Conseil présidentiel de transition

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Le Conseil présidentiel de transition est l'institution collégiale chargée du pouvoir exécutif en Haïti. Il est formé le , un mois après la démission du Premier ministre Ariel Henry, dont le gouvernement assure l'intérim de la présidence de la République après l'assassinat de Jovenel Moïse en 2021. Sa mission prend fin le .

Le Premier ministre Ariel Henry en 2023.

Lors de la crise haïtienne en cours, Ariel Henry, au pouvoir depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en 2021, se maintient au-delà de la fin de son mandat le , ce qui provoque des manifestations massives[1]. Le , il annonce des élections d'ici le [2].

En , la violence des gangs s'est propagée à Port-au-Prince dans le but de provoquer la démission d'Ariel Henry, entraînant la prise d'assaut de deux prisons et la libération de milliers de prisonniers. Ces attaques et les attaques ultérieures contre diverses institutions gouvernementales ont conduit le gouvernement haïtien à déclarer l'état d'urgence et à imposer un couvre-feu. Le , 3500 détenus s’évadent de prison[3]. Le gouvernement annonce l’état d’urgence et un couvre-feu décrétés[3].

Après un voyage officiel au Kenya, Ariel Henry est bloqué à Porto Rico, à la suite de menaces des gangs qui annulent les vols vers Haïti et car de nombreux pays lui demandent de démissionner[4],[5]. Il tente ainsi sans succès de rentrer via les États-Unis, la République dominicaine puis la Jamaïque[6]. En parallèle, le siège de la présidence et différents bâtiments étatiques ont été attaqués par des gangs, attaques repoussées par les forces armées[7]. Les infrastructures portuaires et aéroportuaires ainsi que les écoles, les hôpitaux et les institutions publiques sont fermées[7]. Le , l'armée américaine évacue par avion le personnel non essentiel de l'ambassade américaine en Haïti à Port-au-Prince, dans un contexte d'escalade de la violence dans le pays[8].

Alors qu'il a exclu dans un premier temps de quitter le pouvoir, alors que l'opposant Moïse Jean-Charles propose la mise en place d'un Conseil présidentiel après l'appui d'autres partis[9],[10], il démissionne ensuite le [11]. La décision a été prise lors d'une réunion de la Communauté caribéenne au cours de laquelle les signataires de l'accord de Montana, En avant, le Collectif des signataires de la déclaration du , ont soumis des propositions en vue d'organiser une transition. Les États-Unis ont proposé le remplacement d'Ariel Henry par un Conseil présidentiel[12], de même que l'accord de Montana, alors qu'Ariel Henry s'opposait à l'idée[13].

Formation

Dominique Dupuy

Ariel Henry est remplacé par un Conseil présidentiel de sept à neuf membres (dont certains seront des observateurs), avec une gouvernance collégiale et un nouveau chef de gouvernement supervisé par le Conseil[14]. Les membres seront choisis par des partis politiques, la coalition Montana, et le secteur privé[15]. Il s'agit du huitième collège présidentiel depuis l'indépendance du pays[16].

Les forces politiques ont initialement jusqu'au pour finaliser la composition du CPT[17].

La coalition de l'ancien Premier ministre par intérim Claude Joseph, du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), d'Haïti en action (AAA), de l'Alliance démocratique, choisit Marie Ghislaine Mompremier, remplacée le par Dominique Dupuy ; cette dernière, victime de menaces, est elle-même remplacée le par Smith Augustin[18].

Deux observateurs sans voix délibérative sont désignés le . Le Rassemblement pour une Entente nationale et souveraine (REN) et Inter-Foi nomment René Jean-Jumeau[19] , remplacé le par Régine Abraham[20]. Le groupe de la Société civile désigne Pierre Jean Raymond André, remplacé le par le pasteur Frinel Joseph[21].

Jean-Charles Moïse, qui réclame trois sièges et s'oppose dans un premier temps au processus[22], choisit finalement Emmanuel Vertilaire le [23].

Un accord politique est signé le pour permettre l'entrée en fonction du Conseil présidentiel et prévoit une transition de 22 mois jusqu'au [24]. Il est publié au journal officiel Le Moniteur le [25].

Le décret, qui prend initialement acte de la non-expédition des affaires courantes par Ariel Henry, est modifié par le Conseil des ministres sur ce point et sur les conditions d'éligibilité des membres[26],[27]. Par ailleurs, le décret ne cite pas les noms du Conseil présidentiel de transition, alors que le ministère de la Communication appelle les membres désignés à envoyer les pièces demandées en vue de leur entrée en fonction s'ils répondent aux conditions d'éligibilité. Devant la possibilité pour le Conseil des ministres de modifier la composition du Conseil présidentiel de transition, celui-ci l'appelle le à publier l'accord politique, le décret initial ainsi que les noms de ses membres[28],[29].

Le , l'arrêté portant nomination des membres du Conseil présidentiel de transition et daté du est rendu public par le directeur des Presses nationales[30]. Cependant, le gouvernement, tout en confirmant son authenticité, affirme que sa publication n'a pas été autorisée[31]. Un nouvel arrêté rectificatif est publié le [32],[33].

Le , Ariel Henry démissionne. Michel Patrick Boisvert assure l'intérim. Le , le Conseil présidentiel de transition est assermenté au Palais national[34].

Les membres doivent ensuite choisir le président du Conseil présidentiel et le Premier ministre[35]. Bien qu'il ne soit pas le chef de l'État, la direction de l'État étant collégiale, le président du Conseil présidentiel est le membre le plus important du Conseil[36] et a un rôle de coordination[37]. Le , Edgard Leblanc Fils est désigné président du Conseil présidentiel et Fritz Belizaire est désigné Premier ministre de transition[38].

Ainsi, Edgard Leblanc Fils est devenu président du Conseil présidentiel sans qu'une élection n'ait lieu, sa nomination a à la place été approuvée par quatre membres sur les sept votants[39], qui forment ainsi un pôle majoritaire. Celui-ci se compose de Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, Louis Gérald Gilles et Edgard Leblanc Fils[40]. Le pôle minoritaire, composé de Leslie Voltaire, Fritz Jean et Laurent St-Cyr, reconnaît la validité de la désignation de Leblanc Fils[41] mais s'oppose au choix du Premier ministre[42],[43]. Par ailleurs, Fanmi Lavalas menace de se retirer du Conseil présidentiel[44].

Le , les membres du Conseil présidentiel se mettent d'accord sur le principe d'une présidence tournante tous les trois à cinq mois[45],[46]. Edgard Leblanc Fils sera ainsi remplacé successivement par Fritz Jean, Leslie Voltaire, puis Louis Gerald Gilles. Par ailleurs, les décisions sont désormais prises à la majorité qualifiée de cinq sur sept[47]. Le , Fritz Jean cède son tour à Smith Augustin, qui a proposé de passer à cinq présidences successives pour qu'il puisse lui-même assume le rôle[48]. Ces décisions sont formalisées le par une résolution prise à l'unanimité[49],[50],[51].

Travaux

Garry Conille
Résultats de l'élection du Premier ministre le 29 mai 2024[52]
Candidat Parti Premier tour
Voix %
Garry Conille SE 6 100
Alix Didier Fils-Aimé Vérité 0 0
Fritz Bélizaire SE 0 0
Jean-Rodolphe Joazile SE 0 0
Paul Antoine Bien-Aimé SE 0 0
Suffrages exprimés 6 100,00
Votes blancs et nuls 0 0,00
Total 7 100

Le , dans le cadre d'un appel à candidatures du 13 au [53], le Conseil présidentiel de transition annonce avoir reçu plus de 80 candidatures au poste de Premier ministre. Parmi les candidats, l'ancien Premier ministre Garry Conille, Fritz Bélizaire, l'ancien ministre de l'Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé, les anciens ministres de la Justice Michel Brunache et Lucmane Délile, ainsi que Jean Hector Anacacis, Gérald Germain, Inel Torchon, ainsi qu'Alix Didier Fils-Aimé[54],[55] et Jean-Rodolphe Joazile[56]. Le , Conille est élu Premier ministre par le Conseil présidentiel de transition[57] avec six voix favorables[58], et prend ses fonctions le [59].

En , le Conseil présidentiel relance le processus de révision de la Constitution[60]. La tenue d'une conférence nationale est prévue[61]. Les membres du comité de pilotage sont nommés en [62].

Le , le Conseil présidentiel nomme un nouveau Conseil électoral provisoire[63].

Le , l'Office de lutte contre la corruption recommande l'inculpation de Gilles, Vertillaire et Augustin de corruption. Alors que Claude Joseph appelle à la démission d'Augustin[64], le groupement de Gilles se met d'accord pour le remplacer[65]. Le , une nouvelle résolution du Conseil présidentiel de transition met en place une nouvelle rotation, sans toutefois remplacer les membres accusés. Leblanc Fils sera remplacé par Leslie Voltaire, puis Fritz Jean et enfin Laurent Saint-Cyr[66].

Le , Conille est limogé par le Conseil présidentiel[67], et remplacé par Alix Didier Fils-Aimé[68], qui bénéficiait du soutien de Washington[69].

Son passage à la tête du gouvernement se caractérise par des conflits avec le Conseil présidentiel de transition, et ses tentatives de s'affranchir de celui-ci[70]. Une médiation de l'Organisation des États américains a échoué entre les deux parties[71]. Par ailleurs, il refuse de remanier le gouvernement, puis tente de démettre Gérald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin, trois membres du Conseil accusés de corruption[72]. L'opinion publique critique ainsi son limogeage, et pas celui de ces trois membres[73]. Le juriste et ancien ministre de la Justice Bernard Gousse considère le limogeage comme inconstitutionnel. En effet, le président de la République, dont l'intérim est assuré par le Conseil présidentiel de transition, ne peut pas limoger le Premier ministre. Enfin, l'accord ayant institué le CPT interdit à des membres inculpés par la justice de faire partie du Conseil et donc de participer au vote de la décision ayant conduit au limogeage de Conille[74].

Fin de mandat

En prévision de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, prévue le , sans organiser d'élections, la Caricom invite la classe politique à définir la suite[75].

Smith Augustin affirme qu'en vue de la fin de son mandat, plusieurs propositions sont discutées. Est ainsi proposé de prolonger le mandat du CPT, son remaniement, ou de confier le pouvoir exécutif au Premier ministre, à un juge de la Cour de cassation ou à un nouvel organe transitoire[76]. Un dialogue national est lancé le par trois membres du Conseil présidentiel de transition, Edgard Leblanc Fils, Leslie Voltaire et Louis Gérald Gilles[77],[78].

Le , cinq membres du Conseil présidentiel de transition  Fritz Jean, Edgard Leblanc Fils, Leslie Voltaire, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles  votent une résolution pour limoger Fils-Aimé. Devant l'opposition du président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, des États-Unis, de Fanmi Lavalas et de Compromis historique, dont deux membres ayant voté la résolution siègent au Conseil[79], Fils-Aimé reste en poste.

Le , les Assises du dialogue nationale aboutissent à la désignation d'un nouveau Conseil présidentiel composé de Leslie Voltaire, de Charles Tardieu, représentant la société civile, et de Marie Joceline Casimir, juge à la Cour de cassation. Les candidatures de Simon Dieuseul Desras, de Jean Palème Mathurin et de Raymond Pierre sont proposées pour le poste de Premier ministre[80].

Le suivant, le mandat du Conseil présidentiel arrive à son terme et celui-ci transmet ses pouvoirs au Conseil des ministres et au Premier ministre[81],[82].

Critiques

Composition

Notes et références

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