Chat viverrin
espèce de mammifères
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Prionailurus viverrinus
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VU A2cd+3cd+4cd : Vulnérable
Statut CITES
Répartition géographique
Sous-espèces de rang inférieur
Le Chat viverrin (Prionailurus viverrinus) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Félidés. Originaire d’Asie du Sud-Est, ce Chat-léopard (du genre Prionailurus) tire son nom de la couleur de son pelage gris-jaunâtre marqués de bandes de taches noires évoquant un Zibeth (genre Viverra). Il vit à proximité des zones humides, le long des fleuves, des cours d'eau, des bras morts, dans les marais et les mangroves où il y attrape du poisson pour se nourrir, d’où son nom de « Chat pêcheur ».
Le Chat viverrin est classé comme espèce vulnérable (VU) sur la liste rouge de l'UICN depuis 2016, sa population mondiale aurait décliné d'environ 30 % au cours des trois dernières générations de l'espèce sur la période 2010–2015. La destruction des zones humides et le braconnage par les populations locales constituent les principales menaces sur l'ensemble de son aire de répartition.
Dénominations
- Nom scientifique valide : Prionailurus viverrinus (Bennett, 1833) selon Mammal Diversity Database ()[3] ;
- Synonymes :
- Felis viverrinus E. T. Bennett, 1833 [2] (Protonyme)
- Felis himalayanus Jardine, 1834 [2]
- Felis viverriceps B. H. Hodgson, 1836 [2]
- Felis viverrina E. Blyth, 1840 [2]
- Felis himalyana de Blainville, 1843 [2]
- Leopardus viverrinus J. E. Gray, 1843 [2]
- Viverriceps bennettii J. E. Gray, 1867 [2]
- Prionailurus viverrinus Pocock, 1932 [2]
- Prionailurus viverrinus rhizophoreus Sody, 1936 [2]
- Prionailurus viverrinus rizophoreus D. E. Wilson & Mittermeier, 2009 [2]
- Prionailurus viverrinus viverrinus D. E. Wilson & Mittermeier, 2009 [2]
- Nom normalisé anglais : Fishing cat ;
- Nom vulgaire typique et recommandé en français : Chat viverrin[4][1][5][6][7],[8],[9] ;
- Nom vulgaire typique en français : Chat pêcheur[4][1][5][6][10][11][7],[8],[9] ;
- Autres noms vulgaires : Félis viverrin[12], Chat sauvage d'Asie[8] ;
- Noms vernaculaires : Tarai[7], Chat.
Taxonomie


L’espèce a été décrite pour la première fois dans la taxonomie moderne par Edward Turner Bennett en 1833 sous le nom de Felis viverrinus, à partir d’une peau envoyée d'Inde par Josiah Marshall Heath[13]. Le nom viverrinus a été choisi par Bennett de par la couleur du pelage, faites de bandes noires sur un pelage gris-jaunâtre, ayant de grandes similarités avec les viverrins (du genre Viverra) comprenant des civettes asiatiques comme le Zibeth ou encore le Tangalung décrit la même année[13].
En 1858, Nikolaï Severtzov propose de placer des petits félins tachetés originaires d'Asie dans le sous-genre Prionailurus, mais le Chat viverrin lui, sera placé dans un autre sous-genre rien qu’à lui, portant le nom de Zibethailurus[14], dont l’étymologie se compose des mots « Zibeth », et du grec ancien αἴλουρος (aílouros), « chat », il s’agit donc du « Chat-zibeth »[15].
Sous-espèces
En 1936 Henri Jacob Victor Sody, à partir d’un spécimen provenant de la côte nord de Java occidental, propose une sous-espèce distincte du spécimen-type et des populations de Thaïlande, sur la base crâne légèrement plus raccourci, qu’il désigne alors sous le Protonyme de Felis viverrinus rhizophoreus[16]. Le mot rizophoreus est un néologisme formé de mots du bas latin rhizophorus, « palétuvier », dérivé du nom du genre botanique Rhizophora Linnaeus, 1753, lui-même issu du grec ancien ῥιζοφόρος (rhizophoros), « pourvu de racines », composé de ῥίζα (rhiza), « racine », et de -φόρος (-phoros), « qui porte », de φέρω (pherō), « porter »[17].
Il y eu certains doute quant à la pertinence de cette scission en deux sous-espèces de la part de la Cat specialist group en 2017 [18]. Cependant, des études sur des données morphométriques crâniennes menées ultérieurement confirment toujours la pertinence de deux taxons distincts chez cette espèce[19].
| Sous-espèce, nom et auteur | Description | Localisation | Synonyme |
|---|---|---|---|
| Prionailurus viverrinus viverrinus (Bennett, 1833) Chat viverrin (Stricto sensu) Chat viverrin d'Asie[21] |
Asie continentale, Sri Lanka et Péninsule Malaise. |
Liste
| |
| Prionailurus viverrinus rhizophoreus (Sody, 1936) Chat viverrin de Java[21] |
île de Java (Très rare) |
Phylogénie
Son caryotype comprend 38 chromosomes (2n = 38)[9]. L'analyse phylogénétique de l'ADN nucléaire prélevé sur des échantillons tissulaires de l'ensemble des espèces de félidés révèle que la radiation évolutive de la famille a débuté en Asie au Miocène, il y a environ 14,45 à 8,38 Ma[22],[23]. L'analyse de l'ADN mitochondrial de toutes les espèces de félidés suggère une radiation située il y a entre 16,76 et 6,46 Ma[24].
Les espèces du genre Prionailurus auraient partagé un ancêtre commun entre 8,16 et 4,53 Ma[22], ou entre 8,76 et 0,73 Ma selon les estimations[24]. Les deux modèles s'accordent sur le fait que le Chat rubigineux (P. rubiginosus) est la première espèce de la lignée de Prionailurus à avoir divergé génétiquement, suivie par le Chat à tête plate (P. planiceps), puis par le Chat pêcheur[22],[24]. La divergence entre le Chat pêcheur et le Chat léopard (P. bengalensis) est estimée entre 4,31 et 1,74 Ma[22] ou 4,25 et 0,02 Ma[24].
Le cladogramme ci-dessous illustre les relations phylogénétiques du Chat pêcheur d'après les analyses d'ADN nucléaire[22],[23] :
| Felidae |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Description
Morphologie et mensurations
Le Chat viverrin est le plus grand représentant du genre des Chats-léopards (Prionailurus)[25] ; il est environ deux fois plus gros qu'un chat domestique[26]. Ce félin de taille moyenne possède une silhouette trapue, des pattes courtes et une queue musclée. Il mesure de 30 à 35 cm de hauteur au garrot selon les observations classiques[27], d'autres sources précisant une taille au garrot d'environ 36 cm[9].
L'espèce présente un dimorphisme sexuel marqué au niveau du gabarit et du poids, les mâles étant notablement plus grands et massifs que les femelles[26],[28]. La longueur tête-corps varie de 65 à 115 cm chez les mâles contre 57 à 74 cm chez les femelles, bien que des plages de 57 à 78 cm ou de 75 à 86 cm soient également rapportées par d'autres auteurs[25],[29],[30]. La queue, courte et épaisse, mesure de 20 à 33 cm[29],[25], voire de 24 à 40 cm ; elle représente moins de la moitié de la longueur totale de l'animal et lui sert probablement de gouvernail lorsqu’il est dans l’eau[31]. Les mâles pèsent entre 8,5 et 16 kg, pouvant atteindre 17 kg[26] avec une moyenne générale de 11 à 12 kg[29], tandis que les femelles pèsent entre 5,1 et 7 kg, avec des valeurs maximales jusqu'à 9 kg[26].
Anatomie et adaptations aquatiques
La tête est relativement grande et large. Le crâne présente une forme allongée et étroite, affichant une longueur basale de 123 à 153 mm pour une largeur post-orbitaire de 27 à 31 mm[25] ; la longueur condylobasale atteint en moyenne 13,3 cm chez le mâle et 11,6 cm chez la femelle, tandis que la largeur zygomatique mesure respectivement 9,3 cm et 7,7 cm. La formule dentaire compte 30 dents. Si sa denture ne montre pas une adaptation exclusive à un régime strictement piscivore[31], le félin possède des prémolaires élargies adaptées au maintien des proies aquatiques glissantes ainsi qu'un museau facilitant une immersion complête dans l’eau.
Les oreilles sont courtes, arrondies, et implantées bas et vers l'arrière du crâne[31],[25] ; leur face dorsale noire porte une tache blanche centrale bien visible[32],[25]. La langue mesure environ 12 cm et comporte de grandes papilles cylindriques vers sa partie antérieure[33].
Les pattes antérieures comme postérieures sont partiellement palmées, favorisant ses déplacements aquatiques. De plus, les gaines protectrices des griffes sont incomplètes, ce qui implique que ses griffes ne sont que partiellement rétractiles et demeurent en partie visibles même lorsqu'elles sont repliées[27],[25].
Pelage
Le pelage est court et rêche, de teinte générale brun-gris à gris-olivâtre ou gris cendré, avec des variations individuelles pouvant aller jusqu'au fauve jaunâtre[25] ; des cas d'albinisme ont d'ailleurs été signalés au Bangladesh. Le ventre, le pourtour de la gueule et le museau sont blancs.
La tête et le corps portent un ensemble de marques noires formées de lignes presque parallèles et de taches allongées ou brisées sur le dos et les flancs, la silhouette des taches oscillant entre le rond et l'ovale étiré. Les joues, plus claires, sont barrées de deux bandes foncées, et deux rayures ornent la face interne des avant-bras. Deux autres lignes surplombent les yeux en se dirigeant vers le cou, accompagnées de sept à huit lignes verticales brisées sur le front[13],[32]. Deux rangées de taches ornent la gorge[13] et l'échine est marquée de rayures sombres, tandis que la queue, courte et épaisse, est annelée de noir[25],[32].
La fourrure est pourvue d'une double épaisseur constituant une adaptation semi-aquatique remarquable. Elle comprend un sous-poil court, dense et imperméable assurant une isolation thermique optimale et imperméable, se hérissant comme des piquants lorsqu'il est mouillé, recouvert d'une couche externe de longs poils de jarre luisants apportant brillance et contraste aux motifs[34],[35].
Espèces similaires et confusion
Sur son aire de répartition, le Chat viverrin cohabite avec d'autres espèces de Chats-léopards avec lesquelles des confusions sont possibles. Le Chat-léopard continental et le Chat-léopard de la Sonde sont nettement plus petit et gracile, avec une queue proportionnellement plus longue et des griffes entièrement rétractiles dissimulées dans leurs gaines, bien que les petits des deux espèces soient presque indiscernables à la naissance. Il se distingue également par son allure plus musclée et sa queue plus courte[9]. Le Chat à tête plate, qui occupe également des zones marécageuses, est deux fois moins lourd, présente une coloration brun-roux unie dépourvue de taches contrastées sur le dos, et sa présence est strictement limitée à la péninsule Malaise, à Sumatra et à Bornéo[34].
Répartition et habitat

-
Répartition du Chat pêcheur :
- Résident (présence certaine)
- Présence probable


Répartition géographique
L'aire de répartition du Chat viverrin s'étend à travers l'Asie du Sud et l'Asie du Sud-Est, mais sa distribution globale demeure discontinue, morcelée et particulièrement fragmentée en raison de sa dépendance stricte aux zones aquatiques[36],[34]. L'espèce a été signalée par erreur à Taïwan par le passé[36], et sa présence n'est pas confirmée en Malaisie péninsulaire, au Laos ni au Viêt Nam[37].
Au Pakistan, après de rares signalements dans le bas-Indus durant les années 1970[38], sa présence a de nouveau été documentée en 2012 au niveau du réservoir de Chotiari, dans la province du Sindh[39]. Au Népal, l'espèce est bien implantée dans la plaine du Terraï, notamment dans les parcs nationaux de Shuklaphanta, Bardia, Chitwan et Parsa, ainsi que dans la réserve faunique de Koshi Tappu[40],[41],[42]. Au Bangladesh, le Chat viverrin habite la plupart des divisions administratives du pays, fréquentant les zones périurbaines et de zones humides[43].
L'Inde et le Sri Lanka constituent les deux bastions majeurs de l'espèce. En Inde, sa distribution s'avère toutefois très fragmentée[44]. Il a disparu du parc national de Keoladeo dans le Rajasthan où il était autrefois étudié[36], mais a été photographié dans la réserve de tigres de Ranthambhore en 2013[45] et dans le parc national de Bandhavgarh en 2017[44]. Il subsiste également dans les réserves de Pilibhit, Dudhwa et Valmiki[40],[36], dans le sanctuaire aux oiseaux de Sur Sarovar[46], dans les zones humides du Bengale-Occidental autour des bassins piscicoles de Calcutta et sur l'île de Lothian dans les Sundarbans[38],[47],[48]. Plus au sud, il est recensé dans l'Odisha, notamment au sanctuaire de Bhitarkanika[49], dans les mangroves du delta de la Krishna et de la Godavari, dans les sanctuaires de Coringa et de Krishna, en Andhra Pradesh[44],[50], ainsi que dans les mangroves du Kerala[38]. Au Sri Lanka, il est largement répandu à travers toute l'île, depuis les zones côtières jusqu'aux collines et plantations de thé, en passant par le parc national de Maduru Oya ; il a même été observé nageant en milieu urbain dégradé aux abords de Colombo[36],[51],[52].
En Birmanie, des individus ont été photographiés dans le delta de l'Irrawaddy en 2016 et 2018 ainsi que dans l'estuaire du Salouen[38],[53]. En Thaïlande, sa présence est documentée dans les parcs nationaux de Khao Sam Roi Yot et de Kaeng Krachan, dans la zone protégée de Thale Noi, ainsi que dans plusieurs zones humides hors réserves des provinces de Phitsanulok, Samut Sakhon, Phetchaburi, Songkhla et Pattani[54],[55]. Au Cambodge, après un piège photographique dans le sanctuaire de Kulen Promtep en 2003, il a été redécouvert en 2015 dans le sanctuaire de faune de Peam Krasop et le parc national de Ream[56],[57].
L'île de Java constitue la limite méridionale extrême de son aire de distribution. Il y est devenu extrêmement rare et restreint aux forêts proches de la mer, aux vieilles mangroves et aux bassins d'aquaculture abandonnés sur les côtes occidentales[58]. Sa présence sur l'île voisine de Sumatra n'a jamais pu être confirmée par des données contemporaines fiables[36].
Habitat
Le Chat viverrin est inféodé aux zones humides disposant d'une végétation dense à proximité de masses d'eau calmes ou stagnantes[59],[32],[26]. Son biotope comprend les marécages, les marais, les cours d'eau lents, comme des estuaires ou des bras morts, les chenaux, les roselières et les mangroves, occupant aussi bien des plans d'eau à faible salinité que des milieux saumâtres[59],[60]. Il s'abrite dans l'épaisseur des forêts denses, des fourrés arbustifs, des roselières et des prairies humides riveraines[26], évitant généralement les torrents et les eaux à fort courant[38]. L'espèce ne fréquente pas les rizières ni les autres formes de cultures irriguées, mais peut en revanche être aperçue aux abords des villages situés en zone humide lorsque la dégradation de l'habitat n'est pas trop sévère.
Bien qu'il se rencontre principalement en basse altitude, habituellement sous les 150 m[36], il peut s'aventurer dans des zones montagneuses d’aitutudes moyennes : des observations ont été signalées dans l'Himalaya et au Sri Lanka jusqu'à 1 500 m, voire 1 800 m d'altitude[38],[9].
Comportement et écologie




Structure sociale et territoire
Le Chat viverrin vit au milieu d'une végétation dense à proximité des points d'eau[9]. Bien que certaines observations le décrivent comme ayant des mœurs diurnes[38], il est généralement considéré comme un félin essentiellement nocturne passant la majeure partie de son temps à couvert[9],[26]. Il a la réputation d'être agressif et de pouvoir tuer des grands félins deux fois plus gros que lui comme des panthères[7],[34], mais il reste discret et difficile à observer dans la nature[38]. En dehors des femelles accompagnées de leurs petits, les adultes mènent une vie solitaire[9],[26].
Le domaine vital varie selon le sexe et la région : le territoire des femelles s'étend de 4 à 8 km2[38],[26],[9], tandis que celui des mâles couvre entre 16 et 22 km2[38],[26],[9] et englobe les territoires de plusieurs femelles[9]. Il a été observé se reposant dans les herbes denses, parfois loin de l'eau[26]. Les deux sexes délimitent leur domaine vital par des marquages odorants[9] : ils frottent leurs joues, leur menton, leur tête et leur cou, effectuent des pulvérisations d'urine[9], griffent les supports et manifestent le réflexe de Flehmen[61]. L'odeur particulièrement irritante de l'urine est due à la présence de 3-Mercapto-3-méthylbutan-1-ol, un produit issu de la dégradation de la félinine[62].
Les rencontres entre individus sont rares hors reproduction ou établissement de territoire[63]. En 2017, une confrontation entre un mâle et une femelle en dehors de ces périodes a été décrite dans les mangroves du Godavari[63] : surprise en quête de nourriture, la femelle a été engagée en combat direct, roulant dans la vase, suivi d'une posture agressive d'intimidation où les deux félins se toisaient, le poil hérissé et grondant à basse fréquence pendant une vingtaine de secondes[63].
Alimentation et techniques de chasse
Le Chat viverrin est un excellent nageur sur de longues distances en étant immergé[26], capable de traverser de larges cours d'eau[64]. Il chasse le long des rivières et déplace régulièrement son poste de chasse, environ toutes les quinze minutes[9]. Il affectionne les eaux peu profondes où il passe environ la moitié de son temps à l'affût, parfaitement immobile à attendre ses proies avant de bondir ou de plonger d’un coup[65],[9],[66]. Il peut capturer ses prises d'un coup de patte, les saisir à la surface ou plonger pour en atteindre de plus éloignées de la berge[34],[26],[9],[67]. Il exploite également le reflux des marées pour pêcher du poisson et de crustacé[59],[65], l’un d’eux a été vu attrapant des canards par les pattes depuis le dessous de l'eau[59],[38].
Bien qu'il montre une nette prédilection pour le milieu aquatique, sa denture ne présente pas d'adaptation exclusive au milieu aquatique, mais plutôt la morphologie généraliste typique des autres félins, avec toutefois des prémolaires élargies permettant de maintenir les poissons les plus glissants, ainsi qu’un crâne étroit hydrodynamique[31],[9]. C'est aussi un chasseur terrestre efficace[9].
Son régime alimentaire se compose majoritairement de poissons, qui constituent environ les trois quarts de ses prises[36],[9],[68]. Dans le delta du Godavari, les poissons comme le mulet cabot (Mugil cephalus), l'etrope tacheté (Etroplus maculatus) et le tilapia du Mozambique (Oreochromis mossambicus) constituent les trois cinquièmes de son alimentation, complétés par des rongeurs et des crabes tout au long de l'année[69]. Le régime est complété par des oiseaux aquatiques[9] — dont le Crabier de Gray (Ardeola grayii)[65] —, des petits rongeurs, des amphibiens comme les grenouilles et les crapauds, des reptiles et serpents — notamment Cerberus rynchops[65] —, ainsi que des escargots, crustacés, mollusques, insectes et végétaux comme diverses herbes[9],[68]. Il peut occasionnellement s'attaquer à de petits carnivores comme des viverrindés, de petits ou jeunes ongulés comme des suidés ou des cervidés, mais peut aussi s’aventurer dans les zones anthropisés pour s’en prendre aux animaux d’élevages et domestiques : volaille, chèvres, veaux, chiens…[38],[9]. Il consomme également des charognes au besoin[65],[9],[68].
Vocalisations
La principale vocalise de ce gros félin est une succession régulière de sons rauques, pouvant être comparés à des sortes d’aboiements, débutant par un son aigu, avant les aboiements plus graves[70]. La voix du mâle est plus sourde et bourrue, tandis que celle de la femelle est plus aiguë[70]. Des gloussements sourds ont également été enregistrés chez les spécimens adultes[26].
Reproduction et cycle de vie
L'accouplement a principalement lieu en janvier et février (dans le nord-est de l'Inde notamment), bien que des reproductions soient observées jusqu'en juin et qu'une saisonnalité stricte ne soit pas formellement démontrée[60],[9]. Les portées dans la nature naissent surtout en mars-avril[26] ou en mai[9]. La période de gestation dure entre 63 et 70 jours[29],[61],[9].
La femelle met bas dans une tanière aménagée au sol, dans un tronc creux, une cavité rocheuse ou une roselière[70],[9]. La portée comprend de 1 à 4 chatons, le plus souvent 2 ou 3[29],[61],[9]. Les petits pèsent environ 170 g à la naissance et n'ouvrent les yeux qu'à partir de 16 jours[29]. Ils commencent à se déplacer activement vers l'âge d'un mois[26]. Vers deux mois, ils commencent à jouer dans l'eau et mangent leur première nourriture solide[26],[9]. Le sevrage s'achève entre quatre et six mois[29],[26],[9]. Les jeunes atteignent leur taille adulte à environ huit mois et demi et leurs canines définitives vers onze mois[26]. Ils se dispersent et deviennent indépendants vers l'âge de 10 mois[29],[9].
La maturité sexuelle est atteinte vers 15 mois chez les femelles, 15 à 18 mois pour l'espèce en général[27],[26],[9]. La longévité moyenne en captivité est de 10 à 12 ans[29],[26], certains individus pouvant vivre jusqu'à 17 ans[9]. La durée de génération estimée est de cinq ans[71].
Santé et pathologies
Le Chat viverrin est sensible au protoparvovirus des carnivores (parvovirose), maladie potentiellement mortelle qui entraîne de graves lésions aux reins, à la rate et au tractus gastro-intestinal[72].
Il est également vulnérable aux mycoplasmes hémotropes félins (hémoplasmes), au carcinome urothélial à cellules transitionnelles et au virus de la maladie de Carré[73],[74],[75]. Un cas de chlamydiose a par ailleurs été documenté en captivité[76], tandis qu'une infestation parasitaire par les nématodes Toxocara cati a causé la mort de jeunes chatons élevés en parc zoologique[77].
Menaces et conservation
Menaces
Précédemment considéré comme « quasi menacé » (1996) puis « vulnérable » en 2002, le Chat pêcheur est classé en 2008 parmi les espèces « en danger d'extinction » (EN) sur la liste rouge de l'UICN, principalement en raison de la destruction de son habitat[36]. Une chute de 50 % de la population globale était suspectée sur les 18 années, à savoir trois générations, antérieures à 2007, avec un risque de déclin similaire durant les décennies suivantes sans mesures de conservation adaptées[36]. Depuis 2016, le classement est réévalué au statut d'« espèce vulnérable » (VU)[36],[9]. Cette révision s'explique par des recherches scientifiques ayant mis en évidence une aire de répartition plus vaste qu'estimé initialement : l'amélioration de son statut reflète une meilleure connaissance de l'espèce plutôt qu'un rétablissement avéré de ses effectifs[78]. La population mondiale aurait d'ailleurs décliné d'environ 30 % sur la période 2010-2015[36], régressant à un rythme alarmant, en particulier en Asie du Sud-Est, alors que l'Inde et le Sri Lanka constituent les principaux bastions de l'espèce[9].
La menace majeure demeure la perte, l'altération et la fragmentation des zones humides via le drainage agricole, l'urbanisation, l'implantation d'aménagements humains et la pollution de l'eau[36],[70],[9]. En Asie du Sud-Est, 94 % des zones humides majeures et 45 % des zones humides protégées sont jugées dégradées ou menacées[36] ; en Thaïlande et au Cambodge, on estime que seuls 6 % des zones humides côtières demeurent intactes[36]. Dans l'État d'Andhra Pradesh en Inde, la conversion des mangroves en bassins d'aquaculture commerciale constitue une menace prépondérante[36]. À l'échelle nationale, les marais abritant le félin font l'objet d'exploitations agricoles encadrées par la législation locale, ce qui accentue les frictions territoriales[36]. Par ailleurs, la déforestation historique des mangroves sur l'île de Java n'y laissait subsister qu'une cinquantaine d'individus reproducteurs au milieu des années 1990[70], sa population isolée y étant probablement en danger critique d'extinction[9].
Les conflits entre les humains et la faune représentent un facteur de mortalité direct et critique, l'espèce subissant d'importantes persécutions dues à des conflits réels ou perçus[9]. Le Chat viverrin est souvent abattu par les pêcheurs locaux qui le perçoivent comme un compétiteur réduisant les stocks de poissons, déjà fragilisés par la surpêche[36]. C'est notamment le cas dans la réserve de faune de Koshi Tappu au Népal, où des pisciculteurs ont tué des individus en représailles à des pertes supposées[79]. Au Bangladesh, où au moins 30 individus ont été tués entre janvier 2010 et mars 2013[43], les félins sont fréquemment abattus après avoir été pris pour des tigrons[80]. L'espèce est également visée par le braconnage, chassée pour sa chair ou pour alimenter le marché de la fourrure[27],[9].
En Inde, l'usage de collets et d'appâts empoisonnés visant les animaux nuisibles contribue lourdement à sa raréfaction[44]. Dans le district de Howrah, dans le Bengale-Occidental, 27 cadavres ont été relevés entre avril 2010 et mai 2011, et l'espèce semble avoir été éradiquée de l'île Sagar pour des motifs indéterminés[47]. Les mortalités augmentent en saison sèche, période durant laquelle la pression humaine sur les zones humides s'intensifie[36]. En Thaïlande, 31 % des individus suivis par collier émetteur entre 2012 et 2015 ont été tués par des habitants[81]. Les collisions avec des véhicules constituent une cause majeure de mortalité dans l'État d'Odisha[49].
Les données de terrain demeurent lacunaires : entre 1990 et 2000, d'importantes campagnes de pièges photographiques en Thaïlande n'ont permis aucun enregistrement. L'espèce est considérée comme disparue de Bharatpur, au Rajasthan, depuis le milieu des années 2000, et est au bord de l'extinction au Pakistan ainsi que dans le sud-ouest de l'Inde[36]. Elle est potentiellement éteinte sur la côte du Kerala, bien que sa présence historique y demeure controversée[82]. Au Népal, où il est classé en danger d'extinction, sa répartition concerne essentiellement la région du Terraï[83].
Conservation
À l'échelle internationale, le Chat viverrin est inscrit à l'annexe II de la CITES, ce qui encadre strictement son commerce[84],[9]. Sa survie dépend étroitement de la préservation intégrale des zones humides et de la cessation des pratiques de piégeage et empoisonnements non sélectifs[36]. L'espèce bénéficie de législations protectrices sur la majeure partie de son aire de répartition : sa chasse est formellement interdite au Bangladesh, en Birmanie, au Cambodge, en Chine, en Inde, en Indonésie, au Népal, au Pakistan, au Sri Lanka et en Thaïlande ; elle est réglementée au Laos, tandis qu'au Bhoutan, en Malaisie et au Viêt Nam, aucune protection légale n'existe hors des aires protégées, le statut juridique de sa protection au Cambodge demeurant par ailleurs mal documenté[60]. En Inde, le félin a été désigné animal d'État du Bengale-Occidental[85], et les actions de conservation engagées à son égard favorisent également d'autres espèces sympatriques inféodées aux zones humides, comme la Loutre à pelage lisse[65].
Dans les régions soumises à de fortes dégradations environnementales, notamment sur le littoral de l'Andhra Pradesh, des organisations non gouvernementales collaborent avec les populations locales afin de freiner la conversion des milieux, en développant des programmes d'activités économiques alternatives garantissant des revenus durables respectueux des biotopes naturels[86],[87]. Ces initiatives sont fédérées à l'échelle internationale par la Fishing Cat Conservation Alliance, réseau de coopération né de la création du collectif indien en 2010[85].
Le Chat viverrin est présent dans les parcs nationaux du Chitwan, de Shuklaphanta et de Bardia, ainsi que dans la réserve faunique de Koshi Tappu et le lac de barrage Jagdishpur au Népal[83]. En Inde, il est signalé dans les parcs nationaux de Corbett, Dudhwa et Kaziranga[36], ainsi que dans les Sundarbans, région transfrontalière partagée avec le Bangladesh. Il fréquente également le parc national de Madura Oya au Sri Lanka[70], les parcs nationaux de Kaeng Krachan[88], Huai Kha Khaeng[70], Khao Sam Roi Yot et Thale Noi en Thaïlande, le parc national de Botum Sakor au Cambodge[36], ainsi que les parcs nationaux d'Ujung Kulon et de Pulau Dua sur l'île de Java[36].
Lors d'une étude réalisée au Sri Lanka entre 2015 et 2017, la présence nocturne du félin a été confirmée par pièges photographiques près de Ritigala, Gal Oya, Dehigahaela, Dunumadallawa ainsi que dans les hauts plateaux du centre de Sri Lanka[89] ; sa fréquentation des parcs nationaux de Gal Oya et de Wilpattu y est également documentée[89]. En revanche, si le félin était historiquement présent au parc national de Keoladeo en Inde, où ont été conduites de premières recherches scientifiques sur l'espèce[70], il est désormais considéré comme éteint de cette région[36].

Afin d'assurer la pérennité d'une population captive formant une population de réserve face à la vulnérabilité de l'espèce à l'état sauvage[90], le Chat viverrin fait l'objet d'un programme d'élevage européen en captivité (EEP) de l'Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) coordonné par le zoo de Děčín en Tchéquie[91], ainsi que d'un programme américain pour les espèces menacées (SSP) de l'Association des zoos et aquariums (AZA) géré par le zoo de Riverbanks (en) en Caroline du Sud aux États-Unis[92]. Tous les individus captifs répartis dans les parcs zoologiques du monde sont consignés dans le registre généalogique international tenu par l'Association mondiale des zoos et des aquariums (WAZA)[93],[94]. Les parcs zoologiques de Thaïlande maintiennent une trentaine d'individus, bien que les taux de reproduction y demeurent limités[95]. En , deux naissances ont été enregistrées en France au zoo de La Flèche[96].
Dans la culture
Dans les mangroves du Godavari en Inde, les pêcheurs locaux décrivent la technique de chasse à l'affût du Chat pêcheur comme « Matumeeda unna pilli » qui signifie en télougou « embuscade du chat silencieux »[65].

