Nationalisme martiniquais
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Le nationalisme martiniquais désigne un courant d'idées actif au sein de la collectivité de Martinique, qui plaide pour l'autonomie accrue voire l'indépendance de cette île, aujourd'hui rattachée à la république française. Le nationalisme martiniquais se développe surtout après la départementalisation de 1946, dans un contexte global de décolonisation et en parallèle, voire en opposition au principe de l'assimilation. Le mouvement est aujourd'hui bien implanté dans la vie politique locale, au travers de plusieurs partis qui s'en revendiquent plus ou moins directement. Néanmoins, il existe un décalage souvent noté entre un discours indépendantiste et la mise en pratique de cette revendication, qui se heurte à différentes limites, dont une adhésion populaire incertaine.
Avant 1946
Avant 1946, la revendication nationaliste martiniquaise est assez diffuse et peu incarnée. Jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1848, la vie politique est confisquée par l'élite blanche, opposée à toute idée d'indépendance. L'enjeu est alors plutôt le statut du territoire au sein de l'ensemble français. Diverses révoltes, souvent liées à la question de l'esclavage, ont posé la question de cette appartenance, revendiquant soit une égalité des droits y compris avec la métropole, soit l'idée d'un séparatisme. Néanmoins, cette dernière option est mal incarnée et souvent très incantatoire. Après l'abolition de l'esclavage, la vie politique s'ouvre progressivement à l'ensemble de la population. La revendication principale est alors l'égalité des droits avec la Métropole, dans l'esprit d'une identité commune et les principales formations politiques sont généralement liées aux grands partis nationaux présents en métropole[1]. Cette demande aboutit à la départementalisation en 1946, aux côtés d'autres territoires français dans une perspective assimilationniste[2].
Après 1946
La naissance d'un mouvement autonomiste

Toutefois, cette départementalisation déçoit tout un ensemble de la vie politique locale, en ce qu'elle n'efface pas des inégalités sociales fortes, y compris avec le reste de la Métropole[3]. Pour certains historiens, la départementalisation aboutit même à révéler la persistance d'un mode de fonctionnement perçu comme colonial avec des manifestations parfois violentes qui entendent contester cet état de fait, à l'instar des émeutes de marqués par la mort de trois manifestants tués par les forces de l'ordre[2],[4].
Ce sentiment aboutit à la montée en puissance d'un nationalisme orienté soit vers une autonomie accru, soit vers l'indépendantisme, à l'instar d'autres territoires coloniaux. Des personnalités incarnent cet esprit, à l'image de Frantz Fanon, chantre de la décolonisation ou d'Aimé Césaire, qui s'inscrit dans un nationalisme qui ne rejette pas l'appartenance à la République française mais déplore l'échec de la départementalisation : « Je soutiens que si aujourd’hui nous assistons à l’éveil d’un sentiment national aux Antilles françaises c’est à la loi du 19 mars 1946 que nous le devons et que c’est la dialectique elle-même qui donne aux problèmes posés par la départementalisation, la seule issue qui leur puisse convenir : une issue nationale »[5]. Il fonde notamment le parti progressiste martiniquais en 1958, dans un mouvement plus général de dissociation des forces politiques locales avec les grands partis nationaux, jusque-là fortement implantés en Martinique. Ainsi, Aimé Césaire démissionne préalablement du PCF et de son antenne locale, le Parti communiste martiniquais également nationaliste mais qui rentre alors en période de déclin. Le PPM devient le fer de lance d'un autonomisme qui doit prendre en compte les particularités martiniquaises, y compris sur le plan culturel, pour revendiquer un statut à part. Ce mouvement s'intègre plus largement dans l'autonomisation croissante des autres territoires caribééens, en particulier les anciennes colonies anglaises et néerlandaises[5].
Pour autant, le choix du statut soutenu par Aimé Césaire et le PPM reste pour partie incertain, oscillant entre la création d'une région martiniquaise ou d'une forme de république fédérée, sur le modèle d'autres exemples comme les républiques fédérées d'URSS ou les régions italiennes[6].
Avec les répercussions de la guerre d'Algérie, l'anticolonialisme prend un certain essor dans les Antilles, porté par des organisations qui sont parfois combattues sur le plan judiciaire. C'est le cas de l'Ojam, l'Orgnaisation de la jeunesse anticolonialiste martiniquaise, qui apparaît en 1962, diffuse un manifeste intitulé « La Martinique aux Martiniquais » mais dont les membres sont arrêtés et condamnés dès 1963[7]. De même, la visite du général De Gaulle en 1964, qui réaffirme l'opposition à toute forme de régionalisation ou d'autonomie martiniquaise tend à raidir les positions du PPM[8]. Ce dernier commence alors à évoquer ouvertement l'idée d'une nation martiniquaise et d'un principe d'autodétermination. Néanmoins, la conception de l'autonomie reste généralement ambiguë, oscillant entre étape transitoire vers l'indépendance ou comme un moyen d'obtenir l'égalité des droits ou l'amélioration de la situation du territoire martiniquais, ce que n'a pas vraiment permis la départementalisation[9].
Avec la victoire de François Mitterrand en 1981, le PPM espère une évolution statutaire vers l'autonomie et met sous le boisseau certaines de ses revendications les plus radicales. En 1983, Aimé Césaire devient le président du Conseil général de Martinique à la suite de sa victoire électorale. Cette forme de moratoire sur la demande autonomiste modifie quelque peu la composition du PPM, qui s'ouvre à des éléments venus de partis de gauche plus modérés mais déçoit les membres les plus proches d'une cause indépendantiste[10]. De manière générale, depuis les années 1980, le PPM reste formellement le tenant d'une autonomie de la Martinique, sans forcément être dans une forte affirmation de cette revendication, symbole des incertitudes de cette formation et de sa crainte de ne pas refléter exactement la volonté populaire[11].
La structuration de l'indépendantisme martiniquais
Avec les ambivalences du PPM qui refuse généralement d'aller jusqu'à l'affirmation trop grande d'une nation martiniquaise et encore moins de la souveraineté, un mouvement indépendantiste se structure, porté par le Mouvement indépendantiste martiniquais créé en 1978. Ce parti, qualifié parfois d'extrême-gauche, revendique formellement le séparatisme d'avec la République française. Il prend la suite d'un premier mouvement, La Parole au peuple, rassemblant notamment Alfred Marie-Jeanne ou Marc Pulvar. La création du MIM s'inscrit aussi dans une logique de distanciation avec le PPM, considéré comme trop modéré dans sa revendication nationaliste. Pour autant, la classification du MIM, en particulier à l'extrême-gauche, reste incertaine tant l'ossature idéologique de cette formation est rarement assise sur des textes programmatiques[12]. Dans un premier temps, le MIM refuse de participer aux élections, incarnant un rejet de la vie politique dominée par la Métropole mais il a rapidement mis fin à cette posture pour gagner en influence électorale, jouant sur une certaine forme de réalisme politique. Dans l'ensemble, la revendication indépendantiste relève en partie de l'incantatoire, en ce qu'elle ne constitue que rarement la base du programme du parti quand il se présente aux élections, quelles soient régionales ou législatives. Pour un auteur comme Jean-Claude William, cette posture vise à coïncider plus directement avec la volonté des électeurs, laquelle n'est que rarement motivée prioritairement par l'indépendance, voire est résolument rétive à cette perspective[13].
D'autres mouvements locaux incarnent l'idée nationaliste. Ainsi, le Parti pour la libération de la Martinique (Palima) s'inscrit dans une perspective radicale d'extrême-gauche qu'a partiellement abandonné le MIM. De même, en 1998, Bâtir le pays Martinique, un parti local fortement implanté sur Le Lamentin, entend porter la voix de l'autonomisme, parallèlement au PPM.
En 1992, Garcin Malsa, le maire de Sainte-Anne fonde le Modemas, une autre mouvance ouvertement indépendantiste qui se distingue par l'affirmation de symboles propres à l'identité martiniquais, en particulier le drapeau noir, rouge et vert, qui prend progressivement son essor au XXIe siècle mais dont l'origine est méconnue et l'usage préexiste en partie à l'apparition du Modemas.
Dans l'ensemble, ces différentes mouvances sont confrontées à un décalage entre leur souhait de porter une revendication nationaliste ou indépendantiste et la difficulté à convaincre la population locale d'adhérer à cette opinion.
Des résultats électoraux contrastés
En matière électorale, un écart existe entre les résultats des mouvements nationalistes aux élections locales et le résultat des thèmes nationalistes dans les consultations portant sur le statut de la Martinique. Ainsi, le MIM a régulièrement été le premier parti régional, capable de gouverneur l'exécutif local à plusieurs reprises, ce qui atteste d'un fort ancrage. Pour autant, les référendums à propos du statut de la Martinique ont souvent vu la défaite des thèmes défendus par les nationalistes. Ainsi, la consultation locale de 2003 sur la création d'une collectivité unique, soutenue par les nationalistes, voit le non l'emporter d'une courte tête. Finalement, un référendum équivalent en 2010 aboutit à la création de la collectivité unique fusionnant le Conseil général et le Conseil régional. Pour autant, si ce référendum consacre la mise en oeuvre d'une collectivité unique, il suit un autre référendum, organisé le , qui voit un large rejet (79,31 %) du passage de la Martinique sous le statut régi par l'article 74 de la Constitution, lequel encadre le régime des collectivités d'outre-mer, plus autonome que les départements et régions d'outre-mer. Ainsi, par ce résultat, les Martiniquais entendent conserver le principe de l'identité législative avec la Métropole, même si des adaptations peuvent être apportées.
Au-delà de l'enjeu de l'indépendance, divers chercheurs ont interrogé l'enjeu du nationalisme martiniquais autour de la valorisation d'une nation martiniquaise sans pour autant rejeter l'appartenance à la république française.