Statue de Louis XIV (Caen)

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Statue de Louis XIV
Statue de Louis XIV, place Saint-Sauveur en 2025.
Présentation
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Coordonnées

La statue de Louis XIV située à Caen, dans le département du Calvados, en Normandie (France), est une œuvre du sculpteur Louis Petitot qui s'inscrit dans le courant néo-classique. Elle est installée en 1828 afin de montrer la fidélité de la ville au nouveau régime dans le contexte de la Restauration. Elle remplace une précédente statue de Louis XIV, érigée au XVIIe siècle sur la place Royale et détruite pendant la Révolution française.

Les différents emplacements de la statue :
1. Emplacement d'origine (1685-1791 ; 1828-1884) ;
2. Emplacement intermédiaire (1884-1961) ;
3. Deuxième emplacement intermédiaire (1961-2013) ;
4. Emplacement actuel (depuis 2013).

La statue est située depuis 1961 sur la place Saint-Sauveur[1], une des principales places du centre-ville ancien de Caen, réaménagée au XVIIIe siècle.

À l'origine, de 1828 à 1884, elle est située sur la place de la République, autre place importante du centre-ville. Cette ancienne place Royale date du XVIIe siècle.

De 1884 à 1961, elle se trouve devant le mur d'enceinte du lycée Malherbe, alors dans l'abbaye aux Hommes ; elle est située place Louis-Gillouard, dans l'axe de la place Fontette à l'avenue Albert-Sorel[2],[3].

Histoire

Première statue (disparue)

Gravure représentant la place Royale.
Une évocation de l'ancienne place Royale au XVIIe siècle, peu fidèle à la réalité, mais représentant l'importance de la statue dans l'architecture ordonnancée.

Dans les années 1630, la municipalité de Caen lance une importante opération d'urbanisme consistant à aménager une grande place carrée entourée de maisons construites en pierre de taille sur un alignement déterminé, typique de l'architecture ordonnancée[4]. Encouragée par Antoine Barrillon de Morangis, intendant de la généralité de Caen, la municipalité décide les 4 et de construire une statue de Louis XIV au centre de cette nouvelle place, dite place Royale (actuelle place de la République)[B 1].

Jean Postel commence une statue en pierre pour la ville de Rouen[B 2]. Mais le donateur qui doit financer la statue meurt. Jean Regnault de Segrais, échevin de Caen, achète alors la statue[B 1].

La statue est inaugurée le , jour de l'anniversaire du roi[B 1]. Cette inauguration est l'occasion de grandes festivités solennelles[B 3].

Nous ne possédons pas de représentation de cette statue mais seulement une description dans une brochure de 1685[B 2]. Haute de huit pieds (environ 2,64 mètres), elle reposait sur un piédestal de douze pieds de haut (environ 3,96 mètres). Le roi est représenté debout, le bras tendu dans un geste de commandement. Autour du piédestal, quatre figures tiennent les armes et la devise du monarque, mêlées à divers trophées (à l'image du tropaion antique). Des inscriptions en français et en latin sont gravées en lettres d'or sur quatre tables de marbre noir[B 4].

Les quatre inscriptions sont les suivantes :

  • sur la première face, un madrigal en français de Segrais :

« A cette auguste Majesté,
A cette héroïque fierté,
Reconnaissez, races futures,
Louis, Roy juste et conquérant.
L'histoire vous dira par quelle aventure
Il mérita le nom de Grand. »

  • sur la seconde face, à droite, un distique anonyme en latin :

« Magnus Cæsareæ Lodoix jure imperat urbi.
Fortuna, factis, pectore Cæsar adest.
 »

« Louis le Grand règne légitimement sur la ville de César[note 1]. Par la Fortune, par ses actes, César est présent en son cœur. »

« Civis opus, Patriusque lapis stat regia Magni

Principis effigies : publica cura fuit.
Sic memori saxo, Lodoix, tua credimus ora,

Duret ut æternum conditus Urbis amor. »

« Œuvre citoyenne et pierre ancestrale, l’effigie royale d’un Grand Prince se dresse [devant nous] : elle a été un souci public. Ainsi, avec cette pierre souvenir, Louis, nous croyons voir tes traits. Que l’amour de la ville ainsi fondé dure éternellement. »

  • sur la quatrième, une « inscription à l'antique » en latin de Charles de Ferrare du Tot[5], conseiller au Parlement de Normandie :

« LUDOVICO

TRIUMPHATIS HOSTIBUS, AUCTO IMPERIO
PACATO ORBE, VECTIGALIBUS REMISSIS,
PIO, FELICI,SEMPER AUGUSTO,
REGIS MAXIMI
DEVOTA MERITIS, SECURA VICTORIIS
ÆTERNÆ FIDEI MONUMENTUM,
UNO CORDE, MULTIPLICI NOMINE,
CIVITAS CADOMENSIS

POS. 1685. »

« À Louis,
pieux, heureux, toujours Auguste, roi très grand, les ennemis ayant été vaincus, l’empire agrandi, le monde pacifié, les impôts diminués, la ville de Caen, qui lui est redevable pour ses bienfaits, en sécurité grâce à ses victoire, a placé ce monument à la fidélité éternelle, d’un seul cœur, au nom de tous,
en 1685. »

Sculptée dans une pierre friable, la statue en pierre est très vite endommagée. En 1738, Charles-Gabriel Porée la décrit ainsi comme « défigurée et abîmée, et menacée de devenir bientôt un épouvantail »[B 2].

La statue est abattue lors de la Révolution française. Les destructeurs, probablement le club des Jacobins, font une première tentative dans la nuit du au , mais la garde est alertée et finalement seules les inscriptions sur le piédestal sont détruites[B 5]. Le lendemain, dans la nuit du au , la statue elle-même est définitivement renversée[1],[6],[B 5].

Statue actuelle

La création de l'œuvre et son installation sur la place Royale

En 1813, l'idée est lancée d'ériger une statue de François de Malherbe sur la place Malherbe. En 1816, Jean-Joseph Espercieux est pressenti pour cette commande pour laquelle l'État pourrait fournir le marbre. Toutefois, le projet est abandonné et à la place, la municipalité préfère faire ériger une nouvelle statue de Louis XIV pour montrer sa fidélité au nouveau régime dans le contexte de la Restauration[C 1]. Le projet prend douze ans à être réalisé[C 1].

Le , la ville décide officiellement d'élever une nouvelle statue « de proportions colossales » au centre de la place Royale[A 1],[B 6],[note 2]. Le , une ordonnance royale autorise la construction de la statue[C 2],[note 3]. Jean-Baptiste Philippe Harou est chargé d'établir le devis de la dépense du piédestal. Il dessine un croquis de la future statue. Il estime que Louis XIV doit être représenté « presque nu, vêtu à l'antique d'une robe qui faisait le buste à peu près découvert, la tête couronnée de lauriers, etc. »[B 6]. La municipalité envisage dans un premier temps de construire la statue en marbre[A 1], en espérant se faire financer par l'État[C 3], mais décide finalement en 1821 de la réaliser en bronze[A 1],[B 7], matériel plus adapté au climat normand et moins long à travailler[C 3]. Le gouvernement accepte finalement de financer le marbre pour le piédestal[C 3].

Plusieurs projets sont présentés : Louis Petitot ; James Pradier ; Claude Ramey et François-Joseph Bosio ; Louis Pierre Deseine[B 8],[C 4]. Le fondeur Auguste-Jean-Marie Carbonneaux propose une reproduction de la statue équestre de Louis XIV réalisée par François Joseph Bosio pour la place des Victoires[C 4]. Ce projet est jugé trop onéreux. La réalisation de la statue et de son piédestal est finalement confiée à Louis Petitot[B 8].

En , Petitot soumet un dessin et deux esquisses de la statue à l'Académie des beaux-arts[C 5]. Mais le projet met encore plusieurs années avant de se concrétiser. Ce n'est qu'en 1827 que la statue en bronze est fondue dans les ateliers de Charles Crozatier[B 9],[C 5].

Le , une première cérémonie est organisée pour le scellement du bloc de marbre formant le couronnement du piédestal[A 2] en présence de la dauphine de France, Marie-Thérèse de France[A 3],[B 8]. La statue en elle-même est présentée au Salon de 1827[8],[9],[C 5]. L'inauguration officielle de l'ensemble a lieu le [1],[B 10], jour du quatorzième anniversaire du retour de Louis XVIII en France[C 6]. Aucun membre de la famille royale n'est présent. Pour l'occasion, une médaille est commandée à Louis-Michel Petit[C 6], et Alphonse Le Flaguais rédige une ode[B 10]. Trois exemplaires en or sont offerts au roi, au dauphin et à la dauphine[C 6]. Soixante sont frappées en argent et trois cents en bronze[C 6]. L'œuvre est appréciée du pouvoir royal et elle a très probablement contribué à ce que Louis Petitot et Charles Crozatier reçoivent conjointement la Légion d'honneur en [C 7].

La statue est entourée à partir de 1829 d'une grille tantôt peinte, tantôt dorée[B 11],[C 5].

Lors des Trois Glorieuses en , l'œuvre, chargée de symboles monarchiques, est menacée. Mais finalement seules sont supprimées les fleurs de lys qui ornaient la statue[C 7].

La statue devant le lycée Malherbe (ancienne abbaye aux Hommes)

Le , le maire républicain de Caen, Albert Mériel, décide de faire déplacer la statue devant l'ancienne abbaye aux Hommes (alors occupée par le lycée Malherbe)[1],[6]. Ce transfert a pour but de permettre l'aménagement en square de la place, rebaptisée à la même occasion place de la République[11], mais également d'effacer le souvenir de toutes « les oppressions et des tyrannies » imputées à la monarchie[12]. Le projet provoque un scandale qui dépasse les limites de la capitale bas-normande ; la presse parisienne s'en fait les échos et même The Times participe à la polémique[B 12]. Les travaux sur la place ont lieu du au . La statue est un temps déposée dans la cour du palais Fontette, avant d'être placée sur son piédestal, place du Parc (actuelle place Louis-Guillouard), le suivant[B 12].

Lors de l'Occupation, les forces allemandes exigent en la mobilisation des métaux non ferreux. La loi du relative à l'enlèvement des statues et monuments métalliques en vue de la refonte prévoit que « sera procédé à l'enlèvement des statues et monuments en alliage cuivreux sis dans les lieux publics et dans les lieux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique »[D 1],[13]. Son déboulonnage en vue de sa fonte est donc envisagé sous le régime de Vichy. Cependant, l'œuvre est conservée, non pour son caractère artistique, jugé faible par la commission d'examen, mais pour son intérêt historique[D 2],[note 4].

La statue sur la place Saint-Sauveur

En 1953, la grille entourant le monument, détériorée par un autocar, est supprimée[14]. En , la ville de Caen achète à l'État l'ancienne abbaye aux Hommes afin de la transformer en hôtel de ville[15]. Le projet de restauration prévoit de réaménager la cour de l'ancien lycée en jardin à la française ouvert sur la ville (actuelle esplanade Jean-Marie Louvel). Dans le cadre de ce projet, le mur qui clôture la cour est démoli et la statue de Louis XIV est transférée sur la place Saint-Sauveur, le [C 5],[16]. La statue et son piédestal sont installés à l'emplacement d'une statue de François de Malherbe[note 5], dressée en 1953 sur le piédestal où se trouvait jusqu'en 1942 la statue de Léonce Élie de Beaumont, réalisée par Louis Rochet en 1875 et déboulonnée sous le régime de Vichy pour être fondue[1],[C 5].

La statue et son socle sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du [6]. Au début des années 2010, la place Saint-Sauveur est réaménagée en vue de sa piétonisation. La statue de Louis XIV est retirée le pour être restaurée[17],[18],[note 6]. Cette restauration permet de redonner de la lisibilité aux détails iconographiques[C 5]. La direction régionale des Affaires culturelles envisage un temps de remplacer le piédestal en marbre, pourtant protégé par l'arrêté d'inscription, par un nouveau socle en plexiglas réalisé par un artiste plasticien[20],[21]. La statue est finalement replacée le sur son socle d'origine, mais à quelques mètres à l'ouest de son emplacement d'origine[22]. Les trois marches sur lesquels reposaient le piédestal et la statue, qui existaient depuis 1828, sont supprimées[C 5].

Protection

Le , un arrêté inscrit au titre des monuments historiques l'ensemble du monument (la statue et son socle), ainsi que la statue de Bertrand du Guesclin, sur la place Saint-Martin[6].

Description

Notes et références

Voir aussi

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