Château de Tours

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TypeRésidence comtale, puis royale
Début constructionXIe siècle
Propriétaire actuelCommune, État
Destination actuelleMusée
Château de Tours
Image illustrative de l’article Château de Tours
Le château de Tours (côté tour de Guise)
Type Résidence comtale, puis royale
Début construction XIe siècle
Propriétaire actuel Commune, État
Destination actuelle Musée
Protection Logo monument historique Classé MH (1913)
Logo monument historique Inscrit MH (1973)
Coordonnées 47° 23′ 50″ nord, 0° 41′ 37″ est[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Touraine
Région Centre-Val de Loire
Département Indre-et-Loire
Commune Tours
Géolocalisation sur la carte : Tours
(Voir situation sur carte : Tours)
Château de Tours
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Château de Tours

Le château de Tours, en Indre-et-Loire, est situé en bordure de Loire, dans le quartier le plus ancien de Tours, proche de la cathédrale Saint-Gatien, érigé sur les vestiges de la cité antique dont Tours tire son origine. Nonobstant l'étendue de ses fondations partiellement révélées par les fouilles des années 1970, il est la trace fort modeste d'un château médiéval comtal du XIe siècle, tel qu'il fut modifié et agrandi aux XIIIe et XVe siècles où il acquiert le statut de demeure royale. Presque entièrement détruit au XVIIIe siècle, ses deux tours restantes sont accommodées avec un nouveau bâtiment utilisé par l'armée à partir de la Révolution. Après avoir servi de caserne, c'est dans cette configuration singulière qu'il est tiré de l'oubli et restauré dans la seconde moitié du XXe siècle. Il fait l’objet d’un classement partiel au titre des monuments historiques depuis le , l'autre partie bénéficiant d'une inscription à l'inventaire supplémentaire le [2]. Il abrite aujourd'hui des activités culturelles et patrimoniales.

Le château comtal en pierre du XIe siècle

Le donjon initial du XIe siècle et ses dépendances sont par la suite absorbés par une enceinte quadrangulaire dès le XIIIe siècle, avant une destruction massive laissant place à des bâtiments à usage militaire à partir du XVIIIe siècle. Préalablement à sa réhabilitation, des fouilles archéologiques effectuées entre 1974 et 1978 (infra)[note 1] compensent partiellement l'absence de textes médiévaux précis sur l'histoire du château et les faiblesses d'une iconographie parfois enjolivée[3].

Hypothèses sur l'état initial (parties grises) et l'évolution (parties blanches) de la résidence principale du château de Tours, du XIe siècle (haut) au XIIIe siècle (bas) (restitutions d'artiste)[4].

Succédant sur le site à une série de constructions principalement en bois qui furent, dès le Ve siècle, la résidence d'une haute aristocratie demeurée anonyme dans les sources écrites  nonobstant la tradition qui veut que les comtes de Blois, devenus vicomtes puis comtes de Tours, aient eu au IXe siècle une résidence située plus à l'est du château (Tour Hugon)[note 2]  la nouvelle construction en pierre du XIe siècle est érigée sur l'emplacement de thermes primitifs utilisés jusqu'au IVe siècle (Bas-Empire), du temps de la ville gallo-romaine de Caesarodunum[5]. Elle est édifiée par l'un des comtes d'Anjou, probablement Geoffroy Martel vainqueur de la maison de Blois qui s'approprie la Touraine en 1044 après la bataille de Nouy[5],[3],[note 3]. Consécutivement bâtie entre 1044 et 1060[6], elle réutilise, au nord et à l'ouest, le mur en pierres et briques de la fortification gallo-romaine de la vieille cité close (castrum) dans l'angle de laquelle elle est construite. Ce mur du IVe siècle, beaucoup plus épais (4,50 m) que ceux du nouvel édifice (2,60 m), est déjà doté de tours et de poternes sans doute toujours utilisées[note 4]. Au moins l'une de ces poternes côté Loire, décorée tardivement d'une frise en bas-relief dite du « tombeau de Turnus », sera maintenue ultérieurement lors de l'évolution du château aux XIIIe et XVe siècles[7],[note 5] et cette partie du mur antique servira aussi de soubassement pour un logis ultérieur dans le périmètre castral (infra).

Poterne nord-ouest sur le rempart gallo-romain du château de Tours, avec sa frise dite du « tombeau de Turnus » (Beaumesnil, 1784), mise au jour au XIIIe siècle, pendant le creusement des fossés du château et démontée début XIXe siècle[8]. La frise pourrait provenir d'un monument antique édifié approximativement à l'emplacement où sera construite la chapelle du château[9].

Tel que l'on peut le reconstituer à partir des fouilles, le château comtal, à l'évidence plus résidentiel que défensif, est composé d'une grande salle quadrangulaire de 28 m de long sur m de large, orientée nord-sud[3],[10],[note 6], comportant un étage résidentiel public (au moins partagé), disposant de cinq fenêtres (supposément des fentes ébrasées et à gradins, protégées de verre à vitre) et d'une tour carrée quasi aveugle de 6 × 6 m (intérieur) accolée dans l'angle sud-est, ayant trois ou quatre étages, où pouvait se situer la camera des comtes d'Anjou[11]. Les sous-sols et le rez-de-chaussée sont réservés au service (cuisines, réserves). Un puits s'y trouve, au niveau de la tour. L'accès aux étages se faisait vraisemblablement par un escalier extérieur en bois[3] ou autre[12]. Les contreforts sont saillants : la tour en est munie dans trois de ses angles et le mur est de la grande salle en compte deux[13].

Cette description qui permet de relever quelques constantes communes à d'autres sites d'époque comparable[14],[note 7] ne rend certainement pas compte de la totalité de l'édifice comtal, avec de probables constructions et annexes environnantes (en dehors du périmètre des fouilles modernes), sans compter l'utilisation éventuelle des deux tours antiques jouxtantes, creuses à l'étage, située à l'angle et au nord-ouest de l'enceinte du IVe siècle[15],[note 8].

Prise de Tours par le roi de France en 1189 (Château et Châteauneuf réunis de façon romanesque) (Jean Fouquet, XVe siècle)[16].

À l'époque Tours est bipolaire : versant ouest, le bourg canonial de Châteauneuf nouvellement fortifié autour de la basilique Saint-Martin et de son pèlerinage (castrum novum) ; versant est, distant d'un kilomètre[17], le château comtal situé dans l'angle nord-ouest de l'ancienne cité  qui englobe la cathédrale et l'évêché  contrôle le débouché du seul pont enjambant la Loire, sur la route reliant Paris au sud-ouest de la France. La construction de ce dernier, principalement en pierre, fut entreprise en 1034 par le comte Eudes II de Blois, juste avant que son successeur Thibaud III de Blois ne perde le comté. Le château devait également contrôler les autres portes du secteur, nord et ouest, rapprochées de l'enceinte castrale à cette période, vraisemblablement à cette fin[18] ; la porte Sainte-Maure sur les fortifications nord ; et la porte d'Arcis à l'ouest - cette dernière étant dotée d'une tour circulaire (qui subsistera jusqu'au milieu du XIXe siècle), séparée de la basse-cour par un fossé extérieur enjambé par un pont[18], et située sur l'axe urbain principal (la Grande rue) menant à Châteauneuf à l'ouest et à Amboise à l'est (par la porte d'Orléans contrôlée par la tour Hugon sur le flanc est de la Cité).

La tradition prête à Henri II Plantagenêt un rôle dans l'édification du château vers 1160 mais aucune preuve n'en témoigne[note 9]. Cependant, la construction initiale est complétée de constructions de part et d'autre de la tour carrée (v. illustration), ainsi que du côté méridional et oriental, dont une probable chapelle, possiblement dans le courant ou à partir du XIIe siècle, sans que l'on puisse trancher la datation exacte de chacune d'elles[19],[note 10]. Le château est endommagé lors des luttes entre le roi de France Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion à la fin du XIIe siècle[20],[note 11]. La cathédrale romane primitive, proche du château, est détruite à cette occasion.

Il est probable que les comtes d'Anjou qui résidaient principalement à Angers ne faisaient qu'y passer. Ils étaient représentés par le praepositus (prévôt), le château étant destiné à assurer la présence symbolique du nouveau pouvoir et la nouvelle forme de gouvernement mise en place dans la ville[3]. Cependant, Foulques le Réchin préfère le château de Tours à celui d'Angers à la fin de sa vie[23].

Le château royal des XIIIe et XVe siècles

Une halte fortifiée pour les rois avant la Renaissance

Le château du XIIIe siècle : œuvre probable du règne de Saint-Louis, roi de France (1214-1270).

Après la conquête française et l'annexion de la Touraine au domaine royal en 1204 par le roi Philippe Auguste (régularisée par le traité de 1259), l'un de ses successeurs - sans doute pas Philippe III le Hardi comme il fut prétendu[note 12], plus probablement le père de ce dernier, Saint Louis, lors de la régence de Blanche de Castille[note 13] - le restaure et l'agrandit dans la première moitié (ou à la fin) du XIIIe siècle, par le sud et l'est, englobant l'ancien édifice comtal des XIe et XIIe siècles qui subsiste, pour le transformer en une forteresse royale quadrangulaire de 2 000 m2 environ, selon le modèle « philippien » (Philippe Auguste) qui s'était imposé au début du siècle, notamment avec l'adoption de tours cylindriques plutôt qu'un gros donjon carré aveugle[5],[19]. Les raisons de ce renforcement peuvent tenir à la nécessité de défendre la ville contre les Anglais, ou plus probablement pour affirmer le pouvoir royal face au puissant et riche pouvoir clérical de la basilique Saint-Martin afin de mieux soumettre la ville à la couronne[24].

Des documents d'archives exploités en 2010[note 14], l'iconographie utilisée avec prudence[note 15], plus que les fouilles modernes, permettent de se représenter le château en grande partie disparu aujourd'hui, tel qu'il fut profondément remanié au XVe siècle[19], peut-être par l'un des ducs apanagistes de Touraine mais plus probablement par l'épouse de Charles VII, la reine Marie d'Anjou[note 16].

Le château royal englobe l'édifice du XIe siècle et ses ajouts ultérieurs. La tour nord-est, dite de Guise (au centre) jouxte le « pont d'Eudes » dont le château domine l'entrée ; à sa gauche, le Logis des Gouverneurs. (Chastillon 1641).
Plan du château de Tours où figure le Logis des Gouverneurs et les dépendances (Daniel Masses 1671).
La Loire et le pont d'Eudes fortifié débouchant par la porte Saint-Genest, le long du château royal, flanqué du nouveau logis, à gauche, au XVIIe siècle, aquarelle, Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève.

Par exemple, au XVe siècle[25], la tour de Guise, qui subsiste encore de nos jours, voit son couronnement refait avec des mâchicoulis, ses niveaux complétés, en plus d'autres aménagements sur le logis. Une des poternes ouverte au nord est dotée en 1467 d'une échauguette[26]. C'est aussi à cette époque que Marie d'Anjou aurait ordonné la construction d'un bâtiment indépendant plus confortable, comportant trois étages, « L'ostel neuf du Roy », connu aujourd'hui comme le « Logis des Gouverneurs », qui emprunte également les fondations de l'enceinte gallo-romaine, en bord de Loire côté est, dans le périmètre de la basse-cour du château[27],[28].

À son apogée, le château royal garde sa vieille tour carrée du XIe siècle, approximativement au centre d'un quadrilatère convexe, fait de gros murs de m à m d'épaisseur, comportant des contreforts. Il est cantonné de quatre puissantes tours rondes, d'inégale importance, équipées de canonnières ou de meurtrières, ces parties datant principalement du XIIIe siècle[3],[29] dont la « tour de Guise » - du nom du jeune duc qui s'en échappa en 1591 (infra) - était la tour maîtresse, aux caractéristiques plus proches d'un donjon. Elle est la plus grande (plus de 30 m de haut à l'époque), les deux tours côté ouest sont identiquement les plus petites[19]. Le château borde directement la Loire qui était navigable[30],[note 17]. Un large fossé cerne le château au plus près sur les trois autres côtés et la porte principale ouvre à l'est, desservie par un pont-levis lui-même protégé par une avant-cour fermée par un portail donnant au sud sur la basse-cour. L'enceinte castrale délimite deux espaces : le bâti à l'ouest et une grande cour à l'est[3]. Le château possède sa chapelle (centre.côté Loire), décorée par un certain Pot à feu, peintre[31]. Celle-ci communique avec l'étage résidentiel du XIe siècle, où se situe l'aula[32] (donnant sur la tour nord-ouest), qui est chauffée par 3 cheminées et éclairée par 6 fenêtres[19].

Mais le périmètre du site s'étend au sud et à l'est du château, sur un peu moins de 2 ha, dont plus de 4 000 m2 pour l'emprise du vieux château (fossés inclus). Il est sectorisé, comporte outre le nouveau logis, la basse-cour du vieux château, ses annexes qui occupent l'ancien fossé extérieur, dont une grande écurie et une remise de carrosses, d'époques différentes, et débouche dans la « Grande rue » au sud (actuelle rue Albert-Thomas) par où il faut passer pour accéder au château[7], par une porte sculptée[33], et qui constitue plus que jamais l'artère principale de la ville sur un axe est-ouest profitant du développement important des échanges avec Chateauneuf.

Le tout contribue à la protection du pont d'Eudes, fortifié à partir du XIIIe siècle[note 18], qui reste la seule voie d'accès nord à Tours - ville désormais unifiée depuis la Guerre de Cent Ans[note 19] - par la porte Saint-Genest (ou Genais), elle-même fortifiée, attenante au château[34]. À cette époque, une longue muraille crénelée et renforcée de tours, la clouaison de Jean le Bon, borde le fleuve depuis Saint-Pierre-des-Corps jusqu'au faubourg de La Riche[35].

Marié au château, Louis XI le dédaigne tandis que Tours reste capitale du royaume.
Jeanne d'Arc fait halte au château de Tours avant le ci-devant siège d'Orléans.

Le système défensif à 360° du château est conforté par des palissades plantées dans les fossés, profonds de 7,20 m à m, et sur la grève côté Loire; la tour maîtresse, qui contrôle l'entrée et la Loire, a une base en forme de talus anti-bélier et anti-sape, dispose d'archères dont certaines sont aménagées ultérieurement pour les armes à feu et ses mâchicoulis permettent les tirs verticaux. Mais il présente quelques failles : un logis fragilisé par ses ouvertures; pas de chemin de ronde continu mais seulement une courtine entre les deux tours est; les portes du château démunies de herse; deux poternes s'ouvrant sur la Loire sans pour autant permettre le ravitaillement de la garnison ou une contre-attaque surprise; une échauguette nullement défensive[36]. Ce qui conduit à constater que la sécurité du château de Tours, particulièrement vulnérable côté Loire, est moindre que les châteaux médiévaux des alentours comme Amboise, Chinon ou Langeais[36].

Après sa transformation, le château, qui ne fut surtout qu'une résidence royale de passage, excepté un temps pour Marie d'Anjou et le jeune dauphin[37], est progressivement délaissé par les rois au profit de résidences plus accueillantes du Val de Loire de la Renaissance[3]. Les élus de la ville y tiennent leurs séances[38] et le château sera le siège du bailliage de Touraine (son titulaire est grand-bailli à partir de 1532), de la prévôté[37] et surtout du Gouverneur de Tours à partir de 1545 (date à laquelle la Touraine est érigée en gouvernement militaire) jusqu'à la Révolution[39]. Le vieux château et le Logis des Gouverneurs furent ainsi progressivement connus collectivement sous le nom de « Palais des Gouverneurs » (le château devant servir d'annexe au logis[40], au profit duquel l'occupation résidentielle s'était déplacée[41]). Le château et la ville de Tours font partie de la Généralité de Tours créée en 1542[42], la plus grande de France[43]. Un grand nombre de fiefs relevaient du roi à cause de son château de Tours[44] et lui-même devait au clergé de Tours un grand cierge et une mesure d'huile livrables à la Saint Maurice[45].

Épisodes historiques liés au château

Le château de Tours reçu une foule d’hôtes joyeux et puissants et notamment des rois, fut le lieu d’actes politiques, mais aussi la résidence forcée de prisonniers d’État[46],[note 20]. Déjà par le passé, Geoffroy le Barbu avait été emprisonné au château en 1067 par son frère Foulque le Réchin jusqu'à l'intercession du pape Alexandre II[47]. C'est la fuite qualifiée de « honteuse » du gouverneur du château qui permit que la ville de Tours tombe aux mains de Jean sans peur en 1203. Le , Charles VI conclut au château un traité avec Jean IV de Bretagne qui replace la Bretagne dans la même situation que le premier Traité de Guérande (1365) lui avait assigné[48]. Le château semble ensuite avoir accueilli Jeanne d'Arc qui vint à Tours avant la libération d'Orléans en [49], puis après, en mai[50]. Elle s'est d'ailleurs pourvue de son armure chez un brigandinier de la ville[note 21],[51]. Le , Marguerite d'Écosse (âgée de 11 ans) épouse, dans la chapelle du château, le fils (âgé de 13 ans) du roi Charles VII, par ailleurs duc de Touraine, et de Marie d'Anjou, le futur Louis XI, devant l'archevêque de Reims, Renault de Chartres[52],[53]. Charles VII lui-même y avait célébré ses accordailles (fiançailles) avec Marie d'Anjou, scellées au Louvre le [54]. Sous le règne de ce dernier, début 1453, Jacques Cœur est emprisonné passagèrement au château de Tours, avant sa condamnation[55]. L'un des principaux conseillers de Louis XI, le cardinal La Balue, fut également enfermé au château lors de son arrestation en 1468[56]. Avec Charles VII[57], Louis XI sera le dernier roi a fréquenter régulièrement le château de Tours sans y habiter vraiment. Il y installe son gouvernement à partir d', vivant également au château d'Amboise ou guerroyant, jusqu'en 1470 où il transporte définitivement sa cour au château de Plessis-lès-Tours, que fréquentait déjà son père Charles VII quand le lieu s'appelait Montils-lès-Tours[19]. Sous le règne de ces deux monarques, on vient écouter dans la chapelle du château, un chanteur-compositeur remarqué : Jean Ockeghem, maître de chapelle du roi[58]. Lors du déclenchement des guerres de religion en 1562, les huguenots s'emparent de Tours pendant une centaine de jours et occupent le château ; entre deux conflits, l'un d'entre eux sera même nommé gouverneur du château en 1579 par François d'Alençon, duc de Touraine, frère du roi Henri III[59].

Le duc Charles de Guise a 15 ans lorsqu'il s'évade du château de Tours après l'assassinat de son père, chef de la ligue.

L'anecdote la plus célèbre concerne le jeune duc de Guise.

Après que le dit roi de France Henri III a fait assassiner son père, Henri de Guise, chef de la ligue catholique, il fait enfermer le fils et toute sa famille. Le jeune Charles, 15 ans, est retenu depuis moins de 3 ans dans la tour maîtresse du château de Tours, au niveau 4 (infra), à la garde de trente archers. Il s'en évade le , jour de l'assomption après s'être rendu à la chapelle du château y entendre la messe. L'évasion est préméditée. Il lance un défi à ses gardes amusés, à qui montera le plus vite à cloche-pied l'escalier à vis de la tour. Leurrant ceux-ci, le jeune duc s'élance et s'enferme dans sa chambre, protégé par une porte qui est blindée. Puis il récupère la corde, apportée la veille cachée dans son linge, l'attache à un bâton qu'il passe entre ses jambes et se fait descendre par une fenêtre voisine du toit. Il n'est pas encore à terre quand les gardes l'aperçoivent et tirent quatre coups d'arquebuse qui effrayent ses domestiques qui lâchent la corde. Le jeune duc tombe d'une hauteur de 15 pieds (environ 4,50 m) et se blesse légèrement aux genoux. Il gagne en courant les faubourgs proches de La Riche, s'empare d'un cheval, manque de ne pas être reconnu de ses gens à l'endroit convenu, car il a perdu son chapeau distinctif, bénéficie d'un attroupement retardateur qui lui laisse le temps de traverser le Cher, où une barque l'attend, pour rejoindre une troupe à Saint-Avertin qui le conduit à Bourges, puis Paris où il se fait reconnaître chef de la Ligue[60],[61],[62]. L'évasion aurait été facilitée par le baron de La Châtre, à l'époque Lieutenant-général au gouvernement de Touraine, favorable à la ligue[63].

Le nom de la tour en conserve le souvenir et plus tard, celle-ci donnera son nom à la caserne qui s'établira dans ces lieux.

Le château-caserne du XVIIIe siècle

Le Logis des Gouverneurs, le château de Tours et le pont d'Eudes en ruines (Demachy 1787).

Son inconfort vétuste, la disparition de son intérêt politique, ainsi que défensif, ses murs ne pouvant résister à l'artillerie[19] et les grands travaux d'urbanisme entamés à la fin de l'ancien régime par l'intendant François-Pierre du Cluzel[64] sonnent le glas du vieux château, dans une ville qui va se développer verticalement - et non plus horizontalement - par rapport à la Loire.

Au XVIIe siècle le château est déjà très délabré. Le lieu a fait l'objet d'utilisations diverses, en tant que prison (à partir du milieu du XVe siècle) et, simultanément, comme arsenal (XVIe et XVIIe siècles), auxquelles il a été adapté[3],[19]. Dans cette période, la tour de Guise qui sert un temps de magasin à poudre bénéficie d'importantes réparations (notamment en 1628 et 1647) qui n'empêchent nullement son état général de continuer à se dégrader[65]. Le château sert ensuite de dépôt de mendicité entre 1768 et 1782[66],[67] et toujours de prison, bien qu'un projet des années 1770-1780 prévoyant la construction d'une nouvelle prison sur la totalité de l'emprise du château soit finalement abandonné[68],[69]. On renonce aussi au projet d'y établir un collège[70]. Il est de ce fait en grande partie démantelé à ce moment-là et sert de carrière de pierres dès 1780, notamment pour la construction des quais de Loire, puis pour les casernements militaires[71],[3]. Dans le même temps, le nouveau pont de pierre (futur Wilson) érigé plus à l'ouest à partir de 1765 sur la méridienne nord/sud, entre Cher et Loire, condamne à la démolition le vieux pont d'Eudes déjà quasi impraticable depuis 1755[72], réduisant l'intérêt stratégique du site, alors privé de débouchés directs[note 22] mais consécutivement plus à l’abri.

Le château de Tours, en grande partie en ruines, tel qu'il apparaît après la construction du pavillon de Mars (Lavis début XIXe siècle)[73].
Vue aérienne de la caserne de Guise. On aperçoit l'arrivée d'une troupe sur la levée de Loire à droite, au niveau du « pont de fil » érigé en 1847, et la cathédrale à gauche (gravure vers 1855).

L'implantation de l'armée sur le site à partir de la Révolution, renforcée à l'époque Napoléonienne, amène à ne conserver du château que les parties emblématiques encore debout et surtout l'édification de multiples constructions dédiées qui vont transformer sa physionomie et ultérieurement l'ensemble du lieu[3]. Tours devient région militaire sous Napoléon III[74]. Plusieurs unités vont successivement y tenir garnison, affirmant ainsi la vocation d'hébergement militaire qu'avait déjà partiellement le château depuis le milieu du XVIIe siècle[note 23].

Prise d'armes du 32e régiment d'infanterie de ligne en 1909 devant le château, sur la place d'armes de la caserne Meusnier (anc. de Guise). Aperçu des dépendances est reliant le château au Logis (à droite).
La caserne Meusnier vers 1910 vue de l'entrée du Pont de fil, telle qu'elle apparait jusque dans les années 1970. L'entrée de la caserne se fait par l'actuelle rue Lavoisier (anciennement Saint-Maurice), en direction de la cathédrale.

Seules deux tours de l'ancien château sont ainsi préservées, côté est, mais à peine rénovées. Elles sont reliées par un bâtiment de caserne, comportant trois étages, probablement construit vers 1781 ou proche de cette date[75],[note 24], connu aujourd'hui comme le « pavillon de Mars ». Ce dernier est édifié à l'emplacement de la grande cour intérieure de l'ancien château et de son enceinte est[3] et adossé aux ruines de la partie habitable délabrée du dit château, côté ouest, qui ne tarderont pas à être détruites (v. illustration).

Autour du château ainsi métamorphosé, acquis par la ville de Tours en 1815 pour en faire une grande caserne[20] - la première à Tours -, de nombreux bâtiments à usage de casernement et d'écurie sont érigés dès 1816, puis entre 1824 et 1832, suivant les plans de l'ingénieur départemental Cormier[76],[77],[note 25], reliant entre autres le château et le Logis des Gouverneurs, ou de manière indépendante[28],[78]. Un puits artésien est même foré en 1833[70]. Le site est complètement redistribué et réaménagé. Des terrains sont acquis, notamment au sud-est, du côté de l'actuelle rue Albert Thomas. Quelques constructions en briques sont plus tardives (1916)[76],[79]. Le Logis des Gouverneurs précédemment amputé d'un tiers de sa longueur, à l'est, par le percement de la rue des Maures dès 1800, est allongé par compensation à l'ouest en 1826[28]. Les mâchicoulis de la tour de Guise et l'ensemble de la tour, qui menace ruine, sont restaurés durant cette période[80],[73],[61]. La tour servira de cartoucherie. Les vestiges ouest du château, arasés vers 1813[81], laissent la place à une cour. Celle-ci est fermée par des constructions basses et un mur côté rue. Elle est ultérieurement bordée d'arbres en interne (côté nord et le long du pavillon de Mars). C'est par cette cour que se fait l'entrée principale de la caserne, au sud, par la rue Saint-Maurice (actuelle rue Lavoisier)[note 26]. La cour se prolonge côté sud, face à l'entrée, et débouche sur la place d'armes, à l'est devant le château, elle aussi bordée d'arbres ultérieurement.

L'ensemble du casernement, qui englobe notamment le château remodelé, désormais relié au Logis des Gouverneurs, prend officiellement le nom de caserne du « général Meusnier » en 1887, après s'être nommée « de Guise » jusque-là[20],[82],[note 27]. Successivement à partir de 1826[note 28] caserne de Cavalerie (3e Régiment des gardes d'honneur[68], 9e RCT par exemple), puis d'Infanterie à partir de 1845 (32e RI par exemple jusqu'en 1934)[81],[note 29] et pour d'autres usages militaires[note 30], elle durera jusque dans les années 1960, avant que le site ne soit rendu à la ville de Tours en 1968[3],[28],[83].

Après la Seconde Guerre mondiale, le château ayant encore servi de prison sous l'occupation allemande[note 31], des préfabriqués montés à la hâte servent notamment d’annexes au Lycée Paul-Louis Courier au pied du pavillon de Mars, côté ouest, dans l'ancienne cour de la caserne réquisitionnée, jusqu'au début des années 1960, puis cette partie est occupée par les services municipaux de la voirie et l'ANPE[84],[note 32]. À cette époque, la municipalité de Tours projette de récupérer la totalité du site de la caserne pour ses pompiers et un asile de nuit, au besoin en ne préservant que les deux tours classées aux monuments historiques depuis 1913[85]. Mais l'armée qui est usufruitière résiste[85]. Dans les années 1970 la préoccupation patrimoniale et historique, qui s'était déjà manifestée auparavant dans le quartier ouest dit du « Vieux-Tours, » s'impose aussi ici, tandis que la partie la plus à l'est du site est cédée à des aménageurs privés. Les tourangeaux n'ont pourtant plus conscience de leur château, totalement identifié à la caserne Meusnier, par ailleurs en piteux état et masqué par les arbres et les constructions.

Le site du château aujourd'hui

Notes et références

Voir aussi

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