Wilgie Mia
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| Ressources | |
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| Exploitant | |
| Ouverture |
Exploitation par les Aborigènes depuis 27 000 à 50 000 ans (toujours en activité, usage cérémoniel et artisanal) |
| Profondeur |
40 m |
| Patrimonialité |
Région inscrite au patrimoine national australien |
| Pays | |
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| Région | |
| Commune | |
| Coordonnées |
Wiglie Mia, aussi appelée Thuwarri Thaa (« le trou d'ocre rouge »), est la plus grande mine d'ocre australienne connue, située dans la chaîne de Weld en Australie-Occidentale. Exploitée par le peuple aborigène Wajarri (en) depuis des millénaires, elle constitue un site sacré lié au récit ancestral du Marlu (kangourou roux). L'ocre rouge extraite, réputée pour sa pureté et son éclat métallique, alimentait autrefois un vaste réseau d’échanges couvrant une grande partie du continent.
Exclusivement réservée aux hommes initiés, elle est aujourd'hui reconnue pour son importance archéologique, culturelle et spirituelle et est protégée depuis 1973 au titre du Aboriginal Heritage Act (en). Elle a été placée en 2017-2018 sous possession exclusive du peuple Wajarri et reste aujourd'hui un lieu culturel vivant où l'ocre est toujours extraite et utilisée pour les cérémonies traditionnelles.
Le nom Wiglie Mia vient de la langue wajarri (en) et associe :
- Wilgie (aussi transcrit en wilgy, wiji, wigi, wijili) : dans plusieurs langues aborigènes de la région, des sons similaires désignent la couleur rouge ou la terre colorée. L'interprétation globale serait donc « ocre » ou « terre rouge »
- Mia (aussi transcrit en maa, mya) : ce terme est utilisé dans plusieurs langues aborigènes d'Australie-Occidentale pour indiquer un lieu spécifique ou un site où l'on récolte quelque chose (carrière, point d'eau, bosquet, plage). L'interprétation globale serait donc « lieu », « site » ou « carrière ».
La traduction la plus directe de Wilgie Mia est donc « lieu de l'ocre rouge ».
Description et géologie
Le site de Wilgie Mia se trouve à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Cue[1], dans une région désertique et reculée de l'Australie-Occidentale. Le paysage environnant est caractérisé par un climat aride avec des variations de température importantes et des précipitations annuelles moyennes faibles (environ 200 mm). La végétation se limite principalement au mulga (acacia aneura), un grand arbuste adapté aux conditions désertiques. La mine est située dans la chaîne de montagnes de Weld, constituée de jaspes et de schistes, des roches très riches en fer. L'ocre rouge résulte d'une imprégnation du schiste par l'oxyde de fer. Le sol environnant, principalement composé de terres rouges et caillouteuses riches en hématite, confère à l'ocre de Wilgie Mia son aspect sombre et son éclat métallique caractéristique[2].
L'entrée de la mine est située derrière un monticule de terre ocreuse accumulé au fil des siècles[3]. Wilgie Mia elle-même est une cavité naturelle qui a été élargie par les Aborigènes au fil des excavations[2]. Elle comprend une chambre principale à plus de 40 mètres sous terre aux parois rouges et pourpres et de nombreux passages étroits creusés en suivant les filons d'ocre. D'autres sources d'ocre importantes existent en Australie, comme Pukardu, Karrku et Toolumbunner, mais Wilgie Mia se distingue par son échelle immense[4], étant la plus grande et la plus profonde des mines d'ocre souterraines du continent[5].
Une autre mine d'ocre plus petite nommée Little Wilgie Mia est située à seulement 3 km de Wilgie Mia et présente des caractéristiques distinctes. Constituée d'une série d'abris sous roche, elle est considérée par les traditions orales wajarri (en) comme la plus ancienne des deux mines et son accès était ouvert à tous, hommes, femmes et enfants[4]. La région comprend également le « lieu de repos du Marlu », qui fait partie intégrante du complexe culturel et sacré pour le peuple Wajarri[5]. L'ensemble de la zone fait 45 hectares[1].
Importance culturelle et spirituelle
Wilgie Mia est profondément enracinée dans la spiritualité aborigène wajarri et est lié à un récit originel dans lequel l'être ancestral, le Marlu (kangourou roux), aurait donné naissance à la mine[6]. Selon la tradition, un kangourou roux géant, blessé près de la côte[5] par un esprit maléfique, le Mondong[3], a traversé le pays en saignant. Il en a perdu une grande quantité à Little Wilgie Mia avant de mourir à Wilgie Mia et son sang aurait formé le vaste gisement d'ocre rouge. Les différentes couleurs d'ocre correspondent ainsi à des parties distinctes du corps du Marlu[5] : le rouge représente le « sang du Marlu »[6], le jaune représente son foie et le vert sa vésicule biliaire[5], ce qui lui conférait une valeur sacrée particulière. Le lieu serait gardé par l'esprit Mondong qui a tué le Marlu et son rôle serait de réguler le comportement des personnes sur le site[6].
Selon la coutume, Wilgie Mia est un site exclusivement réservé aux hommes, avec un accès contrôlé par des rituels ancestraux. Seuls trois guérisseurs de la tribu avaient traditionnellement le droit d'entrer dans la mine (à la mort de l'un d'eux, un successeur était initié aux mystères du lieu) et des cairns de pierre marquaient les limites de la zone sacrée, interdite aux non-initiés[3].
Le site illustre également l'importance de l'ocre dans les sociétés traditionnelles mondiales, son utilisation étant considérée comme un trait caractéristique du comportement humain moderne, avec des preuves d'utilisation remontant à au moins 42 000 ans, comme en témoigne la sépulture de l'« Homme de Mungo »[5].