Marie Bracquemond
peintre, graveuse et céramiste française (1840-1916)
From Wikipedia, the free encyclopedia
Marie Bracquemond, née Marie Anne Caroline Quivoron le à Argenton-en-Landunvez dans le département français du Finistère et morte le à Sèvres en Seine-et-Oise, est une artiste peintre impressionniste, dessinatrice, graveuse et céramiste française.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Marie Anne Caroline Quivoron |
| Pseudonyme |
Pasquiou-Quivoron |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Conjoint |
Félix Bracquemond (à partir de ) |
| Enfant |
| Mouvement | |
|---|---|
| Maître | |
| Genre artistique | |
| Influencée par |
Essentiellement portraitiste, elle est également peintre de fleurs, natures mortes, paysages et scènes d'intérieur. Effacée depuis l'arrêt contraint de sa carrière au début des années , elle est progressivement redécouverte et considérée comme une des grandes artistes de l'impressionnisme.
Biographie
Les débuts

D'origine modeste, elle suit les cours d'Augustin Vassort à Étampes où la famille s'est installé[1], où sa mère s'est remariée, son père officier de marine étant mort peu de temps après sa naissance[2]. En 1849 naît sa demi-sœur, Louise. Elle réalise sa première toile, un cadeau d’anniversaire pour sa mère, avec des pigments qu’elle avait broyés elle-même à partir de fleurs ; un ami de la famille, impressionné par son opiniâtreté, lui offre une boîte d’aquarelles, elle peint alors des paysages de la campagne environnante[3]. Elle envoie des dessins au Salon de 1857 (elle signe alors ses œuvres du nom de sa mère, Quivoron ou Pasquiou-Quivoron)[4]. Elle est également professeur de dessin à la Ville de Paris[5], et elle supporte financièrement sa mère[1].

Recommandée à Jean-Dominique Ingres, elle devient son élève. Elle constate que le maître n'a que « peu d’estime pour les femmes artistes » : « La sévérité de Monsieur Ingres me glaçait (…) parce qu’il doutait du courage et de la persévérance des femmes dans le domaine de la peinture (…) il ne leur confiait que des peintures de fleurs, de fruits, des natures mortes, portraits ou scènes de genre »[6],[7]; elle finit par quitter son atelier. Philippe Burty déclare cependant qu'elle est la plus intelligente des élèves d'Ingres[8]
Dans les années 1860, elle approfondit sa formation auprès de Désiré François Laugée, Émile Signol et Hugues Merle. En 1867, Marie copie Rembrandt au Louvre lorsqu'elle rencontre Félix Bracquemond : c'est le coup de foudre[9] ; les deux amoureux convolent en [7] Leur fils Pierre naît l'année suivante[1]. Félix est alors un peintre déjà connu des milieux artistiques d'avant-garde, graveur et céramiste.
Avec les impressionnistes
Marie et Félix Bracquemond vont fréquenter les figures importantes de l'impressionnisme, Claude Monet, Edgar Degas, Paul Gauguin, Alfred Sisley. Marie expose en 1879 pour la première fois avec les impressionnistes. Auparavant Félix a participé à la première exposition impressionniste de 1874.
Diversifiant les médias, Marie excelle dans la peinture sur faïence, et à l'Exposition universelle de 1878, elle présente un grand panneau en carreaux de céramique d'environ 3 × 7 m sur le thème des Muses des arts et des Lettres, réalisé pour le manufacturier Charles Haviland. Remarquée par Edgar Degas[10],[11], cette œuvre a disparu.
Elle participe en 1879 à la quatrième exposition du groupe impressionniste avec un plat de céramique, et les cartons préparatoires qui ont servi à la fabrication du panneau de faïence Haviland. À la huitième et dernière exposition impressionniste de 1886, elle envoie Portrait d'un jeune homme (Pierre Bracquemond dessinant un bouquet de fleurs), Portrait de Félix Bracquemond, Les Joueuses de jacquet et des aquarelles : La Cueilleuse de pommes, Le Jardin et Jeunes filles[10]. Très amie avec Édouard Manet, elle lui tiendra compagnie dans ses derniers jours. Elle admire Claude Monet et est aussi très liée avec le couple Sisley[7], qui lui sert de modèle pour le tableau En bateau (1880) et avec sa compagne, Sisley pose Sous la lampe. La demi-sœur de Marie, Louise est son modèle favori.
Elle produit également des eaux-fortes de qualité et en expose cinq lors de la deuxième exposition de la Société des peintres-graveurs français à la galerie Durand-Ruel en 1890; son Autoportrait gravé est particulièrement remarqué par Henri Beraldi, écrivain spécialiste des estampes[5].
La relation artistique de Marie Bracquemond avec son mari n'était pas équilibrée, car celui-ci était son professeur[12]
Au début des années 1890, cependant, elle interrompt sa carrière publique. Sa santé fragile mais surtout l'incompréhension autoritaire de son mari pour la liberté créatrice de son œuvre seraient en cause[7],[2]. En fait Félix, d'après les souvenirs publiés de son fils Pierre, se montrait amer et jaloux des œuvres de sa femme[13]. Et c'était toujours lui-même qui les montrait à ses amis, et lorsqu'il félicitait Marie, c'était toujours en privé[13]. Il arriverait à Félix Bracquemond de cacher les tableaux de sa femme lors de visites…[réf. souhaitée]. En 1893, lors de sa dernière exposition, elle présente deux estampes au sein du Woman’s Building de l’Exposition universelle de Chicago. Elle ne pratique ensuite la peinture et l’aquarelle que dans un cadre privé[5].

Elle repose au côté de son époux à Sèvres au cimetière des Bruyères (tombe no 47).
Œuvre
Initialement influencée par Ingres, notamment dans le portrait qu'elle fait de son fils en 1878[7], son style se personnalise avec des couleurs claires et des variations dans les tons de blanc comme dans son Portrait de femme présenté à la cinquième exposition impressionniste. Ses portraits exploitent les variations de couleurs, et sont décrits en 1893 par Gustave Geffroy : « Il y a une parenté avec la peinture du siècle dernier, une continuation d'art sans imitation dans l'ajouté d'un sentiment très vif de la modernité d'une originalité rapide et franche[14] ». Très amie avec Édouard Manet, elle reproduit son style dans certaines de ses natures mortes (Les Crevettes, 1887) ou des vues de jardin (L'Allée). Ses œuvres ont également pour sujet le paysage de Sèvres ou les coteaux de Bellevue.
Postérité
Effacée dans sa carrière publique à partir de 1890[7] (elle bénéficiera d'une exposition rétrospective à la galerie Bernheim en 1919) elle est alors considérée par le critique d'art Gustave Geffroy, comme une des trois « grandes dames » de l'impressionnisme avec Berthe Morisot et Mary Cassatt[15] Geoffroy a écrit dans La Vie artistique dès 1894 dans un chapitre consacré à Marie : « Mlle Berthe Morisot, Miss Mary Cassat, Mme Marie Bracquemond prouvèrent à nouveau le pouvoir de l'assimilation féminine, en même temps qu'une délicate et personnelle compréhension. »[16]Cependant ne jouissant pas de la même liberté que ces dernières, l'épouse de Félix Bracquemond n'a sûrement pas pu exprimer l'étendue de son talent.
En 1934, le Salon des Femmes Artistes Modernes organise une rétrospective d’œuvres de Marie Bracquemond et de Camille Claudel[2].
Longtemps reléguée dans l'ombre de son mari Félix Bracquemond[17], elle est redécouverte dans des expositions consacrées aux femmes peintres au début du XXIe siècle[18],[19]: en 2008 une exposition à Francfort à la Schirn Kunstalle Frankfurt montre plus de 40 de ses œuvres, et c'est sans doute le rassemblement le plus significatif depuis 1919. En 2019, le musée d’Orsay expose des dessins et aquarelles de Marie Bracquemond dans le cadre de l'exposition « Femmes, art et pouvoir »[5].
Aujourd'hui, la critique adjoint à ces trois « dames de l'impressionnisme » (Gustave Geoffroy et Henri Focillon) une quatrième : Eva Gonzalès.
Une grande partie des œuvres de Marie Bracquemond, dispersée lors de ventes récentes[20], est en mains privées.
Œuvres dans les collections publiques
- États-Unis
- Williamstown, Clark Art Institute : Les Joueuses de jacquet, 1870-1875.
- France
- Montpellier, musée Fabre: Pierre peignant des fleurs, 1887.
- Mougins, Femmes artistes du musée de Mougins: Autoportrait de l'artiste dans un fauteuil en compagnie de Bob son bouledogue français, 1892.
- Paris :
- département des arts graphiques du musée du Louvre : fonds de dessins.
- musée d'Orsay :
- Trois Femmes aux ombrelles, huile sur toile ;
- La Dame en blanc, huile sur toile.
- Petit Palais : Le Goûter (Portrait de Louise Quivoron), vers 1880.
- Rouen, musée des Beaux-Arts :
- Autoportrait, vers 1870 ;
- Portrait de Pierre Bracquemond enfant, 1878.
- Suisse
- Genève, Petit Palais :
- Sur la terrasse à Sèvres, 1880 ;
- Vase, entre 1872 et 1881, terre cuite émaillée.
- Genève, Petit Palais :
Hommage
Une rue porte son nom dans le quartier de Château-Malo à Saint-Malo, et également à Thouaré-sur-Loire.
Galerie
- Œuvres de Marie Bracquemond
- Vase (entre 1872 et 1881), Genève, Petit Palais.
- Autoportrait présumé, eau-forte.
- Sous la lampe (1877), Chicago, Galleries Maurice Sternberg (en) Français : Sisley et sa femme dînant chez les Braquemond à Sèvres.
- Œuvres attribuées à Marie Bracquemond
- Femme à l'ombrelle (1880), localisation inconnue. Étude à l'aquarelle pour les Trois Femmes aux ombrelles.
- Pierre et sa tante Louise dans le jardin (1886), localisation inconnue.