Axiome du choix

axiome selon lequel le produit d'une famille d'ensembles non vides est non vide From Wikipedia, the free encyclopedia

En mathématiques, l'axiome du choix, abrégé en « AC », est un axiome de la théorie des ensembles qui « affirme la possibilité de construire des ensembles en répétant une infinité de fois une action de choix, même non spécifiée explicitement »[1].

Pour tout ensemble d'ensembles non vides (les jarres), il existe une fonction qui associe à chacun de ces ensembles (ces jarres) un élément contenu dans cet ensemble (cette jarre).

Giuseppe Peano en donne le premier énoncé explicite en 1890 dans Démonstration de l'intégrabilité des équations différentielles ordinaires[2], quatorze ans avant qu'Ernst Zermelo ne l'énonce pour la démonstration du théorème de Zermelo[3].

L'axiome du choix peut être accepté ou rejeté, selon la théorie axiomatique des ensembles choisie.

Énoncé

L'axiome du choix peut s'énoncer comme suit :

(0) « Pour tout ensemble X d'ensembles non vides, il existe une fonction définie sur X, appelée fonction de choix, qui à chaque ensemble A appartenant à X associe un élément de cet ensemble A. »

ce qui s'écrit formellement : [4].

L'appel à cet axiome n'est pas nécessaire si X est un ensemble fini car c'est une conséquence de la définition d'ensemble non vide (c'est-à-dire qu'il existe un élément appartenant à cet ensemble). Dans ce cas, le résultat se montre par récurrence sur le nombre d'éléments de X.

Il y a d'autres cas où une fonction de choix f peut être définie sans l'axiome du choix. Par exemple, pour un ensemble X d'ensembles non vides d'entiers naturels, on peut définir une fonction de choix en posant, pour A un élément de X, f(A) égal au plus petit élément de A (on s'est servi de la propriété de bon ordre sur les entiers naturels, et non de l'axiome du choix). Cependant dans le cas général, l'existence d'une fonction de choix repose sur l'axiome ci-dessus, par exemple pour démontrer le théorème de König.

Autres formulations

On trouve d'autres formulations de l'axiome du choix, très proches de la précédente, dont les suivantes :

Énoncés équivalents

L'axiome du choix est souvent utilisé par l'intermédiaire de l'un des deux énoncés suivant qui lui sont équivalents[9] (à comprendre relativement aux axiomes de la théorie ZF) :

Le théorème de Zermelo implique immédiatement l'axiome du choix : si E est muni d'un bon ordre, on obtient une fonction de choix sur l'ensemble des parties non vides de E (énoncé (0')) en prenant pour chaque partie non vide de E son élément minimum[9], on a déjà procédé ainsi dans le cas particulier où E est l'ensemble des entiers naturels (voir supra).

On peut montrer que le lemme de Zorn implique le théorème de Zermelo (voir l'article théorème de Zermelo)[9]. Le lemme de Zorn implique donc l'axiome du choix d'après ce qui précède (pour une démonstration directe voir Lemme de Zorn).

Il est un peu plus délicat de démontrer que l'axiome du choix implique le lemme de Zorn (et donc le théorème de Zermelo). On peut utiliser dans les deux cas assez naturellement la théorie des ordinaux[9], mais il est possible de démontrer le lemme de Zorn en travaillant directement sur la structure d'ordre de l'inclusion sur un ensemble de parties[10].

Indépendance de l'axiome du choix relativement à ZF

L'axiome du choix ne fait pas partie du jeu d'axiomes de la théorie des ensembles de Zermelo-Fraenkel (ZF), et cet axiome n'est ni prouvable ni réfutable à partir des axiomes de ZF[11]:

  • en 1938, Kurt Gödel démontre que ZFC (la théorie ZF munie en plus de l'axiome du choix AC) est une théorie cohérente si ZF l'est[12] ;
  • en 1963, Paul Cohen démontre que ZF+(non)AC est aussi une théorie cohérente si ZF l'est.

Ce qui démontre l’indépendance de l'axiome du choix vis-à-vis des autres axiomes de ZF.

L'axiome du choix est donc optionnel dans la théorie des ensembles. De vives controverses ont eu lieu à partir des années 1900 quant à l'opportunité de ou la légitimité à l'employer[13]. Une partie des mathématiciens, notamment les constructivistes, reprochaient à l'axiome d'être "existentiel"[14] : il affirme l'existence d'objets mathématiques sans fournir de moyen d'en construire ou d'en exhiber d'exemples concrets. D'autres mathématiciens acceptaient les formes faibles de l'axiome (AC dénombrable, AC du choix dépendant), mais refusaient sa forme générale.

Les arguments échangés depuis cette époque ont permis de montrer que, dans de nombreux cas, des démonstrations qui semblent ne pas utiliser cet axiome en font usage de façon cachée[15]. Et, inversement, des théorèmes initialement démontrés en utilisant cet axiome peuvent être démontrés sans y faire appel[16].

Les nombreuses études portant sur cet axiome et ses différentes formulations équivalentes ainsi que sur les résultats qu'il permet d'obtenir ont conduit progressivement à ce que la plupart des mathématiciens acceptent cet axiome, tout en recommandant de ne l'employer que lorsque cela est strictement nécessaire, et de préciser quel emploi en a été fait[17],[18].

Une illustration due à Bertrand Russell

Bertrand Russell disait à propos de l'axiome du choix : « Pour choisir une chaussette plutôt que l'autre pour chaque paire d'une collection infinie, on a besoin de l'axiome du choix. Mais pour les chaussures, ce n'est pas la peine[19]. »

Explication :

  • Les deux chaussettes d'une même paire sont indistinguables. Même si chaque matin on arrive à choisir celle qu'on va mettre en premier, il n'y a pas de procédé général qui permette de décider à l'avance cette infinité de choix ;
  • Pour les chaussures, on distingue la chaussure gauche de la chaussure droite. Ainsi, il existe une fonction de choix naturelle : par exemple, toujours choisir la chaussure gauche[20].

Exemples de théorèmes nécessitant l'axiome du choix

Formes faibles de l'axiome du choix

Il existe des formes faibles de l'axiome du choix que le mathématicien utilise couramment, la plupart du temps sans s'en apercevoir[16] à moins d'être logicien ou « constructiviste », et qui servent à « construire » des suites. Elles sont absolument indispensables pour l'exposé usuel des fondements de l'analyse.

Axiome du choix dénombrable

Cet axiome, abrégé en « ACω », est la restriction de l'axiome du choix aux familles dénombrables :

« Étant donné une famille dénombrable d'ensembles non vides, il existe une fonction qui à chacun d'entre eux associe un de ses éléments. »

Il est par exemple utilisé pour démontrer :

Aucune hypothèse n'étant faite sur les ensembles composant cette famille. L'axiome du choix dénombrable ne concerne pas la question du choix d'un élément dans un ensemble dénombrable mais la possibilité de faire une infinité dénombrable de choix simultanément.

Axiome du choix dépendant

Cet axiome, abrégé en « DC », assure que, si R est une relation sur un ensemble non vide E vérifiant

alors il existe une suite (xn) d'éléments de E telle que

Une forme plus forte de l'axiome du choix : l'epsilon de Hilbert

David Hilbert a introduit l'opérateur ε, qui à toute propriété P associe un objet εx.P(x) tel que, si P est vérifiée par au moins un élément, alors P est vérifiée par εx.P(x). Cette construction permet de définir les quantificateurs et elle est utilisée par Nicolas Bourbaki pour développer sa théorie des ensembles, avec une variante notationnelle utilisant la lettre τ (tau)[26].

Il est alors assez simple de montrer que l'axiome du choix devient un théorème, c'est-à-dire une conséquence des autres axiomes, et des règles logiques gouvernant l'emploi du tau[27]. L'opérateur tau fournit en effet une « fonction » de choix universelle, une construction (qui n'est pas une fonction au sens ensembliste) associant à tout ensemble non vide un élément de celui-ci. Tout énoncé de la théorie des ensembles de Bourbaki se traduit dans une théorie des ensembles de type ZF à laquelle on a ajouté un nouveau symbole de relation, et un axiome utilisant celui-ci qui exprime que cette relation est une relation de bon ordre sur tout l'univers : le principe du choix. Le tau peut alors s'interpréter par « le plus petit x vérifiant une propriété P s’il existe ». Si cette relation n’est vérifiée par aucun objet, alors ce tau est un objet « dont on ne peut rien dire[27] ».

On associe de cette façon à tout énoncé clos démontrable dans la théorie de Bourbaki un énoncé traduit utilisant ce nouveau symbole qui est démontrable dans la théorie des ensembles ZF dont les schémas d'axiomes (on peut se restreindre au schéma d'axiomes de remplacement) ont été étendus aux énoncés contenant le nouveau symbole, et avec le principe du choix. En ajoutant l'axiome de fondation, la nouvelle théorie est conservative au-dessus de la théorie ZFC (avec axiome de fondation)[28], c'est-à-dire qu'elle ne démontre pas de nouvel énoncé du langage initial.

Notes et références

Voir aussi

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