Maître du Cardinal de Bourbon

From Wikipedia, the free encyclopedia

Période d'activité
Activité
Lieux de travail
Maître du Cardinal de Bourbon
Période d'activité
Activité
Maître
Lieux de travail
Mécène
Influencé par

Le Maître du Cardinal de Bourbon est un maître anonyme enlumineur actif en France entre 1470 et 1500. Son nom a été inspiré par le manuscrit évoquant la vie et les miracles de saint Louis enluminé à l'attention de Charles II de Bourbon, cardinal et archevêque de Lyon. Sa carrière reste très mal connue et repose en grande partie sur des hypothèses. D'origine flamande, il est formé dans l'orbite du groupe du Maître de Marguerite d'York dans la région de Bruges. Peut-être passé par Rouen dans les années 1470, il est installé à Paris à partir des années 1480, où il enlumine un grand nombre de manuscrits destinés à des proches du roi Louis XI. Il a été proposé de l'identifier à Guérard Louf, peintre et sculpteur d'Utrecht installé à Rouen, mais cette identification a depuis été remise en cause.

Son style est marqué par des encadrements de miniatures imitant l'architecture gothique, des personnages au physique marqué et au visage expressif, le goût des détails notamment vestimentaires et un souci de réalisme parfois sanglant, typique de l'enluminure flamande de son époque. Il utilise d'autre part des mises en scène complexes mêlant plusieurs perspectives dans une même image et compartimentant les miniatures, le tout mis en valeur par des couleurs chatoyantes. Ainsi, son style s'inspire à la fois de l'enluminure des Pays-Bas et de celle de Paris. Toutefois, il se montre original dans ses ouvrages majeurs, tels La vie de saint Louis ou la chronique du siège de Rhodes dans lesquels il développe des cycles iconographiques qui lui sont propres.

Au total, seize livres d'heures et dix autres manuscrits lui sont attribués entièrement ou partiellement. Il pourrait aussi avoir réalisé des modèles pour des gravures, de la peinture sur panneau et des peintures murales mais sans qu'aucune œuvre ne soit attestée de sa main.

Page entièrement enluminé avec une grande scène au-dessus du texte et une petite en-dessous.
Le cardinal de Bourbon recevant l'ouvrage sur la vie de saint Louis et le remettant à une duchesse de Bourbon en bas, f.3r.

Le style de cet enlumineur est étudié dès 1935 dans une monographie consacrée à l'un de ses livres d'heures, les heures à l'usage de Mâcon de la collection Siraudin, mais aucun rapprochement n'est fait avec ses autres travaux[1]. Il faut attendre 1982 pour que l'historien de l'art américain John Plummer établisse une liste de quatre ouvrages de sa main, dont les heures Siraudin et un pontifical conservé à la Morgan Library and Museum de New York. Il localise alors son activité en Bourgogne[2]. À l'occasion de la publication d'un ouvrage consacré au Livre des faiz monseigneur saint Loys en 1990[3], François Avril lui attribue un nom de convention, le « Maître du Cardinal de Bourbon », en référence à Charles II de Bourbon, archevêque de Lyon et cardinal, commanditaire de cet ouvrage. L'historien français le situe alors plutôt à Paris et en profite pour ajouter trois autres livres d'heures à la liste des œuvres de l'artiste. Il complète le corpus de deux nouveaux manuscrits en 1993[4]. Enfin, Isabelle Delaunay, dans sa thèse soutenue en 2000, complète encore le corpus avec l'aide de François Avril et le rapproche de différentes gravures. Elle propose une identification et sa localisation à Rouen[5]. En 2010, Yolande Fouquet-Réhault soutient une thèse sur le maître anonyme permettant d'en préciser le style, les influences et les commanditaires[6]. Dans le cadre de sa thèse d'histoire de l'art soutenue en 2015 au sujet du libraire parisien Antoine Vérard, Louis-Gabriel Bonicoli prolonge les conclusions de Delaunay concernant les gravures associées au Maître ou à son atelier et propose de nouvelles attribution dans ce sens (le corpus ainsi constitué s'élève à 868 matrices, réalisées entre 1485 et 1497)[7].

Éléments biographiques

Une origine flamande

Le style des miniatures du Maître du Cardinal de Bourbon a été rapproché de l'enluminure flamande du XVe siècle et plus spécifiquement du style du Maître de Marguerite d'York. Plusieurs détails des miniatures du maître rappellent en effet des éléments propres à cet artiste ou à ses collaborateurs, et particulièrement le Maître du Jardin de vertueuse consolation ou encore le Maître du Fitzwilliam 268 dont il copie des motifs. De ce dernier, par exemple, il emprunte directement d'un livre d'heures à l'usage de Rouen de la collection de René Héron de Villefosse, la draperie de Marie-Madeleine au pied de la croix, reprise dans les Heures Le Clerc et le David en prière pour les heures de la librairie Tenschert[8]. Comme eux, il fait preuve d'un goût pour les détails et l'anecdote, les paysages soignés. Tous ces éléments semblent indiquer que le maître pourrait avoir une origine brugeoise[9].

Lieux d'activité et commanditaires

Homme en costume rouge et blanc de cardinal, les mains jointes en prière.
Portrait du cardinal Charles de Bourbon, par Jean Hey, Gemäldegalerie (Berlin).
Homme tonsuré les mains jointes, vêtu d'une grande cape rouge doublée de blanc, une croix sur la poitrine.
Pierre d'Aubusson, détail de la Vierge de la victoire de Giovanni Barbagelata, Gênes.

Isabelle Delaunay a émis l'hypothèse que l'artiste serait venu en France par Rouen dans les années 1470[8]. À cette époque, les liens entre la capitale normande et les Flandres sont étroits et des édiles rouennais font appel à plusieurs reprises à des artistes du nord pour décorer des manuscrits. C'est le cas de Louis, bâtard de Bourbon, lieutenant général de Normandie et amiral de France qui commande un manuscrit sur la vie d'Alexandre aujourd'hui à la Bibliothèque nationale autrichienne et dans lequel Delaunay croit y voir notamment la main du maître. À l'inverse, des liens existent entre des commanditaires flamands et des artistes installés dans la région normande. Ainsi, Louis de Gruuthuse, prince et bibliophile brugeois, passe des commandes d'enluminures à Rouen, en particulier une miniature pour un manuscrit du Livre des tournois. Ces attributions ne font cependant pas l'unanimité et le passage par Rouen est mis en doute par plusieurs historiens de l'art[10].

Plus sûre est l'installation de l'artiste à Paris, pôle artistique incontournable à l'époque où une clientèle de toute la moitié nord de la France n'hésite pas à venir passer commande de livres. De nombreux artistes originaires de Flandre, et notamment des enlumineurs, s'y sont alors installés. Outre le Maître de Boucicaut et les Frères de Limbourg au début du XVe siècle, André d'Ypres et ses fils, figures incontournables de la place artistique parisienne à l'époque du Maître, sont eux aussi originaires des Pays-Bas. Le Maître du Cardinal de Bourbon se trouve sans doute à Paris dans les années 1480 et il intègre dans son style des éléments typiques de l'enluminure locale comme la mise en page cloisonnée des miniatures, par exemple remarquée chez Maître François. Plusieurs membres de l'entourage de Louis XI lui passent commande d'enluminures de manuscrits : outre Louis bâtard de Bourbon déjà cité, Antoine de Chourses, conseiller et chambellan du roi, lui commande au moins trois ouvrages avec sa femme Catherine de Coëtivy. Pierre Le Clerc, vraisemblable commanditaire du livre d'heures qui porte son nom, possède le même titre de conseiller du roi. Charles II de Bourbon, le cardinal qui a donné son nom au maître anonyme et commanditaire des miniatures d'une vie de saint Louis, est aussi un conseiller et principal négociateur diplomatique. Enfin, proche du souverain, se trouve Pierre d'Aubusson, grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et commanditaire d'une chronique sur le siège de Rhodes. Tous ces personnages n'habitent pas Paris, mais à plusieurs reprises, ils viennent y commander des œuvres d'art[11].

Enfin, Isabelle Delaunay avance l'idée que l'artiste est sans doute passé par Amiens vers 1489-1490[8], où il a enluminé pour Pierre Versé, l'évêque de la ville à cette époque, un livre d'heures et peut-être un pontifical. Isabelle Delaunay lui attribue aussi et surtout les peintures du tombeau de Ferry de Beauvoir, alors réalisé dans le chœur de la cathédrale d'Amiens. Cette dernière hypothèse ne fait cependant pas l'unanimité, car le maître anonyme pourrait tout aussi bien s'être déplacé à Amiens de manière temporaire[10].

Son identification

Isabelle Delaunay a avancé l'hypothèse que le maître puisse s'identifier à un artiste repéré dans les archives de Rouen, un certain Guérard Louf ou Gérard Loef, peintre et sculpteur originaire d'Utrecht arrivé dans la ville sans doute pour travailler sur le chantier de la cathédrale Notre-Dame. De fait, dès 1465, le chapitre de la cathédrale a fait appel à des artisans venus de Flandre et des Pays-Bas et, selon un document daté de 1472, Guérard Louf, résidant dans la capitale entre 1466 et 1475, a fondé une chapelle dans le cimetière de l'hôtel-Dieu de la ville où il a installé une confrérie des trépassés, constituée de peintres et de sculpteurs venus du nord[12].

Pour autant, cette identification ne fait pas l'unanimité, les sources semblant indiquer que l'artiste s'est définitivement installé à Rouen, alors que les manuscrits qui lui sont attribués montrent qu'il a quitté la ville dès 1480[13]. De plus, les recherches de Caroline Blondeau sur le milieu artistique rouennais de la seconde moitié du XVe siècle ont permis de déterminer que ce Guérard Louf est mort peu après 1478, ce qui invaliderait l'hypothèse d'Isabelle Delaunay[14].

Caractéristiques de son style

Plusieurs éléments permettent de distinguer les miniatures du Maître du Cardinal de Bourbon de celles des autres artistes de son époque. Par exemple, il a pour habitude d'utiliser très fréquemment autour de ses miniatures des bordures architecturales empruntant au gothique flamboyant, de représenter aussi des colonnes imitant le marbre et les ornements réticulés, c'est-à-dire prenant la forme d'une dentelle généralement de couleur or. De plus, il insère à plusieurs reprises des dessins dans les encadrements, en général de statues représentant des personnages ayant un lien symbolique avec l'épisode représenté, et adopte ponctuellement un cadre imitant l'orfèvrerie, avec des pierres précieuses et des perles. Cet usage est réservé aux miniatures représentant un sujet qui doit être particulièrement mis en avant dans l'ouvrage, comme dans les épisodes les plus importants de la Vie de saint Louis[15].

La composition des miniatures participe à déterminer son style : ainsi, l'architecture des bâtiments compartimente les différentes scènes représentées. Ce procédé inventé par Maître François se retrouve fréquemment dans plusieurs de ses manuscrits comme dans la Vie de saint Louis, les heures de Mâcon ou encore la Geste de Rhodes. Il lui arrive aussi d'isoler certaines scènes par le biais d'un décor, par exemple un rocher en forme de pain de sucre, voire d'élaborer des mises en scène complexes à l'aide de perspectives variées comme des lignes de fuite multiples dans une même scène, des plans parallèles, ou, quand cela s'avère nécessaire, des plans rapprochés et coupés[16].

Le maître représente deux types de personnages caractéristiques : des silhouettes élancées, réservées le plus souvent aux jeunes ou aux militaires, et les silhouettes plus rondes et mieux proportionnées, réservées aux ecclésiastiques et écrivains. Leurs visages sont souvent expressifs mais rarement individualisés, comme c'est encore souvent le cas dans l'enluminure de l'époque. Il est néanmoins capable de peindre de véritables portraits réalistes pour les personnages les plus importants comme les commanditaires des manuscrits ou leur entourage. Tel le cas du cardinal de Bourbon et de certaines personnes de l'assemblée dans la Vie de saint Louis ou de Pierre d'Aubusson et de ses proches conseillers dans la Geste de Rhodes. D'autres portraits peuvent être individualisés, par exemple une Vierge, une amazone, un évêque[17].

La dernière caractéristique du maître est son souci du réalisme et du détail, que l'on retrouve chez les Primitifs flamands. Ainsi, il accorde un soin particulier à la représentation des animaux, des instruments de musique, des différents métiers et de leurs outils. Ce réalisme est parfois poussé jusqu'à l'outrance dans les scènes violentes de guerre ou de meurtre, qu'elles concernent les batailles de saint Louis ou le siège de Rhodes. Le souci du détail se retrouve également dans les vêtements des personnages, notamment les costumes liturgiques, qui permettent de distinguer aisément le rôle de chacun. Les coiffures font elles aussi l'objet d'un soin spécifique. Les coloris de ces miniatures sont particulièrement riches, avec de l'or pour réaliser les reliefs et les modelés et l'alternance de couleurs chaudes et froides. Cette pratique tranche foncièrement avec les couleurs pâles en vigueur dans l'enluminure parisienne de l'époque. L'usage des couleurs est bien maîtrisé et le peintre les applique sur la page par touches successives, technique semblant indiquer qu'il a pu réaliser aussi bien des tableaux que des enluminures[18].

Œuvre

Voir aussi

Notes et références

Related Articles

Wikiwand AI