Attentat du 7 août 1932 à Rennes
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4 h 40
| Attentat du 7 août 1932 à Rennes | |
Monument pris pour cible et détruit par la bombe. Photo de 1911. | |
| Localisation | Rennes |
|---|---|
| Cible | Monument symbolisant l'union de la Bretagne à la France |
| Coordonnées | 48° 06′ 41″ nord, 1° 40′ 48″ ouest |
| Date | 4 h 40 |
| Type | Attentat à la bombe |
| Armes | Bombe |
| Auteurs | Célestin Lainé et André Geffroy |
| Organisations | Gwenn ha Du |
| Mouvance | Mouvement breton |
| modifier |
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L'attentat du 7 août 1932 à Rennes est un attentat à la bombe visant une œuvre du sculpteur Jean Boucher symbolisant l'union de la Bretagne à la France, et placée dans une niche de l'hôtel de ville de Rennes. La statue, représentant Anne de Bretagne, est, depuis son inauguration en 1911, jugée dégradante par le mouvement breton, en raison de sa position agenouillée devant le roi de France.
Il prend symboliquement pour cadre les festivités marquant le 400e anniversaire de l'union de la Bretagne à la France qui ont lieu le même jour à Vannes. Premier attentat commis par le mouvement breton, il est aussi la première action du groupe armé Gwenn ha Du. Il est réalisé par Célestin Lainé, qui fournit la bombe, et André Geffroy, qui la pose.
L'évènement, bien qu'ayant peu de conséquences concrètes politiquement et ne représentant pas une date clef dans l'histoire du mouvement breton, acquiert immédiatement une forte charge symbolique parmi ses militants.
Création de la statue
La statue est une œuvre de Jean Boucher représentant la duchesse Anne de Bretagne agenouillée devant le roi de France Charles VIII, et symbolisant l'union de la Bretagne à la France. Elle est inaugurée en grande pompe le à Rennes pour marquer le 420e anniversaire du mariage des deux souverains, et par décision du conseil municipal elle occupe une niche de l'hôtel de ville de Rennes où, jusqu'à la Révolution française, était présente une autre statue figurant Louis XV, qui figurait déjà le thème de l'union de la Bretagne et de la France[1].
Sa création s'inscrit dans un processus de statuomanie visant à intégrer les mémoires provinciales dans celle de la République[2], mis en place par la Troisième République, et connaissant un pic d'activité entre 1871 et 1914. Celle-ci va de pair avec de grandes cérémonies et la présence de membres du gouvernement. L'inauguration rennaise de 1911 s'accompagne ainsi de fêtes de nuit au parc du Thabor et d'un cortège évoquant le mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII au château de Langeais. Les cérémonies ont lieu en présence des ministres Théodore Steeg et Charles Chaumet[3].
Réception locale de l'œuvre
La Bretagne connait à l'époque le développement d'un courant régionaliste marqué par la création de l'Union régionaliste bretonne (URB) en 1898 et du Gorsedd de Bretagne en 1900. Ces deux mouvements émettent des réserves en raison de la position agenouillée de la duchesse Anne, en rupture avec l'image dont jouit cette personnalité de l'histoire de la Bretagne. Ils sont donc tiraillés entre ce qu'ils interprètent comme un possible dévoiement de leur patrimoine, et la possibilité de s'affirmer à l'occasion de cette cérémonie. Aucun des deux ne participe aux festivités, seul Anatole Le Braz, ancien président de l'URB, y participe à titre individuel[4]. L'inauguration est perturbée par Camille Le Mercier d'Erm et son Parti nationaliste breton qui parlent alors de « monument de la honte[5] ». L'opinion publique de l'époque, sans pour autant suivre la ligne de ce parti, considère le monument comme humiliant[6].
Le caractère académique de l'œuvre de Jean Boucher est aussi une source de critiques dans la région. Certains mouvements artistiques locaux cherchent alors à sortir des botrelleries folklorisantes[7], dont plus tard les Seiz Breur , et le style de Boucher est alors cible de critiques[8].
Tensions grandissantes avant l'attentat
Le mouvement breton connait un processus de radicalisation à partir des années 1920, avec en 1927 la création de deux partis politiques : la Ligue fédéraliste de Bretagne et le Parti national breton. L'annonce en 1932 des célébrations du 400e anniversaire de l'union de la Bretagne à la France provoque chez eux une émotion forte qui se cristallise sur la sculpture de Boucher[9]. Le journal du PNB, Breiz Atao, mène ainsi une campagne de presse contre cette œuvre dans tous ses numéros à partir de [10].
Par ailleurs, l'exemple irlandais, notamment les actions de l'IRA, inspire une partie du mouvement breton de l'époque[11]. Une des militantes du PNB, Fant Rozec, s'est ainsi rendue dans ce pays l'année précédente, avec pour but d'étudier le mouvement républicain irlandais ; elle rencontre Frank Ryan, ancien chef de la brigade de Dublin de l'IRA[12], et signe plusieurs articles dans Breiz Atao, lors de cette année en Irlande, rendant compte de la situation des républicains sur place[13].


