Orri
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Un orri est une ancienne installation d'estive en haute et moyenne montagne ariégeoise ou catalane, ayant servi à la traite des brebis ou des chèvres et à la fabrication du fromage dʼorri. Elle comprenait généralement un gîte non couvert pour les bêtes, une cabane pour les bergers et une autre pour la fabrication du fromage.
Dans les Pyrénées-Orientales, jusqu’au milieu du XXe siècle le terme catalan orri désignait au sens large un quartier de pâturage pour les ovins et au sens restreint un gîte non couvert, tandis que la cabane des bergers avait pour nom barraca (francisé en barraque, avec deux « r », dans des documents d’archive du XVIIIe siècle, cf « lʼorri avec les barraques qui y sont construites pour la demeure des gardiens »). Le sens d'« enclos fermé par une murette en pierres sèches » où « l'on abrite les jeunes agneaux et les bêtes malades » est donné pour le Roussillon par l'érudit pyrénéen André Péré[1].

Le vocable orri était employé également dans le haut Vicdessos, région du département voisin l’Ariège, dans le sens de site d’exploitation pastorale dans les estives.
Lʼorri du Roussillon ou du haut Vicdessos était donc l’équivalent de la jaça du haut Couserans, du couyelà de la Bigorre, du cujalà du Béarn et du cayolar du Pays basque, installations d’estive qui comprenaient une ou plusieurs cabanes pour les bergers, une aire ceinte d’un mur de pierre sèche pour la traite ou le repos des brebis et divers édicules pour la fabrication du fromage[2].
Jean-Jacques Cazaurang[3] rapporte la légende associée à la formation des premières structures de ce type : « La légende veut que le périmètre ait été dessiné par de lointains ancêtres qui, d'un point fixe, ont lancé la hache, outil primordial et souvent unique (le couteau excepté), aux quatre points cardinaux. Les points de chute ont été réunis suivant une ligne plus ou moins droite par une accumulation de pierres prises dans les rochers environnants. On a là une murette de 50 à 60 cm d'embase sur une hauteur qui ne dépasse quasiment jamais un mètre. C'est donc une barrière symbolique autant qu'un organe de clôture ou de défense. Une boucle irrégulière le plus souvent, de 30 à 60 m de plus grand diamètre, se trouve ainsi marquée. À cette figuration de principe s'ajoute un usage pratique : c'est à l'intérieur de cette limite que le troupeau se regroupe pour passer la nuit ou les jours de grand mauvais temps. »
Pour les bergers pyrénéens du XIXe siècle, fer orri / « faire (l’)orri », c’était s’installer dans les pâturages d’estive pour la traite des brebis et la fabrication du fromage, le formatge dʼorri / « fromage d’orri ».
À la suite d’un contresens portant sur cette expression et contre toute évidence linguistique, on a voulu voir dans le terme orri une réalité architecturale et non plus spatiale : bergerie en pierre sèche dans le Conflent, cabane de berger dans le haut Vicdessos, si bien qu’aujourd’hui barraques et cabanes se retrouvent baptisées orri par le Tourisme. Jean-Jacques Cazaurang notait déjà que « les confusions de termes et les prises du particulier pour le général ne sont pas rares »[4].