Mal du pays
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L'expression « mal du pays » désigne le malaise ressenti par certaines personnes (ou leurs descendants) ayant quitté leur pays ou région d'origine. Cela peut représenter une souffrance importante, qui ne peut alors être guérie que par un retour dans le pays ou la région d'origine.
Cette émotion se traduit dans de nombreuses langues par des mots (Heimweh, en allemand, morriña en espagnol, qui est en fait du galicien) ou des expressions propres à la culture des pays.
Le mal du pays recouvre un sentiment de manque et de regret de son pays ou de sa région d'origine. Il peut être causé par un changement trop brutal de mode de vie qui provoque une perte de repères chez ces personnes, ou le manque d'un élément auquel la personne était attachée. Ce terme est très proche de la définition de la nostalgie, dont l'étymologie provient du grec ancien nóstos (« retour ») et álgos (« douleur »)[1].
Historique

Dans la Bible
Le mal du pays est un phénomène ancien, bien connu de certaines sociétés humaines. Il est notamment évoqué dans l'Ancien Testament dans le psaume 137 du livre des Psaumes, dans son premier verset[2] :
« Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. »
Pendant l'Antiquité
Homère
L'Odyssée, épopée grecque antique, composée après l’Iliade, vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. et attribuée à l’aède Homère, décrit la fabuleuse histoire d'un voyage initiatique : Ulysse parti pour la guerre de Troie voit son retour à Ithaque, sa patrie, retardé et entravé par de nombreuses péripéties. Il connaît de multiples épreuves qu'il doit affronter avec courage, avant de pouvoir retrouver sa terre natale tant désirée.
L'attachement à la patrie, au pays d'origine, est le thème essentiel de cette épopée
Une création suisse ?

En Suisse, l'expression mal du pays, correspondant à l'allemand à Heimweh, signifiant littéralement « mal du chez-soi », qui, elle-même, correspond à la nostalgie de la patrie lointaine est d'origine alémanique. Il apparaît pour la première fois en 1651, dans un recueil de textes moquants[3].
C'est également dans ce pays que le Heimweh fut défini comme phénomène médical et culturel et fut longtemps considéré comme une maladie propre à ce pays et à ces habitants, ce pourquoi on l'appelait aussi le « mal du Suisse » ou Schweizerheimweh. En 1688, le médecin mulhousien Johannes Hofer le décrivit pour la première fois dans une dissertation bâloise comme une pathologie qu'il dénommait « Nostalgie », terme qui passa ensuite dans la langue française.
Dans l'article Nostalgie, maladie du pays publié dans l'Encyclopédie d'Yverdon en 1774, Albert de Haller présente ce phénomène comme une sorte de mélancolie, « qui pouvait conduire à l'affaiblissement, à la maladie et à la mort, mais que l'espoir d'un retour pouvait guérir »[4].
Aspects psychologiques
La « dépression nostalgique »
Jusqu'au début du XXe siècle, les symptômes dépressifs liés à l'éloignement de son pays ou de sa région d'origine étaient traités médicalement. La philosophe et historienne Tiffany Watt Smith relate dans son livre Le livre des émotions humaines (the book of human emotions) le cas de soldats suisses qui durant le XVIIe siècle, alors dans l'attente de rentrer chez eux, furent « frappés de léthargie et de tristesse à l’évocation de leur pays natal ».
Jusqu’au début du XXe siècle le mal du pays dénommé plus couramment sous le vocable « nostalgie » était un terme à usage médical, utilisé pour décrire un désir intense et considéré comme « potentiellement dangereux », pour la personne hantée par ce désir de retourner dans son pays natal[5].
La « déprime de l'expatrié »
Selon Christina Gierse, rédactrice en chef d'un site sur l'expatriation, les expatriés (ou émigrés) victimes du mal du pays peuvent développer des symptômes physiques et psychologiques marqués, comme des pathologies digestives et/ou dermatologiques, des troubles de l'humeur pouvant même aller jusqu'à des crises d'angoisse, voire un état dépressif. La journaliste indique également que plus la culture du pays d'accueil est éloignée de celle de l'expatrié, plus le risque de choc culturel est grand. Le fait que la famille soit restée au pays est généralement un facteur aggravant. Afin de pallier ces difficultés, la ville de Singapour héberge une antenne téléphonique de support psychologique destinée aux expatriés et dénommée Lifeline[6].
Aspects culturels
Le « mal du pays » dans les pays non francophones
Espagne
La morriña, mot espagnol dérivé du terme galicien et portugais « morrinha », est une mélancolie que l'on ressent quand on est loin de la terre sur laquelle on est né et que les dictionnaires bilingues traduisent par les termes mal de vivre, ennui ou manque, en les liant toujours à un lieu[7]. Rosalía de Castro, poète galicienne qui quitta sa région d'origine, montra au monde le terme galicien "morriña".
Portugal
La saudade, mot portugais, souvent considéré comme équivalent du mal du pays est cependant définie par le dictionnaire français Larousse comme « sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs »[8] mais il n'y a pas de mot exact qui correspond à ce terme en français.
Pays germanophones
Le Heimat, mot allemand, ne définit pas directement le mal de vivre car il désigne le pays où l'on naît, le village où l'on a grandi, mais aussi la maison où on a passé son enfance, c'est-à-dire celle où « on est chez soi » (souvent lié à une certaine conception du bonheur et de l'attachement familial), mais il est à l'origine du terme « Heimweh » (créé en Suisse alémanique) qui, lui désigne une réelle et très forte nostalgie de son « Heimat ».
Royaume-Uni (Pays de Galles)
L'Hiraeth des gallois est, selon l'auteure britannique Lily B. Francis, « le mal du pays éprouvé pour un lieu, un moment on ne peut retourner ou un lieu qui jamais ne fut, teinté d'un profond sentiment d'incomplétude et de nostalgie. » l'Hiraet évoque donc un mélange de désir, de souvenirs embellis et de rêve de l'âge d'or[9]






