Cette section donne les détails du problème de recouvrement par jauge polyédrique lorsque celle-ci est vue comme jauge d'un polyèdre convexe
, lequel est décrit comme une enveloppe convexe de points plus une enveloppe conique de directions (description primale ou interne d'un polyèdre convexe).
Le problème considéré s'écrit comme dans le cas abstrait, à savoir
mais la jauge polyédrique
est définie comme jauge d'un polyèdre convexe
par la formule
Le polyèdre convexe
est décrit comme suit :
où les points
sont dans
et en nombre fini (
est fini) et les directions
sont dans
et en nombre fini (
est fini). Tout polyèdre convexe peut s'écrire de cette manière. On doit supposer que
pour que la jauge associée s'annule en l'origine. Mais on ne suppose pas que
est intérieur à
, si bien que
peut prendre la valeur
. Comme
est fermé, la jauge
est « fermée », c'est-à-dire semi-continue inférieurement.
Soient
et
. Il est utile d'introduire les applications linéaires
On adopte la notation matricielle pour l'application linéaire
et l'on note
. Avec ces notations, l'ensemble
s'écrit aussi
où
est le simplexe unité de
.
Grâce à la condition
, on a l'équivalence
Le polaire de l'ensemble
introduit ci-dessus s'écrit
Alors le sous-différentiel de la jauge
en
est donné par la formule
Le résultat d'existence de solution II du cas abstrait devient le suivant.
Existence de solution II — Soient
une jauge polyédrique sous description primale dont le domaine intersecte
et
. Alors
si, et seulement si, les deux conditions suivantes ont lieu
,
- il existe
tel que pour tout
on a
si
,
si
,
si
et
si
,
si, et seulement si, les deux conditions suivantes ont lieu
,
- il existe
tel que pour tout
on a
si
,
si
,
si
et
si
.
Les coefficients
et
permettant de représenter
par
dans ce résultat sont en réalité les multiplicateurs de Lagrange associés aux contraintes du problème d'optimisation linéaire définissant
. Au second point, ces coefficients
et
sont des multiplicateurs optimaux satisfaisant en plus la stricte complémentarité.
Le résultat d'existence et d'unicité de solution du cas abstrait devient le suivant.
Existence et unicité de solution — Soient
une jauge polyédrique sous description primale dont le domaine intersecte
et
. Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
est l'unique solution de
;
- on peut trouver des ensembles d'indices
et
tels que :
, pour des
et
,
- il existe
tel que
si
,
si
,
si
et
si
,
- quels que soient ces ensembles d'indices
et
vérifiant ces deux premières conditions, on a
;
- on peut trouver des ensembles d'indices
et
tels que :
, pour des
et
,
- il existe
tel que
si
,
si
,
si
et
si
,
.
La seconde condition semble plus forte que la troisième, mais ce résultat montre qu'il n'en est rien. Cette seconde condition est utilisée par l'algorithme de détection d'unicité présenté plus loin. Cet algorithme détermine d'abord des ensembles d'indices
et
satisfaisant les deux premiers points de la condition 2 et détermine ensuite si l'unicité a lieu en vérifiant si
.
La méthode de résolution du problème de recouvrement par jauge sous forme primale
décrite dans cette section transforme ce problème en le problème d'optimisation linéaire suivant
où les opérateurs linéaire
et
ont été définis ci-dessus et
est le simplexe unité de
. En quelques mots, dans le problème
, l'ensemble de sous-niveau un
de
est mis à l'échelle de manière que sa frontière vienne en contact avec le sous-espace affine
(par l'homogénéité positive de
cela revient à trouver son bon ensemble de sous-niveau), tandis que dans
, le même sous-espace affine
est translaté de manière à venir en contact avec la frontière de
. Le sens de cette équivalence entre
et
est précisé dans le résultat suivant.
Équivalence entre
et
— Soit
une jauge polyédrique sous description primale. Alors, on peut trouver un couple
tel que
. De plus
pour un
,
,
- si
, alors
; de plus,
- si
est une solution de
, alors
est une solution de
,
- inversement, si
est une solution de
, alors
pour un couple
et, pour toute expression de
de cette forme,
est solution de
.
Le fait que le problème
soit équivalent au problème d'optimisation linéaire
rend possible la résolution de
en temps polynomial, par exemple en utilisant un algorithme de points intérieurs.
Le dual lagrangien de
s'écrit
Il n'y a pas de saut de dualité :

.
Le résultat d'existence et unicité de solution ci-dessus permet de mettre au point un algorithme détectant l'unicité de solution du problème
.
Détection de l'unicité —
- On résout le problème d'optimisation linéaire
par un solveur fournissant une solution strictement complémentaire (lorsqu'une solution existe : cas 3 et 4 ci-dessous).
- Si la valeur optimale
, alors
et
- soit
, auquel cas
(la solution n'est pas unique),
- ou
, auquel cas
(la solution est unique).
- Si la valeur optimale
, alors
(le problème est non borné).
- Sinon
, auquel cas
. Soit
la solution primale-duale strictement complémentaire calculée par le solveur. Alors
est une solution de
et celle-ci est unique si, et seulement si,

où
et
.