Salut romain
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Le salut romain est un salut exécuté par le bras tendu en face de soi, avec la paume de la main dirigée vers le sol et les doigts serrés entre eux. Aucune source antique n'attestant de son usage sous l'antiquité romaine, le salut romain est considéré comme une reconstitution pseudohistorique popularisée sous la Révolution française qui se construit en s'inspirant fortement de la République romaine. Il est alors figuré par des peintres tels que Jacques-Louis David puis est largement repris dans d'autres œuvres néo-classiques, et trouve une importante postérité au cinéma dans les péplums.
Fin du XIXe siècle, cette signification républicaine du geste est reprise par Francis Bellamy avec le salut de Bellamy pour accompagner le serment d'allégeance au drapeau des États-Unis. Au début du XXe siècle, il devient un symbole de l'homme nouveau en accompagnant le serment olympique lors des Jeux olympiques. Parallèlement, Gabriele D'Annunzio fait brièvement de ce geste un symbole du nationalisme italien lors de la Régence italienne du Carnaro ; geste qui est repris par Benito Mussolini pour son parti fasciste et qui devient le salut fasciste.


Si le fait de lever un bras avec la paume ouverte vers l'avant est une forme de salut attestée couramment dans le monde méditerranéen durant l'Antiquité, ce geste de tendre le bras avec la paume vers le sol, comme pour faire un serment, ne se retrouve comme marque de salut dans aucun texte romain et aucune œuvre d'art romain que ce soit la monnaie, la sculpture ou la peinture. De fait, il est inconnu de la gestuelle des Romains, tant sous la République, que sous l'Empire[1],[2],[3]. Par exemple, dans l'un des monuments iconographiques les plus complets du militarisme et de l'impérialisme romains, la colonne de Trajan, construite à Rome en 113 après J.-C., il n'y a pas un seul geste qui s'apparente à un salut romain[1].
Des gestes bras tendus existent dans l'Antiquité, comme celui des hommes militaires puissants honorant leur troupe et la posture du harangueur mais ce ne sont pas des saluts romains[3]. Il existe aussi des représentations de gestes paume levée et coude plié, en signe de salutation - un peu comme une vague moderne[1]. Les militaires romains ont aussi pour habitude de se saluer en frappant le côté gauche de leur plastron ou lorica avec leur poing droit fermé [4]. Selon Giuseppe Antonio Borgese, ce geste était celui des esclaves qui ainsi montraient à leurs maîtres qu'ils étaient désarmés[5].
Une invention moderne liée à la Révolution française

Ce geste est inventé lors de la mode du retour à l'Antique au XVIIIe siècle, à l'époque de la Révolution française où les républicains révolutionnaires conçoivent leur politique comme une renaissance de la République romaine. Les tableaux du peintre français Jacques-Louis David en sont des exemples classiques avec le Serment du jeu de paume et surtout Le Serment des Horaces de 1785 qui montre les trois frères patriotes Horaces prêtant serment de défendre la république contre une attaque de la ville rivale d'Albe au début de l'histoire romaine. Plus tard en 1859, Jean-Léon Gérôme reprend ce geste dans son tableau Ave Caesar, morituri te salutant. Ainsi, l'art néoclassique français conduit à considérer cette forme de serment — et non de salut — comme un usage de la Rome antique[3],[1].
Parmi les occurrences ultérieures se trouvent un film de 1897 de 50 secondes produit par les Frères Lumière[3] et une sculpture de François Siccard, datant de 1921, qui se situe au Panthéon de Paris. Cette sculpture, intitulée La Convention nationale, conserve la signification républicaine française du salut romain — bien qu'elle soit postérieure de deux ans à l'adoption du salut par les fascistes italiens. Suivant l'exemple français, le salut est adopté par d'autres républiques, y compris par les États-Unis sous une forme initiée en 1893 à l'exposition universelle de Chicago qui prend le nom de salut de Bellamy[1].
Aux XXe et XXIe siècles, cette idée pseudohistorique de salut romain antique est perpétuée par nombres d'œuvres culturelles, notamment les péplums, dans le but de critiquer les pouvoirs autoritaires[3]. Au XXIe siècle, le salut romain est instrumentalisé par l'extrême-droite des pays occidentaux pour invalider les accusations de fascisme[3].
- Sculpture La Convention nationale de François Sicard au Panthéon de Paris, 1921.
Nationalisme italien

En Italie, le salut romain est dès le début du XXe siècle inextricablement associé à la politique nationaliste d'extrême droite. Le poète Gabriele D'Annunzio, profondément immergé dans les mondes de la Grèce et de la Rome antiques, écrit de nombreux poèmes et pièces de théâtre inspirés par ce thème dont un péplum muet en 1914, Cabiria, qu'il coscénarise. Se déroulant dans la Rome antique à l'époque de la deuxième guerre punique, le film offre de nombreuses occurrences du salut romain. Également militaire et nationaliste, D'Annunzio est à l'origine de la politisation du geste en 1919 à Rijeka, appelée Fiume en italien, une ville située sur la côte adriatique de la Croatie qui compte à l'époque une importante population italienne. D'Annunzio, avec une armée d'anciens combattants italiens de la première guerre mondiale, annexe la ville pour établir ce qu'il appelle la Régence du Carnaro. Au cours de la brève existence de cette cité-État, D'Annunzio établit un certain nombre de symboles et de gestes qu'il prétend dérivés de la Rome antique : cri de guerre alalà prétendument d'origine romaine, armée nommée légionnaires et salut romain, bras tendu pensé comme un symbole de serment. Selon l'historien Martin M. Winkler (de), D'Annunzio se serait modelé sur Jules César. Repris par Benito Mussolini quand il fonde le parti fasciste en 1919, le salut romain devient le salut fasciste[3],[1].



