Nationalisme afrikaner

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Le nationalisme afrikaner (afrikaans : Afrikaner Volkseenheid) est une idéologie politique née au début du xixe siècle chez les Afrikaners d'Afrique du Sud, fortement inspirée par leurs intenses sentiments anti-britanniques consécutifs à la guerre des Boers[1].

L'historien T. Dunbar Moodie décrit le nationalisme afrikaner comme une sorte de « religion civile » qui s'appuie sur l'histoire des Afrikaners, leur langue et le calvinisme afrikaner en tant que symboles clés. Ses vecteurs principaux furent l'organisation secrète Broederbond et le Parti national, lequel gouverna le pays de 1948 à 1994[2]. D'autres organisations relayèrent aussi cette idéologie : la Federation of Afrikaans Cultural Organisations (afrikaans : Federasie van Afrikaanse Kultuurvereniginge, FAK) et l'Institute for Christian National Education and the White Workers' Protection Association[3].

Église réformée hollandaise

Stephanus Jacobus Du Toit en 1884.

Un des premiers champions du nationalisme afrikaner fut le pasteur Stephen Du Toit, de l'Église réformée hollandaise, qui fut aussi un des membres fondateurs de la Broederbond et le rédacteur en chef du journal Die Afrikaanse Patriot Le patriote afrikaans »)[4]. Dans ses écrits, Du Toit prônait le fait que les Afrikaners formaient un peuple (volk), avec une mère-patrie, l'Afrique du Sud, une langue, l'afrikaans et que son destin était de gouverner le pays[5].

Abraham Kuyper en 1900.

La religion, particulièrement le calvinisme afrikaner, joua un rôle déterminant dans le développement du nationalisme afrikaner et donc dans celui de l'apartheid, qui en découla. Les Églises réformées hollandaises d'Afrique du Sud furent, durant le xviiie siècle, en lutte constante contre le modernisme et la modernité. Elles s'appuyaient sur la pensée conservatrice d'Abraham Kuyper, qui professait la souveraineté de Dieu sur toutes les « sphères » de la création[notes 1] ; ces dernières, par exemple les nations, devraient être préservées des idéologies révolutionnaires[7]. Kuyper rejetait aussi l'idéologie dite des lumières et ses aspects de rationalité humaine et de pensée individualiste qui avaient conduit, à la suite de la Révolution française, aux idéaux de liberté, égalité et fraternité. De son point de vue, toutes ces idées étaient des contestations de l'autorité divine[8]. Les théologiens Afrikaners, sur ces prémisses, définirent un certain nombre de sphères (politique, économique et culturelle) considérées comme dotées de leur propre et indépendante destinée[7]. L'histoire des Afrikaners fut, elle aussi, réinterprétée à travers un prisme chrétien-nationaliste. Paul Kruger, président de la République sud-africaine du Transvaal et membre fondateur de la Gereformeerde Kerke van Zuid-Afrika (ou Dopper Church), se référait déjà à une « histoire sacrée », où le « peuple » (volk) était le peuple élu, et considérait le Grand Trek  le départ des Afrikaners fuyant la domination britannique sur la colonie du Cap  comme l'équivalent de l'Exode, et les républiques boers comme de nouvelles terres promises[9].

Nationalisme afrikaner séculier

Durant les années 1930 et 1940, de nombreux intellectuels prirent part à la théorisation du nationalisme afrikaner. Nicolaas Johannes Diederichs, qui devint président de l'Afrique du Sud, définissait le nationalisme afrikaner ainsi : « Le nationalisme comme une vision mondiale et ses relations avec l'internationalisme[trad 1] », dans la continuité de la théologie de Kuyper. Selon Diederichs, Dieu avait créé les nations, lesquelles avaient un droit divin à exister en tant qu'entités distinctes. Par conséquent, les Afrikaners refusaient une Afrique du Sud britannique dans laquelle ils cohabiteraient, minoritaires parmi d'autres groupes ethniques[3]. Geoffrey Cronjé[notes 2] développa cette idée et avança que, tant que les Afrikaners resteraient minoritaires dans un environnement culturel et racial différent du leur, ils ne pourraient tolérer de laisser se développer économiquement et politiquement la majorité noire, ce qui aboutirait à ce qu'elle devienne dominante. Il considérait cela comme injuste et antichrétien ; la solution proposée était la totale ségrégation entre Blancs et Noirs, l'apartheid[3]. L'intelligentsia nationaliste afrikaner, via le Parti national et le Broederbond, finit par formuler une politique nationaliste radicale qui rejetait l'hégémonie britannique sur l'économie et la politique aussi bien que les « désordres » (mengelmoes) ethniques causés par les déplacements des immigrants noirs à travers le pays. La solution était une réorganisation drastique de la carte démographique de l'Afrique du Sud, avec une république Afrikaner dominante et libérée de l’impérialisme britannique. Toutefois, en raison de l'opposition de la classe moyenne urbaine, il ne fut pas proposé d'aller jusqu'à un retour au pastoralisme des Boers[3].

Nationalisme afrikaner et race

À l'origine, durant le xixe siècle, la position de l'Église réformée hollandaise sur le nationalisme était plus pragmatique qu'idéologique. Ainsi, en Afrique du Sud, la ségrégation raciale était-elle considérée comme une manière harmonieuse d'administrer une communauté hétérogène. La crise économique de 1905-1909 changea cette attitude lorsqu'émergea un nouveau groupe de « Blancs pauvres », pour la plupart Afrikaners[7]. En 1939, la ségrégation raciale avait été érigée en dogme religieux : « La politique de ségrégation prônée par les Afrikaners et leur Église est le saint appel de l'Église pour permettre de veiller sur les milliers de Blancs pauvres des villes qui combattent en une bataille perdue dans le monde économique actuel… L'application de la ségrégation permettra la création de cités séparées et saines pour les non-Blancs où ils seront en mesure de se développer selon leurs propres voies, où ils établiront leurs propres institutions et, finalement, se gouverneront eux-mêmes sous la tutelle des Blancs[trad 2],[8]. » Les Afrikaners croyaient en une civilisation chrétienne ayant un droit divin à rester séparée et à dominer les nations « païennes » alentour[9],[12].

Nationalisme afrikaner et national socialisme

Le nationalisme afrikaner et le nazisme avaient des racines communes puisant dans le nationalisme religieux et le pan-germanisme, et le racisme ancien fut aisément assimilé par la doctrine plus récente. Ainsi, durant l'entre-deux-guerres, la critique adressée par les Afrikaners au système capitaliste était-elle tout à fait antisémite[13],[14]. Beaucoup de nationalistes Afrikaners voyaient l'Allemagne nazie comme un gouvernement fort, ce qui était nécessaire pour protéger le « peuple » (volk). Juste avant et durant la Seconde Guerre mondiale, cela conduisit à l'apparition de mouvements nationalistes afrikaners pro-nazis, tel que l'Ossewabrandwag et sa branche paramilitaire, Stormjaers[15].

Hommes politiques

Notes et références

Voir aussi

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