Retour à Freud
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Le « retour à Freud » est, dans l'histoire de la psychanalyse, un courant de pensée développé en France dans les années 1950 prescrivant un retour aux textes de Sigmund Freud. Il est associé principalement au nom de Jacques Lacan. Le moment fondateur du retour à Freud en France, auquel appelle Jacques Lacan, se situe dans le « Rapport du congrès de Rome » des 26 et , aussi appelé le « Discours de Rome » de ce dernier.
C'est après la guerre que prend place le « retour à Freud » de Lacan par lequel celui-ci va faire jouer à la France un rôle prépondérant dans l'histoire de la psychanalyse et celle de la psychanalyse en France.

Selon Joël Dor, l'enseignement de Jacques Lacan débute sur ce mot d'ordre du retour à Freud. Le moment fondateur du retour à Freud en France se situe dans le « Rapport du congrès de Rome » des 26 et , aussi appelé le « Discours de Rome », où Lacan engage la communauté psychanalytique à se fonder précisément sur le texte freudien plutôt que sur ce qui a pu être désigné comme l’orthodoxie de l'Association psychanalytique internationale. Dor rappelle « l'incidence inaugurale » que représente « le “Discours de Rome” (26/27-9-1953) qui prend toute sa portée à la faveur de la première scission du mouvement psychanalytique français en 1953 »[1]. Lacan écrit dans Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse que « La lecture de Freud est préférable à celle de M. Fenichel » [2].

L'expression « le retour à Freud » va également donner « son titre à un écrit décisif qui prend une portée de manifeste, La Chose freudienne ou le sens du retour à Freud en psychanalyse » (1955) où Lacan dit que « le sens du retour à Freud c'est un retour au sens de Freud »[4]. Élisabeth Roudinesco observe cependant que le « retour à Freud » qui se concentre autour de la personnalité de Jacques Lacan peut donner lieu à une situation de « roman familial » : « La troisième et la quatrième génération des disciples du maître », affirmeront « que leur doctrine ne doit rien à la France de l'entre-deux-guerres ». Ils « feront débuter l'histoire française de la psychanalyse aux années d'après guerre, c'est-à-dire à cette époque bénie où ils furent eux-mêmes les analysants d'un monarque adoré »[5]. Le contexte intellectuel est prégnant. Sans renier « son passé surréaliste », explique l'historienne, Lacan « n'y fait plus référence » (il y reviendra, dit-elle, en 1966). En 1953, « Lacan se veut le porte-parole d'une lecture de Freud fondée sur Hegel (toujours) mais aussi sur Heidegger, Saussure et l'anthropologie »[5].
Une étape dans l'œuvre de Lacan
Le « rapport de Rome », auquel se rattache le « retour à Freud », marque une deuxième étape de l'œuvre de Lacan (après le « stade du miroir »)[6]. Jusqu'en 1953, Lacan, qui lit les textes de Freud de manière non systématique, « se détache de lui en dégageant le Moi du système perception-conscience pour le constituer comme imaginaire avec le stade du miroir »[6]. Tandis que la conférence sur « le Symbolique, l'Imaginaire et le Réel » indiquait l'influence de Claude Lévi-Strauss, le rapport de Rome, avec « l'opposition langage-parole et l'écoute d'une parole anhistorique qui dépasse le sujet », rejoint les conceptions de Heidegger[6]. À l'automne 1953, le séminaire public de Lacan à l'hôpital Sainte-Anne porte « sur une réévaluation de l'œuvre de Freud », dont beaucoup de textes ne sont pas encore accessibles en français[6]. Le 18 novembre 1953, Lacan dit, en ouvrant son séminaire, que l'enseignement de Freud « est un refus de tout système [...] » : « la pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision »[6]. Il commence par les « Écrits techniques » et aborde la question de la résistance en l'attribuant à l'« organisation du moi », alors que, commente Sédat, « pour Freud, la résistance porte sur la remémoration »[6].
