Rizipisciculture

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La rizipisciculture consiste en l'élevage de poissons ou de crevettes dans une rizière en même temps que la culture du riz, selon la FAO[1]. De plus en plus, la FAO cherche également à promouvoir un système riz-poisson-canard, afin d'utiliser les canards pour manger les mauvaises herbes et éviter l'utilisation d'herbicides[2],[3].

La rizipisciculture est une adaptation de l’agroforesterie aux écosystèmes agricoles. Basée sur l’intégration des produits et des déchets agricoles, c'est un exemple de réussite agronomique. Elle permet ainsi une valorisation de l'eau que contient la rizière. De plus, cette association offre de nombreux avantages pour le maintien d’une haute production rizicole tout en permettant l’élevage des poissons, bien qu’elle nécessite une diminution en surface de riz cultivé à cause des aménagements spécifiques indispensables. Cette forme d’élevage assure ainsi à l'agriculteur une diversification de sa production et une source de protéines dans une alimentation basée sur le riz[4].

La pression démographique croissante, la diminution des stocks de poissons à l’état sauvage et l’industrialisation de la production qui a favorisé une monoculture basée sur des variétés de riz à haut rendement associée à l’utilisation de pesticides et d’herbicides (toxiques pour le poisson) ont fait reculer cette association culturale. C’est seulement au cours des années 1980 à 1990 que la rizipisciculture a connu un renouveau, face aux problèmes liés à l’utilisation massive de produits phytosanitaires. Elle permet de plus de favoriser des espèces de poissons autochtones au lieu des espèces élevées industriellement.

La rizipisciculture présente en outre l’avantage d’accroître les rendements rizicoles (en moyenne de 10 %) tout en fournissant à l’éleveur un revenu complémentaire pour une mise en œuvre relativement peu coûteuse. En effet, la récolte de riz, malgré la diminution de la surface repiquée, reste la même ou augmente par rapport aux systèmes culturaux non intensifs (2 à t/ha). Cela est permis par les actions bénéfiques des poissons qui assurent une diminution des mauvaises herbes, une bonne fertilisation, une meilleure oxygénation du sol et une action équivalente au binage qui favorise le tallage de la plante. Toutefois, les cultures intensives (avec trois récoltes par an), très gourmandes en engrais et produits phytosanitaires, conservent un meilleur rendement (respectivement pour les trois récoltes : 6, 4 et t/ha). C’est pourquoi on retrouve préférentiellement le système rizipiscicole dans des zones périphériques, où les variations de salinités interdisent les productions intensives.

Enfin, ce système s’intègre parfaitement dans le besoin actuel de trouver de nouvelles techniques d’exploitation agricole dites durables. Beaucoup d’instituts de recherche et d’organismes d’aide reconnaissent aujourd’hui l’importance de ce besoin et nombre de grands travaux de recherche sont en cours dans les rizières des paysans et dans les stations de recherche (FAO, AIT, GIZ, Oxfam international, PNUD, IDRC, IRD, CIRAD, Africa Rice, etc.).

Galeries

Rizipisciculture


Système riz-poisson

ParamètresRizPoisson
Profondeur de l’eauAu minimum : saturation du sol sans inondation.

Idéalement, inondation contrôlée, débutant à cm de hauteur d’eau et jusqu’à 15 cm vers le 60e jour. Vidange totale de la rizière une à deux semaines avant la récolte (Singh et al. 1980)

0,4 m à 1,5 m pour les juvéniles

0,8 m à m pour l’engraissement (Pillay 1990)

TempératureDes températures (de la terre ou de l’eau) jusqu’à 40 °C, ainsi que des fluctuations allant jusqu’à 10 °C en 24 h n’ont apparemment aucun effet nocif.25 – 35 °C pour les espèces d’eau tempérée. La stabilité de la température est préférable. En dehors des valeurs normales de température, l’alimentation des poissons diminue. Les besoins métaboliques des poissons doublent lorsque la température augmente de 10 °C.
pH de l’eauNeutre à alcalin6,5 à 9,0 (Boyd 1979)
Oxygène de l’eauImportant lors du stade de développement des radicelles.De préférence proche de la saturation (5,0 – 7,5 ppm selon la température).
AmmoniacGénéralement on trouve des concentrations importantes en ammoniac juste après la fertilisation.L’ammoniac non ionisé est hautement toxique. La forme ionisée ne présente pas de danger.
Transparence et turbiditéAucune importanceImportance pour la croissance de l’alimentation naturelle. Un niveau trop élevé de particules en suspension peut entraîner une atteinte respiratoire.
Période de cultureDe 90 à 160 j selon les variétésDe 120 à 240 j selon les espèces et selon les besoins du marché.

[4]D'après Halwart M. et Gupta M.V. (Eds), 2004, Culture of fish in rice field. FAO and the World Fish Center, 83 pages

Une rizière est d’abord conçue pour la production de riz. Par conséquent, ces conditions ne sont pas optimales pour les poissons. Par exemple, une inondation permanente n’est pas nécessaire à la bonne santé du riz, un sol saturé en eau peut s’avérer suffisant. Les périodes de culture sont également différentes (assèchement des rizières avant récolte).

Le rapport entre les formes ionisées (NH4+) et non ionisées (NH3) de l’ammoniac dépend fortement du pH du milieu. La forme NH3 est particulièrement toxique pour le poisson, alors que la forme ionisée ne l’est pas. Ainsi la concentration en NH3 augmente d’un facteur de 10 lorsque le pH augmente d’une unité, entre les valeurs 7 et 9. La concentration en ammoniac sous sa forme non ionisée peut donc être responsable de la mort des poissons lorsque le pH du milieu augmente vers de fortes valeurs, ce qui est notamment le cas lors de l’utilisation d’engrais riches en azote.

Pourtant, on observe une certaine corrélation des milieux de vie. Certains aménagements spécifiques associés à des pratiques culturales « écologiques » (utilisation limitée d’engrais et de produits phytosanitaires) permettent de faire cohabiter poissons et riz. On perçoit ainsi toute la fragilité de cet écosystème dépendant de l’action de l’Homme. Cet environnement a ainsi été décrit comme un « environnement aquatique temporaire » (Roger 1996).

La riziculture, de par son biotope particulier (« les pieds dans l’eau et la tête au soleil ») donne naissance à un écosystème caractéristique, à l’origine d’une grande biodiversité dans l’eau comme dans le sol (589 espèces différentes ont été recensées en 1979 dans un champ de riz par Heckman). Les engrais utilisés pour la culture apportent des éléments nutritifs inorganiques, de l’azote et des sels minéraux, indispensables au développement des végétaux. La flore (dont le riz) s’accommodera de ces éléments en s’appuyant sur la photosynthèse (et donc l’énergie solaire) pour produire sa matière organique. Mais cela est aussi le cas pour le phytoplancton et les algues qui se développent conjointement à la culture rizicole. Le zooplancton, quant à lui, assoit son développement sur le phytoplancton et sur les algues microscopiques. La chaîne alimentaire se met alors en place jusqu’aux plus gros poissons qui se nourriront soit de plantes, soit d’algues, soit de phytoplancton ou de zooplancton, soit d’invertébrés ou de plus petits vertébrés.

Les bactéries, pour leur part, permettent un recyclage des matières organiques issues de diverses décompositions ou de déjections, les transformant en éléments nutritifs simples, disponibles pour le reste de l’écosystème. L’apport de matières organiques dans l’écosystème peut être majoré par l’action de l’Homme, grâce à la présence d’une compostière.

On perçoit ainsi les interconnexions nombreuses de cet écosystème et son réseau trophique complexe. Cet environnement est tout à fait approprié pour le poisson à condition de respecter certaines règles. Par leur action synergique, les poissons vont même optimiser les rendements de la culture. On distingue ainsi quatre voies par lesquelles les poissons ont une action favorable directe sur le milieu. On assiste premièrement à une fertilisation du sol via les fèces des poissons (ou via la décomposition des individus morts) d’où une réduction des besoins en engrais. Deuxièmement l’activité mécanique des poissons (par leur nage, leur recherche de nourriture dans le sol) induit la libération d’éléments nutritifs qui y sont fixés. Troisièmement par l’aération de la couche superficielle de la couche vaseuse aussi bien que de l’interface air/eau grâce aux mouvements effectués lorsqu'ils sont en quête de nourriture, ils favorisent le processus de décomposition aérobie, assurant ainsi la remise en circulation rapide d'éléments nutritifs. Enfin les poissons permettent un recyclage des éléments nutritifs en absorbant la biomasse photosynthétique ou les autres composantes de l’écosystème.

Toutes les variétés de riz peuvent théoriquement être employées en rizipisciculture. Toutefois, certaines se prêtent mieux que d’autres à cette production, et notamment des variétés qui endurent bien les eaux profondes (par opposition à celles préférant les eaux basses). De plus, il est nécessaire d’attendre que le riz soit bien établi avant l’empoissonnement, et d’adapter la taille des poissons avec celle des cultures : de petits alevins (environ 2,5 cm de long) peuvent être empoissonnés tout de suite après le repiquage sans risque de dommages pour les cultures, mais ce n’est pas le cas pour des poissons plus gros. Si l’on s’intéresse plus spécifiquement à l’action bénéfique du poisson sur la culture rizicole, il apparaît que ce dernier a une action non négligeable sur le cycle de l’azote. Il a ainsi été montré qu’une rizière empoissonnée a une plus grande capacité à produire et capturer l’azote, en comparaison avec un système en monoculture. De plus, les poissons participent à la conservation de l’azote en diminuant l’activité photosynthétique (par consommation de la biomasse aquatique photosynthétique et par augmentation de la turbidité) ce qui permet de garder un pH bas et de limiter la volatilisation de l’ammoniac. (Les pertes en azote estimées par volatilisation de l’ammoniac peuvent atteindre 60 % de l’azote appliqué en rizière.)

Par contre, les poissons ont une action contradictoire sur le cycle du phosphore. Ce dernier a souvent une action limitant la production rizicole. D’un côté, par leur action mécanique de fouille des fonds de rizières, les poissons augmentent la porosité du sol, donc la capture du phosphore par ce dernier et sa mise à disposition pour les plantes. D’un autre côté, les poissons consomment les oligochètes qui ont un rôle majeur dans l’augmentation de la porosité du sol. Leur action directe est donc très relative. Toutefois, le rejet de phosphore dans leurs excréments favorise l’enrichissement du sol (via la dégradation assurée par les oligochètes, les ostracodes et les larves de diptères). On peut donc conclure qu’ils ont une action limitée sur le phosphore.

Les poissons se nourrissent de certains prédateurs nuisibles pour le riz, comme les ampullaires dorées (Pomacea bridgesii) ou certaines mauvaises herbes. Enfin, les poissons peuvent contrôler les populations d’insectes qui détruisent les plants de riz lorsque ceux-ci tombent à l’eau (via les effets mécaniques naturels (vent) ou anthropiques (submersion des plants).

On estime en moyenne une augmentation des rendements rizicoles en système combiné de l’ordre de 10 %, mais elle s’accompagne d’une diminution de la surface cultivée pour mettre en place les infrastructures particulières à cette production. Finalement, les gains réels en production rizicole sont assez faibles, mais l’on dispose d’une production piscicole supplémentaire appréciable.

Aménagements

La mise en place technique de ce système à partir d’une rizière est assez simple. Ainsi il est nécessaire :

  • de créer un étang refuge destiné aux poissons en période de plantation, de récolte ou quand l’eau devient rare. La superficie de celui-ci représente 5 à 10 % de la surface totale de la rizière. Sa profondeur varie entre 60 et 80 cm et sa largeur de 1 à m. Il existe différentes dispositions des étangs refuges par rapport à la rizière. Aucun système n’est a priori préférable, il dépend principalement de l’environnement immédiat de la rizière et du choix de l’éleveur ;
  • de rehausser les diguettes sur le pourtour de la rizière, à la fois pour une meilleure gestion des eaux et pour éviter les fuites des poissons ; les matières d’excavation obtenues par la création de l’étang refuge peuvent être employées à ces fins. La plantation de légumes ou d’arbres fruitiers sur ces zones exondées permet de fertiliser la rizière ;
  • de mettre en place un système de régulation de la hauteur d’eau (entrée et sortie d’eau) qui protège également la rizière de l’entrée de prédateurs (grille à l’entrée) et de la fuite des poissons (grille à la sortie). L’inclinaison des grilles ainsi qu’un nettoyage régulier (chaque jour) permettent d’éviter à celles-ci de se boucher. Différents systèmes coexistent. L’emploi de tuyau en bambou, en bois ou en PVC pour l’alimentation est fréquente, mais l’entrée doit en être protégée. Très souvent, le déversement se fait par un simple trou dans la digue, protégé par un écran en bambou ou tout autre matériel. On peut ajouter une compostière dans l’étang, refuge qui servira à augmenter les apports en matière organique, favorisant le développement de nourriture naturelle pour les poissons via les réseaux trophiques de l’écosystème. Tous les types de débris végétaux et de matières d'origine animale peuvent ainsi entrer dans sa composition. De plus, sur les talus séparant les rizières, la culture d’arbres fruitiers peut se révéler d’un grand intérêt, les déchets fertilisants naturellement la rizière.

L’introduction des alevins ne se fait qu’après la plantation du riz. Le transport des alevins et l’empoissonnement doivent être réalisés avec le plus grand soin, les alevins étant particulièrement fragiles. Les méthodes de transport doivent donc être adaptées aux espèces (contenant, densité, renouvellement de l’eau selon la durée du transport, oxygénation, etc.). De même, les alevins sont très sensibles aux variations de température. Il faut donc préalablement mélanger doucement les eaux de la rizière avec celles utilisées pour le transport des alevins, jusqu’à l’équilibre des températures. On peut alors lâcher doucement les poissons, simplement en immergeant leur récipient de transport (les laissant sortir seuls). Après trois semaines environ, une fois les plantations bien établies, on laisse les poissons pénétrer dans les rizières. Des compléments alimentaires peuvent être ajoutés selon les conditions locales, les moyens mis en œuvre, les espèces utilisées, les rendements espérés, etc. Les poissons seront récupérés dans l’étang refuge après assèchement de la rizière.

Les espèces de poissons élevés en rizipisciculture sont choisies en fonction de la nourriture disponible dans la rizière, mais aussi de leur écologie, de la facilité à se procurer des alevins ou des besoins du marché. Par exemple, le Tilapia présente un rythme de croissance particulièrement élevé et se révèle peu exigeant quant aux conditions de vie. De plus, cette espèce se reproduit très facilement. Toutefois, la reproduction peut engendrer surpeuplement et faible croissance. En outre, certains fermiers n’aiment pas son goût et se plaignent du fait qu’il entre en compétition ou éloigne d’autres espèces plus désirables. Les Cyprinidés, comme la Carpe commune, ont une bonne qualité éco-biologique. De même que le Tilapia, cette dernière est peu exigeante sur la qualité de l’eau. Par contre, elle se révèle très sensible à la prédation. Le Barbeau argenté de Thaïlande présente généralement un taux de survie excellent en rizière où même de petits alevins s’adaptent parfaitement mais il tolère moins bien que les deux espèces précédentes de l’eau de mauvaise qualité. Il lui faut par ailleurs une eau suffisamment profonde et sans variations importantes pour avoir une bonne croissance.

Fonctionnement

Conclusions

Notes et références

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