Wikiwand AI

Artistes français résistants durant la Seconde Guerre mondiale

liste d'un projet Wikimedia From Wikipedia, the free encyclopedia

Pendant l’Occupation allemande en France (1940-1944), des artistes — comédiens, plasticiens, écrivains, poètes, etc. — s’engagent dans la Résistance, intérieure ou extérieure, armée ou civile, ou expriment leur opposition à travers leurs œuvres. Cet engagement se manifeste de manière individuelle ou collective via des mouvements clandestins, des publications interdites et des actions culturelles de résistance. La diversité des trajectoires témoigne de la complexité des choix artistiques, politiques et moraux auxquels les artistes sont confrontés sous l’Occupation, alors que la vie artistique française demeure active malgré les spoliations, la censure et les persécutions nazies et celles du régime de Vichy.

Faits en bref
Artistes français résistants durant la Seconde Guerre mondiale
Description de cette image, également commentée ci-après
Le poète et résistant René Char en uniforme, 1944.
Informations générales
Fermer

Art et occupation allemande en France

Une activité culturelle intense

Durant l'occupation allemande (1940-1944), la capitale française reste un lieu culturel important. Contrairement au premier conflit mondial, où la plupart des artistes étaient au front, la vie culturelle est riche à Paris[1],[2]. Le cinéma, la lecture et les divertissements deviennent un besoin d'évasion recherché par les Français ; par ailleurs, Paris est un lieu de détente pour les soldats allemands en permission. Les cabarets, music-hall, cinémas et théâtres accueillent l’occupant. On y croise les vedettes qui tiennent le haut de l’affiche depuis l’avant-guerre[3] : Maurice Chevalier, Edith Piaf, Arletty, Joséphine Baker, Sacha Guitry, etc.[4].

Le marché de l'art à Paris sous l'Occupation est florissant, de hauts responsables nazis voyant là une occasion d'enrichir leurs collections privées. Des « ventes forcées », spoliations de « biens israélites » sont organisées[3],[5] et de nombreuses œuvres sont par ailleurs pillées dans les musées sous la direction d'Alfred Rosenberg[6], le Musée du Jeu de Paume étant investi par les nazis comme "centre de tri" des œuvres spoliées[7],[5]. L’hôtel de ventes Drouot reste pendant la guerre la plus grande place d’enchères au monde, la salle des ventes y étant interdite aux « Israélites » à l’été 1941. Les prix des toiles de Braque, Maurice Denis, Seurat, Renoir, Ingres, Bonnard, etc. s’envolent, les nantis de la collaboration et les dirigeants nazis, via leurs agents, faisant grimper les enchères jusqu’à des sommets.

Jean Moulin a d'ailleurs comme couverture la gestion d'une galerie artistique à Nice, de début 1943 jusqu'à son arrestation[8].

Contraintes et dynamismes de l'art en guerre

Affiche apposée à l'entrée de l'hôtel Drouot à Paris sous l'occupation allemande.

La création artistique est influencée par la guerre : l'art moderne, considéré comme "dégénéré" et juif, est condamné par les Nazis dès 1937[6]. Le réalisme séduit Hitler ; à l’inverse, tous les artistes d’avant-garde sont destinés officiellement au pilori[3],[9]. La propagande du Reich séduit certains, et Paul Landowski par exemple, directeur de l'École nationale supérieure des beaux-arts, fait en , le « voyage d'études » en Allemagne de peintres et de sculpteurs français organisé par Goebbels[10].

Si les directives du gouvernement de Vichy et lois raciales influencent les thèmes artistiques et la production de l’art, face à la violence des combats dans le monde et à celle de la répression en France occupée, des artistes, tels Picasso, vont se rebeller contre les directives officielles en proposant des esthétiques nouvelles[11], sans participer cependant à une résistance concrète contre l'occupant. Des artistes juifs exilés en France (Marc Chagall, Chaim Soutine, etc.) vont contribuer à l'évolution de l'art moderne[12]. À l'hôpital psychiatrique dirigé par Lucien Bonnafé (proche des surréalistes) et François Tosquelles à Saint-Alban sur Limagnole, qui abrite des réfugiés (dont Tristan Zara et Paul Éluard) et soigne des maquisards blessés, la rencontre entre des poètes et la psychiatrie institutionnelle, qui y voit le jour en France pendant la guerre, va être déterminante dans la reconnaissance après-guerre de l'art brut[13].

Des trajectoires individuelles variées et complexes

Les artistes qui profitent du mécénat du gouvernement continuent à produire leur art dans le style adoubé par l'occupant et les collaborateurs, même si la réaction à la politique nazie se manifeste parfois dans les œuvres d’une façon nuancée. Les artistes engagés dans la Résistance à l'occupant et son idéologie agissent eux dans la clandestinité. Ils produisent de l’art qui exalte l'idéal et l'action de la Résistance et dénonce les dérives, crimes et bassesses de l'action collaboratrice de Vichy, dans les organes d’information clandestins[14]. Certains artistes se réfugient dans une "zone grise" pour ne pas prendre parti entre le camp de la Collaboration et celui de la Résistance[4]. Le poète Desnos utilise comme couverture une revue collaborationniste, tout en ayant des activités de Résistance[15]. Certains artistes sont bloqués en France occupée et continuent à travailler, malgré des conditions difficiles ; d'autres s'exilent[16]. Les artistes sont également parfois confrontés à des choix difficiles concernant l'avenir de leur art : certains choisissent de cacher ou de détruire leur œuvre, d'autres la laissent derrière eux en quittant la France[17]. La part parmi les artistes de ceux qui se sont accommodés de l'occupation allemande et ont surtout cherché à poursuivre leur activité, de ceux qui ont basculé dans la collaboration, et de ceux qui ont combattu l'occupation allemande ne semble pas différente de celle des autres activités professionnelles[18].

Des collectifs fédèrent certains artistes résistants

Paul Eluard, Poésie et Vérité, 1942, La main à plume, Paris.

De nombreux surréalistes restés en France, contrairement à leur fondateur André Breton, convergent avec la résistance intérieure[19]. Ils se regroupent par exemple autour du mouvement des Réverbères qui tente des actions d'éclat, raillées par l'occupant et la presse collaboratrice comme illustrant la « décadence » de l'avant-garde. La revue La Main à plume (autour de Jean-François de Chabrun, Gérard de Sède, Robert Rius, Benjamin Péret) fut plus efficace, parce que clandestine, à maintenir vivant le souffle de la révolte surréaliste[20],[21]. Des lieux clandestins de l'avant-garde persistent : la galerie Jeanne Bucher à Paris expose confidentiellement, puis clandestinement, des artistes interdits (Laurens, Léger, Max Ernst, Marcoussis, Reichel, Klee, Miró, De Staël, Domela, Kandinsky, etc.)[8],[22] ; la galerie L'Esquisse, dont les propriétaires sont résistants, expose Domela, Magnelli, De Staël, Kandinsky, etc. ; la galerie de Berri accueille Vantongerloo, Olivier Debré, etc. ; l'Abbaye Henri Michaux et Drouin Dubuffet et Fautrier.

Le Parti communiste français, mieux structuré, chapeaute le Front national des arts (branche du Front national), imprime le journal clandestin L'Art français, et réalise l'album militant antivichyste et antinazi Vaincre, sous la direction de Fougeron, qui réunit des gravures de Pignon, Taslitzky, Goerg, Desnoyer, Montagnac et Walch[18]. De nombreux artistes résistants sont proches du Parti.

Certains artistes rejoignent les Forces françaises libres du général de Gaulle à Londres, d'autres s'exilent aux USA où les sentiments anti-gaullistes sont souvent plus prégnants.

Les trajectoires de ces artistes résistants sont donc multiples, et leurs motivations sans doute encore plus complexes que pour les autres catégories de population. Les artistes s'engageant dans la Résistance participent soit à des actions de terrain ou militaires, en France ou en dehors du territoire national, tout en ayant parfois conjointement une production artistique, soit mènent un combat moral et symbolique contre le nazisme ou en faveur de l'engagement dans la Résistance par leurs productions artistiques[17]. Ces activités se chevauchent ou se succèdent parfois, et les modes de résistance de ces artistes sont ainsi très divers ; parfois un double jeu peut aussi être mené avec l'occupant et les autorités de Vichy, l'activité artistique servant de couverture[18].

Artistes s'engageant dans les actions de la Résistance intérieure

  • Raymond Aimos, acteur, rejoint le mouvement de résistance Libération-Nord. Caporal FFI, il est tué à l'ennemi le à 53 ans, lors de la libération de Paris[23].
  • Jean Amblard, peintre, expose en 1943 au Salon d'Automne un tableau engagé[réf. nécessaire] qui lui vaut la visite de soldats allemands à son domicile à Paris. Il part alors pour le Limousin où il aidera les réseaux de maquisards de Georges Guingouin. Engagé dans l’armée Rhin et Danube, il est nommé peintre aux armées et il est grièvement blessé lors de la libération de Colmar. Après sa convalescence, le ministère lui commanda, en 1946, une décoration monumentale, Les Maquis de France, exposée dans la salle de la Résistance à l’Hôtel de ville de Saint-Denis[24].
  • Marie-Thérèse Auffray, artiste-peintre, rejoint en 1940 le réseau Ceux de la Libération. En 1944, depuis l'Orne, elle ravitaille les résistants parisiens. Elle exfiltre des parachutistes alliés et Dwight D. Eisenhower lui rend hommage[25].
  • Marie Bell, actrice, renseigne sur les activités des occupants qui fréquentent la Comédie française. Elle héberge chez elle des personnes menacés[26].
Un des très nombreux tracts diffusés à Jersey occupée par Claude Cahun et Michel Moore. "Je crois que les vagues engloutissent / À la fin le marin et la barque, / Et c’est avec son rugissement / Qu’Adolf Hitler l’a fait. / Heine (colonel ?)", satyre du célèbre poème La Lorelei d'Heinrich Heine, destinée à démoraliser les troupes allemandes.
  • Claude Cahun, plasticienne et photographe avant-gardiste, entre en résistance à Jersey occupée en 1940, où elle réside, cherchant à démoraliser l'ennemi par des tracts. Elle est arrêtée le [27],[28].
Carte de résistant de René Char, alias Alexandre.
  • René Char, poète, s’engage dès le début de l’occupation dans la Résistance sous le nom de Capitaine Alexandre ou Hypnos, nom qu’il réutilisera pour son recueil de poèmes écrit pendant la guerre, « Les feuillets d’Hypnos ». En , il dirige le secteur atterrissage parachutage de l’Armée secrète pour la zone Durance. Il mène de nombreuses opérations jusqu’à la fin de la guerre, où il sera décoré de la Médaille de la Résistance. Ses poèmes, écrits à la façon d'un journal intime, livrent un regard important sur la Résistance et l'occupation ; mais, sceptique sur les motivations politiques et personnelles des "poètes de la Résistance", il refuse de les publier tant que la guerre n'est pas terminée[29],[30].
  • Ludovic Chabredier fréquente les Beaux-Arts de Lyon avant de devenir gendarme en 1938. Il est arrêté en pour écoute illégale de la radio de Londres. Il gagne Rochemaure où il est proche des FTP qu'il aide, et devient en chef cantonal de l'Armée Secrète. Il participe à l’insurrection nationale, le , harcelant les troupes allemandes. Il réalise en 1944 des tableaux illustrant les combats de la Résistance ou la répression nazie. Il réintègre brièvement la gendarmerie en 1946, avant de se consacrer pleinement à la peinture et la sculpture, participant activement au mouvement des artistes en faveur de la paix[31].
  • Maurice Clavel, écrivain, proche initialement du Parti populaire français de Jacques Doriot, entre dans l'administration de Vichy en 1940, puis rejoint la résistance armée en 1942 sous le pseudonyme de Sinclair, tout en préparant sa thèse et l'agrégation de philosophie. Il libère Nogent-le-Rotrou en 1944. À Chartres, il accueille le général de Gaulle sur le parvis de la cathédrale. Il est Médaille de la Résistance française[23].
  • Jean Daligault, peintre et graveur, prêtre, rejoint la Résistance dès 1940, opérant pour la branche caennaise du réseau « Armée Volontaire ». Arrêté le , il est assassiné à Dachau le . Dans sa cellule de Trèves, Daligault parvient à peindre, utilisant les moindres matériaux à sa disposition, des témoignages des camps. L'aumônier de la prison de Trèves sauvegarde une part importante de son œuvre[6].
  • Léon Delarbre, peintre, est trop âgé pour être mobilisé durant la Seconde Guerre mondiale mais entre en résistance dès 1941. Arrêté le , il est déporté aux camps d’Auschwitz, Buchenwald, Dora. Il parvient à se procurer papier et crayons et dessine les scènes de la vie misérable des déportés, réussit à les conserver et à les transporter, cachés sur sa poitrine, jusqu’à son dernier camp, celui de Bergen-Belsen où il est libéré par les Alliés. Ses dessins sont exposés au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon[32].
  • Marguerite Duthuit Faure, peintre et modiste, devient en , à l'insu de son père Henri Matisse, agent de liaison pour les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) sous le nom de « Jeannette », assure des courriers difficiles et protège des réfractaires au STO. Dénoncée et arrêtée au printemps 1944, torturée, elle est déportée vers Ravensbrück mais parvient à s'échapper du train et est recueillie par la famille de Léon Delarbre[33].
  • Odette Elina, peintre, entre en 1942 dans l'Armée secrète sous le pseudonyme d'Hélène. Elle est chargée de la liaison en zone sud entre Joë Bousquet, François Mauriac, Clara Malraux, Louis Aragon et Julien Benda. En 1943, elle est au bureau de l'Armée secrète de la région Sud-Ouest. Promue lieutenant le , elle est dénoncée et arrêtée par la Gestapo le , et déportée à Auschwitz. Libérée par l'Armée rouge le , dès son retour, elle consigne notes et dessins sur ce qu'elle a vécu au camp, et les publie en 1948 sous le titre Sans fleurs ni couronnes, qui est un des tout premiers témoignages publiés sur la déportation[34]. Elle est médaillée de la résistance et croix de guerre 1939-1945.
  • André Girard, peintre et illustrateur, n'est pas mobilisé en 1939, car soutien de famille. Il s'installe à Antibes et fonde le réseau de résistance Carte, rejoint entre autres par André Gillois, Germaine Sablon, Joseph Kessel, Maurice Druon, Jean Nohain, Claude Dauphin, Marc Allégret, René Lefèvre et Armel Guerne. Andrée Jouan, la femme de Girard, est arrêtée en et déportée à Ravensbrück en . Elle rejoindra son mari à New York en , où il s'est réfugié en et a rejoint les milieux anti-gaullistes. Les Américains lui décernent la Legion of Merit[23].
  • Jeanne Helbling, actrice, s'engage dans la Résistance sous le nom de Chantal et héberge des résistants et des agents alliés dans son appartement de la rue Casimir-Pinel à Neuilly, dont Pierre Brossolette, le colonel Passy et l'agent anglais Forest Yeo-Thomas[35].
  • Sylvain Itkine, comédien et metteur en scène, proche des surréalistes, après avoir échappé à l'emprisonnement lors de la défaite, crée en Zone libre, à Marseille, une coopérative ouvrière employant de nombreux Juifs, puis entre en 1943 dans le réseau de renseignement des Mouvements unis de la Résistance. Il est dénoncé par un agent infiltré de la Gestapo le 1944 à Lyon, et officiellement fusillé le au fort de Côte-Lorette à Saint-Genis-Laval, mais il est possiblement mort à Lyon des suites de la torture[36].
  • Jean Lurçat, peintre, céramiste, insère en 1943 des quatrains tirés de "Liberté" d'Éluard (1942) dans sa tapisserie réalisée clandestinement à Aubusson. En , il s'associe aux combats de la résistance communiste avec Tristan Tzara, André Chamson, René Huyghe, Jean Cassou, Jean Agamemnon. Victor Soskice, son fils adoptif, pris au cours d'une mission de sabotage en France, est déporté en Allemagne et exécuté en 1945[37].
  • Robert Lynen, acteur, célèbre pour avoir à 12 ans incarné Poil de carotte, devient agent de liaison du réseau Alliance à Toulon, nom de code "Aiglon" ("le plus beau rôle de ma vie" dira-t-il). Arrêté par la Gestapo à la suite d'une dénonciation début , il est transféré en Allemagne en , jugé en décembre, et condamné à mort pour espionnage. Il est fusillé le , à l'âge de 23 ans, et meurt en chantant "La Marseillaise". Il est Croix de guerre à titre posthume[23].
  • André Malraux, après avoir longtemps pris ses distances avec la Résistance qu'il jugeait inefficace, la rejoint en et devient colonel de la brigade Alsace-Lorraine qui participe à la campagne de la première armée française[38]. Il magnifie cependant ou invente une partie de ses exploits[39]. Il est compagnon du Distinguished Service Order, croix de la Libération, médaille de la Résistance, croix de guerre.
  • Marc Menegoz, poète, publie dans les Feuillets du 81 et rejoint le maquis FTPF en forêt de Fontainebleau. Il est capturé le lors de la réception d'un parachutage, et comme ses camarades fusillé le . Il reçoit la mention « Mort pour la France » le [40].
  • Josette Molland, peintre, rejoint en 1942 le groupe Dutch-Paris, qui organise des filières d'évasion, où elle sert de courrier et participe à la production de faux papiers. Arrêtée par la Gestapo à Lyon en , elle est torturée par Klaus Barbie. Elle est déportée à Ravensbrück puis Flossenburg-Holleischen. Elle est médaille de la Résistance et Croix de guerre 1939-1945 avec palmes. Dans les années 1980, elle peint des scènes de la vie au camp et diffuse son témoignage[41].
  • Silvia Monfort, comédienne, combat aux côtés de Maurice Clavel, qu'elle épousera en 1949[23]. Elle participe comme lui à Combat. Elle libère Nogent-le-Rotrou et Chartres. Le , avec les FFI d'Eure-et-Loir, elle participe à la libération de Paris. Elle est Croix de guerre 1939-1945 (des mains du général de Gaulle) et Bronze Star Medal (par le général Patton)[23].
  • Marcel Moore, plasticienne, compagne de Claude Cahun, participe aux mêmes actions. Face à leur activité, La Gestapo est persuadée qu’un véritable réseau de résistants agit à Jersey[27],[28].
  • Jean-Pierre Mulotte, membre de La Main à plume, peintre, est FTP en , et participe en à Paris, alors qu'il a 17 ans, à l'assassinat d'un soldat allemand en représailles aux massacre d'Oradour-sur-Glane; il est abattu quelques jours après[42].
  • Maurice Passemard, peintre et poète, intègre l’école des Beaux-Arts en 1943 puis devient membre de l’École des cadres d'Uriage. Il intègre le maquis du Bessat et l’A.S. Loire en , puis part avec son bataillon pour les Alpes. À Tournoux, il reste quatre-vingt-dix jours sans relève avec ses camarades. Il y écrit et croque les instants difficiles[43].
  • Jean Prévost, écrivain, est mobilisé le . Sous l'Occupation, il adhère au Comité national des écrivains, créé par Aragon et Elsa Triolet, et participe en à la création du journal clandestin lyonnais "Les Étoiles". Il participe à une première tentative avortée d'organiser un maquis armé dans le massif du Vercors, puis, en , s'installe à Voiron et fait le lien entre les différents groupes, visitant les maquis dispersés à bicyclette. Il participe au grand rassemblement du Vercors Le , qui regroupe les différents chefs civils et militaires (dont Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal "Le Monde"). En , lors de l'assaut du maquis du Vercors par les forces allemandes, il parvient à mettre à l'abri sa compagnie, mais est tué en . Il est médaillé de la Résistance à titre posthume[23].
  • Robert Rius, écrivain, gagne la zone libre en 1940, où il organise l'accueil des surréalistes. De retour à Paris, il est l'un des fondateurs de la revue semi-clandestine La Main à plume dont un premier numéro est publié en . Engagé dans la Résistance armée en 1942, il est aux maquis de Miélan en (alias "Gall"), de Villebéon en et d'Achères de juin à . Arrêté sur dénonciation le , il est exécuté le dans la plaine de Chanfroy et Marco Ménégoz, jeune poète normand issu des Feuillets de 81[44].
  • Jean-Pierre Rosnay, poète, est membre du premier groupe-franc de l'Armée secrète en Haute-Savoie, en , à l'âge de 15 ans et demi, sous le pseudonyme de Bébé. Il combat en Haute-Savoie, au Mont Mouchet () et en Lozère. Il écrit des poèmes et des chansons de marche pour soutenir le moral des maquisards. Il aura la surprise d'entendre certains de ses poèmes sur les ondes de Radio Londres. Chargé d'éliminer Klaus Barbie, il est dénoncé, et torturé pendant 4 mois par les services de ce dernier. Il réussit à s'évader et rejoint le maquis du Vercors, où il sera gravement blessé lors de l'attaque d'un convoi allemand. Rétabli, il est enrôlé dans l'armée régulière et sert brièvement dans les forces d'occupation en Allemagne. Il reçoit la Croix de guerre 1939-1945 à l'âge de 17 ans[23].
  • Claude Roy, poète, est sous les drapeaux lorsque la guerre éclate. Prisonnier, il s'évade en et rejoint la zone libre où il écrit ses premiers poèmes. En 1941, il s’engage dans la Résistance au sein de l'organisation Étoiles, où il rencontre André Gide, Paul Éluard, Jean Giraudoux, Louis Aragon et Elsa Triolet, et adhère au Parti communiste. Rallié aux Forces françaises de l'intérieur lors de la libération de Paris, Roy devient correspondant de guerre durant la campagne d'Allemagne ; il suit notamment des procès pour le journal "Combat"[23].
  • Charles Jean Simonpoli, poète, crée en 1941 Les Cahiers de poésie dont 3 numéros furent publiés. En 1943, il est radié de la Bibliothèque nationale où il était employé pour avoir refusé de travailler avec un officier allemand. Sa femme conserva son emploi. En , avec son ami Robert Rius, il s’implique dans la Résistance active dans les FTPF, choix qui provoqua un vif débat dans le groupe de La Main à Plume où l’on comprit mal leur « ralliement » supposé aux « staliniens ». En , alias "Couturier", il est au maquis de Miélan dans le Gers. Il est arrêté par la SIPO-SD et torturé avec ses camarades, condamné à mort et abattu en forêt de Fontainebleau[45].
  • Boris Taslitzky, peintre, est fait prisonnier en , s'évade en août et s'engage dans la Résistance au sein du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France. Arrêté en novembre 1941, condamné à deux ans de prison pour des « dessins de propagande communiste », il est déporté à Buchenwald où il parvient à faire quelque deux cents dessins qui témoignent de la vie des camps, et est ainsi l'un des rares artistes qui a témoigné directement de l’horreur des camps[27].
  • Marc Valbel, acteur, doubleur, s'engage dans la Résistance et est décoré de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme[23].
  • Charles Wolff, musicographe, accueille des réfugiés politiques lors de la Retirada, puis fait partie à Marseille en 1941 de l'équipe du Comité américain de secours de Varian Fry, où il est chargé du service de presse. Il devient ensuite chef de secteur des Mouvements unis de la Résistance à Castanet (Haute-Garonne). Il est arrêté, torturé et assassiné par la Milice en à Toulouse[46].

Artistes rejoignant les Forces françaises libres ou le SOE britannique

  • Jean-Pierre Aumont, acteur, se réfugie aux USA en 1940. Il joue à Hollywood ("Un commando en Bretagne" et "La Croix de Lorraine"), puis s'engage dans les Forces françaises libres en . Il participe aux campagnes d'Afrique du Nord, d'Italie et au débarquement de Provence. Blessé deux fois, il reçoit la Croix de guerre 1939-1945[23].
  • Joséphine Baker, chanteuse, danseuse et actrice, américaine naturalisée française en 1937, adhère dès 1938 à la Ligue internationale contre l’antisémitisme (future Licra). Elle se produit pour les soldats au front et devient dès 1939 agent de renseignement de l'armée française, auprès des ambassades étrangères notamment; à partir de 1940 elle fait du renseignement pour la France Libre. Elle aménage un stock d’armes pour la Résistance dans un entresol de son château des Milandes, en Dordogne. Pour masquer son engagement dans le contre-espionnage, elle rejoint les Infirmières Pilotes Secouristes de l'Air et accueille des réfugiés de la Croix Rouge. Elle gagne l'Afrique du Nord en 1941, où elle tombe malade, puis chante pour les armées de 1943 à 1944, offrant ses cachets aux œuvres sociales de l'armée de l'air. Elle continue à faire du renseignement lors de tournées en Espagne. Engagée dans l'armée de l'Air en , officiellement engagée pour la durée de la guerre à Alger, sous-lieutenant, elle débarque à Marseille en et se lance dans une tournée de concerts dans les villes françaises libérées. Elle chante pour les survivants au camp de concentration de Buchenwald. Elle reçoit la médaille de la Résistance française[27],[47].
  • Pierre Boulle, futur écrivain, travaille en Asie en 1940 et rejoint les gaullistes à Singapour. Envoyé en mission en Indochine, il est capturé en 1942 par des militaires français fidèles à Vichy. Jugé comme traître, il est condamné aux travaux forcés mais parvient en 1944 à s’évader de Saïgon, et rejoint le Special Operations Executive britannique à Calcutta. Ses aventures serviront de trame en 1952 à son livre Le Pont de la rivière Kwaï. Il reçoit la Médaille de la Résistance, La Croix de Guerre 1939-1945, la Burma Star et la War Medal britanniques [48].
  • Éve Curie en uniforme des Forces françaises libres.
    Ève Curie, pianiste et femme de lettres, rejoint l'Angleterre le 23 juin 1940 et s'engage dans la France libre, intervenant dans la presse, à la radio, dans des conférences. Le gouvernement de Vichy lui retire en 1941 la nationalité française. Elle rejoint les États-Unis et devient en correspondante de guerre pour l’Herald Tribune Syndicate de New York, se rend sur les fronts de Libye, de Russie, de Birmanie et de Chine. Revenue en Angleterre, elle s'engage dans le corps des volontaires féminines de la France combattante et devient ambulancière sur le front d'Italie. Elle est en 1943 lieutenant à l'état-major de la 1re DFL et débarque en Provence en [49].
  • Claude Dauphin, acteur, mobilisé en 1939 dans les chars, devient membre du réseau Carte d'André Girard, sous le nom de Capitaine Legrand, puis rejoint les Forces françaises combattantes à Londres à l'automne 1942. Nommé officier de liaison entre les généraux Leclerc et Patton, il fait partie des premiers soldats à entrer dans Paris libéré avec la 2e Division Blindée[23].
  • Jean-Claude Diamant-Berger, poète, rejoint la Grande-Bretagne en 1941 où il intègre l'École des cadets de la France libre, promotion « Fezzan-Tunisie ». En 1944 à Bayeux, où il est affecté au service photo-presse-cinéma et photographie, il est tué à l'ennemi en août[50].
Jean Moncorgé (Jean Gabin), chef de char, et les membres d'équipage du "Souffleur II", en 1945.
  • Jean Gabin, acteur, refuse de tourner sous la direction des Allemands et gagne les USA. En 1943, il rejoint les Forces françaises combattantes à Casablanca. En 1945, il participe à la libération de la poche de Royan puis à la campagne d'Allemagne jusqu'à Berchtesgaden. Il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre[51].
  • Romain Gary, écrivain, répond à l’appel du du Général De Gaulle en s’engageant dans les forces aériennes Françaises libres. C’est au cours de la guerre qu’il décide de changer son patronyme Kacew en Gary.
  • Jean-Pierre Melville, réalisateur, rejoint la France libre à Londres en 1942. Il participe au débarquement de Provence[23].
  • Jean Nohain, parolier et auteur, frère de Claude Dauphin, s'engage en 1939 quoique soutien de famille. Il est décoré de l'ordre de la Francisque pour sa conduite face à l'ennemi. Il fait des tournées artistiques dans la zone libre, avec son frère et Marguerite Moreno, puis, en , rejoint les Forces françaises libres à Londres. Au sein de la 2e Division Blindée, son char (le Champs-Élysées) arrive le premier devant Notre-Dame. Blessé dans son char en , il reste paralysé du visage. Il reçoit la Croix de guerre 1939-1945[23].
  • Germaine Sablon, chanteuse et actrice, chante pour les soldats sur la ligne Maginot au cours de l’hiver 1939. En 1940, elle refuse la défaite et entre, avant son compagnon Joseph Kessel, dans la Résistance sous le pseudonyme de Tante Aurélie. Elle rejoint ensuite les rangs de la 1re Division française libre comme ambulancière, participe à la campagne d'Italie en 1944, où elle sera blessée pendant la bataille de Monte Cassino, et à la libération de l'Alsace. Elle est la première à enregistrer Le chant des partisans, à Londres dès 1943 puis à Paris en 1946[27].
  • Antoine de Saint-Exupéry, écrivain, sert en 1939 comme capitaine dans une escadrille de reconnaissance aérienne. Croix de guerre avec palme et cité à l’ordre de l’Armée de l’air le , il est démobilisé et se replie sur ordre en Algérie. Après l'armistice de , il quitte la France pour New York où il milite pour l'entrée des États-Unis dans la guerre et y devient l'une des voix de la Résistance française. En , il gagne la Tunisie et est versé à nouveau dans la reconnaissance aérienne, comme en 1939. Il disparaît en mer lors de sa mission du [23].

Artistes s'engageant par leurs œuvres dans le soutien à la Résistance

  • Louis Aragon, écrivain et poète, un des chefs de file de l’avant-garde littéraire, se réfugie en zone libre. Il s’engage en politique et participe à la Résistance en créant le Comité national des écrivains pour la zone Sud et le journal La Drôme en armes. Il s’engage par ses poèmes, publiés dans la clandestinité, où il dénonce nominativement les autorités de Vichy et révèle dès 1943 l'existence d'Auschwitz dans Le musée Grévin publié en 1943 aux Éditions de Minuit : « Aux confins de Pologne, existe une géhenne

Dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson. Auschwitz ! Auschwitz ! Ô syllabes sanglantes ! Ici l’on vit, ici l’on meurt à petit feu. On appelle cela l’extermination lente. Une part de nos cœurs y périt peu à peu Limites de la faim, limites de la force : Ni le Christ n’a connu ce terrible chemin Ni cet interminable et déchirant divorce De l’âme humaine avec l’univers inhumain »[52],[53].

  • Raymond Aron, écrivain, philosophe, mobilisé en 1939, rejoint Londres en 1940, où il restera jusqu'à la fin du conflit. Il s'engage dans les Forces françaises libres, mais conserve une opinion ambiguë sur Philippe Pétain comme sur de Gaulle. Brièvement engagé dans la 1re compagnie des chars de combat, où il est affecté aux écritures, il devient ensuite rédacteur en chef de la revue La France Libre, sous le nom de René Avord .Il est Croix de guerre 1939-1945[23].
  • Elsa Barraine, musicienne, Grand Prix de Rome, fonde en 1941 avec Roger Désormière et Louis Durey le Front national des musiciens qui s'engage contre la propagande nazie. Elle échappe à deux arrestations et entre en clandestinité en 1944 sous le nom de Catherine Bonnat, ou Bonnard. À la Libération, elle fait partie des comités d'épuration en art[54].
  • Ludovic Chabredier (Victor Cabane en poésie) (cf. aussi Artistes s'engageant dans les actions de la Résistance intérieure), réalise en 1944 des tableaux retraçant la répression du Groupe Salomon, dont L’interrogatoire, qui illustre la barbarie et la complicité entre nazis, officiers allemands et représentants du régime de Vichy[55].
  • Pierre Dac, humoriste et comédien, réussit après une première tentative en 1941 à rejoindre Londres. En , il fait partie de l'équipe des "Français parlent aux Français" de Radio Londres. Il y chante "Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand !" et brocarde le régime de Vichy et l'occupant allemand. Il est chevalier de la Légion d'honneur en , Croix de guerre 1939-1945 Médaille de la Résistance française[23].
  • Louis Daquin, cinéaste, après un bref passage aux Actualités cinématographiques régies par Vichy et l'occupant, rejoint en 1942 la section cinéma du Front national qui participera en 1943 au Comité de libération du cinéma français. Le au soir, les locaux cinématographiques officiels sont investis. Daquin participera, à la Libération, à la production de La Bataille du rail, Le 6 juin à l’aube et Au cœur de l’orage[56].
  • Charlotte Delbo, assistante de metteur en scène, écrivaine, s'engage en 1941 dans la Résistance avec son mari Georges Dudach. Elle est chargée de la retranscription de Radio Londres et de Radio Moscou, et travaille avec son mari à la parution du premier numéro des Lettres françaises. Ils sont arrêtés début , dans une rafle visant de nombreux intellectuels du Parti communiste français clandestin. Son mari est fusillé, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau de à , puis transférée à Ravensbrück jusqu'en . Rescapée, elle rédige dès 1946 Aucun de nous ne reviendra, mais décide de ne le publier qu'en 1965[57].
Printemps 1944, couverture de la partition du Chant de la Libération (Le chant des partisans), réalisée par René Lefebvre.
  • Maurice Druon, futur écrivain, quitte la France pour Londres après l'invasion de la zone libre par les Allemands en . Attachés au programme Honneur et Patrie de la BBC, lui et Joseph Kessel rédigent en les paroles du Chant des partisans.
  • Paul Éluard, poète, mobilisé en , s'installe avec Nusch à Paris après l'armistice. Il y héberge le couple d'artistes républicains espagnols Concha Méndez et Manuel Altolaguirre. Ses premiers poèmes de résistance paraissent dans la clandestinité, dès 1941. En 1942, il s'installe chez Christian et Yvonne Zervos, près de Vézelay et écrit Liberté, publié dans le premier numéro de la revue Choix, et qui sera parachuté par les avions anglais à des milliers d'exemplaires au-dessus de la France. En 1943, avec Pierre Seghers et Jean Lescure, il rassemble les textes de nombreux poètes résistants et publie L'Honneur des poètes. En , il se réfugie avec Nusch à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban. À la Libération, il est fêté comme le grand poète de la Résistance[réf. souhaitée].
  • Jean Fautrier, peintre, prend en 1941 un atelier au 216, boulevard Raspail, qui devient un lieu de réunions et de boîte aux lettres pour la Résistance. Il y est arrêté par la Gestapo en janvier 1943, libéré grâce à l'intervention d'Arno Breker et Jean Paulhan. Il trouve refuge à Châtenay-Malabry dans la Tour Velléda, clinique psychiatrique du Docteur Henri Le Savoureux. À cent mètres de son atelier, la Gestapo et la carlingue viennent déposer des corps torturés ou fusiller les résistants au lieu-dit « L'Orme mort », et il commence à peindre sa série des Otages[réf. souhaitée].
  • André Fougeron, peintre, graveur, fait prisonnier en 1940, s'évade et se réinstalle à Montrouge où Il transforme son atelier en imprimerie clandestine. Il participe de 1941 à 1943 aux expositions « Douze peintres d'aujourd'hui » avec, entre autres, Bazaine, Estève, Francis Gruber, Lapicque, Le Moal, Manessier, Pignon et Tal Coat. Résistant actif dans son milieu, il est secrétaire général du Front national des Arts. Il produit sous l'occupation un dessin représentant Adolf Hitler, étranglé par une main vengeresse, régurgitant des cadavres d'enfants. Il prend le risque d'exposer Rue de Paris 43 au Salon d'Automne[réf. souhaitée], un tableau montrant les files d'attente devant les magasins d'alimentation, des enfants cherchant de la nourriture dans une poubelle. En 1943, il participe à l'album Vaincre, vendu clandestinement au profit des FTP. À la Libération, il est chargé de l'épuration dans le domaine artistique[14].
  • André Gillois, écrivain, réalisateur, scénariste, présentateur d'émission, quitte Paris dès 1940 et se réfugie dans le Midi où il côtoie Kessel, Druon et Germaine Sablon, qu'il retrouvera plus tard à Londres. En , il part de nuit sur une embarcation pour Gibraltar, puis gagne Londres. Il est à partir de mai 43 l’animateur quotidien d’"Honneur et patrie" sur la BBC ("Ici Londres, les Français parlent aux Français"). Le , il remplace Maurice Schumann comme porte-parole du général de Gaulle. Il est Médaille de la Résistance[23].
  • Irène Joachim, cantatrice, participe à la création du Front National des musiciens[58].
  • Joseph Kessel, écrivain, s'engage dans les Forces françaises libres. Il rejoint Londres en 1943, et compose avec son neveu Maurice Druon la version française du Chant des partisans, qui va devenir l'hymne emblématique de la Résistance[27].
  • Max Le Verrier, sculpteur, propose sa maison comme boîte aux lettres pour les réseaux de résistance et emploie dans son atelier des réfugiés juifs et des réfractaires au STO[8] ; il sera arrêté en 1944[réf. souhaitée].
  • Anna Marly, danseuse, chanteuse et compositrice d'origine russe, gagne Londres en 1941 où elle s'engage comme cantinière au quartier général des Forces françaises libres de Carlton Gardens. C'est là en 1941 qu'elle compose à la guitare La marche des partisans, ou Guerilla song, sur des paroles russes dont elle est également l’autrice. Elle est aussi autrice de la musique de La Complainte du partisan, écrite par Emmanuel d'Astier de La Vigerie, popularisée plus tard par Leonard Cohen[59].
  • Première page du journal clandestin Les Lettres françaises, n° 1, septembre 1942.
    Loys Masson, poète, issu d’une famille franco-mauricienne, rejoint Paris en pleine mobilisation, s’engage dans la Légion étrangère, étant alors britannique, est réformé, vit dans la clandestinité et fréquente Georges Hugnet, Paul Éluard, Robert Ganzo. Il fait partie du groupe d’artistes de la Résistance réuni au château de Lourmarin en , avec Emmanuel Mounier, Manza del Vasto, Armand Guibert, Pierre Emmanuel, Max-Pol Foucher, Georges-Emmanuel Clancier, Claude Roy et Pierre Seghers. Ce dernier lui propose de travailler pour la revue Poésie 41. Poète engagé, condamné à mort par contumace et recherché par la Gestapo, il se réfugie en Touraine en 1943, collabore à la revue littéraire et politique algérienne antinazie Fontaine, ainsi qu’aux Lettres françaises, principale revue littéraire clandestine. Fin 1945, il obtient la nationalité française[60].
  • Raoul Minot, photographe, réalise à partir de 1940 à Paris, sous l'occupation nazie, plus d'un millier de photographies de la vie quotidienne, de soldats allemands, d'équipements militaires, d'affiches de propagande ou d'inscriptions anti-allemandes. Il effectue des tirages grâce au laboratoire photographique du grand magasin Printemps où il travaille. Il en cède des centaines à Louis Juven, agent occasionnel de la Résistance. Dénoncé en , il est déporté en à Mauthausen, transféré en à Buchenwald, libéré le après les marches de la mort, mais meurt le à l'hôpital de Cham en Bavière. La grande partie de son œuvre photographique reste inconnue de nombreuses décennies. Le , il est déclaré mort pour la France[61].
  • Marc Patin, poète, démobilisé, participe en 1941 à la création de La Main à plume. En 1942, il signe le pamphlet du groupe Vos Gueules! qui fustige les écrivains des organes collaborationnistes, en 1943, les pamphlets adressés à Jean Follain et à Léon-Paul Fargue qui publient dans la revue vichyste L’Appel, etc. Il tombe sous le coup du S.T.O. et doit partir travailler comme tourneur, dans des conditions très difficiles, en Allemagne. La sixième et dernière publication collective de la Main à plume, contenant son « Voir et vouloir », paraît en , à 1500 exemplaires. Fin , il contracte une pneumonie et décède le à Berlin. Il est déclaré « Mort pour la France » en 1948[62].
  • Robert Petit-Lorraine, ferronnier d’art, verrier, est réfractaire au STO et gagne un maquis proche du Gerbier-de-Jonc et du Mézenc. Il devient le FTP Lorraine et illustre les journaux L’Assaut et Valmy, et réalise des affiches appelant les attentistes à rallier la Résistance[55].
  • Pierre Seghers, poète et éditeur, démobilisé en 1940, décide de déjouer la censure. Il se rapproche d'Aragon et d'Elsa Triolet et publie la seconde. Il rédige, en , apprenant l'exécution des otages de Châteaubriant, le poème Octobre qui sera publié à plusieurs reprises, sans nom d’auteur, dans la revue Traits que dirige à Lausanne François Lachenal. Il poursuit ouvertement son travail d’éditeur, soumettant à la censure allemande les livres de poésie, mais des ouvrages plus subversifs paraissent avec un faux visa, et il confie ses poèmes à des revues clandestines, dont les Éditions de Minuit. Il élabore clandestinement avec Paul Éluard et Jean Lescure l'anthologie L’Honneur des poètes. À la Libération, il devient membre du Comité d’épuration de l’édition[63].
Joseph Steib, Le conquérant.
  • Joseph Steib, peintre, prend pour cible à Mulhouse sous l'occupation pour ses peintures le régime nazi, et au premier plan Hitler[64].
  • Elsa Triolet, écrivaine, participe à la Résistance dans la zone Sud et contribue à faire paraître et à diffuser les journaux "La Drôme en armes" et "Les Étoiles", au côté de son mari Louis Aragon. Sa nouvelle "Les Amants d'Avignon" est publiée aux Éditions de Minuit en sous le pseudonyme de Laurent Daniel. Elle est Médaille de la Résistance française et reçoit l'Ordre de l'Insigne d'honneur de l'Union soviétique[23].
  • Henry Valensi, peintre, rallie la France libre à Alger. Il y crée un ensemble d’œuvres qu’il nomme lui-même de « propagande gaulliste »[16].
  • Vercors, écrivain, rejoint la Résistance après sa démobilisation. Il y prend son pseudonyme. À l'automne 1941, il fonde clandestinement avec Pierre de Lescure les Éditions de Minuit, où il publie en 1942 sa nouvelle "Le Silence de la mer". Il fait partie, à la Libération, de la Commission d'épuration de l'édition mise en place par le Comité national des écrivains (CNE), mais il en démissionne en en raison de l'indulgence de ses membres vis-à-vis des éditeurs. Il reçoit la Médaille de la Résistance[23].

Artistes résistant contre la Shoah

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks