Église Saint-Pierre de Senlis

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Salle polyvalente
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Église Saint-Pierre de Senlis
Vue depuis la place Saint-Pierre
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L'église Saint-Pierre est une ancienne église catholique située à Senlis (Oise), en France[1]. Elle a été désacralisée à la Révolution et connut différentes affectations, notamment celle de marché couvert. Salle polyvalente municipale depuis 1979, elle a été fermée au public en 2009 en raison de son mauvais état, puis rouverte en mai 2017 après huit années de travaux[2].

Vue depuis le palais épiscopal, à l'ouest.

L'ancienne église est située en région Hauts-de-France, dans le sud du département de l'Oise, dans la ville de Senlis, à la limite nord-est du centre-ville médiéval. La façade occidentale donne sur la place Saint-Pierre, qui est un site inscrit par arrêté du [3]. Cette place correspond à une partie de l'ancien cimetière Saint-Pierre, et regarde, côté ouest, sur le jardin de l'ancien évêché. Celui-ci abrite le musée d'art et d'archéologie de Senlis. Le bâtiment dont l'une des ailes est établie presque sur la même ligne que la façade, et dont l'autre aile, en retour d'équerre, ferme la place au sud, est l'ancien séminaire du diocèse de Senlis. Il fut construit au XVIIe siècle à l'emplacement du presbytère Saint-Pierre. Ce bâtiment est inscrit monument historique[4] et accueille aujourd'hui la bibliothèque municipale. Un étroit passage relie la place Saint-Pierre à l'avenue du général Leclerc, qui arrive depuis le sud (carrefour avec la rue Bellon), longe l'autre côté de la bibliothèque, puis dévie vers l'est au niveau du clocher de l'église, passe le long du croisillon sud et du chœur, et s'éloigne vers le nord-est. L'espace compris entre le bas-côté sud l'église et la rue sert de parking. L'espace compris entre le chevet et la rue est aménagé en espace vert. Une ruelle permet de regagner la place Saint-Pierre en longeant l'élévation nord de l'église. Elle offre une vue sur le clocher nord du dernier quart du XIe siècle. Sa limite nord correspond à l'enceinte de Philippe-Auguste[5].

Historique

L'histoire de la paroisse

La façade occidentale avant la restauration des années 2010.

La paroisse Saint-Pierre est vraisemblablement la deuxième ou troisième paroisse de Senlis fondée en dehors de l'enceinte gallo-romaine, au même titre que Saint-Aignan, et après Saint-Pierre-et-Saint-Paul, devenue Saint-Rieul après la mort du premier évêque de Senlis, et dite aussi Saint-Pierre-et-Saint-Rieul avant la fondation de la paroisse Saint-Pierre[6]. Celle-ci semble constituer un démembrement de Saint-Rieul. Il faut donc se tenir aux découvertes archéologiques. En 1977/78, l'église Saint-Pierre a fait l'objet d'une fouille assez exhaustive sur le secteur occupé par l'église primitive (voir le chapitre ci-dessous), mais si l'on connaît maintenant son plan, les archéologues n'ont pas non plus pu déterminer la date approximative d'une première occupation par un lieu de culte chrétien, et retiennent d'une manière assez aléatoire l'année 1029. La paroisse Saint-Pierre est importante[7], peut-être la plus importante de Senlis en nombre d'habitants, sachant que la paroisse de la cathédrale Notre-Dame se limite au périmètre de la cité épiscopale et du quartier canonial. En 1232, la chapelle Saint-Étienne, dans le faubourg du même nom, à l'est de la ville, est érigée en paroisse pour décharger Saint-Pierre[8]. Mais cette paroisse se limite à la rue de la Bretonnerie (en partie) et le hameau de Villemétrie[9].

Ce qu'il reste comme témoignages de la vie paroissiale à partir du XIVe siècle ne sont que quelques feuillets des livres de comptes et recettes, qui fournissent des indices intéressants sur les usages et traditions de l'époque. L'abbé Eugène Müller en cite des extraits : « 1342. De la maison des béguines pour le terme de Pâques une quarte [deux pintes] d'huille. — Jehan de Faingne a porté le bâton de Saint-Pierre. — 1343. Pour la procession générale qui amène à Saint-Pierre le jour du patron les trois cueurs [ chapitres de Notre-Dame, de Saint-Rieul et de Saint-Frambourg ] de Senlis, les Cordeliers et les Bonshommes, 3 sols parisis. — 1362. Marguerite de Bourbon, dame de Senlis, d'Haronville, femme de Hutin de Verniolles, chevalier, chambellan du roi, reçoit la sépulture à Saint-Pierre. ». Aux fêtes solennelles de la Trinité, du Saint-Sacrement, de Saint-Pierre, de Saint-Rieul, de Saint-Jean, etc., les églises de Senlis sont jonchées d'herbe verte et parées de « troussiaux de Mai ». C'est le rituel de la jonchée, dite aussi de la feuillée ou de la ramée. Le jeudi saint, deux mille oublies et six douzaines d'échaudés sont achetés pour vingt sols parisis afin d'être distribués aux gens. Ces pâtisseries symbolisent une alimentation supérieure et seront remplacées ultérieurement par le pain bénit. Une notice de 1432 permet de savoir que les oublies sont jetées par les trous d'en haut de l'église le jour de la Pentecôte avec du feu et de l'eau, afin de représenter la descente du Saint-Esprit. Les registres criminels du Châtelet mentionnent vers 1390 le mariage à Saint-Pierre d'un Florent de Saint-Leu, né à Bailleval, criminel et imposteur, avec une fille de joie. En 1395, un reliquaire de saint Fiacre est commandé à l'orfèvre Jean Roussel pour un prix de quatre sous. « 1461. De Robert Dizeur [ou Dizieult], garde des reliques d'icelle église 28 solz parisis. Reçu de chiens flatrés pour avoir baillé [prêté] la clef de Saint-Pierre a plusieurs personnes, tant de Courteuil comme de Barbery et aillieurs, 3 solz » (de même en 1462)[10]. Les autres faits relatés par les documents d'archives du XVe siècle portent essentiellement sur les travaux de réparation et de gros entretien, et il en va de même des premières décennies du XVIe siècle. Dans le contexte du présent chapitre, on peut seulement retenir que le presbytère est rebâti en 1479, et que la grange dîmière de Notre-Dame est louée en 1521 pour agrandir le cimetière[11].

Les noms des curés sont connus à partir de 1237, mais probablement avec des lacunes, et souvent sans les prénoms. Sans autres renseignements sur leur personne (dates de naissance, origines, formation, parcours…)[12], ces données sont toutefois d'un intérêt restreint. En 1539, l'état civil est instauré par une ordonnance de François Ier. Dans un premier temps, seulement les baptêmes sont concernés. À Senlis, leur enregistrement débute le . Les mariages et enterrements ne suivent qu'en 1567. Mais en dehors des noms, prénoms et dates de naissance (y compris pour les parents pour les baptêmes, et les parrains ou témoins pour les baptêmes et mariages), les actes d'état civil ne fournissent guère de renseignements sur les paroissiens. Les professions des pères ne sont que rarement mentionnées, moins souvent encore que ceux des parrains. Les exceptions annoncent presque toujours un rang social élevé. On peut cependant recueillir quelques prénoms devenus totalement obsolètes, tels qu'Aminadab, Anecle, Architiclin, Dismerc, Freymin, Médor, Pharon, Prothiste, Vésible (puis Oysible), Vespasien, Vigor et Zérème, pour les garçons, et Alizon, Damarys, Meurette, Préjecte et Spire, pour les filles. Si les enfants sont nés il y a plus de vingt-quatre heures, leur âge est mentionné. Parfois, il arrive que des personnes sont baptisées tardivement. Il s'agit alors de huguenots qui se convertissent au catholicisme, ce qui requiert un nouveau baptême. Le , à cinq heures du soir, environ six cents personnes, vêtues de blanc et les pieds nus, participent à une procession au départ de l'église Saint-Pierre, afin d'implorer la miséricorde de Dieu en vue de l'extirpation de l’« hérésie ». Des processions « générales », avec jeûne et cessation de travail, sont également organisées pour demander à Dieu de débarrasser Senlis de la peste. Entre le début des registres des baptêmes et le , 4 773 enfants sont baptisés en l'église Saint-Pierre. En tenant compte des mois pour lesquels les registres se sont perdus, le nombre de naissances annuelles se chiffrerait à 88 sur la paroisse. Grâce au comptage des hosties distribuées à Pâques au début du siècle suivant, on peut estimer le nombre d'habitants de la paroisse à 1 750 (sachant que la communion à Pâques est obligatoire, et en tenant compte des enfants qui n'ont pas encore fait leur première communion, et des paroissiens qui communient dans l'une des églises des nombreuses congrégations religieuses)[13].

Les limites de la paroisse Saint-Pierre depuis 1706 et jusqu'en 1706.

Sur les vingt-deux ans pour lesquels l'on dispose des transcriptions des registres de décès (1567-1589), 13 % des habitants se sont fait inhumer dans l'église. 54,4 % ont fait le legs commun de cinq sous pour couvrir les frais de cérémonie ; 16 % ont légué davantage sans créer d'obits. 8,4 % ont fondé des obits. Seulement trois paroissiens ont effectué des dons en nature à leur mort. Les données sur la mortalité lors des épidémies de peste sont incomplètes, car les pestiférés jetés dans les fosses communes ne sont pas toujours comptabilisés. Cela concerne notamment la grande épidémie en 1580. Lors de la récidive en 1585, il semble y avoir onze morts imputables à la peste sur les vingt-deux morts au total[14]. Une épidémie de nature inconnue sévit en 1590. « En octobre 1590, dit Jean Vaultier, s'engendra à Senlis une grande mortalité telle qu'en trois semaines y décédèrent trois médecins, l'un nommé M. Le Roux, médecin de la reine, Fabri de Chantilly et un autre, précepteur des enfants de M. de Haucourt, seigneur de Rieux, réfugiés, et trois apothicaires de la ville, l'un nommé Simon Petit, Jacques Cotart et l'autre François Vizet et autres voisins et réfugiés même était la maladie si cruelle et inconnue, qu'une jeune femme, fille de Jean Regnault, tisserand, pensant qu'elle fut décédée, elle fut ensevelie, mise dans la bière, et, comme morte, portée en l'église Saint-Pierre, son service fait, et la voulant mettre dans la fosse, elle se remua et fut rapportée dans icelle en sa maison. Faits semblables en 1580 à la fosse de l'hôtel des pestiférés, proche l'église Saint-Martin »[15]. — En 1706, la paroisse Saint-Hilaire, la plus petite parmi les six paroisses intra-muros, est supprimée, et son secteur rattaché à la paroisse Saint-Pierre. Pour les quatre-vingt-cinq dernières années de son existence, celle-ci comporte ainsi les rues suivantes : rue Bellon, des Bordeaux, de la Chauffrette (en partie), de l'Étape au Vin, des Halles (en partie), de Meaux, de la Poterne, Rougemaille, Sainctissime à l'Argent ou des Capucins, Saint-Hilaire, Saint-Pierre, Sainte-Geneviève (en partie) et des Vignes[9].

Les campagnes de construction de l'église

Le Moyen Âge

Plan de l'église actuelle avec les fondations de l'église pré-romane.

Les origines de l'église Saint-Pierre remontent au Moyen Âge central. Elles sont postérieures à l'époque mérovingienne, puisque l'emprise de l'église était occupée par un cimetière mérovingien découvert lors de fouilles archéologiques. Selon les historiens du XIXe siècle, l'église Saint-Pierre aurait été bâtie en 1029 sous l'impulsion du roi Robert II le Pieux, mais tous les actes en rapport avec une fondation en cette année se rapportent en réalité à la reconstruction de l'église Saint-Rieul voisine, dévastée par un incendie auparavant. Du vivant de Saint-Rieul, premier évêque de Senlis, cette église était en effet placée sous les vocables des saints Pierre et Paul, et fut parfois appelée monastère de Saint-Pierre et de Saint-Rieul. Ensuite le vocable de Saint-Pierre a dû être transféré sur l'église dont il est question ici[16],[6]. Des fouilles très complètes à l'intérieur de l'édifice en 1977-78 ont permis de savoir davantage sur cette église préromane du milieu du XIe siècle, dont les substructions ont été mises au jour. Elles correspondent à une église de plan basilical de 23,5 m de longueur sur 12 m à 12,5 m de largeur, qui occupait exactement l'emplacement de la nef et du bas-côté nord actuels. Le chevet était plat, et se situait au niveau de l'arc-doubleau ouvrant sur la croisée du transept de l'église actuelle. Le clocher était déjà celui toujours en place au-dessus de la dernière travée du bas-côté nord. L'espace au sud du clocher, aujourd'hui rattaché à la nef, était donc le sanctuaire primitif. Il était délimité de la nef par un arc diaphragme, identifié au sol par les pilastres sur lesquels il retombait. Un deuxième arc diaphragme semblait exister en avant, à l'ouest, pour définir une sorte d'avant-chœur, comme à Montchâlons (Aisne). Le reste de l'église ne comportait pas de pilastres, et donc pas d'autres arcades. On a constaté aussi que le clocher fut bâti, à la fin du XIe siècle, avec un décalage de 5° par rapport à l'annexe liturgique qui se trouvait primitivement à son emplacement. L'annexe liturgique ou chapelle, reconnaissable par un plan carré au sol, avait son pendant au sud, et ses fondations avaient été renforcés postérieurement à la construction. Aucun indice ne permet de savoir s'il s'agissait de préparer la construction d'un second clocher, comme jadis à Rhuis, et toujours à Morienval ou Saint-Aignan de Senlis, où le second clocher est réduit à l'état de vestige[17],[18].

Vue depuis le nord-est, avec l'abside des années 1240.

La nef préromane, ses deux bas-côtés et le clocher au-dessus de la dernière travée du bas-côté nord sont conservés lorsque l'on édifie un spacieux transept, un chœur de deux travées au chevet à pans coupés, et deux chapelles carrées dans les angles entre le transept et le chœur, entre 1240 et 1250. Les sources sont muettes quant à cette importante campagne de travaux, mais le transept et le chœur sont toujours debout, et peuvent se livrer à l'étude stylistique. Les dimensions des chapelles ont été révélées par des fouilles archéologiques[19].

Les sources écrites les plus anciennes actuellement connues se rapportant à l'édifice en tant que tel ne remontent pas avant le début du XVe siècle. Pour l'année 1402, les comptes de la fabrique rapportent des « mises faites par lesdits marguilliers et payés depuis Pâques l'an 1402 jusqu'à Paques flouries ensuivants pour ouvrages faits en laditte église tant pour merrien [matériaux de bois, planches, etc.], charpenterie, couverture, maçonnerie, plasterie, comme pour plusieurs autres choses à ce appartenant, 86 l, 17 s, 8 d »[20]. Il devrait s'agir de réparations ou de restaurations n'affectant pas la structure, ou concernant les parties disparues depuis. En 1431, alors que la guerre de Cent Ans fait toujours rage dans le pays, il y a question d'un « ouvrage neuf encommencé à faire au clocher vieux parce que la laditte église ne s'est pu achever en dedans »[21]. Les travaux sont dirigés par Robert Cave, maître-maçon du roi. Le document d'origine s'est perdu. Il a été transcrit par le chanoine Charles-François Afforty (1706-1786). Jusqu'à la fin du XXe siècle, il a été généralement admis que le texte doit faire allusion à l'ensemble des travaux menés sur le clocher du XIe siècle, c'est-à-dire, la suppression de sa base ancienne moyennant une reprise en sous-œuvre audacieuse, l'exhaussement par la construction d'un deuxième étage de beffroi, et l'édification de la flèche de Pierre. Si des travaux ont bien sûr eu lieu, de telles conclusions étaient hasardeuses. Julie Aycard a démontré par l'analyse stylistique que la flèche ressemble beaucoup à celle de l'ancienne collégiale Saint-Thomas de Crépy-en-Valois, dont les travaux débutèrent en 1475. La flèche du clocher nord de Saint-Pierre devrait donc lui aussi dater des années 1470 plutôt. Le nouvel étage de beffroi peut bien être le résultat de la campagne menée sous Robert Cave. Dominique Vermand veut aussi y rattacher la moitié de la nef ; Julie Aycard formule les réserves qui sont de mise à cet égard. Elle a, en effet, rappelé à la mémoire un autre texte transcrit par Afforty, qui mentionne qu'en 1463, le charpentier Le Riche fut payé « pour avoir fait un beffroi neuf » dans le clocher, et que la femme de Jehan Charron offrit de l'argent pour la refonte de la petite cloche. Toujours en 1463, Jehan Hazart, maçon, « fit les deux pilliers [sic] du fondement du clocher du côté de l'église ». Pour Julie Aycard, il doit s'agir des piliers ouest du clocher (bien que le terme église peut être synonyme de vaisseau central, ce qui reviendrait aux piliers sud). Elle préfère en tout cas considérer l'année 1463 comme date de début des importants travaux dans le style gothique flamboyant qui modifièrent et agrandirent l'église Saint-Pierre jusqu'aux alentours de 1530[22],[23]. En 1477 déjà, Saint-Pierre dispose d'un orgue tenu par frère Michel, un religieux des Bons-hommes[24].

En l'absence de toute analyse stylistique approfondie chez Dominique Vermand en ce qui concerne les parties flamboyantes outre la façade, et en tenant compte du contexte historique et de la datation des autres chantiers flamboyants dans la région, rarement antérieurs à la fin du XVe siècle, il semble préférable de se joindre à l'avis de Julie Aycard. Sur la base d'une analyse stylistique sommaire, il est en outre facile à déterminer que la première campagne ne porte que sur les chapiteaux flamboyants des colonnettes du XIIIe siècle à l'est de l'actuelle base du clocher nord ; sur la troisième et la quatrième travée du bas-côté sud ; et certainement sur des éléments moins caractérisés de la base du clocher, dont le pilier prismatique dans l'angle nord-est de la base du clocher ; ou bien des éléments de la base du clocher repris une nouvelle fois depuis. En effet, les supports des hautes-voûtes devant le deuxième et le troisième pilier isolé au sud de la nef, identifiés à juste titre par Dominique Vermand comme témoignages de la première campagne de construction à la période flamboyante, n'ont pas leur homologue en face au nord, devant le troisième pilier isolé depuis l'ouest (voir les chapitres Nef et Bas-côtés). Ce pilier est du type identifié par le même auteur comme résultat de la deuxième campagne, dont il sera question plus loin. En attendant donc la poursuite du chantier de la nouvelle nef, les fidèles, représentés par le conseil de fabrique, ont dû trouver une manière d'assurer la continuité du culte, aspect toujours très important lors des campagnes de reconstruction des églises. On peut imaginer que le mur gouttereau nord de l'ancienne nef fut conservé en face des deux nouvelles travées, et que l'espace ainsi délimité fut recouverte d'une charpente provisoire.

Le XVIe siècle

Profils des arcades et doubleaux flamboyants.
Profils des supports des hautes-voûtes de la nef (non réalisées) et coupes des piliers libres, hors base du clocher nord.
Profils des ogives flamboyantes et des nervures du XIIIe siècle.
Profils des pourtours des baies flamboyantes et formes récurrentes des remplages flamboyants.

Il faudrait maintenant, en suivant Dominique Vermand, passer à la deuxième campagne de construction de la nef et des bas-côtés, qui fut entamée vers 1510 (voir ci-dessous). Mais pour respecter l'enchaînement chronologique des travaux tel que l'édifice les révèle, il convient d'évoquer d'abord le remaniement du chœur, la démolition des chapelles carrées et la construction de deux nouvelles chapelles latérales de deux travées. La modénature et les remplages des fenêtres de l'abside et des fenêtres méridionales surtout sont congruents avec les résultats de la première campagne de construction du bas-côté sud. Pourquoi donc définir une troisième campagne de construction aux alentours de 1525-1530 pour ces travaux ? Eugène Müller cite dans Afforty : « 1530. De Révérend Père en Dieu Monsieur de Senlis, 50 livres qu'il a prêté pour parachever les chapelles commencées ». Il explique qu'il s'agit de l'évêque Guillaume Parvi, et que le prêt porte probablement sur les chapelles appliquées à droite et à gauche de l'abside du XIIIe siècle[25]. Ceci est incontestable, mais sans aucune analyse stylistique[26], Dominique Vermand ramène la totalité de la campagne de reconstruction du chœur et des chapelles à cette époque. C'est la réprobation qu'il exprime vis-à-vis des remaniements flamboyants des parties orientales[27] qui le découragent d'être attentif aux détails. Il est pourtant aisé de voir que les travaux furent dirigés par le même maître-maçon qui était responsable de la première campagne de la nef et des bas-côtés, peut-être le même Jehan Hazard déjà à l'œuvre en 1463, sinon par un proche collaborateur. Les quelques différences, dont notamment des piliers cylindriques à la place de nervures descendant jusqu'aux bases des piliers, peuvent être motivées par l'évolution stylistique, les contraintes pesant sur les délais et le changement de la maîtrise d'ouvrage : c'est la fabrique qui est responsable de la nef, mais c'est le chapitre de la cathédrale en tant que collateur de la cure qui est responsable du chœur. Par conséquent, il paraît inéluctable d’antédater les travaux de vingt-cinq ans environ. Il est également possible de préciser les travaux de parachèvement menés sous l'impulsion de l'évêque : ce sont la voûte et la fenêtre du chevet de la deuxième travée de la chapelle du nord, ainsi que les quatre culs-de-lampe Renaissance le long des murs et dans les angles (voir le chapitre Chapelles latérales).

À partir du début du XVIe siècle, peut-être parallèlement aux travaux dans le chœur et sur les chapelles latérales, peut-être seulement vers 1510, le bas-côté nord est construit à partir de la base du clocher nord, et le bas-côté sud est prolongé de deux travées. En effet, le marché sur la construction du portail occidental de la nef retrouvé par Julie Aycard, datant de 1515, est d'une grande précision, et sa découverte constitue un apport majeur à l'historiographie de la ville. Il permet, accessoirement, de savoir que la nef est déjà couverte à cette époque, et que les portails occidentaux des bas-côtés sont déjà plus ou moins terminés. Le décor du portail principal doit justement s'en inspirer selon la volonté du maître d'ouvrage[28]. Le marché est attribué aux maîtres-maçons Jehan Ancel, Michault de Bray et Henry Chippault. Leur rôle respectif n'est pas stipulé. L'on sait que Michaualt ou Michel de Bray dirigea les travaux du croisillon sud de la cathédrale entre 1524 et 1530 environ, quand il fut relayé par Pierre Chambiges. Apparemment il est aussi le maître du portail du clocher de l'église Saint-Médard de Creil. Une clause d'exclusivité défend aux maîtres-maçons d'accepter d'autres engagements, sauf au cas de retard de paiement. Le prix global est fixé à neuf cents livres tournois. Les maîtres-maçons devaient eux-mêmes gérer le budget et engager les artisans et manouvriers dont ils auraient besoin. Ils devaient organiser l'approvisionnement en matériaux et étaient libres de récupérer les matériaux anciens (issus de la démolition de l'église pré-romane) à leur profit. Le maître d'ouvrage définit certains aspects techniques, dont le renforcement des fondations (il n'y a pas dit lesquelles), des arcs-boutants (« piliers à reboutans »), huit branches d'ogives dans les tourelles d'escalier, des gargouilles, et fixe également l'agencement général du pignon, ainsi que les éléments du décor : un oculus ou une forme dans le pignon, un « remplange à jour », etc[29]. La silhouette de la façade monumentale, qui témoigne « d'un grand talent décoratif et d'une merveilleuse habileté de main [qui] fit oublier ce que l'intérieur du monument présentait d'irrégulier et d'incomplet »[24], s'adapte à la nef dans sa forme inachevée.

Même après le parachèvement des chapelles, l'église n'a pas encore son aspect actuel à l'extérieur, puisque le nouveau clocher sud n'est pas encore construit. Depuis Louis Graves qui se basait sur une notice d'Afforty, il était communément admis que le chantier ne fut lancé qu'en 1588. Mais à ce sujet aussi, Julie Aycard a identifié une source jusque là inexploitée, selon laquelle le jour de la Saint-Michel de 1573, la fabrique doit encore la somme de 626 livres et deux sols tournois à « Rieult Noël, masson, entrepreneur des ouvraiges du clocher neuf » pour la cinquième et dernière toise marchandée. À ce moment, la base du clocher n'était pas encore voûtée, ce qui faisait que la prière était perturbée par le bruit des cloches, et il était urgent de recouvrir la tour d'ardoise, car les infiltrations des eaux pluviales risquaient d'altérer l'ouvrage déjà entrepris. Vraisemblablement les travaux lancés en 1588 ne portent que sur la plate-forme du sommet et sa calotte, qui fut achevée en 1592. Les frais du nouveau clocher sont très importants, et doivent être assumés par la fabrique, puisque le clocher jouxte la nef. Deux toises de maçonneries seulement coûtaient 1 500 livres, la voûte 600 livres et la couverture d'ardoise encore 1 500 livres. La fabrique se vit alors obligée d'organiser une souscription publique pour lever les fonds requis[30]. Eugène Müller qualifie le clocher de « masse carrée, froide, prosaïque, surmontée d'une calotte qui semble écraser le transept méridional de Saint-Pierre »[31]. La calotte est aussi qualifiée de « compotier renversé » troublant la silhouette gothique de Senlis.

Le devenir de l'église après la Révolution française

Façade occidentale, par Jules-Alexandre Monthelier, 1836.
Vue intérieure vers l'ouest, par Jean-Louis Tirpenne, vers 1840-1854.
Nef, 1re travée, vue vers le nord, par Monthelier et Bayot, vers 1836-1854.
Le marché couvert dans l'ancienne église ; vue en direction du chœur.
Après la fin du marché ; vue depuis le chœur en direction du portail.
La nouvelle flèche du clocher nord du début des années 2010.

Sous la Révolution française, le nombre des paroisses des villes est réduite bien avant qu'il ne soit question de l'interdiction du culte. Ainsi, dès 1791, les sept paroisses restantes de la ville sont fusionnées en une seule, qui disposera de la cathédrale en tant que lieu de culte. Les églises Saint-Aignan, Saint-Étienne, Sainte-Geneviève, Saint-Martin, Saint-Pierre et Saint-Rieul[32] sont fermées. Elles sont vendues comme bien national dès l'année suivante. En date du , l'église Saint-Pierre est adjugée à François-Antoine Le Bay pour la somme de 5 200 livres. Puis, les époux Liépin-Brecx leur rachètent l'édifice pour y ouvrir une manufacture de chicorée le . L'on ignore comment se développent leurs affaires. En date du [33] en tout cas, la ville de Senlis se porte acquéreur de l'église Saint-Pierre et de l'ancien séminaire à la fois pour la somme de 30 000 francs, dans le but d'y installer un escadron de cavalerie destiné à former garnison permanente. Les bas-côtés et les chapelles du chœur sont divisés en stalles, et un plafond de bois y est installé à cinq mètres du sol afin de gagner de la place pour stocker les fourrages[34]. À partir de 1862, l'ancienne église ne sert plus que de magasin de fourrages, avant d'être rendue à la ville en 1877 à la suite de la construction d'une nouvelle caserne, rue du faubourg Saint-Martin. Eugène Müller fait allusion à des querelles homériques que se livrent certains groupes d'influence entre 1878 et 1881 quant à l'avenir du monument. Certains voudraient même y installer une manufacture pour une nouvelle fois. Le , l'ancienne église est le théâtre d'un « festin patriotique ». Selon les témoins, « s'accomplit le plus grand événement des temps modernes, qui a été comme le jugement dernier de l'ancien régime ». En 1881, le conseil municipal tranche en faveur de la préservation de l'édifice[35] et décide sa transformation en marché couvert.

La sauvegarde de l'édifice et la transformation en salle polyvalente

L'édifice est classé au titre des monuments historiques par arrêté du [1]. S'ensuit une longue suite de restaurations. En 1910, les deux clochers sont consolidés en attendant que des travaux plus importants puissent être entrepris. Le clocher Renaissance est restauré à partir de 1930. En 1931, ses basses fondations sont consolidées, et en 1934, les cloisons autour du rez-de-chaussée sont reconstruites sous l'égide du service des Monuments historiques. En 1940, l'église Saint-Pierre subit de graves dommages collatéraux consécutivement aux bombardements subis par les quartiers voisins. La couverture est soufflée, le deuxième contrefort du sud est traversé par un obus, et l'angle sud-est de l'abside est endommagé. Malgré le contexte de la Seconde Guerre mondiale, les voûtes du bas-côté sud peuvent être reprises dans la même année[36]. La suppression de la pile sud-est du clocher de la fin du XIe siècle lors de la reprise en sous-œuvre à la période flamboyante donne une charge supplémentaire à supporter à la pile nord-ouest de la croisée du transept, par l'intermédiaire de la dernière grande arcade au nord de la nef sur laquelle retombe maintenant l'angle sud-est du clocher. Cette pile du transept prend, pendant le début des années 1940, un ventre important et crée des phénomènes d'écrasement. L'architecte en chef des monuments historiques, Jean-Pierre Paquet, prend en 1942 l'initiative d'installer une barre de béton dans le premier étage du clocher pour soulager la pile qui risque de se casser[37]. En 1949, le clocher du nord, qui a commencé à s'incliner dangereusement vers l'est en dépit de l'intervention en 1942/43, est repris en sous-œuvre, et en 1954, sa voûte est consolidée. Un peu plus tard, une grande partie des baies est également restaurée[36]. Il doit s'agir notamment des baies méridionales de la chapelle latérale sud du chœur, qui sont totalement obturées et ont perdu leurs meneaux, mais conservé les sommets des lancettes et le tympan, comme on peut le voir sur une photographie de 1955[38]. Doivent également être concernées les baies du bas-côté nord de la nef, dont le tympan est obturé. Elles ont gardé leur remplage, mais des huisseries de bois sont installées en lieu et place de verrières[39],[40],[41].

Après la catastrophe aérienne du 3 mars 1974 en forêt d'Ermenonville, l'église Saint-Pierre devient une chapelle ardente pour les victimes. Cet usage rend une part de sa dignité à l'édifice. Sous cette impulsion et par respect pour les victimes, la ville de Senlis ne veut plus utiliser l'ancienne église comme marché et décide de l'aménager comme salle polyvalente[42]. Des sondages préliminaires sont effectués, d'abord par les architectes en 1975, puis par les Monuments historiques en 1976. Les travaux prévus étant importants et concernant plus particulièrement le sous-sol de l'église, il s'impose ensuite une campagne de fouilles archéologiques la plus exhaustive possible, car certains vestiges au sol risquent d'être détruits ou de devenir inaccessibles à moyen terme. Ces fouilles sont menées en 1977/78 sous la direction de Marc Durand, archéologue municipal, et impliquent jusqu'à soixante-dix personnes. Ses résultats, extrêmement riches, fournissent de nombreux renseignements sur le passé de Senlis, mais il y a aussi des structures bâties dont l'on ne parvient pas à expliquer le rôle précis, telles qu'une annexe à l'est de l'ancienne chapelle latérale sud du XIIIe siècle et une salle souterraine voûtée d'ogives sous la première travée de la chapelle latérale sud. Concernant l'église elle-même, les résultats ont déjà été exposés brièvement dans le contexte des campagnes de construction (voir ci-dessous). Les travaux de transformation peuvent ensuite être lancés et durent jusqu'en 1981. Une galerie de circulation est creusée entre les deux croisillons du transept, pour les besoins d'éventuels représentations de pièces de théâtre. L'escalier du croisillon nord donne en même temps accès à un vestiaire, des sanitaires, une salle de répétition, un magasin à chaises, la chaufferie et d'autres locaux techniques. Ces pièces souterraines se situent pour l'essentiel au nord de l'église. Des conduits pour le chauffage à air pulsé doivent également être creusés. Ensuite, le sol est égalisé au niveau du transept et du chœur du XIIIe siècle et doté d'un pavage neuf[43]. Les travaux de restauration proprement dite demeurent en revanche modestes. Les trois fenêtres de la chapelle latérale sud et la baie en haut du pignon occidental restent bouchées, et en l'absence de méthodes suffisamment respectueuses de la substance ancienne (comme aujourd'hui l'hydrogommage), les murs de la nef et des bas-côtés sont à peine nettoyés. La façade occidental est laissée dans un état qui ne plaide guère en sa faveur[44].

Par défaut d'entretien courant du bâtiment, des désordres structurels se multiplient, et l'ancienne église a dû être fermée pour de nombreuses années. Ensuite, préalablement au grand chantier de restauration qui doit concerner l'ensemble des parties de l'édifice, les priorités sont la mise en sécurité de l'ancienne église et la consolidation des parties fragilisées[45]. Des travaux de confortement des voûtes côté nord commencent en 2009[46]. La flèche ajoutée au XVe siècle sur le clocher roman menace de s’écrouler. À partir de 2013, elle est entièrement déposée et remplacée à l’identique. Des sondages sont effectués dans le chœur afin de pouvoir évaluer sa stabilité. Les charpentes au-dessus des chapelles latérales sont reprises, et les arcs-boutants sous les combles sont mis sous tension. Les trois grandes baies de la chapelle latérale nord sont enfin débouchées et munies de vitraux. En haut du clocher Renaissance, le lanternon sommital, proche de l'effondrement, est reconstruit. Les étages intermédiaires sont équipés de vitraux. L'édifice est mis aux normes actuelles en ce qui concerne les installations électriques, le chauffage, l'accès aux personnes à mobilité réduite, y compris l'installation d’un sanitaire accessible aux personnes à mobilité réduite. Dans les sous-sols, une zone logistique comprenant office, un point évier, des espaces de stockage et une chambre froide est aménagée en vue des réceptions et banquets que l'ancienne église pourra désormais accueillir. À l'extérieur, les chéneaux et noues sont nettoyés et la façade occidentale est enfin restaurée. Sur tout l'édifice, les éléments du parement et les blocs sculptés trop abîmés sont remplacés. Le chantier se termine par le nettoyage du clocher sud, en 2017. Le budget global consacré à ces restaurations et aménagements entre 2013 et 2017 se chiffre à plus de 3 500 000 , dont seulement 35 % peuvent être couverts par des subventions, y compris 60 000  de la réserve parlementaire du député Éric Woerth[45]. L’« espace Saint-Pierre » enfin restauré est présenté au public lors des Journées européennes du patrimoine de 2017. Malgré son intérêt patrimonial, elle est ouverte uniquement pendant des salons ou expositions[47].

Description

Notes et références

Annexes

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