Thierry Girard

From Wikipedia, the free encyclopedia

Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (74 ans)
NantesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Thierry Girard
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (74 ans)
NantesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
Site web
Distinction

Thierry Girard, né le à Nantes, est un photographe français, dont l'œuvre se développe depuis la fin des années 1970. Il a construit son travail à partir de la question de l'itinéraire et du parcours, poursuivant une réflexion sur la représentation artistique des paysages urbains et périurbains.

En 1984, son travail est récompensé par l'attribution du prix Niépce, qui couronne un début de carrière prometteur et qui lui vaut d'exposer dans l'ancien Palais de Tokyo, à l'époque où Robert Delpire y présentait les expositions du Centre national de la photographie.

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris en 1974, Thierry Girard quitte la voie toute tracée qui s'ouvrait devant lui après l'obtention de son diplôme pour emprunter des chemins de traverse.

Il commence à photographier, à partir de 1976, après avoir notamment découvert le travail photographique de Robert Frank. Il part alors en Angleterre se confronter avec l'East End de Londres.

Au début des années 1980, il s'efforce de mettre en place les codes esthétiques d'une photographie très influencée par les américains Walker Evans, ou Lee Friedlander, à mi-chemin entre le style documentaire et une vision plus personnelle, qui traduit sa propre interprétation du monde. Il photographie beaucoup dans le Nord de la France. Cette époque a été importante sur le plan de l'apprentissage de l'image, et lui a permis de concevoir une méthode de travail sur laquelle il va appuyer son œuvre à partir de Frontières (1984-1985). C'est aussi la période où il obtient ses premières commandes, dont l'une à Zuydcoote lui permet de publier son premier livre, Far-Westhoek en 1982.

Après avoir commencé par la photographie de reportage, en noir et blanc et au Leica, dans la grande tradition du photojournalisme et de la street photography, Thierry Girard abandonne au milieu des années 1980 cette approche « documentaire » pour s'intéresser davantage au paysage. Il abandonne progressivement le 24 x 36 mm (petit format) et son Leica pour travailler, toujours en noir et blanc, en moyen format (6 x 6 cm, 6 x 7 cm).

Vers le milieu des années 1990, la couleur commence à apparaître dans son œuvre.

Il entreprend alors une exploration du paysage, parfois à pied (au cours de marches photographiques qui accentuent le côté poétique de son travail), mais le plus souvent en construisant des itinéraires, dont le fil conducteur peut être géographique, mais également faire référence à des prétextes littéraires ou artistiques : Jaillissement & Dissolution, un voyage le long du Danube de Claudio Magris, La Route du Tōkaidō, au Japon en référence à Hiroshige ou La Grande Diagonale en Chine sur les traces de Victor Segalen[1]).

Ces itinéraires sont autant de prétextes à une quête intérieure, à la recherche de « signes » qu'il va capter dans une interprétation très personnelle de l'espace. D'un projet à l'autre, il y a toujours une évolution, une remise en question, une prise de risques. Sa vision s'est peu à peu dépouillée au point de devenir, au début des années 1990, très minimaliste et de traduire une poétique de l'espace nourrie par les notions de limite, de seuil, de franchissement. Cela deviendra une constante dans son travail, constante qu'il saura renouveler dans ses projets de la fin de la décennie et des années 2000 au Japon, en Chine, et, en 2010-2011, en Inde par l'introduction de la couleur, le retour à un paysage plus urbain et contemporain, et la réintroduction de l'élément humain.

C'est au Japon, en réalisant son projet sur La Route du Tôkaidô que Thierry Girard retrouve le fil perdu de la street photography, renouant par là-même avec ce qui avait fondé son rapport au monde à travers la photographie, trouvant un équilibre entre un travail strict sur le paysage et des « situations » (y compris les portraits) qu'il souhaitait réinstaller à part entière dans sa photographie. « Situations urbaines », c’est peut-être le terme le plus approprié pour cerner le rapport de Thierry Girard à la street photography. Ces concepts, qu'il continue d'utiliser dans sa photographie actuelle (où la question du portrait devient par ailleurs de plus en plus prégnante), le ramènent vers une photographie plus documentaire, où le regard se fait plus intellectuel, plus analytique, plus distancié. Il en résulte malgré tout des images parfois énigmatiques, qu'il relie entre elles par ce fil conducteur/prétexte de l'itinéraire.

En août 2011, il retourne au Japon, à l'invitation de l'Institut français de Tokyo, pour photographier les paysages dévastés dans le Tōhoku et réaliser des portraits des survivants six mois après la triple catastrophe (tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire) qui a frappé le nord du Japon le [2]. Avec une approche à la fois empathique et distanciée, sans pour autant négliger un certain nombre de vues incontournables qui montrent l'extrême violence du phénomène, Thierry Girard réinscrit le paysage de la catastrophe dans une vision plus large du paysage du Japon. Une exposition de ce travail, intitulée Après le fracas et le silence est présentée dès le mois de novembre à Fukuoka et à Tokyo. Il retourne au nord du Japon en pour photographier plus précisément la ville de Kamaishi qui a été très touchée par le tsunami de 2011. Ce travail est présenté en au musée Gassendi à Digne-les-Bains, ville jumelée avec Kamaishi.

En 2011, une résidence d'artiste à Thouars (Deux-Sèvres) lui permet de renouveler son vocabulaire esthétique à travers le projet intitulé « Arcadia revisitée. » Ce travail singulier l'amène à questionner et reconsidérer certaines approches de la photographie de paysage. Son travail le plus récent, « Un Printemps à Surgères », réalisé en 2013, en est le prolongement.

Thierry Girard retourne en 2015 au Japon pour travailler sur une ligne de train dans le Kyushu et sur une ligne de métro à Tokyo, tout en terminant une résidence d’artiste dans les Ardennes à l'invitation du musée de la Chasse et de la Nature à Paris. Ce dernier travail, intitulé « Salle des fêtes », a fait l’objet, à l'automne 2016, d'une exposition au musée de l'Ardenne à Charleville-Mézières.

À l'automne 2015, il entame un travail sur les paysages traversés à l'automne 1944, après la libération de Paris, par la 2e division blindée du général Leclerc, tout au long du parcours de la campagne victorieuse de celle-ci à travers l'est de la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à la libération de Strasbourg, le . Ce travail est exposé à l'automne 2016 dans la salle Konrad Adenauer du Mémorial Charles-de-Gaulle, à Colombey-les-Deux-Églises[3] sous le titre Une campagne victorieuse.

En 2017, il commence un long projet Retour vers le Nord, qui l'amène à se retourner sur son propre parcours, trente-cinq ans après les photographies qu'il avait prises entre 1977 et 1985 dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Une première étape de ce nouveau travail est exposée en 2018 au Centre historique minier de Lewarde[4]. À l'issue d'une seconde résidence d'artiste effectuée en 2018-2019, il présente la synthèse de ses deux résidences sur le bassin minier ainsi qu'une large sélection de photographies en noir et blanc prises dans les années 1980, à la Maison de l'Ingénieur de la Cité des Électriciens à Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais). À cette occasion est publié aux éditions Light Motiv le livre Le Monde d'après.

En janvier 2019, il publie aux Éditions Loco, sous le titre Paysage Temps - 20 ans d'observation d'une ruralité française, la synthèse de 20 ans d'observatoire photographique du paysage[note 1] sur le territoire du parc naturel régional des Vosges du Nord[5], un travail de commande entrepris en (avec une interruption de trois années entre 2006 et 2009), qui regroupe des photographies choisies — au-delà de leur caractère documentaire — pour leur valeur esthétique, l'ensemble, comme le souligne Raphaële Bertho, dans le texte Entre l'attestation du paraître et la possibilité de l'être publié dans le livre, faisant œuvre au même titre que les autres projets personnels du photographe[6].

En mai 2019, dans le cadre de la commémoration officielle du centenaire de la disparition de Victor Segalen, Thierry Girard présente le travail qu'il a effectué en Chine en suivant La Grande Diagonale sur les traces de Segalen[7], au musée des Beaux-Arts de Brest et au festival Photos en Poésie de Landivisiau.

En , il présente à Iași en Roumanie un travail intitulé « Iași, dérives urbaines » qu'il a réalisé dans le cadre de la saison franco-roumaine organisée par l'Institut français.

En novembre-décembre 2021, Thierry Girard effectue une résidence d’artiste à Campeche[8], capitale de l'État de Campeche, dans la péninsule du Yucatan, dans le Sud du Mexique. Cette commande passée dans le cadre d'une coopération entre la communauté d'agglomération de La Rochelle et l'État de Campeche sur la thématique de la ville durable, l'a amené à s'intéresser aux enjeux de la protection du centre historique de Campeche, dont les trésors architecturaux ont été classés au patrimoine mondial de l'UNESCO.

En 2023-2024, il revient sur le territoire de Dunkerque — où en 1982 une résidence d'artiste de cinq mois lui avait permis de réaliser son premier projet et son premier livre Far-Westhoek — et revisite, quarante ans après, ces lieux familiers avec une démarche profondément humaniste. Ce nouveau projet, intitulé « Les Lieux de l'affect » interroge les liens intimes qui unissent les êtres humains à leur territoire et invite à repenser la relation que ceux-ci entretiennent avec l'espace dans lequel ils vivent à travers l'émotion, l'intime et le partage. Ce nouveau travail est exposé de janvier à avril 2025 au centre culturel Le Château Coquelle à Rosendaël, ancienne commune du département du Nord, dans l'agglomération de Dunkerque, dont elle constitue depuis 1972 l'un des quartiers.

Démarche artistique et commentaires

Reconnu comme un photographe de paysage, notamment grâce à ses itinéraires, ses longs périples, ses marches photographiques ou ses dérives urbaines aux États-Unis, en Chine, au Japon, en Inde, dans de nombreux pays en Europe, et bien sûr en France, Thierry Girard s'intéresse plus particulièrement à des territoires dont il va fouiller l'épaisseur et les histoires et choisit des itinéraires qui ont une histoire, une référence littéraire, artistique, culturelle. Il a ainsi travaillé sur les Ardennes de Rimbaud, effectué un tour de la Méditerranée sur les traces d'Ulysse, suivi un parcours d'après Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō d'Hiroshige au Japon ou parcouru la Chine, lors de trois Voyages au pays du réel, en suivant la grande diagonale du nord-est au sud-ouest empruntée par la mission archéologique de Victor Segalen en 1913-1914.

Dans sa démarche, il choisit des protocoles précis de prise de vue et s'impose des contraintes — comme celle de suivre un itinéraire en lien avec des références culturelles, artistiques ou littéraires ou celle du choix du mode opératoire de prise de vue. C'est une manière pour lui de renouveler le regard qu'il porte sur les sites qu'il photographie, qui ne sont souvent pas des territoires qui « valent le détour », selon la formule employée dans les guides touristiques. Sa démarche est d'ailleurs abondamment citée par l'universitaire Danièle Méaux, dans son article « L'OUvroir de PAYsage POtentiel »[9].

Thierry Girard explique sa démarche artistique, les protocoles et les contraintes qu'il a mis en place pour le travail qu'il mène depuis 1997 pour l'Observatoire photographique du paysage des Vosges du Nord :

« Pour ma part, j'ai vite compris combien l'exigence et les contraintes générées par un tel protocole allaient plus tard influer et nourrir mes autres travaux sur le paysage. Pas dans l'immédiat, mais au fil du temps, lorsque j'ai réussi à dépasser le poids de la contrainte pour m'approprier pleinement la dimension esthétique de ce travail [10]. »

À propos de son travail, il écrit :

« Mon travail photographique peut se définir ainsi : une expérience de la traversée du monde qui s’articule en une sorte de tension dialectique entre le déplacement géographique et le voyage intérieur[11]. »

Agathe Gaillard, sa galeriste[12], dit à propos de ses photos : « Il photographie le paysage tel qu'il se présente, tel que nous le faisons en y vivant, sans fard, sans conventions de pittoresque. Et paradoxalement, grâce à son talent magique, la France est telle que nous l'aimons le plus. Nous avons dans nos souvenirs, notre inconscient même, liés à ces photos, des sensations de bonheur. Ces images froides deviennent très affectives et une vraie grande beauté apparaît. »

En , dans un texte de présentation de son travail à l'occasion de l'exposition « Histoire de limites » à la galerie Agathe Gaillard, Thierry Girard exprime ainsi son approche photographique :

« Dans la grande tradition documentaire à laquelle je me réfère (d’Eugène Atget à Thomas Struth, en passant par Walker Evans, Lee Friedlander ou Robert Adams, sans écarter non plus les citations picturales et les "tableaux documentaires" d’un Jeff Wall), mon principe est de photographier la simple réalité des choses avec une certaine distance et une certaine neutralité. »

En 2019, Fabien Ribery rejoint cette opinion du photographe, lorsqu'il fait remarquer : « Il y a chez Thierry Girard, qu'on regarde trop souvent comme un artiste proche des conceptuels, un goût de la chair du monde qui est à la fois fraternité et distance critique[13]. »

À propos d'un travail regroupant des portraits et des paysages, Guy Tortosa écrit : « Les photographies de Thierry Girard sont des bulletins de cette météorologie du corps et de l’âme de notre société. Profondément humanistes, elles hésitent entre empathie et constat, proximité et inventaire. Le plus souvent, les habitants sont absents des lieux (villages, prés, bois, chemins, etc.) qu’il photographie. L’abandon en constitue le principal sujet. Ici c’est sensiblement différent. Des rencontres ont eu lieu. On pense au réalisme de Courbet, de Zola, d’August Sander, de Bernanos, de Straub et Huillet, ou de Raymond Depardon. La marche habituelle de l’artiste s’est simplement muée en entrevue. Y eut-il rencontre ? On ne sait. Seule chose certaine, ce que disent ces portraits est ce que disaient déjà les paysages : le pays est comme l’homme, présent à son absence. »

Dans un entretien avec Jean Desmaison, publié en , Thierry Girard déclare : « Quant à l'esprit de mon travail, ce qui est somme toute le plus important, je me sens d'abord l'héritier d'une tradition photographique qui est celle de la photographie documentaire américaine[14]. »

L'éditeur Eric Cez, des éditions Loco, à propos de l'ouvrage Par les forêts, les villes et les villages, le long des voies et des chemins… qu'il a publié en 2021, observe : « La construction photographique d'un territoire selon Thierry Girard s'est souvent constituée autour d'un parcours que peut représenter la ligne d'un point à un autre, qu'elle soit imaginée ou bien réelle à l'instar des lignes de métro au Japon avec "Yamanote" et "Tenjin" que le photographe suit de station en station. Cette ligne peut être historique, comme lorsque Thierry Girard reprend, géographiquement parlant, l'avancée conquérante de la 2e DB du général Leclerc lui permettant ainsi une traversée du paysage de l'Est de la France jusqu'à Strasbourg, point d’arrivée et de libération de la ville. Pour le dernier travail réalisé, le photographe parcourt plusieurs voies possibles pour arriver au Lion de Belfort, traversant paysages ruraux et urbains, rencontrant des personnages. »

À propos de sa démarche, dans un entretien avec Antoine Zabajewski publié en , Thierry Girard exprime ce qui le motive lorsqu'il photographie et définit ainsi le regard qu'il porte sur le monde :

« Je ne cherche pas le beau pour le beau, j'essaye de faire des photos intelligentes, qui ont du sens, qui ont de l'épaisseur et qui peuvent peu ou prou s'inscrire dans la mémoire de celui qui regarde. Je ne suis pas indifférent à l'idée qu'il y ait du plaisir à regarder mes photos, bien au contraire, je ne cache pas non plus qu'il y a parfois un peu d'ironie et d'humour. Je ne photographie guère de paysages majestueux ou grandiloquents : je cherche la beauté des paysages vernaculaires et des paysages simples, y compris de nature. Comme je cherche la beauté, la vérité dirais-je, des gens ordinaires, sans triche et sans fard, mais avec respect[15]. »

Dans la préface de la réédition en 2026 du premier livre de Thierry Girard « Far Westhoek » publié en 1982, le photographe et écrivain Arnaud Claass exprime ce que ce que l'on peut ressentir en revisitant cette œuvre de jeunesse  :

« À mon sens, Far-Westhoek représente à la fois la prégnance d'une culture artistique complexe et la brillante réussite de son dépassement. […] C’est donc ce territoire du Westhoek, extrémité ouest de la région, qui est l’objet d’une assomption photographique, caractérisée par un mélange d’inquiétude et de fausse banalité, de rudesse laborieuse et de truculence populaire, contexte autour duquel rôdent de puissantes forces naturelles (le vent, la mer, les dunes). »

Récompenses et distinctions

Outre le Prix Niépce, qu'il a obtenu en 1984, Thierry Girard a été lauréat de la Villa Médicis hors les murs en 1985, de la bourse Léonard-de-Vinci en 1989 et de la Villa Kujoyama au Japon, où il a séjourné quatre mois en 1997, pour réaliser son projet La Route du Tôkaidô, inspiré par Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō d'Hiroshige.

Il a reçu des aides à la création du ministère de la Culture en 1983, 1990 et 1998, a bénéficié d'une commande publique du Fonds national d'art contemporain en 2002, ainsi qu'une aide à l'écriture du Centre national du livre en 2000 pour son projet D'une mer, l'autre.

Expositions

Le travail de Thierry Girard est régulièrement exposé en France et à l'étranger et ses photographies sont présentes dans les grandes collections publiques et privées.

En 2005, ses photographies de Guadeloupe, du Mont Saint-Michel et de Dunkerque, réalisées spécialement pour l'occasion, sont exposées à l'entrée du Pavillon français de l' Exposition universelle d'Aichi au Japon.

En 2006, il est l'un des photographes exposés dans le cadre de l'exposition Les Peintres de la vie moderne au Centre Georges Pompidou, à Paris.

En avril 2011, son travail Women in Shanghai est exposé pour la première fois dans le cadre du Caochangdi Photospring Festival à Pékin.

Expositions personnelles (sélection)


Expositions collectives (sélection)

Livres

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI