Uraniens (courant poétique)

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Uraniens ((en) Uranians) est un terme littéraire qui définit à la fois un courant et un groupe très informel de poètes et d'essayistes émergeant durant le dernier tiers du XIXe siècle, d'abord en Angleterre, puis aux États-Unis, et qui plaçaient l'exaltation de la pédérastie de la Grèce antique au centre de leurs productions textuelles et esthétiques. Véritable sub-culture qui perdure jusque dans les années 1930, elle caractérise en partie l'esthétisme et le décadentisme fin de siècle et fait des émules, entre autres, en Allemagne, en France et en Italie.

Détail d'une céramique à figures rouges (Attique, 450 avant notre ère) figurant l'éraste (amant) embrassant son éromène (aimé) (Musée du Louvre).
Edgar Degas, Jeunes spartiates s'exerçant (huile sur toile, 1860), Londres, National Gallery.

Le terme « uraniens » est la traduction du mot anglais uranians : c'est l'essayiste britannique John Addington Symonds qui, entre autres, l'utilise le premier (A Problem in Modern Ethics, Londres, 1891), en faisant référence aux travaux du juriste hanovrien Karl Heinrich Ulrichs, qui avait publié en 1864-1865, sous le pseudonyme de « Numa Numantius », et dans un premier temps, cinq brochures ayant pour titre général Räthsel der mannmännlichen Liebe L'Énigme de l'amour entre les hommes »). En s'inspirant du discours de Pausanias dans le Banquet de Platon (chap. 8 et 9) sur l'Aphrodite Ourania (la fille d'Uranus), Ulrichs forgea l'adjectif allemand « Urning » (« uranien »). L'« uranien » est, selon Ulrichs, l'homme, qui, possédant une âme féminine, est attiré par d'autres hommes ; ce terme est aujourd'hui devenu désuet[1].

En réalité, la plupart de ces poètes, que l'on qualifiera plus tard d'uraniens, ne se revendiquaient pas des travaux d'Ulrichs, bien au contraire : ils voyaient dans le corps des jeunes hommes — et non dans celui des enfants — un idéal de beauté classique — en référence au kouros et à l'éphébie grecs —, idéal qui, en l'occurrence, s'était répandu en Europe dès la fin du XVIIIe siècle, en lien avec le romantisme, à travers de nombreuses représentations graphiques, comme en témoigne certains aspects de la peinture néoclassique. Les Uraniens étaient épris de culture gréco-latine. Bien que leurs productions poétiques possèdent une connotation homoérotique à peine voilée, ils ne pouvaient faire de façon explicite l'apologie des relations sexuelles entre hommes, sans tomber sous le coup d'un dispositif juridique : dans l'Angleterre victorienne, ce que nous appelons de nos jours l'homosexualité, renvoyait à la sodomie, laquelle, jamais nommée, était qualifiée d’« immorality act », un crime puni d'emprisonnement. Il en fut de même en Allemagne, après 1871, avec le paragraphe 175. La France, elle, condamnait l'outrage aux bonnes mœurs et l'« incitation à la débauche ». C'est pourquoi les Uraniens tenaient à demeurer dans la clandestinité, à maintenir relativement secrets, voilés, cryptés, leurs désirs, et s'opposèrent aux revendications politiques et sociales d'Ulrichs — vu aujourd'hui comme l'un des pionniers du mouvement LGBT[2].

Une poésie formellement classique

Les écrits des poètes uranistes se caractérisent par une représentation idéalisée de l'histoire de la Grèce antique et des relations homoérotiques entre adolescents masculins, et entre adolescents et hommes adultes, ainsi que par un style classique dans les formes employées pour la compositions des vers. Les poètes uranistes ont tenté de faire revivre l’idéal grec de pédérastie, sans grand succès — sur le plan commercial, leurs productions sont achetées par une niche de lecteurs, assez discrets –, en pleine époque victorienne.

Des personnalités très variées

Notes et références

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