Blanquette de Limoux

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Une blanquette de Limoux est un vin blanc effervescent produit autour de Limoux, à 25 kilomètres au sud de Carcassonne, dans le département de l'Aude. Il s'agit depuis 2009 d'un des produits vendus sous l'appellation limoux ; la mention rajoutée à côté du nom de l'appellation donne « limoux blanquette de Limoux ».

Appellation(s) principale(s)limoux
Type d'appellation(s)mention au sein d'une AOC / AOP
Reconnue depuis1938
PaysDrapeau de la France France
Faits en bref Appellation(s) principale(s), Type d'appellation(s) ...
Blanquette de Limoux
Image illustrative de l’article Blanquette de Limoux
Verre et bouteille de blanquette de Limoux.

Appellation(s) principale(s) limoux
Type d'appellation(s) mention au sein d'une AOC / AOP
Reconnue depuis 1938
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble du Languedoc-Roussillon
Sous-région(s) Limouxin
Localisation Aude
Climat méditerranéen sous influence océanique
Ensoleillement
(moyenne annuelle)
2 169 heures (à Carcassonne)
Sol terres argilo-calcaires
Superficie totale 7 800 hectares
Superficie plantée 413 hectares (en 2024)[1]
Nombre de domaines viticoles 1 coopérative, 18 vignerons et 7 négociants
Cépages dominants mauzac B[note 1]
Vins produits mousseux blancs
Production 22 223 hectolitres (en 2024)[1]
Pieds à l'hectare minimum 4 000 ceps/ha[2]
Rendement moyen à l'hectare 54 hl/ha (en 2024)[1]
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Cette petite région produit aussi deux autres vins effervescents, le « limoux méthode ancestrale » (une autre mention au sein de l'AOC) et le crémant de Limoux, ainsi que des vins tranquilles sous l'appellation limoux.

Histoire

Origine du vignoble

Tite-Live, historien du Ier siècle, louait à l'époque de la Rome antique les vins blancs de cette région, qui n'étaient pas encore des vins effervescents ; en effet, depuis Tite-Live, les « vins de lumière » désignent les blancs tranquilles, fins et fruités[3].

Viticulture monastique.
Moine goûtant son vin.

La première mention de la « blanquette » remonte à 1496 : en 2019, le médiéviste Jean-Loup Abbé découvre un acte notarié dans un terrier du monastère dominicain de Prouille concernant la ville et le territoire de Limoux, acquis en 2017 par les archives départementales de l'Aude. Il y est fait mention de unam vineam de blanqueta a Roquadegrada une vigne de blanquette à Roque-Degrade », un lieu-dit au sud-est de Limoux)[4].

Au début de l'époque moderne, il est constaté que parfois certains vins devenaient spontanément effervescents. Ce phénomène aurait été remarqué à Limoux au XVIe siècle par les moines bénédictins de l'abbaye de Saint-Hilaire (Saint-Hilaire dans l'Aude)[5] ce qui ferait de la blanquette de Limoux le plus vieux mousseux du monde[6],[7]. Cette mention précède celle de 1544 que l'on trouve dans un extrait des comptes du clavaire de Limoux, notant la livraison de « flasques » au seigneur d'Arques Jean de Joyeuse (le père du maréchal de Joyeuse)[8]. Si cet extrait de comptes permet de savoir que ce vin blanc, probablement doux, est un cadeau de prestige, rien ne permet d'affirmer qu'il s'agit alors d'un vin effervescent. La maîtrise de l'effervescence n'intervient que beaucoup plus tard, avec les progrès de la fabrication du verre, à la fin du XVIIIe siècle.

Du XVIIe siècle au milieu du XIXe siècle, le vin de Limoux jouit d'une grande réputation dans le pays. Dans les années 1850, elle figure sur certaines bonnes tables parisiennes où, consommée comme digestif, elle appartient à la catégorie des « vins de liqueurs ». Le troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson, en était friand et passa commande de près de 600 bouteilles de blanquette de Limoux, entre 1819 et 1826[9]. Dès 1875, Gédéon Guinot fonde la maison Guinot pour commercialiser de la blanquette de Limoux, produite en utilisant la méthode champenoise. Le crémant de Limoux est commercialisé à partir de 1913.

Évolution de l'appellation

En 1929, le « Syndicat de défense du cru blanquette de Limoux » est fondé pour défendre les droits des vignerons auprès des tribunaux ; en 1936, il dépose une demande d'appellation auprès du Comité national des appellations d'origine. La blanquette de Limoux et le « Vin de Blanquette » sont reconnus comme des appellations d'origine contrôlée (AOC) par le décret du , pour des vins blancs titrant au moins 10° d'alcool produit à partir des cépages mauzac et clairette blanche (cette dernière à moins de 10 % de l'encépagement) sur 33 communes avec un rendement de 30 hl/ha ; la blanquette de Limoux désigne une « mise en bouteilles de vin encore plus ou moins doux ou de vin sec avec addition de saccharose quand c'est nécessaire, prise de mousse en bouteilles, mise sur lattes, dégorgeage avec addition de liqueur d'expédition au gré du client » (donc de l'effervescent), tandis que le « Vin de Blanquette » est un vin tranquille[10]. En 1949, les communes de Gaja-et-Villedieu et Pauligne sont rajoutées à l'aire d'appellation[11]. En 1955, la fabrication de vins mousseux autre que la blanquette de Limoux est interdit sur la zone[12].

En 1959, on passe à trois appellations encadrées par le même décret, concernant 42 communes avec un rendement de 45 hl/ha : le « Vin de Blanquette » est un vin incomplètement fermenté ou un vin mousseux par fermentation spontanée en bouteille et sans dégorgeage ; la blanquette de Limoux est un vin préparé par seconde fermentation en bouteilles avec dégorgeage (la méthode champenoise) ; le « Limoux nature » est un vin sec tranquille (du vin de base qui n'a pas été utilisé pour faire du mousseux)[13]. En 1964, il est décidé qu'à partir de 1970 toutes les parcelles contenant des cépages hybrides ne pourront plus produire de la blanquette[14]. En 1971, le chardonnay et le chenin sont autorisés (limités à 10 %), tandis que la clairette doit disparaître avant 1978 ; le rendement est monté à 50 hl/ha[15]. En 1975, chardonnay et chenin sont autorisés jusqu'à 20 %, tandis que le degré d'alcool minimum du vin de base est descendu à 9,5°[16]. En 1981, deux nouveaux décrets sont consacrés l'un à l'AOC limoux (le vin tranquille) l'autre à la blanquette de Limoux (son vin de base est appelé le « Vin destiné à l'élaboration de Blanquette de Limoux »)[17]. En 1995, le type de taille est modifié[18].

Par le décret du , la blanquette de Limoux devient une mention au sein de l'AOC limoux, en compagnie de la mention « méthode ancestrale » (qui est lui élaboré par fermentation unique) ; l'aire d'appellation est de 41 communes (Vendémies ayant été annexée par Limoux) ; le rendement passe à 60 hl/ha (butoir à 70)[19]. Ce cahier des charges est modifié en [2].

Étymologie

L'appellation « blanquette » vient de la coloration blanche que l'on remarque sous les feuilles de vigne dans le terroir du limouxin, à la fin de l'été et à l'automne. Plus exactement de la feuille du cépage mauzac qui avec le vent d'autan, fait apparaître le dessous de la feuille qui devient blanc en cette saison des vendanges. Le mot provient directement de la langue occitane dans laquelle « blanqueta » veut dire « blanchette ». À l'automne on dit que « la vinha se fa blanqueta », ce qui se traduit par « la vigne se fait (devient) blanchette ». Un champ blanquettier désigne en français une parcelle de vigne ayant cet aspect blanchi d'où provient, à partir de l'occitan, le nom de la Blanquette de Limoux.

Vignoble

Aire d'appellation

Images externes
Carte des communes concernées
Cartes cadastrales de l'appellation limoux
Orthophotos du parcellaire de l'appellation

Le vignoble se situe le long de la haute vallée de l'Aude, à l'extrémité occidentale du vignoble du Languedoc-Roussillon, entre les plateaux du Chalabrais et de Lacamp, aux pieds des Pyrénées, entre 200 et 450 mètres d'altitude.

L'aire d'appellation concerne 41 communes :

Climat

Vignoble et paysage

Afin de permettre aux promeneurs de savoir dans quel terroir ils se situent, le Syndicat du Cru a entrepris une étude « Vignoble Paysagers » qui permet depuis 2010 de matérialiser chaque zone par une couleur et un arbre dominant. Les habitants s'engagent dès à présent à planter des rosiers de couleur :

  • jaune dans le terroir d'Autan ;
  • rouge dans le terroir méditerranéen ;
  • rose dans le terroir océanique ;
  • orange dans le terroir Haute Vallée.

Encépagement

L'encépagement pour produire de la blanquette de Limoux peut être principalement composé de mauzac B[note 1] (au moins 90 % de l'ensemble des parcelles du domaine déclarées pour ce produit), complété avec du chenin B et du chardonnay B[2].

Pour du limoux méthode ancestrale, seul le mauzac est autorisé. Pour du crémant de Limoux, le cépage principal est le chardonnay (entre 50 et 90 % de l'encépagement), complété par du chenin (entre 10 et 40 %), du mauzac (moins de 20 %) et du pinot noir (moins de 30 %), ce dernier utilisé en blanc de noirs ou pour faire du crémant rosé.

Vins

La hiérarchisation des AOC languedociennes.

La blanquette de Limoux est un des produits au sein de l'AOC limoux (une mention rajoutée à cette appellation, sous la forme « limoux blanquette de Limoux »). Sur son aire de production, les vignerons peuvent aussi fabriquer les autres produits de l'« appellation sous-régionale » (selon la hiérarchie mise en place par le CIVL)[20] limoux (du vin tranquille en rouge ou blanc, ainsi que le « limoux méthode ancestrale » en mousseux), l'autre vin effervescent qu'est le crémant de Limoux, de l'« appellation régionale » languedoc (vin tranquille dans les trois couleurs), plusieurs IGP (pays-d'oc, terres-du-midi, aude, le-pays-cathare et haute-vallée-de-l'aude) et du vin sans indication géographique (VSIG, sous le nom de « Vin de France »).

Volumes

Selon le service des Douanes, les données de production des années récentes sont[1] :

Davantage d’informations Année, limoux blanquette de Limoux (vin de base) ...
Annéelimoux blanquette de Limoux (vin de base)
superficie (ha)production (hl)rendement (hl/ha)
202240423 84359
202339819 94950
202441322 22354
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Vinification

Salle de remuage de la blanquette de Limoux.

Pour la blanquette brute, une première fermentation est effectuée séparément pour les différents cépages. On obtient alors des vins de base que l'on assemble. À cet assemblage on ajoute une liqueur de tirage pour provoquer une seconde fermentation qui se déroule en bouteille. C'est durant cette deuxième fermentation que le vin devient effervescent. Après neuf mois de repos, les bouteilles sont ouvertes pour éliminer le dépôt qui subsiste. On ajoute ensuite la liqueur d'expédition qui donne le caractère brut ou demi-sec. La bouteille est enfin bouchée d'un bouchon de liège définitif.

Pour le limoux méthode ancestrale, la fermentation est entièrement naturelle et la mise en bouteille se déroule à la veille de la Lune de mars. Le vin produit contient moins de 7° d'alcool.

Gastronomie

La blanquette se déguste rafraîchie à 6 ou 7 °C. Son nez dégage des notes de fruits et de fleurs de printemps, mâtiné des arômes de pomme verte et de miel. Ce vin effervescent peut accompagner tout un repas, et en particulier les plats du terroir, dans sa version « brut » ainsi que les desserts (tartes aux pommes, gaufre, galette des rois, etc.) dans sa version douce dite « méthode ancestrale ». La blanquette s'accorde parfaitement avec les desserts à base de pommes et poires et peut se marier avec des spécialités culinaires régionales comme la truffe ou le cassoulet[21].

Commercialisation

Entre 1960 et 1985, la coopérative sous l'égide de Jean Besset[22] directeur – Pierre de Ginestous étant président du conseil d’administration — les ventes de blanquette de Limoux sont passées de 350 000 à 6 500 000 de bouteilles par an, prenant ainsi une place parmi les vins effervescents d'appellation d'origine protégée, après les prestigieux champagnes et les différents crémants. Cette progression spectaculaire des ventes de la Société coopérative des producteurs de blanquette de Limoux[23], qui a entre-temps pris le nom d'« Aimery » pour sa marque générique et Sieur d'Arques pour sa cuvée de prestige devenu le nom actuel de la coopérative des vignerons, est due pour une large part à la mobilisation d’un grand nombre des 650 vignerons adhérents.

En effet, prenant sur leur temps en dehors des travaux de la vigne, ils et elles se sont lancé(e)s sur les routes à la rencontre directe de leurs consommateurs et clients, en participant par centaines à des animations-ventes à travers la France, la Belgique et la Grande-Bretagne. Ils ont vendu leur accent rocailleux, leur histoire et leur terroir aux citadins, des magasins de Bruxelles jusqu’aux liquor stores de King’s Road, en même temps des ponts déjà bien avancés étaient jetés vers d’autres contrées du monde, régie des alcools du Québec, Japon, Australie, et les États-Unis - où sont désormais commercialisées, sous étiquette Saint-Hilaire, 600 000 bouteilles. Cette manne a largement profité aux maisons familiales de blanquette de Limoux, tant anciennes que nouvellement installées dans l’aire d’appellation, qui ont promptement réglé leur pas sur celui de la coopérative. Toutefois, pendant quelques années, Aimery fut la seule entreprise suffisamment organisée pour faire avancer de front la promotion et la mise en marché d’une part, le ré-encépagement (introduction du chardonnay et du chenin, cépages du crémant), la modernisation de la production, l’amélioration de la qualité, la mise en place d’une unité d'élaboration ultra-performante et moderne au service du développement de la blanquette et du crémant de Limoux.

Notes et références

Voir aussi

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