Monument à Jean-François Champollion
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2,4 m |
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0,8 m |
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Le monument à Jean-François Champollion est une statue en marbre érigée en 1875 par le sculpteur français Auguste Bartholdi.
Une première version de cette sculpture dédiée à Jean-François Champollion (1790-1832), père de l’égyptologie et déchiffreur des hiéroglyphes, fut exécutée en plâtre en 1867 pour l’Exposition universelle de Paris.
La version finale, en marbre, est présentée au Salon de 1875 et acquise par le ministère des Beaux-Arts avant d'être placée au Collège de France où elle demeure pendant cent cinquante ans, jusqu'en 2026.
En 2026, l’œuvre qui relève désormais de la collection historique du Centre national des arts plastiques est placée en dépôt au musée Camille-Claudel de Nogent-sur-Seine (Aube).
Cette œuvre est tout à la fois un hommage à Jean-François Champollion, au déchiffrement des hiéroglyphes mais surtout à l’Égypte et aux Égyptiens, passion commune du sculpteur et du sculpté[1].
Initialement destinée à Figeac, ville natale de Jean-François Champollion, la statue fut finalement acquise par l’État et installée, au début du xxe siècle, dans la cour d’honneur du site Marcelin-Berthelot du Collège de France à Paris.
Abîmée, elle est retirée le et doit rejoindre le musée Camille-Claudel de Nogent-sur-Seine[2].
Historique

Genèse et création (1865-1875)
Un hommage à Champollion
En , Auguste Bartholdi se rend à Figeac où il rencontre le maire Eugène Guary auquel il fait part de son projet de monument à Champollion. Fasciné par l’Égypte (qu’il a découverte dix ans plus tôt lors d’un voyage en 1855-1856) et fervent admirateur de Jean-François Champollion, ce projet se veut un hommage à la mémoire de l'homme qui déchiffra les hiéroglyphes.
En , le conseil municipal de Figeac évoque l’offre de Bartholdi d’une statue en bronze de Champollion, le sculpteur donnant son travail et ne demandant que le paiement du bronze et de la construction.
La municipalité de Figeac accueille avec un vif intérêt cette proposition et une commission de notables, chargée d’étudier les moyens d’arriver à la réalisation de l’œuvre projetée, est nommée.
Le rapport de la commission pour l’érection d’une statue à la mémoire de Champollion est rendu le . Il y est fait mémoire de l’obélisque élevé en 1835 à Figeac (place de la Raison) qui ne répond plus « d’une manière satisfaisante à l’illustration toujours croissante que les découvertes et la grande renommée de Champollion ont répandue sur sa ville natale, sur le département et la France entière »[1].
La commission et le conseil municipal approuvent la réalisation par Bartholdi d’une statue destinée à la place principale de Figeac.
Une souscription publique est ouverte. Un comité pour la souscription est alors organisé à Paris, dirigé par Aimé Champollion, fils de Jacques-Joseph Champollion-Figeac, avec la participation de Ferdinand de Lesseps, du vice-amiral Edmond Jurien de La Gravière et de l'égyptologue Emmanuel de Rougé[3].
En , les deux premiers modèles en terre sont prêts dans l’atelier de Bartholdi.
L’Exposition universelle de 1867 à Paris
Le sculpteur propose d’exposer la sculpture à l’Exposition universelle de 1867 à Paris. En raison des délais, il exécute un modèle en plâtre permettant de recueillir les fonds nécessaires à la réalisation du bronze.
La statue de 2,40 mètres est visible dans l’atelier de Bartholdi, située rue Vavin à Paris, dès le mois de .
L’Exposition universelle s’ouvre à Paris le et la statue en plâtre est exposée sur le Champ-de-Mars dans le « Parc égyptien » aménagé par Auguste Mariette, commissaire général pour l’Égypte à l’Exposition universelle, devant une reconstitution du temple d’Edfou.
Malgré l’enthousiasme du khédive Ismaïl Pacha pour ce projet et une participation financière du gouvernement égyptien en 1867, la souscription lancée n'atteint pas la somme nécessaire. Le projet de bronze est abandonné.
Le Salon de 1875
Quelques années plus tard, en 1873, Bartholdi sollicite et obtient le bloc de marbre blanc nécessaire à l'exécution en un matériau définitif de la part de Charles Blanc, directeur de l'Académie des beaux-arts.
Il réalise alors une seconde sculpture en plâtre, datée à tort de 1867, qui est celle ayant servi de modèle à la version finale en marbre.
La statue en marbre est finalement exécutée puis présentée en 1875, hors concours, au Salon de peinture et de sculpture (n°2861) dans l'espoir d'attirer des souscripteurs pour réaliser le bronze.
Acquisition et installation au Collège de France (1875-1878)

L’œuvre est acquise en 1875 par le ministère des Beaux-Arts (pour 9 000 F) et déposée au Collège de France, à Paris. Elle y rappelle que le Collège de France a créé, en 1831, pour Jean-François Champollion, la première chaire d’égyptologie en France.
Le projet de bronze est définitivement abandonné par Bartholdi.
En , une commission composée de professeurs du Collège de France est chargée de déterminer son emplacement[4]. Les frais pour l’installation de la statue sont engagés en 1877 et l'assemblée des professeurs s’interroge sur l’inscription à ajouter sur son piédestal, évoquant l’installation prochaine de la statue dans le vestibule du Collège[5].
Le monument est inauguré en 1878, en présence de personnalités politiques, universitaires et artistiques, par l’administrateur de l'établissement Édouard Laboulaye, qui eut l’idée de la Statue de la Liberté, réalisée aussi par Bartholdi.
L'œuvre est d'abord exposée dans le vestibule qui précède la salle des Langues, avant d'être déplacée à l’extérieur, dans la cour d'honneur en 1907. Elle y occupe par la suite une place centrale[5].
Restaurations et déplacement au musée Camille-Claudel (1999-2026)
La statue fait l’objet d'une première restauration en 1999. Puis, deux nouvelles restaurations sont entreprises entre 2018 et 2020. Malgré ces interventions successives, la dégradation de la statue se poursuit du fait de la porosité du marbre dans lequel elle est taillée, de la pollution et des conditions climatiques[5].
En , le Collège de France annonce que la statue va quitter l’institution parisienne qui l'accueillait depuis près de 150 ans[6]. Exposée aux intempéries et fortement altérée malgré plusieurs restaurations, la statue doit rejoindre un espace couvert et protégé.
La ville de Nogent-sur-Seine (Aube) s’est portée candidate pour accueillir la statue au sein du musée Camille-Claudel, consacré à la sculpture du xixe siècle et aux monuments publics de la Troisième République.
L’enlèvement de la statue, préalable à des opérations d’entretien et de restauration, a lieu le [2].
Cette statue emblématique ne quittera pas complètement la cour d’honneur du Collège de France : elle y sera remplacée par une épreuve en résine, produite par l’atelier Prométhée à partir d’un moule réalisé par l’atelier de chalcographie de la Réunion des musées nationaux. L’épreuve doit être installée au centre de la cour d’honneur au mois de .
Description
Haute de 2,40 m et pesant deux tonnes, il s'agit d'une statue monumentale en pied comportant un socle rectangulaire.
Elle représente l'égyptologue français Jean-François Champollion debout, le buste penché en avant, le pied gauche posé sur une demi-tête coiffée d'un Némès surmonté d'un uræus (attribut du pouvoir royal dans l'Égypte antique). Il appuie son menton sur sa main gauche gauche posé sur la cuisse, le visage vers le sol, dans une attitude méditative, tandis que sa main droite retient des rouleaux de papyrus. Le savant, vêtu d’un costume avec redingote et d’un burnous, poursuit ses réflexions face au mystère que représente le déchiffrage des hiéroglyphes.
La statue, en ronde-bosse, porte les inscriptions suivantes :
Sources d'inspiration


Le thème de la méditation devant les ruines des civilisations disparues
Cette représentation s'inspire du thème de la méditation devant les ruines des civilisations disparues, un thème que l'on retrouve notamment chez le penseur orientaliste Volney dans Les Ruines en 1791, ouvrage dans lequel l'auteur se met en scène au milieu des vestiges de la cité antique de Palmyre :
« Je m'assis sur le tronc d'une colonne, et là, le coude appuyé sur le genou, la tête soutenue par la main, tantôt portant mes regards sur le désert, tantôt les fixant sur les ruines, je m'abandonnais à une rêverie profonde. »[7]
— Volney, Les Ruines, ou Méditation sur les révolutions des empires
Il a également été noté la similitude entre l’attitude du Champollion de Bartholdi et celle de la statue Marius debout sur les ruines de Carthage réalisée en 1857 par Nicolas-Victor Vilain[5].
Le mythe grec d’Œdipe, vainqueur de la sphinge
Dans une lettre au maire de Figeac, datée du , Bartholdi dit s'être inspiré du mythe grec d’Œdipe, vainqueur de la sphinge, monstre à corps de lion et à tête humaine qui terrorisait la région de Thèbes en dévorant quiconque ne pouvait trouver la réponse aux énigmes qu’il posait. Le sculpteur s'est plus particulièrement inspiré d'une représentation picturale de ce mythe réalisée par Jean-Auguste-Dominique Ingres. Le peintre français a en réalité représenté à deux reprises ce thème, une première fois en 1808 et la seconde en 1864, trois ans avant l’Exposition universelle. Les deux toiles se trouvent à Paris à l’époque où Bartholdi conçoit sa sculpture. Ce dernier explique dans sa correspondance la signification de cette œuvre majeure : « J’ai voulu rendre Champollion comme Œdipe arrachant au Sphinx son secret »[1].
Amalgamant la sphinge grecque au sphinx égyptien, Bartholdi assimile Champollion à Œdipe et le déchiffrage des hiéroglyphes remplace l'énigme de la sphinge. Il représente ainsi Jean-François Champollion le pied gauche posé sur une demi-tête de Sphinx symbolisant l’Égypte antique. On retrouve un parallèle humoristique dans le tableau parodique de Jules Chevrier François Chabas et le Sphinx (1858) qui représente l'égyptologue François Chabas tenant un livre de Champollion.
Mais contrairement à cette tradition, Bartholdi ne représente pas les deux protagonistes face à face. Ne disposant que d’un bloc, il dut travailler sur un axe vertical qui met le savant dans une position dominante[8].
Réception
À sa création
La presse de l’époque voit dans cette représentation un hommage à Champollion et à la civilisation égyptienne : la méditation profonde est celle du savant face aux mystères des hiéroglyphes ; la tête de sphinx est le résultat de l’énigme résolue par Œdipe ; la courbure du corps de Champollion marque l’humilité du grand homme face à la fascinante civilisation égyptienne. Au-delà, cette sculpture constitue une allégorie de la volonté de savoir et d'une certain universalisme.
L’une des plus belles critiques est donnée par un auteur anonyme dans l’édition du du Journal illustré :
« Elle est conçue dans un sentiment aussi juste qu’original, qui attire et retient l’attention. Il est impossible de rendre avec une vérité plus saisissante la méditation profonde du savant, arrêté devant le mystère vainement interrogé avant lui, et que son génie va dévoiler. Le regard attaché sur cette tête du sphinx, où se mêlent d’une façon si étrange la gravité sévère et je ne sais quelle finesse railleuse qui semble un défi à l’intelligence humaine, Champollion suit en lui-même l’éveil d’une pensée au fond de laquelle la vérité commence à se faire jour ; et son pied posé sur ce témoin muet du passé, dont il a juré de faire parler le silence, est déjà le signe du triomphe. La tête du savant est pleine de noblesse et d’une expression particulière : ce n’est pas l’effort pénible d’une pensée inquiète ; c’est la lutte patiente du génie qui a conscience de sa force et qui sait qu’il vaincra. [...] Oubliez le nom de Champollion ; oubliez l’histoire de cette vie consacrée dès l’enfance au labeur dévorant de la science et tranchée, comme tant d’existences glorieuses, à l’heure de la moisson, vous aurez encore devant vous, dans cette figure repliée sur elle-même et qui parle au premier regard, une image éternellement vivante : c’est l’homme, l’homme de tous les temps, avec sa soif de connaître, avec sa grande et fière curiosité, avec cet instinct secret qui l’avertit de sa puissance, et qui arme sa volonté contre les mystères les plus impénétrables. C’est encore une fois, et rajeunie par une forme nouvelle, la pensée que la Grèce, avec son génie à la fois si profond et si poétique, avait cachée dans ce mythe populaire d’Œdipe, où un grand maître enlevé hier, Ingres, trouva jadis une de ses plus belles inspirations, et vers lequel nous reporte naturellement l’œuvre, très-réelle par un côté, et par un autre idéale, épique, pour ainsi dire, que la ville de Figeac devra au ciseau de M. Bartholdi. »[9]
— Anonyme, Le Journal illustré (n°185)
Lors de la présentation de la statue en marbre au Salon de 1875, l'accueil est dans l'ensemble élogieux même si quelques voix dissonantes se font entendre. L'écrivain et journaliste Mario Proth livre ainsi son opinion :
« Une bonne statue est celle de Champollion par M. Bartholdy. Point d'inutiles draperies. Le costume de l'époque prête assez à la statuaire. La tête est belle. Le savant médite debout, la tête sur la main, le coude sur le genou, le pied posé sur une énorme tête de sphynx, dans une attitude naturelle et familière qui éloigne tout reproche d'ostentation ou de vulgarité. »[10]
— Mario Proth, Voyage au pays des peintres : salon de 1875
Certains se montrent toutefois dubitatifs. Le Journal satirique s’emploie à décrire l’inconfort de la posture dans laquelle a été représenté Champollion. Le critique d'art Jules-Antoine Castagnary y voit quant à lui « la figure avantageuse d’une courge qu’on aurait redressée ».
Au XXIe siècle
Longtemps restée dans l'indifférence, la statue fait l'objet de critiques récurrentes depuis le milieu des années 2000.
Parmi les premiers, l'historien et traducteur Anouar Louca écrit, en 2006, dans son ouvrage sur « l’autre Égypte », :
« On ne saurait plus littéralement se placer au ras du sol. L’humilité du savant qui a déchiffré les hiéroglyphes, qui a levé par sa main le voile tombé sur l’histoire de l’humanité depuis mille cinq cents ans, contraste étrangement en Égypte avec les lauriers dont l’Europe venait de le couronner. Mais cet esprit de quête, qui définit Champollion, a déserté sa statue du Collège de France. »[11]
— Anouar Louca, L’autre Égypte : de Bonaparte à Taha Hussein
Déjà en 1988, il écrivait :
« Le voilà le grand homme, chez lui, un Occidental vigoureux d'un galbe parfait engoncé dans sa redingote, un académicien mondain sortant sans doute d'un salon de la capitale. Son élégance ne l'empêche cependant pas de perpétrer un geste agressif : il pose son pied gauche sur la tête d'un pharaon. Ainsi campé, penché de haut, le menton soutenu par son poing fermé le coude butant contre son genou plié, il réfléchit et fait réfléchir. Prend-il contact par ce pied avec un monde souterrain ? Cherche-t-il, au-delà des siècles, un point d'appui sur le cerveau même d'un règne décapité ? Ou bien se plaît-il à écraser définitivement un adversaire qu'il a vaincu ? L'équilibre plastique du personnage exclut ici toute ambivalence. Alors qu’éclate le paradoxe de sa posture, au lieu de se montrer suspendu aux lèvres des pharaons à l'écoute de leur moindres accents, ce penseur guindé doublé d'un athlète se dresse sur son socle dans toute sa supériorité d'un bourgeois conquérant. »[12]
— Anouar Louca, Rivages et déserts. Hommage à Jacques Berque
Ces critiques prennent de l'ampleur au cours des années 2010 dans le sillage du mouvement « Black Lives Matter ». De nombreuses voix, principalement issues d’Égypte et d’Amérique du Nord, dans un contexte grandissant de déboulonnage de statues, s'offusquent du geste perpétré par Champollion dans cette œuvre[13],[14].

Dans sa leçon inaugurale au Collège de France prononcée le , l'historienne de l'art Bénédicte Savoy fait, par exemple, part de sa stupeur et de son effroi à la vue de cette œuvre de marbre, témoignage « de l’alliance entre idéologie et esthétique » sous la Troisième République. Dans sa description, l’historienne de l’art s’arrête sur un élément : « le pied botté du savant sur la tête sacrée du pharaon… »[15] qu'elle interprète comme un symbole de la colonisation et de la domination de la civilisation européenne. Elle s'interroge néanmoins sur la signification de cette œuvre :
« Qu’a voulu dire Bartholdi ? Je l’ignore. Ce qui est certain, c’est que la statue de Champollion en dit plus sur l’histoire des patrimoines en Europe que n’importe quel livre, n’importe quel cours et n’importe quelle leçon inaugurale sur la question. »[16]
— Bénédicte Savoy, Objets du désir, désir d’objets
Cette interprétation, considérée comme hâtive, anachronique et téléologique, est discutée par certains qui rappellent notamment que la création du modèle en plâtre, ayant servi à l'exécution de la sculpture en marbre, remonte au Second Empire, et non à la Troisième République[17]. Il ne s’agit pas non plus d’une « commande publique », comme le laisse entendre Bénédicte Savoy, mais d'une initiative de Bartholdi lui-même, initialement destinée à Figeac, ville natale de Champollion. L'historien Robert Belot considère pour sa part que cette façon de voir relève d'une mésinterprétation dont est victime la statue de Champollion[14]. Il rappelle que Bénédicte Savoy est la co-autrice du rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain et interprète cette controverse comme révélateur de « la difficulté qu’il y a à aborder scientifiquement et de manière dépassionnée l’enjeu de la revendication de la restitution des biens culturels auquel l’Europe est actuellement confrontée ».
Face à ces attaques répétées qu'il juge « infondées et non argumentées », le chercheur Julien Auber de Lapierre entreprend de recontextualiser l'œuvre à l'occasion de l'exposition « Champollion 1822. Et l’Égypte ancienne retrouva la parole » organisée au Collège de France pour le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes[1]. Dénonçant un « abus de la mémoire », il livre alors une étude sur les conditions de création de cette sculpture et les intentions de son auteur et de ses commanditaires :
« L’intention du sculpteur est parfaitement limpide et comprise de ses contemporains ; le Champollion de Bartholdi n’est pas l’expression d’une victoire arrogante – l’attitude courbée du corps le montre d’ailleurs fort bien – mais l’image du héros qui ravit au sphinx son secret. »
— Julien Auber de Lapierre
Entre le et le , l'œuvre fait l'objet d'une exposition au musée Camille-Claudel de Nogent-sur-Seine (où elle est déposée), intitulée « Bartholdi, Champollion et le sphinx - monuments publics en débat ».
Œuvres en rapport
Le modèle en plâtre de 1873 est conservé à Grenoble (Isère) de même que deux copies modernes (1997 et 2014).
Plusieurs maquettes (en terre cuite et en plâtre) et dessins du monument sont également conservés au musée Bartholdi de Colmar (Haut-Rhin).
Esquisses en terre cuite (1866)
Deux esquisses en terre cuite d’une dizaine de centimètres de hauteur et achevées en sont conservées au musée Bartholdi à Colmar (Haut-Rhin)[1].
La première, en terre grise, figure le savant, la tête légèrement tournée, méditant sur un mastaba, petite banquette que l’on trouvait alors souvent devant les maisons de Haute-Égypte. Sa main gauche s’appuie sur une tête colossale qui semble être déjà l’ébauche de celle d’un sphinx.
La seconde, en terre brune, abandonne cette disposition. Champollion est représenté debout, la main gauche portée au menton, la main droite sur la cuisse opposée. À l’instar de la version finale de la sculpture, le savant ayant résolu l’énigme – le déchiffrement des hiéroglyphes – pose son pied gauche sur la tête du sphinx.
Modèle en plâtre (1867)
En 1867, Auguste Bartholdi présente, lors de l'Exposition universelle organisée à Paris, une statue en plâtre de Jean-François Champollion (d)
. Exposée dans le « Parc égyptien » aménagé par Auguste Mariette sur le Champ-de-Mars, devant une reconstitution du temple d’Edfou, c'est cette statue, aujourd'hui disparue, qui est représentée par Charles Kreutzberger dans l’édition du du Journal illustré[1].
« L'illustre fondateur de l'égyptologie est dans la pose de la méditation. Le sphinx égyptien, si longtemps et si obstinément muet, va ouvrir la bouche. Encore quelques efforts de cette pensée profonde, et le voile qui couvre quarante siècles d'histoire sera déchiré. »[18]
— Auguste Mariette, Description du parc égyptien
Modèle en plâtre (1873)

En 1873, Bartholdi réalise un nouveau modèle en plâtre à la réception du bloc de marbre. C'est cette statue qui a servi de modèle, à grandeur d’exécution, à la sculpture finale en marbre.
En 1905, Jeanne-Émilie Bartholdi, sa veuve, lègue la statue en plâtre à la ville de Grenoble (Isère), où Champollion a vécu 17 ans[19].
D'abord conservé au musée des beaux-arts, la statue est déposée en 1923 au lycée de Grenoble qui prend le nom de lycée Champollion à l'occasion du centenaire du déchiffrement des hiéroglyphes. Conservée à l'abri dans une cave, la statue est finalement installée dans la cour du lycée en 1926[20].
En 1989, Serge Lemoine, conservateur du musée de Grenoble découvre qu'il s'agit du plâtre original et veut le récupérer pour le nouveau musée en cours de construction. En 1992, le conseil d'administration du lycée fait valoir la prescription acquisitive trentenaire.
Très dégradée, la statue est récupérée par le musée en 1995, et restaurée en 1999-2000 par Hervé Manis sous la direction du musée du Louvre et du service de Restauration des Musées de France. Elle est depuis exposée dans la salle 17 du musée.
Dessins (1876)
Un dessin, au crayon et à la plume, réalisé en 1876 par Bartholdi est acquis en 2004 par le musée Bartholdi à Colmar (Haut-Rhin)[21].
Un autre dessin, réalisé la même année par Charles Sellier, est reproduit par Le Magasin pittoresque en première page de sa livraison du mois de [22]. L'original est conservé au Musée Champollion de Vif (Isère).
Moulage (1997)
Suite à la récupération, en 1995, du plâtre de 1873 par le musée de Grenoble, un moulage sans contact est effectué pour permettre sa reproduction. Une copie en papier, acier et résine est alors réalisée au moyen du procédé Helysis (superposition de couches de papier) pour le lycée Champollion de Grenoble. En , cette copie du plâtre original est installée dans la salle des professeurs du lycée[23].
Copie en bronze (2014)
En 2013, l'association des anciens élèves et le proviseur du lycée Champollion de Grenoble recherchent le financement pour le tirage d'un bronze. L'année suivante, en 2014, le bronze fondu par la fonderie Huguenin, fonderie d'art implantée à Vézelise (Meurthe-et-Moselle), est inauguré dans la cour du lycée, réalisant en quelque sorte le projet initial de Bartholdi, près de 150 ans plus tard[24].
