités inter-tribales, intra-claniques, inter-claniques, et en interactions (souvent conflictuelles) avec les peuples voisins, ce qui vaut une réputation de faiseurs de troubles à ce groupe humain (le quatrième par la population dans la région, environ 40 000 000, qui refuse l'assimilation culturelle et linguistique dans les cultures et les langues des Arabes, des Turcs ou des Persans.
On connaît une liste de dynasties, d'États et de divisions administratives kurdes, quand les pouvoirs centraux (Mèdes, Sassanides, Arabes, Byzantins, autres) le permettent. Une partie se convertir au christianisme, puis à l’islam, avec une tendance à une forme de kharidjisme.
Aux XIeetXIIesiècles, l’arrivée en force de peuples turcs ou turcophones permet l’intégration dans l’armée (avec la figure de Zengi, atabeg de Mossoul en 1127)dans l'appareil politique et religieux, dans les instances juridiques et religieuses sunnites, puis dans les confréries mystiques soufies (tariqa), avec participation aux croisades, et implantation jusqu’en Égypte et au Yémen avec les Ayyoubides (1169-1250).
Aux XIIIeetXIVesiècles, la conquête mongole dévaste plusieurs fois les terres et les populations kurdes. La chronique du Sharafnameh (en kurde) fait l’histoire d’une partie des principautés kurdes qui se sont alors établies en réaction.
Une littérature kurde existe aussi au moins depuis cette époque, généralement orale pour une population encore globalement analphabète, et écrite pour une minorité cultivée, pratiquant des formes de poésie recherchée: Baba Tahir (935-1010), Elî Termukî (1009-1077).
Les régions administratives sont: eyalet de Mossoul (1535-1864), eyalet de Bagdad (1535-1862), eyalet de Chahrizor (1554-1862, approximativement le Kurdistan irakien) (1538-1862), eyalet de Bassora (1538-1862), eyalet de Lahsa (1553-1670 Al-Hassa (Arabie)).
L’arabe est limité au domaine religieux. La langue administrative est le turc ottoman. La langue culturelle est le persan (et les diverses langues turciques): l'urgence est alors de forger une identité culturelle islamique unique. Les sciences et techniques dans l'Empire ottoman se font en turc ottoman.
La littérature de langue arabe décline, y compris la poésie.
Le système des millet dérive du droit islamique, avec les notions de Dar-al-Islam (maison de la soumission à Dieu ou monde islamique, c’est-à-dire les musulmans), Dar-al-Ahd (maison de la trêve ou monde des soumis ou dhimmis, des vassaux et des alliés, avec lesquels les musulmans sont en paix) et Dar-al-Harb (maison de la guerre ou monde ennemi avec lequel les musulmans sont en conflit). Les millets non-musulmans s'intègrent dans le Dar-al-Ahd en tant que dhimmis. Le premier millet, Rum milleti, reconnu dès la prise de Constantinople (1453), correspond à l'Église orthodoxe. Le second, au moment de la prise de Trébizonde (1461), est le millet arménien (millet-i sadika, millet fidèle, avec juridiction sur tous les chrétiens d'Orient (assyriens, coptes, syriaques, catholiques et même bogomiles). Le troisième est le millet juif, dès la fin du XVesiècle (mais sans charte officielle avant 1839). D’autres suivent. Le système des millets est réformé en 1839-1856.
Les Kurdes de l’est (domaine persan), avec les Séfévides (1501-1736) (puis les Afcharides (1736-1749)), turcophones, probablement d’origine kurde, issus d'un ordre religieux soufi militant, à la suite des révoltes kurdes et révoltes yézidies, subissent une politique anti-kurde: terre brûlée, spoliation, déportation. Les Kurdes de l’ouest deviennent progressivement les gardiens des marches orientales de l'Empire ottoman contre la menace perse.
La littérature kurde (toutes zones confondues) s’honore de nombreux poète:
La littérature arabe moderne commence, (après la Campagne d'Égypte de Napoléon en 1798-1801), avec la nahda ( éveil, essor, envol, renaissance), liée à la décomposition politique de l’Empire ottoman, au moment de réinvention identitaire du monde arabe qui l’accompagne, au pouvoir en Égypte de Méhémet Ali (1805-1848), à l'ère des réformes (tanzimat (1839-1878)) dans l'Empire ottoman, au mouvement réformiste musulman, et à un renouveau durable de la langue et de la culture arabes. Tout au long du XIXesiècle, l'ottomanisme, nationalisme ottoman pluriethnique, multiculturel, multiconfessionnel avec prééminence musulmane, reste majoritaire dans le monde arabe. Le nationalisme arabe semble plus tardif: on peut l'associer à la Révolte ʻUrabi (1879-1882), soulèvement nationaliste égyptien, anti-occidental et anti-ottoman.
L'Empire —surnommé «l'homme malade de l'Europe» par l'empereur russe Nicolas Ier en 1853, lors d'une conversation avec l'ambassadeur britannique— diminue territorialement, mais entame un processus de modernisation afin de retrouver sa puissance et sa prospérité d'antan. Cette période débute en 1808 avec la Charte de l'Alliance(tr) (Sened-i Ittifak) signée entre le sultan et les chefs féodaux, et qui confirme le pouvoir de ces derniers face à l'administration centrale. Vient ensuite l’édit de Tanzimat (Tanzimat Fermani) en 1839 où l'administration centrale annonce des mesures législatives dans le but de moderniser l'Empire.
Durant cette période, des pays européens tels que la France et le Royaume-Uni influencent l'Empire ottoman.
Une autre réforme entreprise à cette époque est l'abolition de l'esclavage en 1847.
Le statut de millet est aboli 1855, ou plutôt réformé pour les communautés qui ne souhaitent pas en être privées.
Cette période de réformes qui est appelée Tanzimat se poursuit par la première Constitution monarchique du 23 décembre 1876. Pour la Syrie, il s’agit entre autres de la route de Beyrouth à Damas (1857-1863) (par le comte de Perthuis de Laillevault) et du chemin de fer de Beyrouth à Damas (1891-1895).
Le découpage administratif est restructuré: vilayet de Bagdad (1869-1918), vilayet de Bassora (1875-1918), vilayet de Mossoul (1878-1918).
La «kurdicité» repose en parie sur le système tribal, d’adhésion au chef féodal kurde, ce qui est un générateur de conflits permanents, si nécessaire contre l'ensemble de la nation kurde, plus encore contre tout pouvoir central.
Dans l’Iran voisin, sous la dynastie Kadjar (1786-1925, turkmène), la faiblesse persistante du pouvoir persan, malgré quelques victoires comme celles d'Abbas Mirza contre les Ottomans, laisse une large autonomie aux Kurdes.
En Irak, le siècle connaît diverses révoltes kurdes (1806-1912), dont celle de Bedirxan Beg (1802-1868) en 1828-1847).
Après l’écrasement d’une dernière grande révolte kurde, celle du Cheikh Ubeydullah (1825-1883), il ne reste plus d’entités autonomes ou semi-autonomes kurdes, avec l’avènement du centralisme à travers une politique de réformes, dans les deux Empires ottoman et perse.
Le pouvoir des princes est anéanti, dans la mesure où ils sont remplacés par des gouverneurs ottomans, mais impuissants car manquant de la légitimité traditionnelle. Cela renforce par conséquent ceux à qui ils sont amenés à déléguer: les chefs religieux («cheikhs chez les Sunnites, ‘’dede chez les Alévis), féodaux (aghas), et, surtout, les chefs des tribus, devenant de fait des autorités intermédiaires, qui forment en fait un écran entre les individus et l'État. Ainsi, la modernisation des structures étatiques renforce le rôle des tribus kurdes, qui constituent désormais le réel contre-pouvoir face à la bureaucratie ottomane.
Le déclin de l'Empire ottoman s’accentue avec Abdülhamid II (1842-1918, sultan en 1876-1908).
Le prototype des milices tribales kurdes, ce sont les régiments hamidiés, créés en 1891, sur le modèle des cosaques russes: le pouvoir central ottoman embrigade certaines tribus kurdes sunnites pour former des régiments de cavalerie irréguliers commandés par leurs propres chefs tribaux. Un des usages est de mater les minorités rétives, dont les plus connues sont les massacres hamidiens (1894-1897) contre Arméniens, Assyro-chaldéens, Syriaques.